Énéide

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Virgile, entre Clio (muse de l'histoire) et Melpomène (muse de la tragédie), mosaïque de Sousse (Tunisie), IIIe siècle, musée du Bardo, Tunis. On peut lire, sur le manuscrit tenu en main par le poète, le premier vers de l’Énéide.

L’Énéide est l'œuvre la plus connue de Virgile. L’Énéide a été écrite à la fin du Ie siècle av. J.-C.. Elle raconte les aventures d'Énée, un prince troyen. Fuyant Troie dévastée par les Grecs, Énée parcourt, parmi de nombreux dangers, la mer Méditerranée orientale. Il aborde à Carthage où il a une aventure amoureuse avec la reine Didon. Puis il atteint l'Italie où, après bien des difficultés, et en devant combattre une partie des habitants, il parvient à épouser Lavinia, la fille du roi du Latium. De nombreux personnages de l’Énéide, qui apparaissent dans l’Iliade et l’Odyssée, permettent de relier l'histoire légendaire de la fondation de Rome à l'histoire légendaire des Grecs.

Le genre[modifier | modifier le wikicode]

L’Éneide est une épopée, c'est-à-dire un long poème (près de dix mille vers) qui raconte les aventures d'un héros, Énée, jeune et vaillant chef de guerre troyen. Il est le fils d'un noble troyen, Anchise, et d'une déesse, Vénus. Il participe à la guerre qui oppose sa ville, Troie, aux armées venues de Grèce (vers 1250 avant J.-C.).

Les aventures d'Énée[modifier | modifier le wikicode]

Énée en fuite porte son père Anchise. Monnaie romaine du temps de Jules César. Les Iulii, la famille de César, prétendait descendre de Iule (Ascagne) fils d'Énée

La fuite d'Énée[modifier | modifier le wikicode]

(chant I de l'Énéide)

Sept ans après avoir fui la ville de Troie prise par les Grecs, Énée et ses compagnons atteignent la Sicile. Junon demande au dieu Éole de faire sombrer les navires troyens. Mais Neptune, favorable à Énée, apaise la tempête. Énée parvient à gagner l'Afrique du Nord et Carthage, où règne la reine Didon. Celle-ci accueille favorablement les fugitifs.

Énée raconte la prise de Troie[modifier | modifier le wikicode]

(chant II de l'Énéide)

À la demande de Didon, Énée fait le récit de la prise de Troie, en particulier l'épisode du Cheval de Troie. Énée raconte comment il a pu s'échapper avec son fils Ascagne, son père Anchise et certains de ses compagnons ; mais il a perdu sa femme Créuse dont l'ombre lui prédit qu'il aura un glorieux avenir.

Voyage mouvementé d'Énée et de ses compagnons[modifier | modifier le wikicode]

Le voyage d'Énée de Troie au Latium

(chant III de l'Énéide)

Poursuivant le récit de sa fuite, Énée raconte comment il doit renoncer à s'établir en Thrace. Le roi de Thrace, pourtant allié des Troyens, s'est emparé du trésor que ces derniers y avaient caché et a massacré le fils de Priam (roi de Troie) qui était le gardien de ce trésor.

Énée aborde ensuite à Délos, île consacrée à Apollon. L'oracle de celui-ci leur ordonne de gagner leur mère-patrie, c'est-à-dire la Crète, dont les premiers Troyens pensaient être originaires. Le débarquement des Troyens en Crète déclenche une succession de désastres (peste, destruction des récoltes...).

Énée doit donc continuer son voyage, cette fois vers l'Italie, que les dieux lui ont désignée pendant un songe. Pendant son court séjour dans les îles des Strophades, les Troyens sont attaqués par les Harpyes, oiseaux affamés au visage de vieilles femmes.

Puis Énée aborde en Épire, où règne son parent Hélénos, frère jumeau de Cassandre qui, comme elle, possède le don de prophétie. Hélénos prédit qu'Énée fondera une ville au bord d'un fleuve, près de la côte italienne. L'endroit lui sera indiqué par la présence d'une laie (sanglier femelle) nourrissant une portée de trente marcassins (petits sangliers).

Reprenant la route, les Troyens évitent les dangers de Charybde et Scylla, abordent en Sicile, près de l'Etna, où ils rencontrent un des compagnons d'Ulysse, et évitent de justesse la colère du cyclope Polyphème. Peu après, épuisé par les épreuves du voyage, Anchise meurt.

Reprenant la mer, Énée est jeté par une tempête sur les côtes de Libye et fait alors la rencontre de la reine Didon.

La mort de Didon[modifier | modifier le wikicode]

La mort de Didon. tableau de Giambattista Tiepolo. Milieu du XVIIIe siècle

(Chant IV de l'Énéide)

Vénus, mère d'Énée, provoque l'amour de Didon pour Énée. Didon envisage de s'unir avec lui, bien qu'à la mort de son mari elle ait fait le vœu de ne jamais se remarier. Jupiter est prévenu des amours de Didon et Énée par Iarbas, roi des Gétules, un ancien prétendant que Didon avait repoussé. En répondant à l'amour de Didon, Énée contrarie le destin que les dieux lui ont arrangé. Mercure, envoyé par Jupiter, ordonne à Énée de reprendre son voyage.

Malgré les supplications de Didon, Énée, obéissant aux dieux, quitte Carthage. Constatant le départ de son amoureux, Didon se suicide après avoir fait édifier son bûcher funéraire.

Les Troyennes incendient les navires[modifier | modifier le wikicode]

(Chant V de l'Énéide)

Énée est accueilli par le roi Aceste. Des jeux funéraires sont donnés en l'honneur d'Anchise, mort un an plus tôt. Pendant les jeux, conseillées par la déesse Iris envoyée par Junon, les femmes des compagnons d'Énée mettent le feu aux bateaux, afin d'obliger les Troyens à rester en Sicile. Jupiter, appelé au secours par Énée, provoque un gigantesque orage qui éteint le feu. Néanmoins, après une apparition d'Anchise, Énée comprend qu'il faut reprendre la route.

Pendant le trajet vers l'Italie, Palinure, le pilote du bateau d'Énée, s'endort au gouvernail, tombe à l'eau et meurt noyé.

Énée aux Enfers[modifier | modifier le wikicode]

(Chant VI de l'Énéide)

Énée parvient enfin en Italie. Il aborde à Cumes où il va consulter la Sibylle. Cette prophétesse lui prédit qu'avant de pouvoir fonder une ville, Énée rencontrera de nombreux obstacles et en particulier devra affronter un adversaire redoutable protégé de Junon.

Accompagné de la Sibylle, Énée se rend aux Enfers. Sur les bords du Styx, ils rencontrent les ombres de ceux qui sont condamnés à errer sans fin, faute d'avoir reçu les honneurs funèbres (en particulier Palinure). Énée parvient à convaincre le passeur Charon, secondé par son chien Cerbère, de lui faire traverser le Styx (ce qui est interdit aux vivants).

Aux Enfers, Énée rencontre l'ombre de Didon, qui ne répond pas à ses paroles. Aux champs Élysées, partie des Enfers réservée aux justes, Énée retrouve son père Anchise dont il essaie en vain d'embrasser l'ombre. Anchise lui dévoile l'avenir. Apparaissent alors les descendants d'Énée Rémus et Romulus. Également sont montrés Numa Pompilius et Tullus Hostilius, les premiers rois de Rome. Mais aussi sont présentés les héros romains comme les Gracques ou bien les ancêtres de Jules César (dont la famille prétendait descendre d'Ascagne-Iule) et l'empereur Auguste.

Énée arrive dans le Latium[modifier | modifier le wikicode]

(chant VII de l'Énéide)

Énée et son fils Ascagne débarquent dans le Latium. Ils aperçoivent la laie et ses marcassins

Les Troyens débarquent à l'embouchure du Tibre. La région, le Latium, est gouvernée par le roi Latinus. Ce dernier avait vu en songe qu'un étranger épouserait sa fille Lavinia et aurait pour descendants des héros. Pour cette raison, Latinus rompt les fiançailles de sa fille avec Turnus, roi des Rutules. Latinus accueille favorablement Énée, lui accorde la main de Lavinia et lui fait cadeau d'un char.

Junon fait tout pour empêcher le mariage. Elle envoie sur Terre les Furies qui déchaînent la haine des Latins contre les Troyens. La reine Amate, qui avait soutenu la candidature de Turnus, interdit à sa fille de se montrer. Ascagne, le fils d'Énée, tue accidentellement un cerf du troupeau royal et, dans l'échauffourée qui s'ensuit, deux Latins sont tués. Turnus, soutenu par la reine, déclare la guerre aux Troyens et rassemble les peuples du Latium.

L'alliance d'Énée, d'Évandre et des Étrusques[modifier | modifier le wikicode]

(chant VIII de l'Énéide)

Énée, endormi sur les bords du Tibre, reçoit un songe de Tibérinus, le dieu du fleuve. Celui-ci lui prédit qu'à l'endroit où Énée dort, son fils Ascagne construira Albe, une nouvelle ville puissante. Le dieu lui conseille également de faire alliance avec le roi Évandre qui règne sur une petite cité située sur la colline du Palatin (sur le site de la future Rome). C'est alors qu'Énée aperçoit une laie blanche et ses trente marcassins. Énée est chaleureusement accueilli par Évandre et son fils Pallas.

Vénus apparaît alors et donne à son fils Énée un superbe armement forgé par son époux le dieu Vulcain : cet armement donne l'invulnérabilité à Énée. Sur le bouclier, Vulcain a représenté tous les grands événements qui vont marquer l'histoire de Rome jusqu'à la victoire d'Actium qui voit le triomphe d'Octave-Auguste sur Cléopâtre et Marc-Antoine. Évandre annonce que les Étrusques révoltés contre leur roi Mézence seront leurs alliés.

Premiers combats entre les Latins et les Troyens[modifier | modifier le wikicode]

(chant IX de l'Énéide)

Averti par Junon de l'absence d'Énée, le roi Turnus attaque le camp des Troyens. Ceux-ci résistent bien. Turnus veut alors couler les navires troyens. Mais ceux-ci rompent leurs amarres, disparaissent sous les vagues et sont remplacés par des nymphes, signe évident que les dieux protègent les Troyens.

Une nouvelle attaque de Turnus tourne à la débâcle et ce dernier doit s'enfuir en sautant tout armé dans le Tibre.

Retour d'Énée à son camp[modifier | modifier le wikicode]

(chant X de l'Énéide)

Dans l'Olympe, les dieux se disputent. Jupiter est furieux du déclenchement de la guerre. Junon accuse les Troyens d'avoir attaqué les premiers. Vénus supplie Jupiter de soutenir Énée.

Énée et ses alliés regagnent le camp troyen. Les combats s'amplifient. Turnus tue Pallas et s'empare de son ceinturon. Énée, qui veut venger Pallas en tuant Turnus, en est empêché par Junon. Mézence est blessé, puis tué par Énée qui en fait de même avec son fils.

Duel avorté entre Énée et Turnus[modifier | modifier le wikicode]

(chant XI de l'Énéide)

Les deux camps décident alors d'une trêve de douze jours pour rendre les honneurs funèbres à leurs morts. Énée propose de résoudre le conflit par un duel entre lui et Turnus, qui accepte. Mais l'arrivée de renforts troyens et étrusques provoque le reprise de la guerre.

Pour se renforcer, Turnus obtient l'appui de la cavalerie des Volsques (peuples de la montagne) commandée par Camille, une vierge guerrière. Les combats font rage. Camille combat au milieu de son escadron de jeunes filles, mais est tuée par la lance d’Arruns, lui-même tué d'une flèche par le messager de la déesse Diane. À la mort de Camille, les Volsques abandonnent le combat.

Victoire d'Énée[modifier | modifier le wikicode]

Duel entre Énée et Turnus. Peinture de Luca Giordano. Fin du XVII° siècle

(chant XII de l'Énéide)

Turnus, malgré les supplications du roi Latinus et celles de la reine Amate, et Énée décident de se combattre. Mais Junon, qui ne veut pas de ce duel, persuade Juturne, la sœur de Turnus, de regrouper l'armée rutule et de reprendre le combat général. Croyant que Turnus est mort, Amate se suicide en se pendant.

Turnus ordonne que son armée cesse le combat et décide d'affronter Énée. Jupiter ordonne aux dieux de ne plus intervenir et de laisser faire le destin.

Protégé par ses armes d'origine divine, Énée blesse Turnus à la cuisse. Il veut lui faire grâce, mais il aperçoit le ceinturon de Pallas que Turnus porte sur lui. Pour respecter le serment de vengeance qu'il avait fait au roi Évandre, Énée tue le chef rutule.

La guerre est terminée. Les Troyens peuvent s'installer dans le Latium où ils fondent la ville de Lavinium en l'honneur de Lavinia, femme d'Énée et nouvelle reine.

La portée de l'œuvre[modifier | modifier le wikicode]

Virgile a écrit cette œuvre pour glorifier l'empereur Auguste (dont la famille, les Iulii, prétendait descendre d'Iule) et pour montrer les origines divines de Rome : Romulus qui sera le premier roi de Rome, est en effet un descendant d'Énée, dont la mère est une déesse.

La postérité de l'œuvre[modifier | modifier le wikicode]

L’Énéide a inspiré de nombreuses œuvres artistiques dès le Moyen Âge : des romans, des peintures et des sculptures, en exemple Énée et Anchise, par le Bernin (1615). L'épisode de Didon et Énée a particulièrement inspiré les artistes (Didon et Énée), opéra de Henry Purcell, (1689). Au XVIIe siècle le poète Paul Scarron publie Virgile travesti, une parodie de l'Énéide.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

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