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Louis XV

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Louis XV (de France)
Louis IV (de Navarre)

Roi de France et de Navarre
Louis15-1.jpg
Fonction
Roi de France et de Navarre
Pays France
Règne 1er septembre 1715 - 10 mai 1774
Dynastie Bourbon
Prédécesseur Louis XIV
Successeur Louis XVI
Fonction
Dauphin de France
Date 8 mars 1712 - 1er septembre 1715
Prédécesseur Louis de France (1707-1712)
Successeur Louis de France (1729-1765)
Nom de naissance Louis de France, Duc d'Anjou
Naissance 15 février 1710 à à Versailles (France)
Décès 10 mai 1774 à à Versailles (France)
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Louis de France (1682-1712)
Mère Marie-Adélaïde de Savoie
Frères et sœurs Louis de France (1704-1705), Louis de France (1707-1712)
Conjoint Marie Leszczynska
Enfants Élisabeth, Henriette, Marie-Louise, Louis, Philippe, Adélaïde, Victoire, Sophie, Thérèse, Louise
Armoiries des Rois de France
Armoiries des Rois de France
voir modèle • modifier

Louis XV a régné sur le royaume de France durant une bonne partie du XVIIIe siècle. Il naît à Versailles le 15 février 1710 et devient roi à 5 ans le 1er septembre 1715 (succédant à Louis XIV, son arrière-grand-père) ; il meurt également à Versailles le 10 mai 1774, après un long règne de 59 ans, dont seulement 31 (de fin janvier 17431 à sa mort) de règne personnel.

Louis XV est d'abord surnommé le Bien-Aimé quand, en 1744, tombé gravement malade à Metz, sa guérison soudaine suscite l'allégresse de tout son peuple, et celle-ci culmine l'année suivante avec Fontenoy.

Mais dans la deuxième moitié du règne, cette popularité ne résiste pas aux :

  • guerres majeures4 en Europe et outre-mer, notamment la guerre de Sept ans, que le pays est contraint de soutenir.

Au point que Louis XV devient, et pour longtemps, le Mal-Aimé des Français.

Les historiens5 le réhabilitent quelque deux siècles plus tard : le bilan contrasté de son règne — la France perd un empire colonial au Canada et en Inde6, mais s'agrandit de deux belles provinces7 : la Lorraine (complétée du Barrois) et la Corse, tandis que sa richesse8 économique et sa population9 croissent très sensiblement — est désormais jugé de façon plus favorable (voir ici).

Louis XV peut être considéré comme le dernier grand roi de France. À sa mort, le pays, beaucoup plus prospère qu'à celle de son prédécesseur, est « la plus grande puissance économique et politique du continent européen »10.

Une longue formation au métier de roi (1715-1742)[modifier | modifier le wikicode]

Roi enfant, héritier fragile d'un Roi hors du commun, gérant d'un héritage complexe, Louis XV voulut en être le fidèle continuateur et conservateur11.

Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, lui succède directement12, du fait des morts successives de son grand-père le Grand Dauphin, de son père le duc de Bourgogne, enfin de son frère aîné le duc de Bretagne, qui interviennent avant même que Louis XIV ne décède.

Dans son testament, le Roi-Soleil désignait son neveu Philippe d'Orléans comme président du Conseil de régence13, tandis qu'il confiait au duc du Maine la garde et l'éducation du jeune roi. Averti de ces dispositions, Philippe d'Orléans, le 2 septembre 1715, se rend au Parlement, et celui-ci (à qui Philippe restitue le droit de remontrance) le reconnaît Régent, c'est-à-dire dépositaire de l'autorité royale pendant la minorité de Louis XV ; le duc du Maine, lui, reste responsable de l'éducation du roi (mais il n'en a plus la garde). Le testament de Louis XIV n'est donc pas cassé, mais seulement modifié.

En 1722, Louis XV est sacré roi à Reims, puis il est déclaré majeur l'année suivante. Philippe d'Orléans devient brièvement Premier ministre, avant de décéder en décembre 1723 et d'être aussitôt remplacé dans le poste par le duc de Bourbon.

Il était convenu que le jeune Louis XV épouse Marie-Anne d'Espagne, la fille du roi Philipe V 14, mais elle n'est encore qu'une enfant. Pour que le roi de France assure très vite sa lignée, le duc de Bourbon le marie, sur les conseils très subjectifs15 de sa maîtresse Mme de Prie, à Marie Leszczynska, fille unique de l'ex-roi de Pologne Stanislas Ier. La cérémonie a lieu le 5 septembre 1725 ; la reine a six ans et demi de plus16 que son mari. Le couple aura 10 enfants (deux garçons, huit filles).

Carte de l'est de la France
À la mort du roi Stanislas (1766), Lorraine et Barrois intègrent complètement le royaume de France.

En 1726, Louis XV renvoie le duc de Bourbon et le remplace par son ancien précepteur, le cardinal de Fleury. Devenu Premier ministre de fait17, Fleury reste à la tête du gouvernement jusqu'à sa mort en 1743.

Pour soutenir son beau-père Stanislas Leszczynski qui désire remonter sur le trône de Pologne, le roi s'engage en 1733 dans la Guerre de succession de Pologne. Celle-ci se conclut en 1738 : Stanislas renonce à la Pologne, mais reçoit les duchés de Lorraine et de Bar qui reviendront à la France après sa mort.

Louis XV, la fronde interne et les difficultés extérieures (1743-1770)[modifier | modifier le wikicode]

Louis XV, au début des années 1760. Par Louis-Michel Van Loo.

Alliée à la Prusse, la France entre en guerre en 1741 contre l'Autriche et la Grande-Bretagne pendant la Guerre de Succession d'Autriche. En 1745, les Français remportent la bataille de Fontenoy contre les Austro-Anglo-Hollandais. D'autres victoires suivent, mais au traité d'Aix-la-Chapelle (1748), Louis XV n'en tire aucun profit et rétrocède tous les territoires conquis (notamment, les Pays-Bas autrichiens ou Belgique actuelle), alors que Frédéric II, son peu fiable allié (et l'initiateur de cette guerre), conserve, lui, la riche Silésie18. La popularité du roi s'effondre après ce traité ; c'est le point de départ du désamour que l'opinion publique française va progressivement lui manifester19.

Nommé au Conseil d'En Haut (Conseil des Ministres) en mai 1749, le Contrôleur général des Finances Machault d'Arnouville tente de réformer la fiscalité du royaume avec un impôt direct (le vingtième) appliqué de façon égale (prélèvement de 5%), sans aucun privilège, sur les revenus nets de tous les propriétaires et usufruitiers20. Soutenue par le Roi, la réforme nécessite notamment l'inventaire des biens ecclésiastiques. Mais le clergé refuse l'abandon de ses privilèges fiscaux, et 1751 court sans qu'il remette aucune déclaration de ses biens et revenus. Le Roi devrait faire acte d'autorité ; au lieu de ça, il se désolidarise de Machault, et le 23 décembre 1751, un arrêt de son Conseil suspend la levée du vingtième sur les biens de l'Église. Ainsi amputé, le vingtième ne produit pas les recettes espérées. Pire, en exemptant le clergé de cet impôt égalitaire, Louis XV passe, sans en avoir conscience, à côté d'une réforme qui aurait pu sauver l'Ancien Régime.

1756 voit un renversement des alliances : la France s'allie à l'Autriche (alliée de la Russie), tandis que la Grande-Bretagne s'allie à la Prusse (qui redoute la Russie).

En 1756, Louis XV rompt son alliance avec Frédéric II de Prusse et s'allie avec l'Autriche. Ce renversement d'alliance entraîne la France dans la Guerre de Sept Ans où, de 1756 à 1763, elle affronte sur mer et sur terre la Grande-Bretagne et son allié la Prusse. Le conflit se déroule sur quatre continents : l'Amérique (Canada, Haute-Louisiane21 et espace Caraïbe, notamment les Antilles), l'Europe (dans tout le Saint-Empire, mais aussi en Méditerranée, sur les côtes françaises, au Portugal), l'Afrique (Sénégal, côte béninoise), l'Asie (Inde et Insulinde), ainsi que sur les étendues marines, notamment l'Atlantique, qui les séparent.

Marie Leszczynska, reine de France. Par Jean-Baptiste Van Loo.

En janvier 1757, le Roi est victime d'un attentat à l'arme blanche commis par Robert-François Damien. La blessure est sans gravité, mais cette manifestation d'impopularité affecte beaucoup Louis XV (qui se pensait encore le Bien-Aimé de son peuple), en un temps où le soutien de tout le royaume lui aurait été particulièrement nécessaire.

Article à lire : Guerre de Sept Ans.

Dans la deuxième moitié de son règne, Louis XV se voit aussi reprocher une vie privée trop prenante. Comme ses aïeux Bourbons Henri IV et Louis XIV, il a de nombreuses aventures galantes et, successivement, trois favorites ou maîtresses officielles : Madame de Châteauroux (oct. 1742 - déc. 1744), Madame de Pompadour (1745 - 1750) et finalement Madame du Barry (1768 - 1774). Madame de Pompadour est la plus marquante, puisqu'après la fin de leur liaison, elle reste l'amie intime et fidèle, la conseillère du Roi et conserve, jusqu'à sa mort en 1764, une vraie influence non seulement sur les arts et lettres, mais aussi en politique. Ainsi, lors de la guerre de Sept ans, elle favorise l'entrée de Choiseul au gouvernement. Nommé secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, puis ministre (3 et 10 décembre 1758), il conclut en 1761 le « Pacte de famille », une alliance entre les États où règnent des Bourbons (c'est-à-dire la France, l'Espagne, le royaume de Naples et le duché de Parme), qui détermine, au tout début 1762, l'entrée en guerre de l'Espagne au côté de la France, contre l'Angleterre.

Madame de Pompadour, par François Boucher. Elle fut la favorite, puis l'amie intime du Roi pendant près de vingt ans (1745-1764).

En février 1763, le traité de Paris met un terme à la guerre de Sept Ans. Il fait perdre à la France la plus grande partie de ses colonies en Amérique et en Inde, tout en y sauvegardant à peu près ses intérêts économiques. Le royaume des lys s'est résolu à la paix, non parce qu'il est ruiné (il est riche)22, mais pour mieux préparer une possible revanche.

La revanche est le grand dessein de Choiseul et il a le grand mérite, aidé de son cousin Praslin, de l'avoir mise en œuvre (réorganisation de l'armée, réorganisation et développement de la marine) durant ces années d'après-guerre où ils dominent le Conseil du Roi et imposent leur point de vue23.

En février 1766, à la mort de son beau-père le roi Stanislas, Louis XV prend, comme prévu, possession de la Lorraine et du Barrois.

En mai 1768, Choiseul achète au nom de la France la Corse aux Génois. En septembre de la même année, Maupeou devient Chancelier24 et garde des Sceaux. L'année suivante, il fait nommer l'abbé Terray contrôleur général des Finances (en décembre 1769) et ministre d'État (en février 1770).

Le roi renforce son autorité (1771-1774)[modifier | modifier le wikicode]

Le 24 décembre 1770, le roi renvoie Choiseul (et son cousin Praslin) pour bellicisme inconséquent25,26 et connivence avec le Parlement, bref pour félonie. Un gouvernement réformateur, connu comme le Triumvirat, car comprenant trois figures dominantes : Maupeou à la Justice, Terray aux Finances, et le duc d'Aiguillon aux Affaires Étrangères, est mis en place (6 juin 1771-10 mai 1774).
Plus de détails à : Le roi reprend la main avec Maupeou, Terray et d'Aiguillon (1771-1774).

Louis XV en mars 1774, quelques semaines avant sa mort. Par Armand-Vincent de Montpetit.

Les mesures réformatrices et autoritaires décidées par Maupeou, en plein accord avec le roi, ont été conçues pour briser la révolte des parlementaires (et autres juges) et éteindre chez eux la tentation du pouvoir. Elles déclenchent, par réaction, l'opposition politique d'un soi-disant « parti patriote » qui rassemble trois groupes de mécontents :

  • les anciens parlementaires, furieux d'avoir été dépossédés de leurs biens et privilèges (leurs charges, leurs épices27, leurs droits de vacation), ainsi que la foule des auxiliaires de justice convaincus que la réforme ne durera pas ; la plupart appartiennent à la noblesse de robe ; leur bête noire est le chancelier Maupeou ;
  • les choiseulistes ou aristocrates partisans du ministre hier tout-puissant, aujourd'hui en exil dans sa terre de Chanteloup  ; ils sont de la noblesse d'épée et leur bête noire est le duc d'Aiguillon, qui remplace Choiseul aux Affaires Étrangères ;
  • enfin la fraction du peuple (qu'ils soient bourgeois, commerçants ou artisans) influencée par les idées nouvelles et que l'autoritarisme du pouvoir irrite ; eux en veulent à l'abbé Terray qu'ils accusent de les pressurer fiscalement.

Ces « patriotes » se posent en défenseurs des droits de la nation et s'opposent au "despotisme" versaillais. Ils rêvent d'un nouveau pacte institutionnel entre la monarchie et la nation qui protègerait les droits des personnes. Au sein de ce rassemblement hétéroclite, on retrouve la plupart des philosophes des Lumières (sauf Voltaire) et surtout les jansénistes, très hostiles au despotisme ecclésiastique et monarchique. Bien que ces « patriotes » divergent dans leurs opinions politiques (les deux premiers groupes étant des opposants réactionnaires), ils sont tous unis dans leur haine du Triumvirat.

Mais à Paris, la lieutenance de police28, que dirige l'excellent Antoine de Sartine, fait bonne garde et pourchasse ces opposants.

Quand même, le "coup de force" de Maupeou (et de Sa Majesté) a créé une fracture profonde au sein de la société française, une opposition politique durable, permanente, non seulement au gouvernement, mais au régime monarchique français ; c'est un évènement culturel considérable. Cette opposition, cependant, n'est pas dominante ; la réforme de Maupeou, qui offre "une justice indépendante, gratuite, honnête et proche des petites gens"29, est appréciée d'une bonne partie du public, notamment en province.

Début 1773, la situation se calme et le royaume retrouve un certain apaisement. Il n'a d'ailleurs jamais été aussi prospère30,31.

Et puis... Louis XV meurt inopinément le 10 mai 1774, emporté en deux semaines, à l'âge de 64 ans, par le virus de la variole.

Son petit-fils Louis XVI lui succède. Il a 19 ans et n'a encore jamais assisté aux conseils de gouvernement32.

Bilan du règne[modifier | modifier le wikicode]

Récapitulons les points positifs et négatifs du règne de Louis XV33.

Le positif[modifier | modifier le wikicode]

  • Au niveau de ce qu'on appellera l'Hexagone, tous les gains territoriaux restant acquis à la fin du règne précédent (voir carte ici) sont non seulement conservés, mais consolidés par l'obtention de la Lorraine et du Barrois ; celle de la Corse renforce la position de la France en Méditerranée.
  • Le rayonnement intellectuel et artistique de la France d'alors est incomparable, et la langue française à son apogée. Montesquieu, Voltaire, Diderot et les Encyclopédistes, Rousseau, Restif de La Bretonne, Marivaux (pour l'écrit en général), Couperin, Rameau (pour la musique), Watteau, Boucher, Chardin, Quentin de La Tour, Nattier, Fragonard, van Loo (pour la peinture), les Gabriel et Soufflot (pour l'architecture), les Coustou, Bouchardon, Pigalle, Falconet (pour la sculpture), Gaudreaus, Œben et Riesener (pour le mobilier d'ébénisterie), les styles rocaille et Pompadour sont appréciés dans toute l'Europe, tandis que Paris et Versailles attirent les jeunes artistes des quatre coins du continent. La France de Louis XV rayonne aussi par ses compagnies savantes, ses académies royales (dont celle de chirurgie34), les grandes écoles créées (écoles militaires, école des ponts et chaussées, école du génie maritime, écoles vétérinaires). L'instruction se développe dans les zones urbaines et même rurales. La pratique de la lecture permet d'avoir une vision plus rationnelle et scientifique du monde ; elle facilite la diffusion des « idées nouvelles ».
  • La qualité de la haute administration du pays (notamment le Conseil du Roi, sous ses formes spécialisées les plus notables : conseil d'En Haut, conseil des Dépêches, conseil des Parties - détails ici) ne se voit nulle part ailleurs.
    1. Au Contrôle général des Finances qui (gérant les finances mais aussi animant la majeure partie des ressorts de l'administration du royaume) est structuré en plusieurs départements, l'épisodique instabilité du poste ministériel est compensée par la longévité, la compétence, le zèle rares des intendants des finances. Secondant le Contrôleur général37, ils s'illustrent dans la sage et brillante administration de "petits" départements, tels ceux des impositions, ou des eaux et forêts, ou des ponts et chaussées. Ainsi, le réseau de grandes routes, souvent rectilignes, larges et pavées, dont les Trudaine père & fils ont doté la France et qui relie Paris aux principales villes ou ports du royaume, rend la traversée du pays trois fois plus rapide38 que sous le règne précédent.
    2. Quant aux intendants de province, ils ont embelli celles dont ils avaient la charge, et surtout les villes, en y construisant des hôtels, des places royales, des allées, jardins, promenades, qui font l'émerveillement des voyageurs étrangers.
    3. Enfin, à la fin du règne de Louis XV, Paris est devenue une ville relativement sûre, grâce à une lieutenance de police stabilisée (M. de Sartine restant en poste de 1759 à 1774) et d'une efficacité administrative et policière enviée des autres Cours européennes, particulièrement celle de Vienne.
  • La réforme Maupeou modernise la justice et l'administration39.
  • En résumé. La France possède l'État le plus moderne au monde40. Son économie est florissante ; les bourgeoisies se sont enrichies, la condition des paysans est améliorée. Et le roi fait preuve d'une relative mais réelle tolérance41 vis à vis des « idées nouvelles » émanant des philosophes des Lumières et débattues dans les salons littéraires.
Une soirée chez madame Geoffrin. De 1749 à 1777, son salon littéraire (et artistique), dit « le royaume de la rue Saint-Honoré », est à peu près ce qu'il y a de mieux et de plus huppé dans le genre. On y voit ici : Choiseul, Fontenelle, Montesquieu, Rousseau, Diderot et Marmontel entourant leur hôtesse ou un buste de Voltaire, dont une pièce de théâtre est en train d'être lue par un grand acteur de l'époque. Tableau de Anicet C. G. Lemonnier.

Le négatif[modifier | modifier le wikicode]

Entre le roi-soleil, quand la monarchie brille de tous ses feux, et le roi décapité, qui marque la fin de l'Ancien Régime, il n'y a qu'un maillon : le règne de Louis XV. Il recèle donc forcément des aspects sombres ou négatifs42, gros de menaces pour ce régime.

  • Les dissensions et troubles religieux à répétition du règne43 (jansénisme condamné par une bulle44 pontificale devenue, sous Fleury, loi de l'Église et de l'État ; alliance des jansénistes et des gallicans au sein du Parlement, peu à peu transformée en mouvement d'opposition politique virulent ; la Compagnie de Jésus, fer de lance du catholicisme, expulsée de France) amènent, insidieusement, une déchristianisation du royaume, donc en toute logique, une désacralisation du trône et fragilisation du pouvoir du roi... malgré la tardive reprise en main autoritaire de Louis XV dans ses dernières années.
  • Durant tout son règne personnel (1743-1774), Louis XV se comporte davantage en premier gentilhomme du royaume qu'en roi de tous. Il ne comprend pas qu'un encouragement, même passif, à la réaction nobiliaire et seigneuriale45 qui se développe en France depuis la Régence, est mortel pour le régime (que, de nos jours, on désigne comme l'Ancien Régime).
  • Roi Très-Chrétien, mais aussi grand pécheur, ne communiant46 plus (par scrupule de conscience) et mettant ainsi, d'une certaine façon, la royauté en porte-à-faux47, Louis XV semble ne pas se soucier de ce que pense son peuple de sa personne et de sa vie. Son peuple, il ne le connaît pas ou mal. À Versailles et autres châteaux, il vit plus ou moins dans une bulle, au sein d'une société artificielle (de Cour, de chasses, de plaisirs). L'opinion publique48 l'embarrasse49, il l'ignore ou la méconnaît50,51. D'où sa grande erreur : « n'avoir pas créé une structure de concertation et dialogue »52 plus pertinente et représentative de la nation française dans son ensemble que ces Parlements53 qui ont entravé son action, ses essais de réformes, pendant presque tout son règne, et qu'il n'a que tardivement réussi à brider avec l'aide de Maupeou. Un contact régulier avec les besoins et revendications populaires lui aurait sans doute permis de comprendre les sentiments profonds de ses sujets, de déceler chez ses peuples le besoin d'une plus grande égalité, fiscale, mais aussi sociale, générale. Remédier à ce besoin d'égalité par des réformes adéquates aurait peut-être sauvé la monarchie.
  • Gouverner c'est prévoir (même le pire). La soixantaine venue, Louis XV aurait dû parer à l'éventualité de sa disparition subite. Si, imitant l'exemple du Régent, son grand-oncle, il avait initié le dauphin, son petit-fils, à l'art de régner, notamment en le faisant entrer au Conseil du roi dès ses dix-huit ans, Louis XVI aurait, évidemment, été mieux armé pour assurer sa succession, et d'abord pour choisir le ministre principal qui convenait.

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989 ;
  • Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, Fayard, 1974 (rééd. 1997) ;
  • François Bluche, Louis XV, Perrin - collection tempus, 2003 ;
  • Yves Combeau, Louis XV - L'inconnu bien-aimé, Belin, 2012 (rééd. 2016) ;
  • Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin - collection tempus, 2018 ;
  • Edmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, Perrin - collection tempus, 2018.


Ainsi que
  • Jean-François Chiappe, Louis XV, Perrin, 1996 ;
  • Comte Maxime de Sars, Le cardinal de Fleury - Apôtre de la paix, Hachette, 1942.
  • Pierre Gaxotte, La Révolution française, Fayard, 1962.

Pour compléter[modifier | modifier le wikicode]

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

  • Louis XV, le mal-aimé - Les derniers feux de l'Ancien Régime ; Le Figaro Histoire, n°64 oct.-nov. 2022 : [[1]].
  • Louis XV - Passions d'un roi. Exposition au château de Versailles (18 oct. 2022 - 19 févr. 2023) en commémoration des trois cents ans de son couronnement.
  • La guerre au XVIIIème siècle https://gallica.bnf.fr/essentiels/repere/guerre-xviiie-siecle

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Car, du 11 juin 1726 (Louis XV a 16 ans) au 29 janvier 1743 (Louis XV va en avoir 33), c'est le très subtil et expérimenté Cardinal de Fleury (son premier ministre de fait pendant toute cette période) qui est véritablement aux manettes du pouvoir et qui l'exerce jusqu'à sa mort en fin janvier 1743. Ce n'est donc qu'à 33 ans que Louis XV prend personnellement en main le gouvernement du royaume. 33 + 31 (de règne personnel) = 64, c'est la durée de vie de ce roi.
  2. La minorité agissante du Parlement de Paris d'alors était jansénisto-gallicane ; impossible de différencier, chez ces Messieurs du Parlement, les purs jansénistes des purs gallicans. Ils avaient fini par former une sorte de parti unique (encadré par quelques fanatiques et quelques doctrinaires) qui, dans son incessant conflit avec le Roi, se fit souvent si virulent qu'il compromit le jansénisme, le faisant apparaître caricatural et outrancier, jusqu'à le transformer peu à peu en un mouvement politique d'opposition. (D'après : François Bluche, Louis XV, Perrin, Collect. tempus, 2003, p.46.)
  3. "Les entreprises du Parlement de Paris contre la royauté elle-même n'étaient que trop visibles |...|. Il avait imaginé une association de tous les parlements du royaume, sous le nom de classes, de manière à ne plus former qu'un seul corps agissant avec ensemble et obéissant aux mêmes impulsions. Louis XV avait bien pressenti les dangers de cette coalition parlementaire, quand il dit un jour au duc de Gontaut-Biron (Charles-Antoine de Gontaut-Biron, 1708-1798) : « Vous ne savez pas ce qu'ils font, ce qu'ils pensent : c'est une assemblée de républicains ! En voilà, au reste, assez ! Les choses comme elles sont dureront autant que moi »." (Paul Lacroix, XVIIIème Siècle - Institutions, Usages et Costumes, Librairie Firmin-Didot, 1875, p. 188). Ces propos de Louis XV ont ensuite été progressivement déformés en une formule célèbre qu'on lui attribue mais qu'il n'a, en fait, jamais prononcée : « Après moi, le déluge ! ».
  4. Trois guerres, d'importance croissante, marquent le règne de Louis XV : 1. la Guerre de Succession de Pologne (1733-1738), 2. la Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), 3. la Guerre de Sept ans (1756-1763). Considérées d'un point de vue purement français, la première fut bénéfique, la deuxième : glorieuse mais vaine, et la troisième : désastreuse.
  5. D'abord, Pierre Gaxotte (Le Siècle de Louis XV, Fayard, 1933-1974) et Michel Antoine (Louis XV, Fayard, 1989), puis plus récemment Bernard Hours (Louis XV, un portrait, Privat, 2009), Yves Combeau (Louis XV, l'inconnu bien-aimé, Belin, 2016) et Jean-Christian Petitfils (Louis XV, Perrin, Coll. Tempus, 2018).
  6. Perte qui découle : 1. de la large supériorité numérique des forces navales anglaises du temps (une avance prise dès les 15-20 dernières années du règne de Louis XIV et difficilement rattrapable) ; comment faire parvenir des renforts militaires en Amérique du Nord et en Inde, alors que l'Angleterre est quasi maîtresse des mers ? 2. de ce que, en Amérique du Nord, la colonie française est presque vingt fois moins nombreuse que la colonie anglaise (car les Français s'expatrient peu) : en 1740, 40.000 colons français seulement contre un million de colons "anglais" (d'après : Pierre Gaxotte, 1974, p. 201), puis environ 1,5 million de colons "anglais" (dont un fort pourcentage d'esclaves) contre environ 80.000 colons français en 1756 (d'après : Edmond Dziembowski, 2018, p. 29).
  7. - ainsi que de la principauté de Dombes (au nord-est de Lyon et délimitée par la Saône à l'ouest, la Bresse au nord et la rivière d'Ain qui la sépare du Bugey à l'est) -
  8. "Selon Necker, dans les années 1780, à la veille de la Révolution, la France détenait près de la moitié du numéraire (monnaies d'or ou d'argent) existant en Europe." Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, 1974, Fayard, p. 399.
  9. Du début (1715) à la fin (1774) du règne de Louis XV, le pays passe de 22,5 millions à 27 millions d'habitants (Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin, Coll. Tempus, oct. 2020, p. 793).
  10. Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin, p. 834.
  11. Cité par : François Bluche, Louis XV, Perrin, Collect. Tempus, 2003, p. 12.
  12. Voici, prononcées le 26 août 1715, les dernières paroles du Roi Louis XIV à son arrière-petit-fils de cinq ans (Louis XV) qui allait lui succéder : « Mon cher enfant, vous allez être le plus grand roi du monde |...| Ne m'imitez pas dans les guerres ; tachez de toujours maintenir la paix avec vos voisins, de soulager votre peuple autant que vous le pourrez, ce que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire par les nécessités de l'État. Suivez toujours les bons conseils et songez bien que c'est à Dieu à qui vous devez ce que vous êtes. |...| ». Louis XIV mourut à huit heures et quart du matin, le 1er septembre 1715. (D'après : J.-C. Petitfils, Louis XV, Perrin, collect. tempus, 2020, p. 34).
  13. Organe se prononçant sur les grandes affaires de l'État à la pluralité des voix, Louis XIV (dans son testament) désignant nommément les membres de ce Conseil : le duc du Maine et le comte de Toulouse (ses deux fils bâtards légitimés), cinq maréchaux (Villeroy, Villars, d'Huxelles, Tallard et d'Harcourt), le Chancelier de France, les 4 secrétaires d'État et le contrôleur général des Finances (d'après Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin, Coll. Tempus, 2020, p. 30 et suivantes).
  14. Christian Bouyer, Dictionnaire des reines de France, Perrin, p.303
  15. En avril-mai 1725, la nouvelle impératrice de Russie Catherine Ire proposait pourtant sa fille (qui était aussi celle de Pierre le Grand), la grande-duchesse Elisabeth, du même âge que Louis ; une prétendante quasi idéale. De plus, la proposition s'accompagnait d'une offre d'union offensive et défensive avec le puissant empire russe. Elle fut néanmoins repoussée, principalement parce que « Mme de Prie craignait avec un tel arrangement de perdre son influence à la Cour. Ce qu'elle voulait, c'était une petite oie innocente, obscure, docile, humble, soumise, malléable. |...| L'intérêt supérieur de la France n'effleura jamais l'esprit de Mme de Prie ». Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin, Collect. Tempus, 2018, p. 149-150.
  16. Elle a vingt-deux ans, lui quinze et demi.
  17. "Hercule de Fleury devenait premier ministre sans en avoir le titre. Il avait soixante-treize ans. |...| Trois quarts de siècle n'avaient pas été de trop pour se préparer à |...| exercer le souverain pouvoir dont il se sentait capable et le garder contre toutes les cabales. Ses ennemis devaient se consoler en songeant que la mort les libèrerait bientôt. Personne ne supposait qu'il demeurât seize ans en place.
    Le vieillard se contentait des réalités du pouvoir. Peu lui en importaient les apparences. Il cherche, au contraire, à se dissimuler derrière cet adolescent radieux qu'il aime comme un fils et, s'il fait de belles et bonnes choses, à les faire en son nom. Ce faisant, il prépare le gouvernement personnel du monarque qu'il a formé avec tant de soins et de zèle. Lorsqu'il mourra, la France, espère-t-il, ne s'apercevra pas que le pouvoir est passé sans transition du maître à l'élève." Maxime de Sars, Le Cardinal de Fleury, apôtre de la paix, Hachette, 1942, p. 88-89.
  18. C'est l'origine de l'expression, « Travailler pour le roi de Prusse », qui veut dire travailler sans rien récolter en échange.
  19. Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989, p. 989.
  20. Usufruitiers : ceux qui ont le droit de jouir d'une chose qui ne leur appartient pas en propre, par ex. des immeubles ou terrains dont ils ont l'usufruit. Sous l'Ancien Régime, selon le droit ecclésiastique, l'Église n'est pas propriétaire mais « dispensatrice » des biens qu'elle détient ; et ceux-ci, réservés par destination au service de Dieu et des pauvres, sont de droit divin et exempts comme tels de toute charge temporelle ; autrement dit, l'Église considère n'avoir que l'usufruit, la jouissance de biens qui appartiennent à Dieu et qui, en conséquence, ne sont pas imposables. (D'après Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989, p. 620-621).
  21. C'est-à-dire le bassin supérieur du Mississippi, principalement l'Illinois et l'Ohio.
  22. François Bluche, Louis XV, Perrin, Collect. Tempus, 2003, p. 118.
  23. Jusqu'à ce que, grisés par leur réussite en matière militaire et navale, ils cherchent, lors de la crise des Malouines entre Espagne et Angleterre, à déclencher une nouvelle guerre contre cette dernière et soient, le 24 décembre 1770, sèchement disgraciés. (François Bluche, Louis XV, 2003, p. 167-168.)
  24. Un office, inamovible, qui est la première dignité du royaume : il est chef de toute la magistrature et, au moins en principe, chef des Conseils (il y représente le roi en l'absence de celui-ci).
  25. Voir le paragraphe consacré à Choiseul, et particulièrement ce passage : "Choiseul réorganise l'armée, réorganise et développe la marine ; bien décidé à effacer la « honte » du traité de Paris (10 février 1763), il agit en grand patriote et prépare la revanche. Par contre, au passif de l'ère Choiseul, il faut mettre l'affaiblissement de l'autorité royale, le duc ayant une attitude plus qu'ambiguë vis-à-vis des parlements dont, d'une certaine manière, il protège l'insubordination . Dans les pleines années de sa faveur, le « roi Choiseul » se comporte parfois vis-à-vis de Louis XV comme une sorte de maire du palais. Enfin, grisé par les progrès réalisés en matière militaire et navale, il manigance une reprise des hostilités contre l'Angleterre à l'insu du roi qui, l'estimant prématurée, n'en veut pas. C'en est trop : le 24 décembre 1770, les deux Choiseul sont disgraciés", dans : Principaux ministres de Louis XV#Le règne personnel de Louis XV (1743-1774).
  26. Voir aussi, dans : Choiseul#Biographie, le sous-chapitre 1.4 : La disgrâce et l'exil.
  27. Les épices étaient des frais de justice arbitraires (fixés par consentement mutuel entre juge et plaideur), censés rémunérer la confection du rapport pendant la phase écrite du procès; en fait, un moyen pour le plaideur d'acheter la faveur du juge et d'influencer sa décision. Cette pratique judiciaire remontait au Moyen-âge.
  28. Le Lieutenant général de police est, par ordre de préséance, le 3ème magistrat du Tribunal de Grande Instance de Paris ou Châtelet, mais également et surtout un « tiercelet de ministre » (un « quasi-ministre »), admis au « travail du roi » avec lequel il s'entretient en tête-à-tête si besoin. À Paris, sous le contrôle de Maurepas (jusqu'à la disgrâce de celui-ci en 1749) puis de Saint-Florentin (jusqu'à son remplacement par Malesherbes en 1775), il veille sur la sûreté et l'ordre public, sur le ravitaillement de la ville, sur les métiers, sur le livre en général. La lieutenance de police de Paris est une administration qui, dans la deuxième partie du règne personnel de Louis XV, atteint une stabilité et une efficacité (administrative et policière) remarquables. C'est Antoine de Sartine qui, de 1759 à 1774 assume cette lourde et importante fonction (puis Louis XVI le nommera, en août 1774, Secrétaire d'État de la Marine).
  29. Jean-Christian Petitfils, Louis XV, 2018, p. 820.
  30. "Jamais la France n'a été si riche et si abondante en toutes sortes de manufactures, si ornée par la foule de ses savants, si bien cultivée dans les campagnes et si peuplée en habitants que sous le règne de Louis XV... Nulle époque de la monarchie ne nous présente une paix aussi longue... Jamais la France ne fut aussi heureuse que sous ce règne." Journal de l'abbé de Véri (année 1778), publ. par le baron J. de Witte (Paris, 1928-1930).
  31. Cependant, l'indispensable réforme fiscale en profondeur n'ayant pas eu lieu, si le royaume était prospère, l'État, lui, demeurait pauvre. (D'après Bernard Hours, article Les derniers feux de l'Ancien Régime, dans "Le Figaro Histoire n° 64, oct. - nov. 2022 : Louis XV, le mal-aimé", extrait de la p. 51).
  32. Quand on lui annonce la mort de Louis XV, l'ex-dauphin désormais Roi de France s'écrie : « Quel fardeau ! Et l'on ne m'a rien appris. Il me semble que l'univers va tomber sur moi ! » Pierre Gaxotte, La Révolution française, Fayard, édit. de 1962, p. 85.
  33. Un bilan inspiré du Louis XV de François Bluche (Perrin, 2003), du Louis XV de Jean-Christian Petitfils (Perrin, 2018) et, dans une moindre mesure, de Louis XV, l'inconnu bien aimé d'Yves Combeau (Belin, 2016).
  34. L'Académie royale de chirurgie est créée, fin 1731, sur ordre de Louis XV qui, plus tard, fait construire pour elle de nouveaux bâtiments (1769-1774) par l'architecte Jacques Gondouin, au n° 12 de l'actuelle rue de l'École-de-Médecine, Paris VIème. Ces magnifiques bâtiments, inspirés de la Grèce antique et de style néo-classique, sont aujourd'hui ceux de la Faculté de Médecine (Université Paris V-René Descartes).
  35. Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi (de 1742 à la fin du règne de celui-ci), bâtit le Petit Trianon dans le parc de Versailles, et c'est probablement son chef d'oeuvre.
  36. Yves Combeau, Louis XV, l'inconnu bien-aimé, 2016, p. 214
  37. Les attributions du Contrôleur général sont immenses. "Patron" d'un collège de 5 à 7 intendants des finances (à la fois ses seconds et ses collaborateurs), il administre non seulement les finances et la fiscalité, mais aussi les affaires économiques, le commerce, l'industrie, les mines, les ponts et chaussées, les eaux et forêts... soit six ou sept départements, qu'on appellerait aujourd'hui des ministères (d'après François Bluche, Louis XV, Édit. Perrin, 2003, p. 255).
  38. La vie économique du royaume en est accélérée. Les transports, notamment des marchandises, deviennent moins coûteux, ce qui favorise le commerce. Il se répand dans toutes les régions du pays, et même au dehors : le commerce extérieur du royaume quadruple de 1715 à 1787. (P. Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, p. 394.)
  39. À ce titre, elle figure parmi les apports positifs du règne... même si, en bridant les parlements, elle supprime un système de concertation et dialogue du pouvoir avec ceux qui se disent, abusivement, les représentants de la nation française.
  40. François Bluche, Louis XV, Perrin, 2003, p. 185.
  41. François Bluche, Louis XV, Perrin, 2003, p. 184.
  42. Au passif du règne de Louis XV, on fait généralement figurer, bien sûr, la perte de la Nouvelle-France (Canada et Louisiane) et de la plus grande partie de l'empire colonial d'alors. Cette perte, dont les raisons sont données en introduction de l'article (dans une des notes de bas-de-page), ne peut que très partiellement être imputée au règne (en tout cas, personnel) de Louis XV.
  43. ... alors que le royaume de France est une monarchie de droit divin, dont le monarque est roi « par la grâce de Dieu », et où le catholicisme est la seule religion autorisée de l'État.
  44. La bulle Unigenitus, promulguée par le pape Clément XI en septembre 1713, condamne 101 propositions contenues dans l'ouvrage : Les Réflexions morales du Père Quesnel (un théologien janséniste spirituellement proche de l'abbé de Saint-Cyran). Ces propositions jansénistes sont jugées non conformes à la stricte doctrine catholique et dangereusement proches du calvinisme ; en un mot : hérétiques.
  45. Il y a une réaction nobiliaire et une réaction seigneuriale. Il faut les distinguer. 1. La réaction nobiliaire se manifeste : - au gouvernement (dès 1743, la haute aristocratie entre au ministère : les Argenson, Paulmy, Bernis, Choiseul, Belle-Isle, Praslin, Aiguillon), - au Parlement (dont les membres, neuf fois sur dix choisis dans la noblesse, se prétendent libéraux mais sont, à coeur, des conservateurs purs et durs), - à l'entrée des carrières militaires (où un monopole des grades est réclamée pour la noblesse et où les preuves d'y appartenir deviennent quasi nécessaires ; par ex. il faut prouver quatre degrés de noblesse pour être admis, depuis 1753, à l'école militaire de Paris ; et la même preuve est exigée, à partir de 1755, pour entamer une carrière dans la marine et espérer devenir officier des vaisseaux), - au niveau des "carrières" épiscopales (durant son règne personnel, Louis XV ne nomme que 3 roturiers sur 145 prélats), - enfin à la Cour, où la vérification des preuves de noblesse pour y servir est renforcée en 1759 (preuves testimoniales pour les mousquetaires ou gendarmes de la Garde, preuves écrites strictes pour les chevau-légers). Comme d'autres souverains européens, Louis XV est convaincu qu'il n'y a de bons lieutenants qu'issus de la petite noblesse. 2. La réaction seigneuriale. Elle fait référence aux grands propriétaires terriens (possiblement roturiers) qui s'acharnent à agrandir leurs domaines et à en accroître la rentabilité. Dans ce but, ils essaient de s'emparer des terres communales (à la propriété mal définie), alors que les paysans du lieu sont accoutumés à en faire usage. En cas de conflit entre le seigneur (grand propriétaire du lieu) et les paysans (ou petits propriétaires ruraux), l'intendant de la province en question prend trop souvent parti, par solidarité nobiliaire et terrienne, pour le seigneur et ses arguments économiques de rentabilité, contre le modeste paysan qui n'invoque que la coutume. Une autre façon pour les grands propriétaires de rentabiliser leurs domaines est de procéder à la mise à jour et légitimation du cadastre local ou terriers (les registres des droits seigneuriaux dûs par les tenanciers qui exploitent le domaine). Cette opération nécessite l'accord du Conseil du roi qui, en règle générale, autorise la rénovation des terriers et... c'est au détriment des petits exploitants. Là encore, les arguments économiques de rentabilité (vantés par les agronomes et ces nouveaux économistes qu'on appelle les physiocrates) l'emportent sur une attitude sociale d'encouragement à la petite propriété rurale. Cette réaction seigneuriale (des grands propriétaires terriens de l'époque) s'avérera une des causes sociales de la Révolution. (D'après François Bluche, Louis XV, Belin, 2003, p. 185-189.)
  46. (Christianisme) Communier, c'est recevoir la communion (le sacrement de l'eucharistie), recevoir le corps du Christ sous la forme d'une hostie. Un chrétien (et a fortiori le Roi Très-Chrétien) doit communier au minimum une fois l'an et, pour ce faire, être en état de grâce.
  47. c'est-à-dire en position mal assurée sur son point d'appui : le catholicisme, et vis-à-vis de ce qu'elle (la royauté) incarne : le choix de Dieu pour gouverner le royaume de France.
  48. "(Sous l'apparente prolongation de l'absolutisme louis-quatorzien) la société avait changé en profondeur, s'était complexifiée, l'opinion publique s'était développée au point de devenir une puissance spécifique, pas seulement dans les couches cultivées, avec la philosophie des Lumières, mais dans les milieux populaires, où des agitateurs obscurs faisaient courir contre le roi les pires rumeurs." (D'après Jean-Christian Petitfils, article Le mystère Louis XV, dans "Le Figaro Histoire n° 64, oct. - nov. 2022 : Louis XV, le mal-aimé", extrait de la p. 62).
  49. Les affaires de religion (les querelles jansénistes) comme les Affaires Étrangères (l'implication passéiste et aventureuse de la France dans la Guerre de Succession d'Autriche) mettent en évidence « l'embarras de l'autorité royale devant les phénomènes d'opinion et son manque de moyens pour les affronter et les maîtriser. » Malgré un pouvoir en théorie absolu, le roi semble incapable de s'élever au-dessus des incohérences de l'opinion publique et de limiter son ingérence dans les grands intérêts de l'État. Son gouvernement étant presque désarmé dans le domaine de "la communication", le roi, en cas de désaccord avec l'opinion publique, peine énormément à faire saisir le bien-fondé de sa politique et à réfuter les arguments et thèses adverses. C'est une grave carence de la royauté. (D'après : Michel Antoine, Louis XV, 1989, p. 309).
  50. Or l'opinion publique (travaillée par les "philosophes", les encyclopédistes et autres gens d'esprit, les journaux, pamphlets, publications clandestines, placards séditieux, etc.) est devenue sous son règne un acteur social majeur. Voyez ce qu'en dit Necker dans son livre De l'Administration des Finances de la France (1784) : « Depuis la Régence, la puissance de l'opinion publique s'est accrue progressivement, et elle serait aujourd'hui difficile à détruire. Elle règne sur tous les esprits et les princes eux-mêmes la respectent, toutes les fois qu'ils ne sont pas entraînés par de trop grandes passions : les uns la ménagent volontairement, par l'ambition qu'ils ont de la faveur publique ; et les autres, moins dociles, y sont encore soumis sans s'en apercevoir, par l'ascendant de ceux qui les entourent. |...| C'est ainsi que la plupart des étrangers, pour des motifs différents, ont peine à se faire une juste idée de l'autorité qu'exerce en France l'opinion publique : ils comprennent difficilement ce que c'est qu'une puissance invisible qui, sans trésors, sans gardes et sans armée, donne des lois à la ville, à la Cour et jusque dans le palais des rois. Cependant, rien n'est plus vrai, rien n'est plus remarquable. »
  51. "Dès 1731, le chancelier D'Aguesseau le soulignait : « Le roi ne domine pas sur les opinions des hommes. Il juge les particuliers et les particuliers le jugent. » Vingt ans plus tard, ce tribunal de l'opinion deviendra une redoutable machine de guerre contre la monarchie de droit divin." (J.-C. Petitfils, article Le mystère Louis XV, dans "Le Figaro Histoire n° 64", extrait de la p. 62).
  52. François Bluche, Louis XV, 2003, p. 200.
  53. Prétendument, les « Pères de la Patrie », mais qui, en fait, « excellèrent à dissimuler sous leurs tirades humanitaires et libérales les idées les plus arriérées et les intérêts les plus égoïstes. Ils parvinrent à faire échouer les plus utiles réformes parce qu'elles étaient contraires à leurs privilèges de classe et, en particulier, l'égalité devant l'impôt |...| Ils paralysaient la monarchie et dénonçaient son immobilité ! » (P. Gaxotte, La Révolution française, Fayard, 1962, p. 83.)
Article mis en lumière la semaine du 06 mars 2023.
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