Sacre

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Un sacre est une cérémonie religieuse qui donne un caractère sacré (donc en rapport avec Dieu) à une personne. Généralement la personne sacrée reçoit l'onction d'une pommade sainte administrée par un chef religieux. L'origine du sacre semble être la pratique des Hébreux de l'Antiquité dont le roi recevait l'onction par le grand prêtre ou par un prophète, agissant selon la croyance au nom de Yahvé. Le sacre s'est transmis dans la civilisation chrétienne. Les rois Carolingiens et les rois Capétiens connaissaient la cérémonie du sacre. D'autres souverains européens étaient aussi sacrés. Aujourd'hui le souverain britannique est toujours sacré.

Attention.png Ne pas confondre avec le sacrement ou le couronnement.

Origines du sacre[modifier | modifier le wikicode]

Le sacre semble être une création des Hébreux au moment de l'apparition de la royauté (un peu avant 1000 avant Jésus Christ). D'après la Bible, le roi Saül est sacré par le juge Samuel afin de renforcer son pouvoir sur les différentes tribus. Par la suite, Samuel, en désaccord avec Saül, sacre secrètement le jeune David qui sera le successeur de Saül.

Le sacre réapparait, au VIIe siècle en Europe chrétienne au temps de la monarchie wisigothique d'Espagne. Les rois francs de la dynastie mérovingienne ne sont pas sacrés.

Chez les Francs carolingiens, le roi Pépin le bref afin de faire légitimer son usurpation du pouvoir se fait sacrer à Soissons par saint Boniface aux alentours du début 752, puis dans la basilique de Saint-Denis par le pape Étienne II en 754. Les fils de Pépin, l'aîné Carloman et le cadet Charlemagne, sont sacrés en même temps que leur père ce qui renforce leur légitimité. Le sacre impérial de Louis Ier le Pieux, fils de Charlemagne, a eu lieu à Reims en 816 par le pape Étienne IV. Notons qu'à la Noël de 800, à Rome, Charlemagne a été seulement couronné empereur d'Occident par le pape Léon III.

Le sacre des rois de France[modifier | modifier le wikicode]

Le sacre du roi Philippe V en 1317
Le couronnement du roi Philippe II Auguste en 1179

Lieux du sacre[modifier | modifier le wikicode]

Le lieu étant variable auparavant, le sacre des rois de France se passe, à partir de 1027, à Reims, en souvenir du baptême de Clovis Ier qui a eu lieu dans cette ville vers 496. Cependant le roi Louis VI a été sacré à Orléans et Henri IV a été sacré à Chartres, car la ville de Reims était alors entre les mains de ses adversaires, la famille de Guise et les Ligueurs, quant au roi Louis XVIII il n'a pas été sacré.

Déroulement du sacre[modifier | modifier le wikicode]

Le sacre ne fait pas le roi. On devient roi au moment précis où le prédécesseur meurt : c'est ce que rappelle la formule dite à cet instant par le Chancelier de France « le roi est mort. Vive le roi », le premier roi étant le défunt, le second le nouveau roi. Il n'y a pas d'interruption de la royauté.

Le sacre peut se dérouler plusieurs mois après l'arrivée du roi sur le trône. La cérémonie a lieu un dimanche, jour réservé à Dieu dans la religion chrétienne. La cérémonie est présidée par l'archevêque de Reims qui est entouré des évêques de Laon et de Beauvais ainsi que par les princes du sang, les pairs de France représentants les plus grands fiefs du royaume et les plus grands dignitaires du pays.

La cérémonie du sacre s'est lentement mise en place au cours du Moyen Âge. À l'époque moderne elle comprend plusieurs étapes :

  • la prestation du serment : le roi jure qu'il protégera l'Église catholique et les biens qu'elle possède dans le royaume ainsi que de combattre les hérétiques
  • l'adoubement du roi avec les insignes de chevalier qui sont apportés de l'abbaye de Saint-Denis où ils sont conservés : on remet au roi les souliers, l'éperon d'or et l'épée
  • l'onction du sacre avec un chrême fabriqué avec une parcelle de substance tirée de la Sainte Ampoule, conservée à l'abbaye de Saint-Rémi de Reims et qui est apportée suspendue par un collier d'or au cou du prieur de l'abbaye. L'archevêque de Reims fait neuf onctions sur le corps du roi, grâce à des ouvertures pratiquées dans les vêtements su sacre: sur le haut de la tête, sur la poitrine, entre les deux épaules, sur l'épaule droite puis sur l'épaule gauche, ensuite sur la jointure du bras droit puis celle du bras gauche et enfin sur la paume des deux mains. Désormais le roi est « roi par la grâce de Dieu ».
  • la remise des insignes royaux : on passe au roi une tunique couleur jacinthe brodée de fleurs de lys en fil d'or puis on lui enfile une chape et un surcôt. Ces vêtements ressemblent à des vêtements portés par les prêtres catholiques. L'anneau royal est le symbole de l'union du roi, de l'Église catholique et du peuple. On remet au roi le sceptre qui est le signe du commandement et la main de justice.
Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Regalia.
  • le couronnement : la couronne est maintenue au dessus de la tête du roi par tous les pairs présents, puis posée sur la tête du roi par l'archevêque de Reims. On remet également au roi l'épée qui depuis le XIIIe siècle est sensée être Joyeuse l'épée de Charlemagne.
  • les pairs rendent l'hommage vassalique, les personnes présentes acclament le roi (c'est le rappel de l'antique désignation des rois par les seigneurs et les guerriers)
  • un Te Deum est chanté et on procède à un lâcher d'oiseaux ...
  • suit une messe où le roi communie sous les deux espèces (le pain et le vin) comme le font les prêtres catholiques.

Le sacre place le roi à part des autres laïcs de son royaume, il est « choisi » par Dieu. La population chrétienne croit que désormais le roi dispose de pouvoirs de guérisseur (c'est un roi thaumaturge). On lui présente des malades atteints des écrouelles, qu'il touche et qui sont sensés être guéris. La personne du roi est inviolable, toute atteinte physique volontaire, même superficielle, est considérée comme un crime (le régicide) et est punie de la peine de mort (généralement par écartellement).

Sacre des reines de France[modifier | modifier le wikicode]

Les reines de France étaient aussi sacrées, en présence du roi mais au cours d'une cérémonie particulière.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Sacre des reines de France.

Le sacre ailleurs[modifier | modifier le wikicode]

En Espagne[modifier | modifier le wikicode]

Bien que réapparu en Espagne, le sacre des rois ne se maintient en Castille que jusqu'à la fin du XIVe siècle. Il disparait totalement après l'unification réalisée par les Rois catholiques au XVe siècle.

En Angleterre[modifier | modifier le wikicode]

Le sacre remonte au début du Xe siècle et est toujours en usage : Élisabeth II, l'actuelle reine du Royaume-Uni, a été sacrée et couronnée en juin 1953.

La cérémonie a lieu dans l'église de l'abbaye de Westminster à Londres. Elle comprend quatre parties: la proclamation du souverain par le peuple et le serment fait par le souverain de maintenir l'Église anglicane ; l'onction sur les paumes, la poitrine et le sommet de la tête ; la remise des habits et des insignes royaux ; l'intronisation sur le trône d'Édouard Ier. Le souverain est sacré par l'archevêque de Canterbury.

Dans l'empire byzantin[modifier | modifier le wikicode]

Le sacre des empereurs byzantins n'apparait qu'à la fin du XIIe siècle. Le patriarche de Constantinople, chef du clergé orthodoxe, faisait un signe de croix sur la tête de l'empereur puis lui imposait la couronne. Pendant la cérémonie religieuse l'empereur agissait comme un prêtre, en particulier la communion sous les deux espèces.

Dans le Saint-Empire romain germanique[modifier | modifier le wikicode]

Reprenant la tradition carolingienne, le roi de Germanie Othon Ier se fait sacrer empereur par le pape à Rome en février 962. À la Noël 967, il fait sacrer son fils, le futur Othon II, par le pape. Tant qu'il n'est pas sacré par le pape, le prince, élu par les grands seigneurs allemands, est dénommé roi de Germanie et roi des Romains. En 1452, Frédéric III du Saint-Empire est le dernier empereur germanique à se rendre à Rome pour se faire sacrer par le pape.

À partir de 1562, les empereurs germaniques sont sacrés à Francfort-sur-le-Main par l'archevêque de Mayence (dont dépend l'évêché de Francfort) en alternance avec l'archevêque de Cologne (dont dépend Aix-la-Chapelle, ancienne capitale impériale, où sont couronnés les rois de Germanie).

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • Wikipédia article sur le sacre [1]
  • Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Bordas
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