Cuirassé

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Le cuirassé russe Potemkine, rebaptisé Pantaleimon, en 1906.
Le cuirassé allemand Bismarck, armé en 1940, coulé en 1941.

Un cuirassé est un très gros navire de guerre, du type le plus puissant jamais construit, aussi bien par la taille et l'épaisseur de son blindage que par sa puissance de feu.

Les cuirassés ont symbolisé la puissance navale des grandes nations entre les années 1860 et les années 1930.

Des origines aux grands cuirassés du XIXe siècle[modifier | modifier le wikicode]

Premiers navires de guerre à vapeur[modifier | modifier le wikicode]

Le premier bateau de guerre à vapeur au monde, le Fulton I ou Demologos, dans le port de New York, 1814.

Demologos ou Fulton I, 1814[modifier | modifier le wikicode]

Lors de la guerre entre le Royaume-Uni et les États-Unis, entre 1812 et 1815, la marine américaine construit, selon les plans de l'ingénieur américain Robert Fulton (1765-1815), le Demologos, aussi appelé Fulton I, un navire à vapeur de 50 m protégé par un matelassage de bois et un faible blindage : ce navire peut être considéré comme le lointain ancêtre du cuirassé. Il était conçu comme un catamaran, la roue à aubes placée entre les deux coques, à l'abri du feu ennemi. Cependant, sa machine à vapeur n'est pas encore au point, et son rôle se limite à la défense côtière.

Le Napoléon (1850), premier navire de guerre à vapeur

Napoléon, 1850[modifier | modifier le wikicode]

Le premier grand navire de guerre à vapeur fut le Napoléon (1850), long de 73 m et armé de 90 canons, conçu par l'ingénieur français Henri Dupuy de Lôme. Sa coque est encore en bois, mais il est déjà propulsé par une hélice. Il fut suivi en 1852 par le HMS Agamemnon britannique, de même taille et assez semblable. Ces navires atteignaient 11 nœuds, soit 20 km/h. Ils ressemblaient beaucoup aux navires de la marine à voile de l'époque ; la différence la plus visible, c'était la cheminée plantée au milieu du pont et l'épaisse fumée noire qui s'en échappait.

Puis l'idée de grands navires cuirassés commence à prendre corps en 1854, lorsque les Français et les Britanniques, pendant la guerre de Crimée, se trouvent bloqués devant les forts russes de Sébastopol, où les nouveaux obus explosifs russes font d'énormes ravages.

Premiers cuirassés[modifier | modifier le wikicode]

La Gloire, premier cuirassé (coque en bois et cuirasse de fer), 1859.

La Gloire, 1859[modifier | modifier le wikicode]

En 1858, l'ingénieur Dupuy de Lôme met en chantier à Toulon la « frégate cuirassée » la Gloire, premier navire cuirassé capable de tenir la haute mer. C'est un navire de 77 m, capable d'atteindre 13 nœuds, pourvu d'un blindage de plaques de fer forgé épais de 12 cm et descendant jusqu'à 2 m au-dessous de la ligne de flottaison.

HMS Warrior (1860), aujourd'hui navire musée à Portsmouth.

HMS Warrior, 1860[modifier | modifier le wikicode]

Les Britanniques répondent au navire français, mais ils voient grand : 127 m de long. Le Warrior est rapide et bien armé : sa machine à vapeur de 5 200 ch, alimentée par dix chaudières, est capable de propulser le bâtiment à 17 nœuds (30 km/h). Il a une autonomie de 4 000 km, peut résister à tous les projectiles de l'époque, mais c'est un véritable gouffre à charbon.

Aujourd'hui, le HMS Warrior (1860), restauré en 1984, est un navire musée, l'une des plus grandes attractions du musée naval de Portsmouth.

L’USS Monitor (nordiste), durant la guerre de Sécession, aux prises avec le CSS Virginia (sudiste), le 29 mars 1862.

CSS Virginia contre USS Monitor, 1862[modifier | modifier le wikicode]

Dans les mêmes années, de l'autre côté de l'Atlantique, c'est la guerre de Sécession : le 8 mars 1862, le cuirassé sudiste CSS Virginia (ex-Merrymack) parvient à couler, grâce à son éperon, la frégate nordiste à vapeur (non cuirassée) USS Cumberland ; le lendemain (9 mars), on assiste au premier combat entre deux cuirassés, qui oppose le même Virginia (alias Merrimack) au cuirassé nordiste USS Monitor dans un combat indécis qui démontre clairement les possibilités des navires blindés à vapeur par rapport aux autres bateaux de guerre de l'époque.

Voici comment se présentent ces deux navires :

Le CSS Virginia (ex-Merrymack)[modifier | modifier le wikicode]
Le cuirassé confédéré (sudiste) CSS Virginia (ex-Merrymack)

Le CSS Virginia est un grand cuirassé de 83 m pourvu d'un éperon, qui résulte de la transformation d'une frégate à vapeur nommée Merrymack. Par la suite, le navire portera l'un ou l'autre nom, suivant les habitudes des uns et des autres. La coque récupérée est cuirassée de plaques de fer de 2 pouces (25 mm), le pont est lui-même blindé et à double pente.

L’USS Monitor[modifier | modifier le wikicode]
Plan du Monitor

L’USS Monitor a vraiment une allure de jamais vu, une véritable révolution dans la marine de guerre : un pont tout plat, au ras de l'eau, surmonté d'une tourelle cylindrique centrale portant deux énormes canons de calibre 305 mm.

La bâtiment, d'une longueur de 52 mètres, est construit en deux parties, la coque et le pont blindé qui déborde largement de la coque. Les deux parties sont faites d'une armature de chêne qui supporte des plaques de fer dont l'épaisseur atteint par endroits 23 cm.

La tourelle cylindrique pivotante est composée de plaques de blindage rivetées sur une armature en fer. Elle a un diamètre de 6 m et une hauteur de 2,75 m. Il faut 30 secondes à cette tourelle pour effectuer un tour complet. Les deux canons tirent, au choix, des boulets de fonte ou des obus explosifs.

Les grands cuirassés à vapeur des années 1870 à 1900[modifier | modifier le wikicode]

Le Redoutable, à Brest, en 1882.

Les grandes nations du monde ont retenu les nouveautés des cuirassés américains : l'éperon, la tourelle, les canons à très gros calibre, le blindage intégral du pont et de la coque, assemblés sur une armature de fer, le renoncement définitif à la voile, la propulsion à hélices et les machines à vapeur de très forte puissance. Ces nouveaux bateaux résistent à tous les projectiles. Ils sont lourds, mais rapides. Ils tiennent bien la mer et sont capables de bombarder les ports ennemis et leurs défenses.

Le Redoutable, 1878[modifier | modifier le wikicode]

Le Redoutable, mis en chantier en 1873, est mis en service en 1878. Il a une batterie centrale d'artillerie, et il est le premier navire au monde à utiliser, au lieu du fer forgé, l'acier, plus léger et plus résistant, comme principal matériau de construction.

La Royal Navy, comme à son habitude, réplique avec ses propres cuirassés de cette génération, l'Iris et le Mercure, construits en 1875-1876.

Pendant vingt ans, les grandes entreprises sidérurgiques et métallurgiques britanniques, françaises, américaines et allemandes rivalisent dans l'armement, la construction navale et la production d'aciers nouveaux : les blindages atteignent 50 cm d'épaisseur, on voit apparaître des canons de 100 tonnes, au calibre énorme de 450 mm.

Les cuirassés de la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

La génération des dreadnoughts (à partir de 1906)[modifier | modifier le wikicode]

Le HMS Dreadnought britannique (1906), modèle de toute une génération de cuirassés.

Dès 1903-1904, deux cuirassés japonais furent pourvus d'un armement lourd de huit canons de 305 mm, et ils étaient propulsés par des machines à vapeur à triple expansion. Il ne leur manquait qu'un blindage vraiment efficace.

Le HMS Dreadnought[modifier | modifier le wikicode]

Le HMS Dreadnought, lancé en 1906, présentait deux caractéristiques nouvelles : son artillerie principale était d'un seul calibre et il était propulsé par une turbine à vapeur. Tous les cuirassés construits selon ce principe furent appelés des « dreadnoughts », quelle que soit leur nationalité.

On vit donc des canons de 12 pouces (305 mm), puis de 13,5 pouces (343 mm), puis au début du Première Guerre mondiale, les marines anglaise et américaine adoptèrent le 15 pouces (381 mm) : ces navires furent dénommés « super-dreadnoughts ». La bataille du Jutland (wp), en 1916, unique bataille entre formations de cuirassés, fut à la fois meurtrière et indécise : elle montra la supériorité tactique de la marine allemande, mais aussi la domination stratégique de la marine britannique.

Les cuirassés de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

La plupart des cuirassés engagés dans le second conflit mondial sont des « dreadnoughts » et « super-dreadnoughts » construits entre la Première Guerre mondiale et le début des hostilités.

  • Le cuirassé japonais Yamato (cuirassé) (wp) et son sister-ship, le Musashi (wp), sont les plus grands cuirassés jamais construits : 263 m de long, déplaçant 65 027 tonnes, et armés de pièces de 460 mm, le plus gros calibre jamais monté sur des navires de guerre ;
  • Le cuirassé allemand Bismarck (cuirassé), mis en service en 1940 et détruit par la marine britannique après une course-poursuite épique, fait partie des plus modernes et des plus perfectionnés, avec son sister-ship le Tirpitz (cuirassé) (wp), qui fut contraint à ne plus sortir d'un fjord norvégien et lui aussi détruit ;

Après 1945[modifier | modifier le wikicode]

Plus personne n'a construit de cuirassés après la Seconde Guerre mondiale : malgré leur grande puissance de feu, il fut démontré qu'ils étaient à la merci des bombes et des torpilles lancées par les avions et les sous-marins. Leur sort fut définitivement scellé lorsque apparurent les missiles. Il fut alors clair pour toutes les marines du monde que la domination sur les océans était désormais du ressort des porte-avions et des sous-marins nucléaires.

Le seul dreadnought encore existant, l'USS Texas américain, lancé en 1912.

Situation actuelle[modifier | modifier le wikicode]

Depuis la mise à la retraite de l’USS Iowa en 1992, il n'existe plus aucun cuirassé en service, mais seulement quelques navires musées : un cuirassé japonais et sept autres américains, dont le plus ancien est le Texas (USS Texas (BB-35) (wp)), un dreadnought de 1912, amarré près de Houston (Texas).

Quelques navires musées[modifier | modifier le wikicode]

Voici quelques grands bateaux de guerre devenus navires musées, que l'on peut visiter de nos jours :

  • Le HMS Warrior (1860) (wp) (voir ci-dessus), restauré en 1984, est désormais l'une des plus grandes attractions du musée naval de Portsmouth. On peut circuler librement à l'intérieur du navire et contempler des scènes reconstituées. Les énormes machines sont présentées en mouvement.
Statue de Togo Heihachiro, amiral de la marine impériale japonaise, devant le cuirassé Mikasa, à Yokosuka.

Sources[modifier | modifier le wikicode]


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Source : cette page a été partiellement adaptée de la page Cuirassé de Wikipédia.