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Guerre de Succession d'Autriche

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Guerre de Succession d'Autriche
La bataille de Fontenoy, par Édouard Detaille.
La bataille de Fontenoy, par Édouard Detaille.
Informations générales
Dates 16 décembre 1740 – 18 octobre 1748
Lieu Europe, Inde, Amérique du Nord
Cause Alors que certains États (Bavière, Saxe...) contestent la Pragmatique Sanction, la Prusse envahit la Silésie.
Issue Traité d'Aix-la-Chapelle
Marie-Thérèse d'Autriche est confirmée sur le trône des Habsbourg.
Changements territoriaux La Prusse s'empare de la Silésie
Belligérants
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La guerre de Succession d'Autriche est une guerre européenne qui s'est déroulée de 1740 à 1748.

Le conflit éclate suite au rejet par certains États de la Pragmatique Sanction, qui léguait à la fille de Charles VI du Saint-Empire, Marie-Thérèse, les États héréditaires des Habsbourgs.

La guerre se déroule en Silésie où la Prusse signe un traité de paix en 1742. En Bohême, la Bavière et la France prennent Prague, puis reculent en 1742 ; en 1743, ils subissent des revers pendant leur retraites. Entre 1744 et 1748, la France concentre alors ses efforts vers les Pays-Bas autrichiens où elle est victrorieuse.

La Guerre se termine en 1748 avec la signature du Traité d'Aix-la-Chapelle en 1748

L'archiduchesse Marie-Thérèse d'Autriche à environ 13 ans.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Depuis le début du XVIIIe siècle, il s'était constitué à Londres un puissant lobby colonial soutenu par les négociants de la City et des ports anglais. À partir de 1737, ce lobby devient de plus en plus hostile au pacifisme de Robert Walpole, Premier ministre de Grande-Bretagne, grâce auquel cette dernière reste neutre pendant la guerre de Succession de Pologne entre la France et l'Autriche, conflit qui se termine par le traité de Vienne du 18 novembre 1738.

Les batailles de la Guerre de l'oreille de Jenkins, notamment le siège de Carthagène des Indes (13 mars - 20 mai 1741), désastreux pour les Anglais.

À peine un an plus tard, le 25 octobre 1739, les Britanniques déclarent la guerre à l'Espagne. Au prétexte de conflits commerciaux (notamment générés par une contrebande anglaise1 abusive) dans la mer des Caraïbes qui baigne une partie des colonies espagnoles d'Amérique. Mais fondamentalement, parce que la Grande-Bretagne ambitionne de s'emparer du trafic commercial mondial2 que l'Espagne entretient avec son empire colonial. Pour cela, les Anglais doivent conquérir les quatre ports espagnols du bassin des Caraïbes : Vera-Cruz au Mexique, Carthagène des Indes en Colombie, Porto Bello au Panama, enfin La Havane à Cuba, par lesquels transite tout le trafic commercial entre l'Espagne et ses colonies d'Amérique ou d'Asie du sud-est. Les Bourbons de France et d'Espagne étant parents et alliés (avec pas mal d'intérêts communs aux Caraïbes), la guerre hispano-anglaise, dite Guerre de l'oreille de Jenkins3, finira par se confondre avec la guerre de Succession d'Autriche et ne s'achèvera qu'avec le traité d'Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748).

Devenu roi le 31 mai 1740, Frédéric II de Prusse va, contre toute attente, se révéler un redoutable stratège.
  • Le 31 mai 1740, à la mort de son père Frédéric-Guillaume Ier, Frédéric II devient roi de Prusse, alors un petit royaume de deux millions et demi d'habitants, mais fort d'une armée de 80.000 hommes et riche d'un trésor de guerre.
  • Le 20 octobre de la même année, l'empereur Charles VI meurt à son tour. En vertu de la Pragmatique Sanction acceptée par quasiment tous les États d'Europe, sa fille Marie-Thérèse lui succède à la tête de la monarchie autrichienne. Louis XV et Fleury la reconnaissent légitime souveraine des territoires héréditaires des Habsbourg. Mais pour ce qui est de la couronne du Saint-Empire (élective) et qui devait normalement revenir à l'époux de Marie-Thérèse, François III de Lorraine, Louis XV et Fleury, sous la pression de leur opinion publique (anti-autrichienne) et craignant aussi, peut-être, que le grand-duc de Toscane devenu empereur ne veuille récupérer la Lorraine, décident finalement de soutenir la candidature d'un allié traditionnel de la France : Charles Albert de Bavière. Il est l'un des neuf princes-électeurs et, lui, n'a pas accepté la Pragmatique Sanction qui, estime-t-il en tant que neveu de l'empereur défunt, le lèse.
  • Prenant de court tous les partis intéressés, Frédéric II envahit la Silésie4 et s'en empare en moins de trois semaines (16 décembre 1740-3 janvier 1741).

Chronologie de ses principales péripéties[modifier | modifier le wikicode]

Marie-Thérèse, une jeune reine à l'indomptable coeur de roi.

Les fusils de l'armée prussienne tirent tellement plus vite[modifier | modifier le wikicode]

L'infanterie prussienne s'impose à Mollwitz (10 avril 1741).

Devant le coup de force prussien, Marie-Thérèse est d'abord bien seule pour organiser la contre-offensive, son allié britannique, empêtré aux Caraïbes dans le siège de Carthagène des Indes (qui, pour lui, se terminera en désastre : mars-mai 1741), ne manifestant que peu d'envie à lui prêter main forte.

L'armée de 15.000 hommes, que la jeune souveraine lance au printemps 1741 contre l'envahisseur, frôle la victoire à Mollwitz, le 10 avril, avant d'y être finalement battue du fait de la puissance de feu des fusils armant l'infanterie prussienne (ils tirent 5 coups à la minute, quand ceux des Autrichiens n'en tirent que trois). C'est la première bataille rangée et première victoire de Frédéric II. Mais Marie-Thérèse n'en démord pas, elle reprendra la Silésie, la plus riche province de Bohême et la plus peuplée.

Louis XV et Fleury se laissent entraîner dans le conflit[modifier | modifier le wikicode]

  • Cédant à l'opinion publique5 et profitant de l'actuelle faiblesse militaire et diplomatique de Marie-Thérèse, Louis XV et Fleury décident d'envoyer, à la diète de Francfort devant élire le nouvel empereur du Saint-Empire, un ambassadeur extraordinaire : Belle-Isle, chargé de soutenir la candidature du duc de Bavière (en faisant pression de toute la puissance de la France sur les autres membres du collège électoral). Mais il n'est pas dans leur intention de se mêler de la guerre Prusse / Autriche ; pour eux, c'est une affaire strictement allemande... Sauf qu'une fois à Francfort (fin mars 1741), l'anti-autrichien et belliciste Belle-Isle, outrepassant ses directives, promet à Charles Albert de Bavière, en cas d'un conflit déclaré avec l'Autriche (car le duc, contestant la prise de possession par Marie-Thérèse de l'intégralité des États héréditaires habsbourgeois, revendique la Bohême), un fort soutien armé de la France, qui n'interviendrait qu'à titre d'« auxiliaire » des troupes bavaroises. Par ailleurs, séduit par les arguments et promesses de Frédéric II (qui, à défaut d'une entente avec son oncle George II, se contenterait d'une avantageuse alliance avec la France), il insiste auprès de Fleury et du roi pour une alliance franco-prussienne. Le 4 juin 1741, Frédéric II et Belle-Isle signent à Breslau une alliance défensive de quinze ans6 : en échange de sa voix en faveur de Charles Albert de Bavière à l'élection impériale, Louis XV garantit à Frédéric II7 la possession de la Basse-Silésie. En septembre, la Saxe 8 se joint à la coalition.
Charles Louis Auguste Fouquet. Alors comte de Belle-Isle, il se met, fin 1740, à la tête de ceux qui veulent la guerre avec l'Autriche. Lui y gagnera d'être nommé maréchal, duc et pair de France, successivement. Cela lui vaudra aussi pas mal de déconvenues, ainsi qu'un deuil cruel.
  • Cependant, Marie-Thérèse reste très déterminée à défendre ses États. Le 25 juin 1741, elle est couronnée reine de Hongrie à Presbourg. Une armée de 40.000 hommes lui est votée par la diète hongroise.
  • Le 10 juillet 1741, Louis XV, après un Conseil de neuf heures, décide que deux armées françaises entreront en Allemagne, au titre d'« auxiliaires » de l'Électeur Charles Albert de Bavière (ce qui permet d'éviter une déclaration de guerre à Marie-Thérèse). L'une, de 37.000 hommes, commandée par Maillebois, neutralisera les Anglais au Hanovre9 ; l'autre, de 40.000 hommes, aux ordres de Belle-Isle, opérera en Bavière. Bref, la France s'implique dangereusement dans une sorte de Guerre de Succession au Saint-Empire où, à l'évidence, elle prend parti contre Marie-Thérèse.

Au début, tout va bien pour les troupes françaises[modifier | modifier le wikicode]

  • L'armée franco-bavaroise de Belle-Isle s'empare de Linz, le 10 septembre 1741, et de la Haute-Autriche en octobre.
  • Mais au lieu de foncer sur Vienne qui n'est qu'à deux jours de marche, elle bifurque, selon le désir bavarois, vers la Bohême10 et s'empare de Prague, la capitale bohémienne, dans la nuit du 25 au 26 novembre.
  • Le 7 décembre, Charles Albert de Bavière est reconnu roi par les États de Bohême.
  • Enfin, le 25 janvier 1742, il est élu à l'unanimité empereur du Saint-Empire sous le nom de Charles VII. La dignité impériale échappe aux Habsbourg pour la première fois en 304 ans11. Pour Belle-Isle, c'est un triomphe diplomatique. Mais où est l'intérêt de la France dans cette dangereuse aventure ?

Puis le vent tourne[modifier | modifier le wikicode]

  • En octobre 1741, à Klein-Schnellendorf, Marie-Thérèse signe un accord secret, une trêve avec Frédéric II : en échange de l'évacuation totale de la Silésie par les Autrichiens, Frédéric s'engage à ne plus agir offensivement contre la reine de Hongrie ; et seul le cabinet anglais est informé de cet accord secret.
  • Profitant de la trêve avec la Prusse, Marie-Thérèse lance une contre-attaque contre les forces franco-bavaroises et leur reprend Linz, le 23 janvier 1742, la veille même12 de l'élection au trône impérial de Charles VII. À la suite de quoi, les troupes autrichiennes pénètrent en Bavière.
Charles Emmanuel III, roi de Sardaigne, prince de Piémont et duc de Savoie (1701-1773). Presque aussi "tourne-veste" que Frédéric II.
  • Le 1er février, elle signe un second accord avec Charles Emmanuel III de Piémont-Sardaigne (oncle maternel de Louis XV) : moyennant une reconnaissance des droits de Charles-Emmanuel dans le Milanais, elle obtient son soutien en Italie contre la France et l'Espagne.
  • Le 11 février de cette même année 1742, nouvelle modification du rapport des forces en présence : Robert Walpole est obligé de démissionner, et c'est John Carteret qui prend les manettes du pouvoir en Grande-Bretagne. Avec pour objectif caché de bien ancrer la France dans un conflit continental (dont l'Angleterre se promet de tirer, sur mer, tous les bénéfices), il décide de soutenir activement Marie-Thérèse en levant au Hanovre9 une armée qui défendra sa cause (la Pragmatique Sanction), d'où son nom d'« armée pragmatique ».
John Carteret (1690-1763), 2ème comte de Granville. Un adversaire acharné de la France.
  • Les Autrichiens poursuivent leur avancée en Bavière et la capitale Munich, mal défendue par le maréchal bavarois von Törring, capitule le 23 février 174213.
  • La trêve de Klein-Schnellendorf étant devenue caduque, Frédéric II attaque en Moravie, s'empare d'Olmütz, puis entré en Basse-Autriche, il défait à Chotositz (17 mai 1742) Charles de Lorraine, beau-frère de Marie-Thérèse, qui perd 15.000 hommes (morts ou faits prisonniers) dans la bataille.
  • L'armée française de Bohême (qui avait pris Prague et dont le commandement quotidien est maintenant assuré par Broglie) étant mal en point14, l'allié prussien pourrait lui venir en aide, sauf que Frédéric II, désormais en position de force vis à vis de Marie-Thérèse, ne songe qu'à conclure avec elle une paix séparée et avantageuse.
  • Sous la pression de son nouvel allié anglais, dont les subsides lui sont indispensables et qui, lui, a hâte de voir clos l'épisode austro-prussien, afin que l'Autriche puisse tourner toutes ses forces contre la France, Marie-Thérèse est contrainte de signer (11 juin 1742) les préliminaires de Breslau avec son cousin et ennemi Frédéric II, à qui elle cède le comté de Glatz et à peu près toute la Silésie. Le traité définitif (concluant la 1ère guerre de Silésie) est signé à Berlin le 28 juillet.
  • Ses objectifs atteints, Frédéric II se retire de la coalition15, en violation des engagements pris envers la France, qu'il laisse16 désormais supporter seule le poids d'une guerre que lui-même a déclenchée.

Les Français sont chassés de Bohême[modifier | modifier le wikicode]

Fils de personne, François de Chevert n'a pu obtenir le grade qu'il méritait : maréchal de France. Il fut quand même largement honoré et, à sa mort, inhumé dans l'église Saint-Eustache, au coeur du quartier des Halles à Paris. Noter, sur la plaque commémorative, l'orthographe ancienne de "aïeux".
  • Délivrée de la menace prussienne, Marie-Thérèse peut concentrer ses forces sur Prague où l'armée française de Broglie s'est repliée en juin 1742.
  • À Prague, les 18.000 hommes de l'armée de Bohême (dont Belle-Isle a repris le commandement à Broglie) sont encerclés par 60.000 Austro-Hongrois. Maillebois, qui était chargé de surveiller le Hanovre en Allemagne du nord, reçoit l'ordre de leur porter secours, mais son armée, en chemin, est si harcelée par les uhlans hongrois qu'il doit y renoncer ; il se retire derrière le Danube, en Bavière.
  • En novembre, l'arrivée de nouvelles troupes autrichiennes autour de Prague durcit encore le siège. Et Marie-Thérèse, inflexible, refuse de négocier.
  • Le 18 novembre, Frédéric II, accentuant son revirement, signe à Westminster un traité défensif avec Lord Carteret, devenu le chef effectif du cabinet britannique. Le 11 décembre, Carteret signe aussi, au nom de la Grande-Bretagne, une entente avec la Russie (traité de Moscou). La neutralité anglaise dans le conflit fond comme neige au soleil.
  • Dans la nuit du 16 au 17 décembre, Belle-Isle, obéissant aux ordres de repli, force le blocus autrichien et quitte Prague avec 14.000 de ses hommes. Au terme d'une retraite de 150 km, héroïque mais très éprouvante (d'autant qu'effectuée en plein hiver), il parvient à rejoindre la ville d'Egra, encore aux mains des Français, pour faire route ensuite vers le Rhin. Resté dans Prague avec moins de 4.000 hommes dont seulement 1.800 valides, le lieutenant-colonel Chevert17 résiste aux assauts autrichiens pendant 18 jours et ne capitule le 2 janvier 1743 qu'« avec les honneurs de la guerre » et le droit de ramener ses troupes en France. Quoi qu'il en soit, la flamboyante politique de Belle-Isle se termine en terrible fiasco, et ses revers de Bohême font pâlir son étoile aux yeux de Versailles et Paris.
  • En revanche, Marie-Thérèse a plutôt brillamment rétabli la situation. Elle a perdu la Silésie, mais repris la Bohême et elle tient quasiment la Bavière. La coalition anti-autrichienne18 a éclaté en vol. Et Charles VII, moins allié que vrai boulet pour la France, n'a plus rien (ni armée, ni argent, ni territoires) qu'une couronne impériale branlante sur la tête.

Le repli français sur le Rhin[modifier | modifier le wikicode]

Le talentueux comte d'Argenson est ministre et secrétaire d'État de la guerre, du 8 janvier 1743 au 1er février 1757. À ne pas confondre avec le marquis d'Argenson, son frère aîné, qui ne détient les Affaires Étrangères qu'un peu plus de 2 ans (fin 1744-début 1747).
  • Se pressentant à l'extrême bout de sa vie, Fleury réaffirme une dernière fois, le 10 décembre 1742, à l'ambassadeur hollandais19 à Paris, son désir d'une paix générale et se plaint du comportement belliqueux de la Cour d'Angleterre : « Tous les sentiments de bonne foi, de justice et d'équité y sont entièrement étouffés et anéantis ». Il meurt le 29 janvier 1743. Le roi, tout près d'avoir trente-trois ans, annonce que désormais il gouvernera sans Premier ministre.
  • Au cours des premières campagnes de la guerre, la perte d'entraînement des armées françaises, leur manque d'encadrement et de matériel, ainsi que des mésententes au niveau du haut commandement (notamment entre Belle-Isle et Broglie) étaient clairement apparus. Nouveau ministre de la guerre, le comte d'Argenson va s'employer à réorganiser l'infanterie, la cavalerie et à augmenter l'ensemble de l'effectif qui dépassera bientôt les 200.000 hommes. Aucun autre État ne dispose d'autant de troupes. Encore faut-il des maréchaux compétents pour utiliser cette force à bon escient.
  • N'ayant pu, l'année précédente, porter secours aux forces françaises encerclées dans Prague, Maillebois, après avoir ramené son armée en Bavière, en cède le commandement à Broglie. Mais celui-ci, devenu asthénique avec l'âge, n'est plus que l'ombre de lui-même. D'abord, il ne s'entend pas avec l'état-major bavarois. Puis, quand il apprend que les Autrichiens de Charles de Lorraine ont franchi le Danube, au lieu de faire front et de résister, il désobéit aux ordres et bat en retraite, pour finalement évacuer le duché et se retirer derrière le Rhin, en Alsace. Louis XV le destitue et le remplace par Noailles qu'il vient de faire entrer au gouvernement20 et qui a sa confiance.
  • Le 13 mai 1743, dans Prague libérée, Marie-Thérèse est couronnée reine de Bohême. À juste 26 ans, la voilà solidement installée à la tête des États dont elle a hérité. Il ne lui reste plus qu'à se débarrasser du pauvre Charles VII, pour que le passage de flambeau entre son père et le couple qu'elle forme avec son mari soit parfaitement réalisé.
  • Le 18 juin, Charles VII doit quitter Munich en catastrophe, la ville étant sur le point de retomber aux mains des Autrichiens. Le 27 juin, la Bavière se soumet à l'Autriche.

La Grande-Bretagne entre en action au côté de l'Autriche[modifier | modifier le wikicode]

George II à Dettingen en 1743.
  • Après la chute de Walpole, Carteret et George II ont levé au Hanovre des troupes anglo-hanovrienne devant servir d'« auxiliaires » à Marie-Thérèse. Elles sont peu à peu renforcées de contingents austro-hessois. Une « armée pragmatique »21 d'environ 50.00 hommes est ainsi constituée, sous les ordres du comte de Stair. S'avançant vers le sud et bientôt rejointe par le roi George II en personne (18 juin 1743), elle se retranche sur la rive droite du Main, au-dessous de Francfort ; mais le ravitaillement venant à manquer, il est décidé de rebrousser chemin. Noailles, venant à leur rencontre à la tête d'une armée de 60.000 hommes encore "en rodage", décide de leur couper la route. Le choc a lieu le 27 juin au matin, à Dettingen (dans le nord de la Bavière). Noailles est battu. Une défaite sans vraie conséquence, mais... quel camouflet pour les Français qui, en fait, ont laissé échapper la victoire.
Article à lire : Bataille de Dettingen.
  • Le 26 juillet, les troupes françaises ont, du fait de l'indiscipline du maréchal de Broglie puis de la défaite de Dettingen, évacué la Bavière et se sont repliées en-deçà du Rhin. C'est aussi pour Louis XV une façon de marquer son désir de paix, mais ses adversaires n'en ont, eux, nulle envie, à commencer par la Grande-Bretagne.
  • Humilié par cette succession de revers, Louis XV, aidé du comte d'Argenson, améliore et accélère, par toute une série d'ordonnances, la réorganisation et le renforcement de son armée (particulièrement au niveau de l'artillerie, des effectifs, de la discipline et de l'intendance).

La France leur déclare la guerre[modifier | modifier le wikicode]

Louis XV, au mieux de sa forme à 34-35 ans.

Profitant diplomatiquement du succès anglais à Dettingen, et toujours animé de sentiments belliqueux envers la France, Lord Carteret met sur pied une alliance entre : Autriche, Grande-Bretagne/Hanovre, Sardaigne et Saxe/Pologne, traité signé à Worms le 13 septembre 174322. Les clauses prévoient, entre autres, la prise de possession par Marie-Thérèse de l'Alsace, la Lorraine et des Trois-Évêchés. Revoilà la France menacée de dépeçage. En réponse à Worms, Louis XV déclare la guerre à Charles Emmanuel III de Piémont-Sardaigne, son oncle maternel, car sa participation franche au traité est synonyme d'un front de guerre austro-sarde développé en Italie du nord et sur la frontière des Alpes, ce que Louis XV interprète comme un coup de poignard dans le dos.

Les Bourbons d'Espagne et d'Italie restent les seuls alliés de la France. Obligé de se rapprocher de Madrid, Louis XV signe un second pacte de famille, au prix de conditions particulièrement avantageuses pour le roi d'Espagne (notamment la conquête du Milanais et du duché de Parme et Plaisance pour l'Infant don Philippe23 ; et la reconquête de Gibraltar et de Minorque, dont les Anglais l'ont dépossédé24). Dans cette guerre d'ampleur qui s'annonce, la France n'a aucune revendication territoriale à défendre ou faire valoir !

Maurice de Saxe (1696-1750), maréchal de France et grand héros de la guerre de Succession d'Autriche.

On discute, au Conseil d'En-Haut, de la campagne de 1744. Il est décidé que les Flandres, dans les Pays-Bas autrichiens, seront le principal théâtre des opérations militaires ; Louis XV et Noailles y conduiront l'armée. En Italie du Nord, une seconde armée de 30.000 hommes, renforcée de l'armée espagnole, sera confiée au prince de Bourbon-Conti. Belle-Isle, en partie revenu en grâce, s'occupera de la défense des Trois-Évêchés, dans l'Est du pays. Enfin, l'organisation d'un débarquement en Angleterre (10.000 hommes commandés par Maurice de Saxe) est convenu.

Le 15 mars 1744, Louis XV déclare la guerre à George II et le 26 avril, à Marie-Thérèse (jusqu'à présent, les affrontements ne s'étaient faits qu'entre « troupes auxiliaires » de l'empereur Charles VII et « troupes auxiliaires » ou pas de la reine de Hongrie).

Dans l'intervalle des deux déclarations, Louis nomme, le 7 avril, le comte Maurice de Saxe : maréchal de France. Sage décision, car il en aura besoin.

Louis XV attaque en Flandre et Frédéric II en Bohême, ils sont à nouveau alliés[modifier | modifier le wikicode]

Septembre 1744. Rappelé d'urgence en Bohême par Marie-Thérèse, Charles de Lorraine et son armée retraversent le Rhin, un peu en aval de Strasbourg.

Au premier trimestre 1744, craignant que l'alliance anglo-autrichienne ne remette en cause son annexion de la Silésie, Frédéric II propose à Louis XV un traité secret d'assistance militaire que celui-ci juge intéressant et accepte, même s'il garde bien en mémoire le précédent abandon de son ancien allié. Le traité franco-prussien contre Marie-Thérèse est finalement signé le 5 juin à Paris.

Cependant, la campagne de 1744 commence couci-couça : 1. Pour ce qui est du débarquement en Angleterre, la tempête d'abord puis la flotte anglaise l'interdisent (1er-8 mars), ce qui désespère Charles-Édouard Stuart25. 2. En Italie du nord, le prince de Conti occupe Nice et entre en Piémont, mais échouant à prendre Coni (22 oct. 1744), il se retire derrière la frontière française.

Ça se passe mieux en Flandre où, de mai à juillet, Louis XV est à la tête de ses troupes, au côté de Noailles et de Maurice de Saxe. Courtrai, Menin, Ypres et Furnes tombent entre leurs mains. Mais les nouvelles du front de l'Est sont mauvaises : franchissant le Rhin, Charles de Lorraine et une armée de 60.000 hommes obligent le vieux maréchal de Coigny à se replier, entrent dans Saverne et approchent de Strasbourg. Alors, laissant à Maurice de Saxe (avec suffisamment de troupes) le soin de couvrir la Flandre, Louis XV décide, le 19 juillet, de se porter avec Noailles à la rencontre des Autrichiens. Mais arrivé à Metz, il tombe gravement malade et manque de mourir (8-26 août).

À la fin 1744, Frédéric II est en position très précaire. Bousculées par les Austro-Saxons et décimées par la dysenterie, ses troupes ont dû se retirer en Silésie.

Pendant ce temps, les troupes de Frédéric II (80.000 hommes) envahissent la Bohême et la Moravie. Elles prennent Prague le 2 septembre. Pour bloquer la progression prussienne, l'armée de Charles de Lorraine est rappelée d'urgence. Sans doute préoccupé par la maladie du roi, Noailles réagit à retardement et laisse passer l'occasion d'attaquer l'armée autrichienne, alors que sa retraversée précipitée du Rhin la met en situation de faiblesse.

Afin de regrouper ses forces (car Vienne est sous la menace des troupes prussiennes), Marie-Thérèse fait évacuer une partie de la Bavière. Charles VII peut se réinstaller à Munich, la capitale de son duché.

Rétabli, Louis XV rejoint, après un bref passage à Strasbourg le 5 octobre, l'armée d'Alsace qui assiège Fribourg-en-Brisgau. La place allemande capitule le 6 novembre. Le roi rentre le 13 à Paris qui l'accueille en liesse.

Ayant progressé à marche forcée vers la Bohême, l'armée de Charles de Lorraine y rejoint celle d'Otto von Traun et ensemble, elles réussissent à reprendre Prague aux troupes prussiennes et à les obliger à battre en retraite vers le comté de Glatz (fin novembre 1744)26, puis la Silésie.

Belle-Isle, alors qu'il se rendait à Berlin pour discuter de nouveaux plans offensifs avec Frédéric II, est, le 20 décembre, illégalement arrêté (puisqu'il bénéficiait de l'immunité diplomatique) à un relais de poste (de plus, en territoire neutre) par des gardes hanovriens et expédié à Londres où il est détenu, avec son frère le chevalier de Belle-Isle, dans une tour du château de Windsor.

1745. La guerre fait rage, mais Frédéric II, ses objectifs atteints, s'en retire[modifier | modifier le wikicode]

Les ennemis de la France sont de plus en plus nombreux : au traité de Varsovie (8 janvier 1745), la Pologne (et donc la Saxe8), la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies (ou république de Hollande) s'allient à la reine de Hongrie et de Bohême.

L'empereur Charles VII meurt à Munich le 20 janvier, à peine trois ans après avoir été élu. Et son fils, le nouveau prince-électeur de Bavière, renonce à revendiquer le trône impérial. Il négocie la paix (Paix de Füssen, 22 avril 1745) avec Marie-Thérèse, lui promettant d'accorder sa voix à François III de Lorraine.


Ce pourrait être l'occasion pour la France de se rapprocher de la reine de Hongrie, en favorisant cette fois l'élection de son époux à l'Empire. Mais le nouveau secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, le marquis d'Argenson, prétendument pacifique mais à l'esprit rigide et anti-autrichien, ne fait rien en ce sens. Et outre-Manche, aucune ouverture en faveur de la paix ne se dessine vraiment27.

La victoire de Fontenoy. À en croire Napoléon, elle prolongea de trente ans l'Ancien Régime.

Une reprise de la campagne de Flandre28,29 est donc préparée. Elle débouche, le 11 mai 1745, sur l'importante victoire de Fontenoy, obtenue sur les Austro-Anglo-Hollandais par le maréchal de Saxe en présence de Louis XV, et suivie, le 23 juin, par la capitulation de Tournai. Entre juillet et octobre, Gand, Bruges, Audenarde, Ostende, Nieuport et Ath tombent30 aux mains des Français.

Article à lire : Bataille de Fontenoy.
Marie-Thérèse, reine de Hongrie, de Bohême et de Croatie, archi-duchesse d'Autriche, etc., dite, à partir de fin 1745, l'« Impératrice-Reine ».

Ayant, fin 1744, repoussé avec succès l'invasion de la Bohême par les troupes prussiennes, puis signé au printemps 1745 un traité de paix avec la Bavière, ainsi qu'une alliance avec l'Électeur de Saxe8 (qui lui apporte 30.000 hommes contre la Prusse), l'Autriche décide de passer à l'offensive en Silésie. Mais les troupes austro-saxonnes, conduites par Charles de Lorraine et le Saxon Rutowski, sont battues à trois reprises par Frédéric II : à Hohenfriedberg le 4 juin31, à Soor le 30 septembre, enfin à Kesseldorf le 15 décembre de façon décisive. Le 21 du même mois, la mort dans l'âme, Marie-Thérèse signe avec Frédéric le traité de Dresde, qui met un terme à cette 2ème guerre de Silésie et confirme la cession définitive, "irrévocable", de cette province à la Prusse. De plus, Frédéric II obtient d'Auguste III de Pologne qu'il lui paie un très lourd tribut de guerre en échange de la restitution de la Saxe. Moyennant quoi, le roi de Prusse lâche Louis XV, qu'il laisse à nouveau seul face à la Grande-Bretagne et à l'Autriche. Et jusqu'au traité final de 1748, il n'interviendra plus dans la guerre.

L'héritière des Habsbourg, dans cette année plutôt noire pour elle, doit se contenter d'une victoire politique symbolique : le 13 septembre, son époux François III de Lorraine devient l'empereur François Ier. C'était un de ses objectifs depuis le début du conflit.

La colonie de l'île Royale (ou île du Cap-Breton), à l'extrême Est de la Nouvelle-France. Les zones jaune pâle de la carte figurent, pour leur partie gauche : l'Acadie française, et pour leur partie basse médiane : les territoires d'Acadie devenus anglais au traité d'Utrecht de 1713 et renommés Nouvelle-Écosse (la frontière "admise" entre les deux colonies étant l'isthme de Chignectou).

Autre souci pour Marie-Thérèse et Charles Emmanuel III, son allié déclaré depuis le traité de Worms du 13 septembre 1743 : en Italie, les troupes franco-espagnoles, après avoir suivi la route de la Riviera, bifurquent vers le nord et s'emparent successivement de Tortone, Plaisance, Parme, Pavie. Le 23 septembre, les Français du maréchal de Maillebois battent l'armée sardo-piémontaise de Victor Emmanuel à Bassignano, puis assiègent la ville forte d'Alexandrie, alors que les Espagnols marchent, eux, directement sur Milan, où l'Infant don Philippe23 entre le 19 décembre. Cependant, la désunion entre les armées française et espagnole est manifeste.

Une conséquence un peu différée de la victoire de Fontenoy et des nombreux prisonniers anglais faits à cette occasion est la libération de Belle-Isle et de son frère, fin août 1745 après huit mois de captivité, l'Angleterre espérant en retour un geste semblable de la part de la France.

Débarquement de troupes anglaises pour l'attaque de Louisbourg, au Canada (en Nouvelle-France).

Les relations franco-britanniques sont, néanmoins, plus tendues que jamais, suite à deux évènements majeurs : 1. La prise, le 28 juin, de la forteresse de Louisbourg32 par les colons anglais (après un siège de près de deux mois) et donc de l'île Royale (ou île du Cap-Breton). Or Louisbourg joue un rôle clé dans la protection du Canada français et la surveillance de la pêche dans le golfe du Saint-Laurent. 2. L'expédition improvisée de Charles Édouard Stuart, le prétendant jacobite33 qui, parti de Saint-Nazaire de sa seule initiative, débarque le 24 juillet dans les Hébrides et rejoint l'Écosse qu'il gagne facilement à sa cause (qui est de chasser de Londres l'usurpateur hanovrien). À la tête d'une petite armée de Highlanders34, il entre dans Edimbourg, puis bat, le 21 septembre à Prestonpans, les forces gouvernementales en Écosse. Du coup, le gouvernement français décide, le 14 octobre, d'envoyer le duc de Richelieu à la tête d'un petit corps expéditionnaire aider Charles Édouard Stuart et les jacobites à renverser George II. Mais les préparatifs traînent, du fait de la mauvaise volonté du secrétaire d'État de la Marine et des colonies Maurepas qui, lui, préfèrerait une opération navale pour reprendre Louisbourg. L'automne venant, le mauvais temps et la tempête se mettent à nouveau de la partie, bloquant la petite expédition dans les ports de Calais, Dunkerque et Boulogne. Sans ce soutien français, l'armée de Charles Édouard, trop peu nombreuse et mal équipée, n'est pas en mesure d'attaquer Londres. Le 16 décembre, elle y renonce. En revanche, George II rappelle du continent son fils Cumberland et un surcroît de troupes.

1746. La France s'impose aux Pays-Bas ; ailleurs, c'est plus contrasté[modifier | modifier le wikicode]

Les Français concentrent toujours leur effort de guerre sur les Pays-Bas autrichiens. Ils y sont aux prises avec les Anglo-Hollandais (et, dans une moindre mesure, les Autrichiens). Dans les pays allemands et sur le Rhin, les opérations militaires ont cessé. Par contre, elles persistent et parfois font rage en Italie du Nord, sur mer et aux colonies, mais de façon assez décousue, sans une réelle coordination entre les trois continents (Europe, Amérique et Asie).

Après avoir renoncé à attaquer Londres, la petite armée jacobite de Charles Edouard Stuart est repartie en Écosse. Le 17 janvier, elle y remporte une dernière bataille à Falkirk contre la cavalerie de Henry Hawley (un fils bâtard de George II), puis remonte dans le nord pour y passer l'hiver. Le 27 avril, elle est écrasée à Culloden, près d'Inverness, par l'armée régulière du duc de Cumberland, deux fois plus nombreuse et bien mieux équipée. Cumberland fait achever les blessés, égorger les fuyards, ce qui lui vaut le surnom de « boucher de Culloden ». Il exerce ensuite pendant plusieurs mois une impitoyable répression sur les populations soupçonnées de jacobitisme. Ce n'est qu'en février de l'année suivante qu'il reviendra sur le continent accompagné des troupes qu'il avait emmenées avec lui.

En plein hiver 1746, le maréchal de Saxe s'empare de Bruxelles, après un siège de 20 jours.

Maurice de Saxe profite de ce que Cumberland soit en Angleterre pour reprendre les opérations en plein hiver. En 20 jours (30 janvier - 20 février), il force Bruxelles à capituler et les Français entrent, tambours battants, dans la ville (que jamais Louis XIV n'avait réussi à prendre). Il y fait 15.000 prisonniers. Un butin considérable est saisi : 108 canons, 30 pontons, 450.000 rations alimentaires pour les chevaux, etc. Louis XV rejoint le comte de Saxe à Bruxelles le 4 mai. Celui-ci dispose désormais d'une armée de 180.000 hommes. Il obtient, dans la foulée, la capitulation de Louvain, Malines, Anvers, où Louis XV entre le 4 juin. Une suite d'évènements familiaux le font momentanément revenir en France :

  • le 9 juillet à Madrid : mort de Philippe V d'Espagne35.
  • le 22 juillet à Versailles : sa fille Marie-Thérèse d'Espagne, 20 ans et femme du Dauphin Louis, meurt aussi, trois jours après avoir accouché d'une petite fille (qui ne vivra pas deux ans). Le Dauphin, à peine 17 ans, est accablé de chagrin.
11 octobre 1746. À Raucoux (près de Liège), victoire décisive de Maurice de Saxe sur l'armée anglo-hanovrienne et hollandaise de Charles de Lorraine, John Ligonnier et du prince de Waldeck.

La guerre, elle, continue. Les Hollandais étant protégés par leur neutralité (officielle), Maurice de Saxe se contente de compléter la conquête des Pays-Bas autrichiens : prise de Mons (10 juillet), de Charleroi (2 août), de Namur (30 septembre). Le 11 octobre, il affronte l'armée des coalisés (Anglo-Hanovriens commandés par Charles de Lorraine, et Hollandais par le prince de Waldeck) à Raucoux (aujourd'hui Rocourt), près de Liège. C'est une victoire décisive des Français : les coalisés y perdent au moins 7.000 hommes, et les Français : 3.000. Présent à la bataille, Louis XV est persuadé que tous ces succès vont enfin décider l'Angleterre et l'Autriche à demander la paix. En tout cas, la victoire de Raucoux entrouvre la porte donnant sur les Provinces-Unies.

En Italie du nord, la paix de Dresde signée avec la Prusse (25 décembre 1745) permet à Marie-Thérèse d'envoyer, dans les premiers mois de 1746, un renfort de 40.000 hommes, via le Tyrol, dans la plaine milanaise. Du coup, la situation se retourne. Les troupes franco-espagnoles, surclassées en nombre, doivent reculer. Les Austro-Sardes reprennent le contrôle d'Asti, d'Alexandrie, de Milan, de Parme. Le 16 juin, les Franco-Espagnols conduits par Maillebois sont sévèrement battus, à Plaisance, par les troupes autrichiennes du comte Ulysse-Maximilien de Brown. Le 4 septembre, les Autrichiens occupent Gênes, puis Vintimille et Nice. Les Franco-Espagnols doivent repasser le Var. Début novembre, Belle-Isle, envoyé en Provence, remplace Maillebois à la tête des troupes françaises. Mais les Espagnols du marquis de La Mina ne coopèrent que de mauvaise grâce. Le 30 novembre, les Austro-Sardes franchissent le Var et envahissent le territoire national. Castellane tombe ; l'île Marguerite est occupée.

Le 26 juillet, Marie-Thérèse et la tsarine Élisabeth signent un traité, dans lequel la Russie s'engage à fournir à son alliée un corps de 35.000 hommes. Étant en guerre avec la France, il est évident que c'est contre elle que l'Impératrice-Reine utilisera ces troupes russes.

Joseph François, marquis Dupleix (1697-1763), gouverneur des Établissements français de l'Inde.
L'Inde française (1741-1754).

Suite à la saisie de quelques-uns de ses navires marchands par des vaisseaux de guerre anglais36, Dupleix, le gouverneur général de la compagnie française des Indes (dont l'entrepôt principal est à Pondichéry) appelle à son secours La Bourdonnais, amiral et gouverneur général des îles Mascareignes (c'est à dire les îles de France et Bourbon, aujourd'hui nommées îles Maurice et de la Réunion). La petite escadre de La Bourdonnais est longue à se mettre en route. Elle n'arrive que début juillet dans les parages de Ceylan et, entre-temps, presque tous les navires marchands de la compagnie française des Indes ont été capturés par les Anglais. Le 6 juillet, La Bourdonnais remporte la victoire navale de Négapatam (combat indécis mais fuite de l'escadre anglaise de sept vaisseaux de guerre, commandée par le commodore Edward Peyton) sur la côte de Coromandel, atteint enfin Pondichéry où il débarque les renforts en hommes et canons apportés. Dans l'intervalle et en matière de représailles, Dupleix a préparé en secret un coup de main sur Madras (l'entrepôt principal de la compagnie anglaise, situé quelque 150 km plus au nord). Attaqué par terre et par mer, démoralisé par la fuite de l'escadre anglaise, Madras se rend pratiquement sans combattre, le 21 septembre 1746. Puis une querelle éclate entre Dupleix et La Bourdonnais (qui voudrait rendre la ville aux Anglais contre le paiement d'une rançon). Finalement, Dupleix renvoie La Bourdonnais dans ses îles, et reste réduit à ses seules forces. Avec les 500 hommes dont il dispose – et parmi eux, 300 cipayes (ou soldats indiens de l'époque coloniale), il garde néanmoins Madras envers et contre tous. Et dans les dernières semaines de la guerre de Succession d'Autriche, il résistera victorieusement à l'amiral anglais Boscawen qui l'assiège dans Pondichéry.

1747. Mettre un terme à cet interminable conflit[modifier | modifier le wikicode]

Par l'ambassadeur de France à Madrid, Belle-Isle obtient du nouveau roi d'Espagne (et fils du précédent) Ferdinand VI la soumission totale du marquis de La Mina à son commandement. À la mi-janvier 1747, disposant désormais d'une armée franco-espagnole de 50.000 hommes (dont 6.000 cavaliers), face à des forces austro-sardes équivalentes, il peut redresser la situation. Le 21, lançant la contre-attaque, il reprend Castellane. Puis Draguignan, Fréjus, La Napoule et, le 1er février, Grasse. L'ennemi repasse le Var, dans l'autre sens ; il perd dans l'aller-retour 5.000 soldats, contre moins d'une centaine côté français. En mai, François de Chevert libère les îles de Lérins. Poursuivant sa contre-offensive, Belle-Isle oblige les Austro-Sardes à lever le siège d'Antibes, les chasse de Nice, de Vintimille (le 1er juillet) et finalement de Gênes (dont les habitants s'étaient d'ailleurs soulevés contre l'occupant autrichien), forçant les Anglais à lever le blocus naval du port.

Le 9 février, Louis XV remarie le Dauphin Louis, (17 ans) (qui pleure toujours sa première femme Marie-Thérèse d'Espagne, décédée six mois plus tôt), avec Marie-Josèphe de Saxe (15 ans). Fille cadette du roi de Pologne et Électeur de Saxe, elle est aussi la nièce du Maréchal de Saxe, ce qui, du coup, intègre celui-ci à la famille de France. Il faut sortir le Dauphin de son chagrin ; l'héritier du trône, seul fils vivant de Louis XV, doit assurer sa descendance, la continuité de la lignée ; c'est un mariage forcément politique, mais qui sera heureux.

Bataille du col de l'Assiette (19 juillet 1747), où meurt le chevalier de Belle-Isle, frère cadet et alter ego du duc.

Louis XV ayant ordonné d'en finir avec Charles Emmanuel III, Belle-Isle décide de prendre sa capitale Turin. Cela nécessite de traverser les Alpes. Il divise son armée en deux colonnes, et l'une, forte de 32 bataillons (25.000 hommes), emprunte le col de l'Assiette. Prévoyant que les Français passeraient par ce col, Charles Emmanuel III fait fortifier le lieu (ou plateau de l'Assietta, à plus de 2.500 m d'altitude) et y retranche son armée (13 bataillons sardes, renforcés de mercenaires et volontaires suisses, soit 15.000 hommes). Le 19 juillet 1747, Sardes et Suisses repoussent, cinq heures durant, les assauts français. Total : 5.000 morts ou blessés du côté français, dont le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, qui commandait cette colonne ; 300, côté sarde. C'est la seule défaite, mais cinglante, de Belle-Isle, alors qu'il est en commandement en Provence et Italie du nord. Elle rend l'invasion du Piémont et la prise de Turin impossibles.

Louis XV et Maurice de Saxe à la bataille de Lauffeld (2 juillet 1747). Victoire française, chèrement acquise.
18 septembre 1747. Après 70 jours de siège, les Français du comte de Lowendal prennent d'assaut Berg-op-Zoom. Anglais et Hollandais sont "sonnés", assommés par la chute de cette place réputée imprenable.
La ville-forteresse de Berg-op-Zoom en 1747.
Membre majeur du cabinet anglais, le duc de Newcastle fait traîner en longueur les négociations de paix (commencées à Bréda dès 1746), dans l'espoir, toujours déçu, d'une amélioration de la position anglo-hollandaise aux Pays-Bas.

Sur le front principal (les Pays-Bas), une campagne contre les Provinces-Unies, officiellement neutres mais en fait alliées des Anglais, est décidée par Louis XV et le maréchal de Saxe, l'objectif étant la conquête de la Flandre et du Brabant hollandais. La déclaration de guerre, motivée par "leur comportement hostile", est signifiée aux Provinces-Unies le 17 avril : "Sa Majesté le Roi conquerra une à une vos places fortes, jusqu'à ce qu'un terrain d'entente soit trouvé". Après les premières prises (L'Ecluse, Issendick, Sas-de-Gand, Hulst, le fort de Sandberg), les Hollandais appellent à leur aide et au pouvoir Guillaume IV d'Orange-Nassau (gendre de George II), le 8 mai. Maurice de Saxe et Louis XV envisagent d'assiéger Maëstricht. Une forte armée austro-anglo-hanovrio-hollandaise commandée par Cumberland et Guillaume d'Orange protège la ville et s'est retranchée à Lauffeld. C'est là qu'a lieu la bataille, le 2 juillet, et c'est encore une victoire française. Mais non décisive, car le field-marshal John Ligonnier, adjoint de Cumberland, sauve, par ses charges de cavalerie, l'armée britannique de l'anéantissement, lui permettant de se retirer vers Maëstricht et, de là, derrière la Meuse ; il est fait prisonnier, mais son action rend la prise de la ville irréalisable pour le moment. Du coup, Maurice de Saxe confie un détachement de 30.000 hommes à son brillant second, le comte Woldemor de Lowendal, avec pour mission de prendre Berg-op-Zoom, ville-forteresse stratégique de Hollande et qui, constamment ravitaillée par la mer, passe pour inexpugnable. La ville est investie le 11 juillet. Occupée à défendre Maëstricht, l'armée anglo-hollandaise ne peut venir à son secours. Après 70 jours d'un siège difficile, Berg-op-Zoom tombe le 18 septembre37 et elle est mise à sac, Lowendal l'abandonnant au pillage. Cette prise avec, comme conséquence immédiate, un énorme butin : 292 canons, 17 navires bourrés de vivres, etc., est un exploit retentissant qui vaut à Lowendal le bâton de maréchal. La chute de la forteresse hollandaise donne aux Français le contrôle total de l'Escaut ; elle leur ouvre les Provinces-Unies. Ajoutée à la défaite de Lauffeld, elle oblige Hollandais et Anglais à reprendre des négociations de paix, qui traînaient en longueur depuis les pourparlers préliminaires de Bréda en 1746. Ils y sont d'autant plus contraints, que Maëstricht est toujours sous la menace de l'armée de Maurice de Saxe et que si la ville et son pont sur la Meuse sont pris, un vrai boulevard s'ouvre devant les troupes françaises, jusqu'au cher Hanovre de George II.

Après la bataille du Cap Ortégal et la capture de L'Invincible, son capitaine Saint-Georges remet son épée à l'amiral Anson du Western Squadron.
Bataille du Cap Finisterre. L'Intrépide affronte plusieurs vaisseaux anglais.

Sur mer et outremer, la guerre est plus éprouvante. En 1744, la France ne peut déjà opposer que 51 vaisseaux de ligne (ou vaisseaux de guerre) aux 120 de la flotte britannique, et au fil des ans, cette infériorité numérique ne fera qu'empirer. Alors, pour assurer la liaison maritime (à fins commerciales) avec les colonies des Antilles, d'Amérique septentrionale et de l'océan Indien, une politique d'escorte des convois marchands par la marine de guerre (les vaisseaux de ligne devant aller jusqu'au sacrifice pour la sauvegarde des navires marchands) est systématiquement adoptée. Elle donne d'abord de bons résultats, la France faisant jeu égal avec l'Angleterre, la perte de Louisbourg au Canada en juin 1745 étant compensée par la prise de Madras aux Indes en septembre 1746. Mais en 1747, la constitution d'une flotte anglaise, le Western Squadron38, spécialisée dans l'attaque des convois39, modifie l'équilibre en faveur des Anglais. La marine française est frappée par deux fois, au large de l'Espagne. 1. Le 14 mai, au cap Ortégal, où un double convoi de 55 navires marchands à destination du Canada et de Pondichéry, protégés par six vaisseaux de ligne aux ordres du marquis de La Jonquière, est attaqué par le Western Squadron ; au terme d'une longue bataille très inégale, les six vaisseaux de ligne français (dont L'Invincible, une merveille de technique) sont capturés, la plupart des navires marchands réussissant, eux, à s'échapper. 2. Le 25 octobre, au cap Finisterre, où un convoi de 252 navires marchands à destination des Antilles, protégé par les huit vaisseaux de ligne du marquis de L'Estuandère, se heurte encore au redoutable Western Squadron. Après sept heures d'un combat acharné — tandis que la grande majorité des navires marchands s'esquivent et que 210 d'entre eux arriveront à bon port — six vaisseaux de ligne français sont pris. Deux parviennent à s'échapper : Le Tonnant (vaisseau amiral, 80 canons) et L'Intrépide (74 canons), les deux seuls vaisseaux de guerre français rescapés des incessantes attaques navales anglaises, quand se signera le traité de paix.

1748. Enfin la paix[modifier | modifier le wikicode]

La paix est maintenant désirée par tous les belligérants. Les Hollandais, que des liens multiples (commerciaux, financiers, idéologiques) unissent aux Anglais, sont au bord de la banqueroute et dans l'incapacité de soutenir plus longtemps l'effort de guerre ; l'Angleterre elle-même est étranglée financièrement40, quasi exsangue. De son côté, la France, dans le cas d'une prolongation des hostilités, risque — du fait de la suprématie maritime manifeste de l'Angleterre et de ce qu'elle ne peut être atteinte dans son île — la paralysie (voire la ruine totale) de son commerce avec les colonies et, à court terme, la perte de celles-ci. Bref, d'un côté comme de l'autre, il devient urgent de pactiser.

En décembre 1747, Maurice de Saxe et Cumberland entrent en pourparlers. Suite à quoi le marquis de Puysieulx, le nouveau41 ministre des Affaires Étrangères français, et Lord Sandwich, l'ambassadeur anglais à La Haye, conviennent qu'un nouveau congrès s'ouvrira à Aix-la-Chapelle en avril 1748, afin de négocier des conditions de paix. Dans l'incapacité de poursuivre le combat sans l'aide financière anglaise, l'impératrice-reine est, elle aussi, prête à négocier.

Les deux diplomates français envoyés à Aix-la-Chapelle (le comte de Saint-Séverin, plénipotentiaire de Louis XV, et La Porte du Theil, bras droit de Puysieulx) y font valoir des instructions étonnamment modérées, sur la base d'un retour au statu quo ante, proposant que les choses soient remises dans l'état où elles étaient avant la guerre, par une restitution mutuelle des conquêtes.

Maëstricht capitule le 7 mai 1748.

Parallèlement, pour faire pression sur les négociations, la prise de Maëstricht est décidée. Maurice de Saxe, scindant son armée en deux, se charge d'investir la ville par la rive gauche de la Meuse, tandis que Lowendal le fait par la rive droite. Le siège commence le 10 avril. La perspective d'une prise de la ville, donc l'imminence d'une invasion française de l'entièreté des Provinces-Unies par la route de la Meuse contraignent le cabinet britannique à chercher un accord au plus vite avec les représentants de Louis XV, en faisant fi des objections de ses alliés sardes ou autrichiens.

Le 30 avril, les plénipotentiaires français, anglais et hollandais signent des préliminaires de paix. Devant la ferme résolution des trois pays signataires à conclure la paix, leurs alliés respectifs, principalement l'Autriche (par le comte de Kaunitz, son plénipotentiaire) et le Piémont-Sardaigne d'un côté, l'Espagne de l'autre, finissent par accepter ces préliminaires comme base des négociations.

Maëstricht capitule le 7 mai. Le 11, un armistice général est conclu. Il faut ensuite plusieurs mois pour que la paix soit définitivement signée, au traité d'Aix-la-Chapelle du 18 octobre 1748, entre la France, la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies. Une paix qui devient générale, les autres puissances belligérantes42 signant dans les jours qui suivent, certaines sans empressement (l'Autriche le 17 novembre, la Sardaigne le 20).

L'Europe, après le traité de paix d'Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748).

Voici les principaux termes du traité. Au Canada, la France récupère de l'Angleterre Louisbourg et l'île du Cap-Breton, en échange de Madras (aux Indes) que La Bourdonnais et Dupleix lui ont arrachée. Sinon, en Europe, elle restitue toutes ses conquêtes : Berg-op-Zoom et Maëstricht aux Hollandais ; l'intégralité des Pays-Bas autrichiens (ou Belgique) à Marie-Thérèse ; la Savoie et le comté de Nice à Charles Emmanuel III de Piémont-Sardaigne. Celui-ci acquiert de Marie-Thérèse la partie du Milanais à l'est du Tessin. L'impératrice-reine voit ses territoires définitivement amputés du duché de Silésie et du comté de Glatz, qui restent à Frédéric II (par confirmation du traité de Dresde du 25 décembre 1745). Elle perd également le duché de Parme et Plaisance qui revient à don Philippe23, le demi-frère du roi d'Espagne régnant Ferdinand VI. Don Carlos (frère aîné de don Philippe et futur Charles III d'Espagne, à partir de 1759) garde, lui, les royaumes de Naples et de Sicile. En Italie du nord, le duc de Modène et la république de Gênes recouvrent l'entièreté de leurs territoires qu'occupaient les Austro-Sardes. Enfin, la France reconnaît la pleine légitimité de la maison de Hanovre sur le trône de Grande-Bretagne et s'engage à expulser de son sol le prétendant Stuart43, Charles Edouard.

Une paix blanche[modifier | modifier le wikicode]

Un imprimé du traité d'Aix-la-Chapelle. "LE ROY", c'est Louis XV, et le "Roy Catholique", c'est Ferdinand VI d'Espagne.

Cette paix blanche, sans vainqueur ni vaincu, a de quoi surprendre, car après la série de victoires et de prises de villes des armées françaises aux Pays-Bas, Louis XV est quand même plutôt en position de force. Or son plénipotentiaire aux négociations d'Aix-la-Chapelle, le comte Saint-Séverin, y révèle d'emblée que : « Sa Majesté très-chrétienne a le souci de faire la paix non en marchand mais en Roi ». Annoncer aussi clairement ses intentions (leur caractère désintéressé) n'est pas dans les habitudes de la diplomatie. Louis XV s'est expliqué de son attitude dans une lettre qu'il adresse le 5 mai 1748 à son cousin et allié Ferdinand VI d'Espagne44. Le roi a vraiment hâte de mettre un terme à cette guerre (dans laquelle il s'est malencontreusement laissé entraîner), hâte de refermer cette dramatique parenthèse et de reprendre son règne, comme si elle n'avait jamais eu lieu. Cependant, malgré sa royale magnanimité... ou son « angélisme »45, ce traité si peu avantageux pour la France, cette "paix blanche" ne remettent pas vraiment les choses telles qu'elles étaient avant.

Célébration allégorique de la paix d'Aix-la-Chapelle. Par Jacques Dumont le Romain.
  • La Prusse ressort comme la principale bénéficiaire de la guerre, puisqu'elle garde la Silésie dont elle s'est impudemment et impunément emparée.
  • La Sardaigne s'agrandit un peu (de quelques terres lombardes).
  • L'Espagne progresse en Italie (obtention du duché de Parme et Plaisance, confirmation des royaumes de Naples et Sicile), mais Gibraltar et Minorque46 restent aux Anglais.
  • L'Autriche récupère les Pays-Bas autrichiens47, mais perd la précieuse Silésie et recule aussi en Italie. Dans ce contexte, la confirmation du titre impérial de François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse prend des allures de prix de consolation48.
  • La France et la Grande-Bretagne restituent leurs conquêtes territoriales. Celles, que rend la France (en plus de Madras échangée contre Louisbourg et l'île de Cap-Breton), sont considérables : un bout des Provinces-Unies, toute la Belgique, la Savoie, Nice... tandis que la Grande-Bretagne — qui, depuis 1747, a conquis la suprématie maritime et règne sur les mers — conserve évidemment cet avantage49.
  • La Grande-Bretagne conserve aussi pour quatre ans supplémentaires ses privilèges commerciaux (le monopole de l'asiento50 et du vaisseau de permission) dans les colonies espagnoles d'Amérique.

À moins que ce ne soit qu'une trêve[modifier | modifier le wikicode]

Cette paix est non seulement mal reçue de l'opinion51 et de l'état-major52 français, mais surtout elle ne règle rien et laisse tout en suspens. Ce n'est donc qu'une trêve.

Sur le continent, tout ce que la France a gagné en s'entêtant dans une conduite anti-autrichienne archaïque qui n'avait plus sa raison d'être, c'est d'avoir détruit l'équilibre des Allemagnes au bénéfice de la Prusse. Si elle s'obstine dans cette attitude, elle continuera de travailler pour le roi de Prusse ; si elle change son fusil d'épaule, elle deviendra l'ennemie d'une puissance militaire qui s'est révélée redoutable, en même temps qu'elle sera entraînée à épouser les griefs de Marie-Thérèse qui, ayant toujours en tête de reprendre la Silésie à la Prusse, rumine sa vengeance. Dans l'un ou l'autre cas, l'Angleterre est assurée d'avoir un allié militaire sur le continent, si la guerre vient à se rallumer.

La colonie de Nouvelle-France, au sortir de la guerre de Succession d'Autriche (milieu du XVIIIème siècle)53.

Car entre la France et l'Angleterre, rien n'est réglé. Surtout pas la concurrence commerciale entre les deux pays (qui était leur seul véritable intérêt dans ce conflit). Outre-mer, la paix a ramené le statu quo ante, mais pour combien de temps ? Les litiges commerciaux ou territoriaux sont partout : en Amérique du Nord54 (où la disproportion numérique55 entre colons anglais et français est telle qu'une reprise du conflit, à plus ou moins brève échéance, est prévisible), aux Antilles, et dans l'océan Indien.

Paix blanche, paix boiteuse, Aix-la-Chapelle contient en germe la guerre de Sept Ans, au fond, la seconde moitié d'un même gigantesque combat, que la France abordera en étant plus vulnérable que si elle avait gardé, ne serait-ce que comme monnaie d'échange, ses conquêtes belges et niçoises.

La détermination de Marie-Thérèse à récupérer la Silésie favorisera le « renversement des alliances » de 1756. Suite à quoi, le 18 mai de la même année, la Grande-Bretagne déclarera la guerre à la France.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

En abdiquant devant l'opinion publique régnant à Versailles et Paris, Louis XV et Fleury se sont laissés entraîner dans une guerre qui est un tournant de l'histoire européenne, et pour le royaume, une guerre sans objectif, longue, coûteuse et finalement sans profit.

La faiblesse du Roi et de son gouvernement vis à vis de cette opinion ne fit qu'accroître la puissance des salons, des cafés et des écrits (journaux, pamphlets ou autres).

Ainsi, « dans le désordre accru des idées, il était facile de prévoir que la France aborderait la seconde partie de la lutte (c'est-à-dire la guerre de Sept Ans, ndlr) avec une chance moindre d'en sortir victorieuse. »56

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin - collection tempus, 2018 ;
  • François Bluche, Louis XV, Perrin - collection tempus, 2003 ;
  • Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, Fayard, 1974 (rééd. 1997) ;
  • Yves Combeau, Louis XV - L'inconnu bien-aimé, Belin, 2012 (rééd. 2016) ;
  • Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989 ;
  • Comte Maxime de Sars, Le cardinal de Fleury - Apôtre de la paix, Hachette, 1942 ;
  • Jean-François Chiappe, Louis XV, Perrin, 1996 ;
  • Edmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, Perrin - collection tempus, 2018 ;
  • Louis XV, le mal-aimé - Les derniers feux de l'Ancien Régime, Le Figaro Histoire, n°64 oct.-nov. 2022.

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Ces liens donnent un éventail de visions pouvant différer les unes des autres. Celle de l'Encyclopédie canadienne, par exemple, très simplifiée et non sans erreur, est néanmoins assez intéressante.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Organisée autour du « vaisseau de permission » que l'Espagne avait concédé à l'Angleterre, aux termes du traité d'Utrecht (1713). Ce vaisseau, en provenance directe de Londres, et chargé de marchandises n'ayant à acquitter aucun droit au Trésor espagnol, était autorisé chaque année, et pour 30 ans, à venir faire commerce de sa marchandise à Porto Bello puis Vera Cruz (aux Caraïbes). Il ne devait être que de 500 tonneaux. "En réalité, les Anglais en employaient toujours de 800 ou de 1.000. De plus, au mouillage, le vaisseau recevait constamment de prétendus suppléments de vivres qui n'étaient, en réalité, que de nouveaux chargements de marchandises. Par cette fraude, la cargaison annuelle autorisée par les textes se transformait en un entrepôt permanent et sans cesse ravitaillé. Mais ce commerce ne prospérait qu'aux dépens du nôtre (le commerce français, ndlr) qui, acquittant les taxes, ne pouvait vendre à si bon compte. |...| L'Espagne entreprit de mettre fin à la fois au scandale du vaisseau de permission et à la contrebande anglaise qui s'exerçait impunément sur les frontières du Mexique et dans tous les ports voisins des Antilles. Une escadre de gardes-côtes fut désormais chargée de la surveillance des eaux américaines et le vaisseau de permission dut, à son départ de Londres, se munir d'une quantité de papiers (inventaires, certificats, autorisations) que l'ambassade d'Espagne lui délivrait de mauvaise grâce et le plus tard possible. En conséquence des ordres reçus, les douaniers de Philippe V visitèrent les vaisseaux anglais qui longeaient les rivages américains. Plusieurs furent saisis, leur équipage débarqué, leur cargaison détruite ou confisquée." (Pierre Gaxotte, Le siècle de Louis XV, 1974 (1997), p. 204 et p. 206.
  2. Trafic allant de la métropole espagnole à l'Amérique latine ou centrale et de là jusqu'aux Philippines (puis, via celles-ci, jusqu'en Chine), mais aussi dans l'autre sens, depuis les Philippines (y compris, son commerce avec la Chine) jusqu'en Amérique centrale, puis des Amériques jusqu'à la métropole espagnole.
  3. Illustrée notamment par la lourde défaite anglaise (ou victoire décisive espagnole, comme on veut) du Siège de Carthagène des Indes (mars-mai 1741).
  4. Une vaste et riche province (du royaume de Bohême) jouxtant le Brandebourg prussien et appartenant aux Habsbourg depuis des siècles.
  5. Opinion publique habituée depuis des siècles à voir la maison de Habsbourg comme une ennemie, alors que, depuis l'installation d'un Bourbon sur le trône d'Espagne, cette dynastie est beaucoup moins à craindre.
  6. Cette alliance de quinze ans entre la France de Louis XV et la Prusse de Frédéric II ira à son terme tant bien que mal, mais elle ne sera pas reconduite en 1756 (année où intervient le fameux "renversement des alliances" qui prélude au déclenchement de la guerre de Sept Ans).
  7. Le roi de Prusse Frédéric II est aussi prince-électeur de Brandebourg et, à ce titre, participe à l'élection de l'empereur romain-germanique.
  8. 8,0 8,1 et 8,2 Auguste III (1696-1763), roi de Pologne est également prince-électeur de Saxe (sous le nom de Frédéric-Auguste II). Il est aussi le demi-frère de Maurice de Saxe, qui sera nommé maréchal de France en 1744.
  9. 9,0 et 9,1 D'origine allemande, George II de Grande-Bretagne est également prince-électeur du Hanovre, un duché souverain du Saint-Empire romain germanique.
  10. « grave faute tactique qui prolongea la guerre de six longues années. Belle-Isle, en mauvaise santé, avait cédé la direction de l'armée au maréchal bavarois von Törring. Tout reposait en réalité sur Maurice de Saxe, commandant une division de cavalerie. Prenant la direction du siège (de Prague, ndlr), celui-ci désigna pour mener l'assaut quatre compagnies de grenadiers, avec à leur tête l'énergique colonel François de Chevert. Dans la nuit du 25 au 26 novembre, après quatre heures de combats acharnés, les remparts furent escaladés. » Jean-Christian Petitfils, Louis XV, 2018, p.317-318.
  11. J.-C. Petitfils, Louis XV, 2018, p. 319.
  12. Pour être rigoureusement exact, le duc et Électeur de Bavière Charles Albert est désigné roi des Romains le 24, et empereur du Saint-Empire, sous le nom de Charles VII, le lendemain 25 janvier 1742.
  13. Les Autrichiens devront évacuer Munich un peu plus tard, puis ils la reprendront en juin 1743.
  14. Elle est fatiguée et surtout mal équipée, mal ravitaillée, car s'étant laissée plus ou moins encercler par les Autrichiens.
  15. Imité, peu de temps après, par l'Électeur de Saxe (qui, rappelons-le, est également roi de Pologne sous le nom d'Auguste III).
  16. "La volte-face de Frédéric II causa à Paris une stupeur indignée. C'était l'effondrement de la politique anti-autrichienne. Pour la vaine satisfaction de faire de nos mains un empereur, nous nous étions laissé accrocher en Allemagne, au moment précis où nous aurions dû soutenir de toutes nos forces la guerre maritime et coloniale." Pierre Gaxotte, Le siècle de Louis XV, Fayard, 1974 (1997), p. 212.
  17. Incarnation de la bravoure et de l'intelligence tactique, François de Chevert est le fils naturel de Belle-Isle (Comte Maxime de Sars, Le cardinal de Fleury apôtre de la paix, 1942, p. 211). Quand Prague avait été prise d'assaut (26 nov. 1741), il avait été un des premiers à mettre le pied sur le rempart, lors de l'escalade de celui-ci. Il finira lieutenant général des armées du roi, grade juste en-dessous de maréchal... qu'il aurait vraiment mérité d'être.
  18. De la coalition initiale (France, Prusse, Espagne, Bavière, Saxe, Sardaigne), la France ne peut plus compter que sur l'armée espagnole.
  19. C'est à dire l'ambassadeur des Provinces-Unies.
  20. C'est à dire au Conseil d'En-Haut ou Conseil d'État.
  21. Pragmatique, parce que son but est de défendre la Pragmatique Sanction, par laquelle Marie-Thérèse d'Autriche a hérité de l'intégralité des États des Habsbourg.
  22. Et deux mois plus tard, le 15 novembre, un traité d'alliance offensive entre Londres, Vienne et Turin est conclu.
  23. 23,0 23,1 et 23,2 Don Philippe est le second fils issu du remariage de Philippe V avec Élisabeth Farnèse. Il est aussi le gendre de Louis XV, dont il a épousé en 1739 la fille aînée, Élisabeth (dite Madame Première).
  24. Au traité d'Utrecht (1713) qui conclut la guerre de Succession d'Espagne.
  25. Surnommé Bonnie Prince Charlie, c'est le fils du prétendant Stuart au trône de Grande-Bretagne, ainsi que le chef des Jacobites (catholiques). Les Jacobites considèrent George II de Grande-Bretagne (de la maison de Hanovre qui, protestante, succéda en 1714 à la reine Anne Stuart sur le trône britannique) comme illégitime et veulent le renverser.
  26. Le comté de Glatz étant comme un appendice du duché de Silésie (voir la carte de la Prusse au XVIIIe siècle, incluse dans l'introduction de l'article).
  27. Bien que lord Carteret, en décembre 1744, ait cédé les manettes du pouvoir à Henry Pelham et son frère Thomas, duc de Newcastle, a priori un peu plus modérés, "seule l'obstination des Anglais, qui cherchaient la victoire pour obtenir non pas des avantages territoriaux, inutiles dans leur cas, mais des concessions commerciales, faisait que la guerre se poursuivait." Yves Combeau, Louis XV L'inconnu bien-aimé, Belin, 2012-2016, p. 111.
  28. Afin d'y battre le plus vite possible les Anglo-Hanovriens et d'obtenir les meilleures conditions de paix.
  29. "Depuis longtemps, on avait vérifié que les clés de l'Europe étaient les ponts des Pays-Bas. Couper la Sambre, la Meuse et le Rhin étaient gagner la partie. Une guerre se finissait presque inévitablement par la prise du dernier pont sur la Meuse, qui était le pont de Maëstricht ; la guerre de Succession d'Autriche n'échappa point à ce mécanisme ; mais avant d'en arriver là, il faudrait des batailles et des sièges." Yves Combeau, Louis XV L'inconnu bien-aimé, p. 109.
  30. Tournai, Gand et Ostende sont des prises considérables, très préjudiciables aux Anglais.
  31. Un peu moins de trois mois après Hohenfriedberg (brillante victoire de Frédéric II sur Charles de Lorraine), le roi de Prusse, alors l'allié déclaré de Louis XV, signe à Hanovre une convention avec la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies (ou république de Hollande) suspendant l'état de guerre entre les trois pays et reconnaissant à la Prusse la possession de la Silésie (cf. Jean-Christian Petitfils, Louis XV, 2018, p. 434). Cet accord tripartite est préjudiciable à la France (dont le principal effort de guerre s'exerce désormais contre les Anglo-Hollandais en Pays-Bas autrichiens, c'est à dire en Belgique actuelle) et bien sûr à l'Autriche, qui apprend avec amertume que son alliée la Grande-Bretagne s'entend avec ce Frédéric II qui lui a arraché la Silésie et contre qui elle combat de toutes ses forces. Dans cette convention signée à Hanovre, le 26 août 1745, on peut discerner les prémices de ce qui conduira au fameux "renversement des alliances" de 1756 (la France s'alliant à l'Autriche, et l'Angleterre à la Prusse), donc au déclenchement de la Guerre de Sept Ans. Rappelons également que la mère de Frédéric II étant la sœur de George II de Grande-Bretagne, elle peut, au besoin, intercéder auprès de son frère dans l'intérêt de son fils.
  32. « Et Versailles peut tirer une leçon de cet épisode : l'attaque de Louisbourg a révélé au grand jour le talon d'Achille de la Nouvelle-France. Ce talon d'Achille n'est autre que la mer. C'est le soutien décisif de la Royal Navy (composante maritime de l'armée britannique, ndlr) à l'opération terrestre menée par les miliciens anglo-américains qui a permis la prise de la forteresse. L'année suivante, Louis XV tente de reprendre l'île Royale. Victime d'une tempête et frappée par une épidémie, l'expédition tourne au désastre. Tant que la marine de Louis XV ne sera pas capable de se mesurer à celle du roi George, le risque est grand de voir se répéter l'épisode qui, en 1745, a failli mettre un terme à l'aventure française au Nouveau-Monde. » Edmond Dziembowski, La Guerre de Sept ans, 2018, p. 37-38
  33. Les Jacobites (du latin Jacobus, signifiant Jacques) sont les partisans du rétablissement des Stuart catholiques sur le trône de Grande-Bretagne, Jacques Stuart (Jacques II d'Angleterre, renversé en 1688 par son gendre (protestant) Guillaume III d'Orange-Nassau) ayant été le dernier roi catholique de la monarchie britannique.
  34. Montagnards écossais des "Highlands" (ou hautes terres).
  35. Rappelons que Philippe V d'Espagne était le petit-fils de Louis XIV et l'oncle paternel de Louis XV. C'était un Bourbon, un Fils de France (titré duc d'Anjou) et qui se souvenait d'être né Français.
  36. Vaisseaux de guerre de la Royal Navy, composante maritime de l'armée britannique.
  37. Pendant tout le temps du siège, Isaac Cronström, le gouverneur et commandant de la garnison de la ville, avait obstinément refusé d'en négocier la reddition.
  38. Le Western Squadron (l'Escadre de l'Ouest) est composé de 14 vaisseaux de ligne (dont deux armés, respectivement, de 90 et 74 canons), d'une frégate et d'un brûlot (vieux navire servant à enflammer les vaisseaux adverses).
  39. Le départ et l'arrivée de ces convois étant signalés à la Royal Navy anglaise par un réseau d'espions installés en France.
  40. Ainsi, au moment où l'armée russe de 35.000 hommes obtenue par Marie-Thérèse de son alliée la tsarine Élisabeth (traité du 26 juillet 1746) a déjà traversé la Pologne et la Saxe, approchant de la Franconie pour y rejoindre les troupes autrichiennes, l'Angleterre et la Hollande qui devaient supporter les frais de marche et transport de cette armée, refusent de le faire. C'est que l'argent à Londres et Amsterdam s'emprunte désormais à 14 et 15 pour cent, alors que son coût n'était que de 4 pour cent à la fin de la Guerre de Succession d'Espagne (vers 1712-1713). D'après : Pierre Gaxotte, Le siècle de Louis XV, 1974 (1997), p. 224.
  41. Le marquis d'Argenson ayant, lui, été renvoyé par Louis XV le 10 janvier 1747.
  42. La Prusse n'est plus (depuis qu'elle a signé une paix séparée avec l'Autriche au traité de Dresde le 25 décembre 1745 et s'est alors complètement retirée de la guerre) une puissance belligérante, donc elle n'est pas signataire du traité d'Aix-la-Chapelle, mais les termes principaux du traité de Dresde (acquisition de la Silésie et du comté de Glatz) y sont confirmés.
  43. Qui est aussi l'arrière-arrière-petit-fils d'Henri IV.
  44. « Mon ministre à Aix-la-Chapelle vient de signer mon consentement à des articles préliminaires d'une paix générale... Les restitutions que je fais et le peu d'avantages que je me procure par cette paix feront suffisamment connaître à Votre Majesté que la pitié pour mes peuples et la religion m'ont bien plus conduit en cette occasion que l'esprit d'agrandissement. » (Cité par Michel Antoine, Louis XV, 1989, p. 402).
  45. Il est sûr qu'en matière de conduite des affaires, on pouvait reprocher à Louis XV un certain angélisme. En 1748, au traité d'Aix-la-Chapelle, il refusa au nom de la morale chrétienne d'annexer les Pays-Bas autrichiens (l'actuelle Belgique), à la grande colère du maréchal de Saxe, qui les occupait avec ses armées. Il estimait, depuis l'acquisition (via son beau-père Stanislas Leszczynski) de la Lorraine et du Bar, que le royaume avait trouvé ses limites. Ce traité fut donc pour la France une paix blanche : « ses soldats s'étaient fait tuer pour le roi de Prusse ». (D'après Jean-Christian Petitfils, Le mystère Louis XV, Le Figaro Histoire n° 64, p. 63).
  46. Îles considérées comme faisant partie du territoire national espagnol, importantes d'un point de vue stratégique, que l'Espagne avait dû abandonner à l'Angleterre au traité d'Utrecht (1713) et qu'elle espérait bien récupérer au terme de la guerre de Succession d'Autriche.
  47. ... les places fortes de la Barrière sud étant réoccupées par les Hollandais ou leur étant remises.
  48. Marie-Thérèse ne s'y trompe pas. Aussi, quand l'ambassadeur britannique se risque à la féliciter du traité, elle lui réplique d'un ton pincé : « Des condoléances seraient moins déplacées ! » (D'après Jean-Christian Petitfils, Louis XV, 2018, p. 475-476)
  49. Avantage qu'elle confortera en assimilant l'avance technique de certains vaisseaux de guerre français, ainsi L'Invincible, dont elle s'est emparée.
  50. On rappelle que l'asiento est le monopole de la traite des esclaves noirs destiné à fournir en main d'œuvre les colonies espagnoles d'Amérique.
  51. "L'opinion publique, heureuse de la paix retrouvée, mesura combien la France, victorieuse sur le terrain (en tout cas en Europe, ndlr), était humiliée par le traité d'Aix-la-Chapelle. Tant d'efforts, tant de morts, tant d'estropiés, tant de sacrifices humains et financiers, tant de victoires pour en arriver là ! On s'était « battu pour le roi de Prusse », selon le mot de Voltaire. « Bête comme la paix », disaient les dames de la Halle en crachant par terre. La fibre patriotique, la fierté nationale, qui agitaient à peu près toutes les couches du pays, l'emportaient sur la fidélité monarchique. On découvrait avec stupeur la situation réelle et on en rendait tout naturellement responsable le roi. |...| oui, à ce moment-là, Louis avait cessé d'être le Bien-Aimé." Jean-Christian Petitfils, Louis XV, 2018, p. 479-480.
  52. "Dès le 15 mai (1748), le maréchal de Saxe, du camp de Maëstricht, faisait part de son incompréhension à Maurepas (de ce que Louis XV restitue les Pays-Bas à l'Autriche, ndlr). « Les ennemis, en quelque nombre qu'ils viennent, ne peuvent plus pénétrer en ce pays-ci, et il me fâche de le rendre, car en vérité c'est un bon morceau, et nous nous en repentirons. » Et de souligner que les Anglais, avec des taux d'intérêt de 14 ou 15 %, étaient bien plus étranglés que lors de la paix d'Utrecht en 1713, lorsque ceux-ci ne s'élevaient qu'à 4 %. Or les provinces belges donnaient « des ports magnifiques, des millions d'hommes et une barrière impénétrable et de petite garde ». Pourquoi les abandonner sans nécessité ? « Je ne connais rien à votre diable de politique, concluait-il ; je vois, je sais que le roi de Prusse a pris la Silésie et qu'il l'a gardée, et je voudrais que nous puissions faire de même. » |...|" (Jean-Christian Petitfils, Louis XV, 2018, p. 478).
  53. Noter que sur cette carte, l'Acadie apparaît comme encore totalement française, alors que sa partie péninsulaire dite Nouvelle-Ecosse est anglaise depuis le traité d'Utrecht de 1713, la frontière "généralement admise" entre les territoires français et anglais étant l'isthme de Chignectou... et étant aussi précisé que l'île Royale (ou île du Cap-Breton), l'île Saint-Jean (ou île du Prince-Édouard) et les îles de la Madeleine sont, ou sont redevenues, françaises.
  54. « Et que dire de la querelle en Amérique du Nord ? Sur ce chapitre, les auteurs de la paix d'Aix-la-Chapelle, et en premier lieu le représentant français, le comte de Saint-Séverin, ont gravement failli. Faute de compétences et de volonté nécessaires pour régler un dossier très complexe, les négociateurs ont décidé de ne rien décider ! Français et Britanniques confient la question des limites des possessions d'Amérique septentrionale et de la propriété de quelques îles des Antilles (Saint-Vincent, Tobago et Sainte-Lucie) à une commission composée d'experts des deux pays. La Commission des limites entame ses travaux en 1750. Ses résultats se font attendre. Ses travaux ne sont toujours pas terminés cinq ans plus tard (donc en 1755, ndlr), lorsque la France et la Grande-Bretagne s'acheminent à grands pas vers la rupture. » Edmond Dziembowski, 2018, p. 40.
  55. La colonie française y est presque vingt fois moins nombreuse que la colonie anglaise : un million de colons "anglais" en 1740, contre 40.000 colons français (d'après : Pierre Gaxotte, Le siècle de Louis XV, 1974, p. 201), puis environ 1,5 million de colons "anglais" (dont un fort pourcentage d'esclaves) contre environ 80.000 colons français en 1756 (d'après : Edmond Dziembowski, 2018, p. 29).
  56. Gaxotte, 1974, p. 225.
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