Monstre de Gila

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Monstre de Gila
Portrait d'un monstre de Gila.
Portrait d'un monstre de Gila.
Nom(s) commun(s) Monstre de Gila
Nom scientifique Heloderma suspectum
Classification Squamate de la famille des Hélodermatidés
Répartition Amérique du Nord : Sud des États-Unis, et Nord du Mexique
Milieu de vie Désert
Taille 38 à 58 cm1
Longévité Environ 20 ans
Régime alimentaire Carnivore
Un autre, la nuit
Un autre, la nuit
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Un monstre de Gila en Arizona
Le monstre de Gila (nom scientifique : Heloderma suspectum) est un saurien qui vit dans les déserts du Sud des États-Unis (Californie, Arizona, Névada, Utah et Nouveau Mexique), et du Nord du Mexique, notamment dans le désert de Sonora, où coule la Gila, la rivière qui lui a donné son nom, et dans le désert Mojave2.

Description et mode de vie[modifier | modifier le wikicode]

Le monstre de Gila ressemble à un gros lézard, avec un corps massif, à peu près cylindrique, avec de courtes pattes. Il peut mesurer jusqu'à 60 centimètres de long environ, et vit une vingtaine d'années dans la nature. La queue est également très grosse, courte et épaisse : elle ressemble à une sorte de grosse saucisse ! Ce n'est pas un hasard si le monstre de Gila a cet aspect grassouillet et rondouillard : son corps stocke de grandes réserves de graisses, qui vont lui permettre de survivre dans le désert. Son corps est vivement coloré, en rose-orangé et noir. On distingue deux sortes de monstres de Gila : le monstre de Gila réticulé (Heloderma suspectum suspectum), qui vit plus au sud, a des rayures assez irrégulières, il est plus ou moins tacheté de rose et noir. Le monstre de Gila à bandes (Heloderma suspectum cinctus) est une autre sous-espèce, qui vit plus au nord, principalement dans le désert Mojave. Comme son nom l'indique, il se reconnaît par les motifs de son corps : les rayures forment de larges bandes, beaucoup plus nettes que celles de son cousin.

Le monstre de Gila a une grosse tête assez carrée. Il possède une large bouche, qui lui permet d'engloutir sa nourriture. Elle est garnie de petites dents pointues et très aiguisées, qui peuvent infliger de profondes morsures. Il a une longue langue, « fourchue » comme celle de ses cousins, les serpents. Mais, le plus curieux, et assez inhabituel, pour un lézard, c'est que la morsure du monstre de Gila est venimeuse...

Venin et morsure[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu'il est dérangé, le monstre de Gila adopte une attitude menaçante pour faire fuir l'ennemi : bouche ouverte, il montre les dents, et crie. Si cela ne suffit pas à faire partir l'agresseur, alors le monstre de Gila mord pour se défendre. Écouter le son du monstre de Gila sur le site du Musée du Désert de Sonora.
Gros plan sur la bouche et la langue d'un monstre de Gila.

Le monstre de Gila est un animal assez craintif, qui vit caché dans les terriers, dort beaucoup, sort peu, et surtout la nuit. Quand il repère un intrus, il préfère s'enfuir, et n'attaque que si on le dérange.

Lorsqu'il est embêté, le monstre de Gila se roule en boule ouvre grand la bouche, et montre les dents. Il pousse des sortes de sifflements rauques très impressionnants qui, habituellement, suffisent à faire fuir l'agresseur. Si malgré tout, celui-ci insiste, alors le monstre de Gila n'a plus le choix : il mord, pour se défendre. Il n'est pas très rapide et se déplace jusqu'à 5 km/h mais il est très discret, et malgré sa vitesse faible, sa proie ne peut pas toujours échapper à son embuscade quand il sort de son trou.

Comme son proche parent, le lézard perlé, le monstre de Gila est l'un des rares lézards venimeux. Sa morsure provoque une violente douleur, un œdème, une baisse de la pression artérielle et des malaises, mais n'est, normalement, pas mortelle pour l'homme : le monstre de Gila utilise son venin pour se défendre, il n'a aucun intérêt à tuer ses victimes : il vaut mieux pour lui que son venin ne soit pas mortel, afin que celui qu'il mord survive, s'en souvienne, et ne revienne plus l'embêter ! D'ailleurs, les couleurs vives de son corps mettent en garde les animaux : c'est ce que l'on appelle l'aposématisme. Le corps du monstre de Gila porte des bandes noires et roses, qui présentent un fort contraste. Un animal qui a été mordu, ou piqué, par quelque chose de venimeux présentant des rayures très voyantes, il s'en souviendra, et évitera désormais de s'approcher de tout ce qui porte des rayures vives... Et le monstre de Gila pourra désormais vivre en paix.

Le venin du monstre de Gila est en fait sa salive, qui contient plusieurs substances toxiques ; il est produit par les glandes salivaires. Contrairement à ses cousins, les serpents, il ne possède pas de dents spéciales (les crochets) pour injecter le venin : quand il mord, le venin coule tout simplement le long de ses dents, qui sont pourvues de petites rainures, et pénètre dans la blessure ainsi causée.

Le venin du monstre de Gila n'est utilisé que pour se défendre : bien que ce soit un animal carnivore, il n'utilise pas son venin pour chasser : il se contente d'attraper ses proies et de les avaler.

La douleur est aigue et prolongée et peut durer jusqu'à 2 heures. Une personne mordue par un monstre de Gila a décrit la douleur comme "une vague de feu qui monte jusqu'au haut du corps".

Chasse[modifier | modifier le wikicode]

Un monstre de Gila, en train de chasser dans le désert du Nevada, au nord de Las Vegas. Il sort sa langue pour percevoir les odeurs et tenter de détecter une proie.

Le monstre de Gila est un animal carnivore qui mange des petits mammifères, des oiseaux et des reptiles, mais qui peut aussi manger des charognes. Il consomme principalement des œufs, d'oiseaux ou de reptiles, qu'il repère à l'odeur grâce à sa langue : il peut les déterrer grâce à ses griffes puissantes ou bien les atteindre dans les nids en grimpant aux arbres ou aux cactus.

Il possède une langue fourchue, comme les serpents. Pour repérer l'odeur d'une proie, ou d'un aliment quelconque, il sort sa langue, puis la rentre et la plaque contre son palais, qui comporte de nombreux capteurs d'odeurs (un peu comme pour le nez chez nous), qui lui permettent de « sentir » les odeurs. Les molécules odorantes de l'air se collent à sa langue, puis sont détectées par le palais lorsqu'il la rentre. Mieux, parce que la langue est fourchue, le lézard peut savoir d' vient l'odeur qu'il a détecté, et ainsi se diriger dans la bonne direction.

Il ne mange pas très souvent, à peine quatre à cinq fois par an dans la nature. Par contre, quand il le fait, il mange beaucoup et stocke des réserves de graisses dans sa queue. C'est un animal très bien adapté au désert : il vit principalement sous terre, ou sous les rochers, et c'est un animal essentiellement nocturne. Au printemps, il sort durant la matinée, et, en été, pendant la nuit, ou après un orage : ainsi, il évite les heures les plus chaudes et se protège contre la chaleur du désert.

C'est animal lent, au corps recouvert de grosses écailles. Ces écailles, faites d'os, constituent une sorte d'armure qui protègent le corps : c'est ce que l'on appelle des ostéodermes.

Le monstre de Gila dans la culture[modifier | modifier le wikicode]

Détail de la peau d'un monstre de Gila

Mythes et croyances[modifier | modifier le wikicode]

Le monstre de Gila est connu depuis très longtemps des peuples Amérindiens, et fait l'objet de différents mythes et croyances :

  • pour les Tohono O'Odham et les indiens Pimas, le monstre de Gila était un esprit capable de faire tomber les gens malades.
  • les Apaches croyaient que le souffle du monstre de Gila était un poison capable de tuer n'importe quel guerrier.
  • les Sequi et les Yaquai croient, au contraire, que la peau du monstre de Gila est capable de guérir.

Les premiers pionniers américains, qui connaissaient mal l'animal, et qui ont sans doute été inspirés par les légendes amérindiennes, pensaient que c'était un animal très dangereux, au souffle empoisonné, dont la morsure était systématiquement mortelle, et qu'il fallait s'en débarrasser. C'est de là que lui vient son nom de « monstre ». Paradoxalement, cela provoquait plus d'accidents, car le monstre de Gila est un animal normalement plutôt craintif, qui fuit quand on l'approche. Mais s'il est attaqué, le monstre de Gila n'a d'autres choix que de mordre pour se défendre. Ainsi, en tentant de se débarrasser du monstre de Gila, les gens se faisaient effectivement mordre, ce qui contribuait à propager l'idée qu'il était dangereux.

Culture moderne[modifier | modifier le wikicode]

Le monstre de Gila est un animal assez mal connu du grand public. Comme il est venimeux, et à cause surtout de son nom de « monstre », on croit souvent qu'il s'agit d'un animal dangereux.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

Le Professeur Cope, herpétologue, a été le premier scientifique à reconnaître que le monstre de Gila était une espèce à part de son cousin, le lézard perlé. Il lui a donné son nom scientifique, et a découvert des indices montrant qu'il était probablement venimeux.

Bien qu'il soit connu des Amérindiens depuis très longtemps, le monstre de Gila n'a été décrit qu'en 1869, par Edward Drinker Cope : le célèbre paléontologue, découvreur de nombreux dinosaures, était aussi un herpétologue, c'est à dire un spécialiste des reptiles et des amphibiens.

Cope a tout de suite reconnu qu'il s'agissait d'un cousin du lézard perlé, ou héloderme granuleux, un reptile déjà connu. Il avait remarqué que les hélodermes avaient de petites rainures sur les dents, qui permettaient à la salive de couler dans la plaie, lors d'une morsure. Il suspecta donc cette nouvelle espèce d'héloderme d'être, effectivement, venimeuse, comme son cousin. Il l'appela donc Heloderma suspectum, ce qui, en latin, veut dire « héloderme suspect »3. Heloderma suspectum est encore, aujourd'hui, le nom du monstre de Gila. Bien sûr, depuis l'époque de Cope, on a pu vérifier que l'animal était effectivement venimeux.

Le Dr Goodfellow, médecin d'Arizona, qui a été l'un des premiers scientifiques à étudier le monstre de Gila.

En 1891, le Docteur George Goodfellow a été un des premiers à étudier le monstre de Gila. Persuadé que le venin n'était pas aussi dangereux qu'on le croyait à l'époque, il a fait exprès de se faire mordre, pour voir ce qui allait se passer. Il a été malade pendant cinq jours, et a dû rester au lit, mais a survécu.

Il en a déduit que le venin n'était pas mortel pour l'homme. En fait, aucun décès n'a été constaté depuis 1930, et il semble que les quelques personnes connues qui soient mortes après s'être fait mordre ne soient pas mortes du venin lui-même, mais plutôt des « médicaments » que l'on a testé pour essayer de les soigner.

Classification[modifier | modifier le wikicode]

Comme le monstre de Gila, le varan du désert est, lui aussi, venimeux. Les varans et les orvets sont les plus proches cousins des hélodermes, comme le monstre de Gila.

Traditionnellement, les squamates sont divisés en deux groupes : les lézards, qui ont des pattes, et les serpents, qui n'en ont pas. Comme le monstre de Gila a des pattes, il a naturellement été placé dans le groupe des lézards...

Cependant, depuis des années, cette classification pose problème, car elle ne marche pas tout le temps... On connaît des exemple de lézards, comme les orvets, qui n'ont pas de pattes, et même certains serpents qui en ont !

Plus problématiques, certains « lézards » semblent en fait être de plus proches parents des serpents que des « vrais » lézards comme le lézard vert, ou le lézard des murailles, par exemple. Ainsi, le fait que le monstre de Gila et le lézard perlé soient venimeux, est un critère qui les rapproche plutôt des serpents que des lézards.

En fait, le monstre de Gila et le lézard perlé sont les deux premiers lézards dont on ait découvert qu'ils étaient venimeux, mais ils sont loin d'être les seuls. Le varan de Komodo est connu depuis longtemps pour tuer des proies beaucoup plus grosses que lui par sa morsure ; cependant, on pensait alors que c'étaient des bactéries contenues dans la salive du dragon de Komodo qui provoquaient des infections mortelles. On a découvert récemment que le dragon de Komodo est bel et bien venimeux, comme le monstre de Gila.

Du coup, les scientifiques ont cherché à savoir si d'autres « lézards » pouvaient également être venimeux. Ils ont ainsi découvert que plusieurs autres espèces de varans, mais également certains iguanes, sont venimeux. Leur venin contient des substances actives, dont certaines se retrouvent également dans le venin des serpents, notamment dans celui des crotales.

Cela a conduit les scientifiques à reconsidérer la classification des squamates : si le groupe des serpents ne pose au final pas tellement de problèmes, celui des « lézards » a été profondément modifié : les iguanes, les caméléons, les agames, les varans et les orvets sont aujourd'hui considérés comme plus proches des serpents que des « vrais » lézards ; ils forment le groupe des Toxicofères, c'est à dire « qui ont du venin » (même si tous n'en ont pas).

Les Toxicofères sont divisés en trois groupes :

  • les Anguimorphes, qui comprennent les hélodermes (comme le monstre de Gila et le lézard perlé), les varans et les orvets.
  • les Iguaniens, qui rassemblent les iguanes, bien sûr, mais aussi les agames, les caméléons, ou encore les basilics
  • et les Ophidiens, ou serpents.

Ainsi, le monstre de Gila est un proche cousin des varans et des orvets, et un parent plus éloigné des serpents et des iguanes. Il n'est que lointain cousin des « vrais » lézards, comme le lézard des murailles.

Recherche scientifique[modifier | modifier le wikicode]

La salive du monstre de Gila contient une molécule, l'exendine-4, qui ressemble beaucoup à une hormone humaine, le GLP-1, qui joue un rôle dans la régulation de la glycémie. Il semble que cette substance joue un rôle dans le stockage des réserves dans la queue du monstre de Gila.

Cette substance intéresse beaucoup les scientifiques, qui ont réussi à en produire un dérivé en laboratoire. Ils ont ainsi pu mettre au point un médicament qui permet de lutter contre le diabète de type 2.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

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Vikiliens pour compléter[modifier | modifier le wikicode]

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Gila monster videos, photos and facts sur ARKive.
  2. Hammerson, G.A., Frost, D.R. & Gadsden, H. 2007. Heloderma suspectum In : IUCN 2013. IUCN Red List of Threatened Species. Page consultée le 26 février 2014.
  3. Edward Drinker Cope, [Protocol of the March 9, 1869 meeting]. Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia, vol. 21(5)
Article mis en lumière la semaine du 01 février 2016.
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