Commerce triangulaire

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Une des routes du commerce triangulaire. En Europe, les royaumes européens où s'armaient les navires négriers. L'Afrique, la zone d'origine des esclaves. L'Amérique, la zone de destination des esclaves.

Le commerce triangulaire, est un commerce d'échanges, qui du XVIe au XVIIIe siècles a été réalisé entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. Il est basé sur la traite des Noirs

Cela consistait, pour des navires européens, à amener sur les côtes atlantiques de l'Afrique différentes marchandises d'origine européenne, de peu de valeur, mais recherchées par les Africains. Ces marchandises étaient échangées contre des prisonniers noirs africains, qui étaient alors transportés de force vers le continent américain. Là des hommes, femmes, enfants et personnes âgés étaient vendus comme esclaves pour travailler dans les champs de coton ou de canne à sucre.

Les navires revenaient ensuite vers l'Europe avec des produits américains. Ce commerce a fonctionné du XVIe siècle jusqu'au début du XIXe siècle. On dit qu'il est triangulaire car, sur une carte, si l'on relie l'Europe, l'Afrique tropicale et l'Amérique par des flèches, on obtient un triangle. Le voyage, s'il se passait normalement, durait près d'un an (quelquefois deux).

Éléments économiques du commerce triangulaire[modifier]

Le trajet Europe-Afrique[modifier]

Les principaux ports se livrant au commerce triangulaire sont Londres et Bristol pour le Royaume-Uni, Nantes et Bordeaux pour la France et Amsterdam pour les Provinces-Unies. Les navires appartiennent à des compagnies d'armateurs , dont les capitaux sont fournis par des familles aisées de la noblesse ou de la bourgeoisie européenne et qui bénéficient du soutien des autorités politiques.


Au départ de l'Europe, les principales marchandises sont du tabac, de l'eau-de-vie, du tissu bon marché très colorés, de la verroterie ou divers objets comme la dinanderiePrécision, des armes à feu et de la poudre, mais aussi des cauris (coquillages provenant des îles Maldives, dans l'océan Indien, coquillages qui servent de monnaie en Afrique. Pour un esclave, il faut prévoir soit 5 pièces de tissu, 2 fusils ou 6 pistolets, une centaine de balles et même beaucoup de verroteries très appréciées pour les parures. Les femmes valent moins cher, mais il en faut aussi pour la reproduction de futurs esclaves.

Ces marchandises sont alors apportées par bateaux sur la côte Ouest de l'Afrique, au Sénégal ou dans le golfe de Guinée où on les échange contre des prisonniers noirs (appelés aussi bois d'ébène). Pour éviter aux navires de faire des haltes trop longues pour faire un plein chargement de prisonniers, des négociants ont organisé sur certaines côtes des esclaveries, sorte de magasins de gros en forme de prison-forteresse. La plus connue est celle de l'île de Gorée, près de Dakar. Mais on peut aussi charger les prisonniers dans des rades sans aménagements particuliers.

Les fournisseurs d'esclaves sont soit des aventuriers européens qui organisent des expéditions (razzias) dans les régions côtières, soit des chefs de guerre africains qui approvisionnent les trafiquants européens.

En vertu du Traité de Tordesillas de 1494, signé avec les Portugais, les Espagnols ne peuvent accoster sur les côtes africaines. Ils chargent alors les navires d'autres pays de les approvisionner en prisonniers noirs (c'est le système de l'asiento)

Le trajet Afrique-Amérique[modifier]

Remplissage d'un navire négrier. En cliquant pour agrandir on découvre une seconde image.

Les navires chargés d'esclaves font alors route pour les Antilles espagnoles, françaises (en particulier Saint-Domingue, vers le Brésil portugais et les colonies anglaises comme la Jamaïque ou celles-qui sont installées au sud de la côte atlantique de l'Amérique du nord.

Le voyage dure de 40 à 60 jours. Les conditions de vie des prisonniers entassés dans les cales du navire sont effroyables.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Traites négrières.

Arrivé en Amérique, Le capitaine du navire ou les représentants des armateurs, vendent les prisonniers à des planteurs d'origine européenne, propriétaires de domaines où les esclaves vont servir de main d'œuvre bon marché.

Le trajet Amérique-Europe[modifier]

Avec l'argent ainsi gagné on achetait du sucre de canne, du café, du cacao ou du coton, de l'indigo, que l'on rapportait vers l'Europe où ces produits assez bon marché (vu les conditions de leur production) étaient très recherchés par la population et l'industrie.

Un commerce fructueux[modifier]

Le port de Bordeaux au milieu du XVIIIe siècle. Tableau de Joseph Vernet

Le seul commerce des prisonniers (achat et vente) peut rapporter plus du triple du coût de la marchandise apportée en Afrique. Comme généralement le voyage de retour ne se faisait pas à vide, les bénéfices étaient encore plus importants. Bien sûr il faut tenir compte des navires qui ne reviennent pas. Certains navires sont capturés par des pirates (en temps de paix ou de guerre) ou des corsaires (en temps de guerre), surtout dans ces siècles où la France, le Royaume-Uni et l'Espagne sont constamment en guerre les uns contre les autres. Certains navires sont aussi perdus après une révoltes victorieuses des prisonniers qui après avoir massacré l'équipage sont incapables de diriger le navire, qui devient alors un mouroir flottant. De plus on estime que le navire est très endommagé et devient impropre à la navigation après trois à quatre rotations.

Cependant, les armateurs des ports de la façade ouest de l'Europe (Pays-Bas, Angleterre, France, Espagne, Portugal) ont bâti de grandes fortunes avec le commerce triangulaire (par exemple pour la France, dans les villes de Rouen, Nantes, La Rochelle et Bordeaux). Les capitaux ainsi accumulés ont pu servir à acheter des terres ou des seigneuries (particulièrement en France), mais ont aussi été investis dans l'industrie européenne naissante.

On peut être surpris que ce trafic ait été si longtemps considéré comme normal. Une ordonnance de Louis XIV, le Code noir, le réglementait. Même les autorités religieuses le trouvaient normal puisque cela permettait d'enseigner à des païens la « vraie religion ». Le crime aurait été pour des catholiques de revendre des esclaves aux Anglais ou aux Portugais qui les auraient convertis au protestantisme.

Au XIXe siècle, le commerce d'esclaves à travers l'Atlantique fut peu à peu interdit mais il resta un trafic clandestin. C'était encore plus tragique pour les esclaves, car si un navire de contrôle apparaissait au loin, on les jetait à la mer. Seul l'aménagement spécial du bateau négrier prouvait son utilisation pour le trafic interdit et entrainait des sanctions.

C'est seulement par la suite qu'on se préoccupa du sort des esclaves africains du continent américain et ce fut progressivement la fin de l'esclavage.

Voir aussi[modifier]

Vikiliens pour compléter sur l'esclavage et les traites[modifier]

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