Trouble de la personnalité schizotypique
| Trouble de la personnalité schizotypique | |
|---|---|
| Des habitudes vestimentaires étranges ou inadaptées sont un symptôme du trouble de la personnalité schizotypique. | |
| Autres appellations | Trouble schizotypique (CIM-11) Schizophrénie latente Schizophrénie prodromale |
| Type | Psychose (CIM-11) Trouble de la personnalité (DSM-V) |
| Symptômes | Pensée magique, idées de référence, paranoïa, phobie sociale, émoussement affectif, comportement et pensées excentriques. |
| Lié à | Schizophrénie, trouble de la personnalité borderline |
| Prévalence | Environ 4 % de la population générale |
| Modifier | |
Le trouble de la personnalité schizotypique ou trouble schizotypique, abrégé en schizotypie, est un trouble de la personnalité lié à la schizophrénie dont les symptômes sont de la paranoïa, une phobie sociale, ainsi que des pensées et comportements excentriques
, bizarres ou irrationnels, qui vont parfois jusqu'au délire.
Ce trouble est classé comme étant une psychose par l'OMS, mais le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) le considère plutôt comme un trouble de la personnalité.
Historique[modifier | modifier le wikicode]
Le terme schizotype est utilisé pour la première fois en 1953 par le psychanalyste hongrois Sándor Radó ; il s'agit de la contraction de « phénotype schizophrène » (en anglais schizophrenic phenotype). Ce mot désigne d'abord une théorie de Radó : d'après lui, il existe un ensemble de « traits de personnalité » permanents (une « structure psychique ») qui concernent les patients schizophrènes durant toute leur vie1 et qui aurait des origines génétiques2. Par conséquent, Radó développe l'idée que les personnes non-schizophrènes qui présentent ces « traits de personnalité » particuliers sont plus vulnérables à la schizophrénie3. Le concept de schizotypie est ensuite repris par le psychologue Paul Meehl, puis évolue pour s'éloigner de la psychanalyse4.
En psychiatrie, le « trouble de la personnalité schizotypique » apparaît en 1980 dans la troisième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III), à l'initiative du psychiatre Robert Spitzer qui le classe parmi les troubles de la personnalité. Certains psychiatres voulaient, eux, fusionner ce trouble avec le trouble de la personnalité borderline, mais Spitzer et les rédacteurs du DSM ne les ont pas écoutés5. Le trouble schizotypique est ensuite inclus dans la Classification internationale des maladies de l'Organisation mondiale de la santé, mais y est classé dans le spectre de la schizophrénie et des psychoses (et non comme un trouble de la personnalité). Le diagnostic est légèrement modifié dans la quatrième édition du DSM, et reste pratiquement inchangé depuis.
Prévalence[modifier | modifier le wikicode]
Le trouble de la personnalité schizotypique concerne en moyenne 3,9 % de la population générale, et il est légèrement plus répandu chez les hommes que chez les femmes (4,2 % contre 3,7 %). Il est plus répandu chez des personnes ayant un faible revenu, étant célibataires, séparées ou veuves6.
Le diagnostic est souvent sous-évalué chez les enfants, parfois confondu avec un trouble du spectre autistique dont la schizotypie est pourtant différente7.
Causes[modifier | modifier le wikicode]
Le trouble schizotypique a différentes origines, comme la plupart des maladies mentales.
Génétiques[modifier | modifier le wikicode]

Les causes du trouble schizotypique sont principalement génétiques, et donc héréditaires. Il est donc plus probable de le développer si des proches parents en sont eux-mêmes atteints, ou souffrent de schizophrénie. D'un point de vue purement génétique, les origines de la schizotypie sont globalement les mêmes que celles de la schizophrénie, car ces deux troubles sont proches. En particulier, le gène DTNBP1, qui code la dysbindine (une protéine), situé sur le chromosome 6, est associé au développement de la schizophrénie, car cette protéine semble intervenir dans la cognition et plus précisément la mémoire. Une moins forte expression de cette protéine semble favoriser l'apparition de la schizophrénie et du trouble schizotypique8. Une variation du gène p250GAP pourrait également être associée à des risques plus élevés de développer le trouble schizotypique (mais aussi la schizophrénie), et est particulièrement associée aux symptômes interpersonnels9.
Environnementales[modifier | modifier le wikicode]
Plusieurs études, notamment sur des jumeaux10, suggèrent que la génétique détermine environ 70 % des traits schizotypiques présents sur le long-terme11, mais des facteurs environnementaux entrent aussi en compte. Notamment, des traumatismes prénataux
, comme une grippe dont tomberait malade la mère pendant le 6e mois de grossesse, augmenteraient les symptômes schizotypiques chez la personne à naître. Le stress dans l'enfance, mais aussi le harcèlement scolaire augmentent les chances de développer le trouble schizotypique à l'adolescence12,13.
Neurologiques[modifier | modifier le wikicode]
Chez les patients atteints du trouble schizotypique, on a observé que le lobe temporal (zone du cerveau située au niveau des tempes) est plus petit que la moyenne. Cette anomalie est aussi observée chez les patients schizophrènes, pour lesquels le lobe temporal est encore plus petit. De même, on observe, comme dans la schizophrénie, un rétrécissement de ce lobe au fil du temps, mais, dans le trouble schizotypique, ce rétrécissement est plus lent. Cependant, contrairement à la schizophrénie, le lobe frontal serait, lui, préservé au fil du temps, compensant certaines des lacunes du lobe temporal14. De même, le noyeau dorso-médial, plus petit chez les patients schizophrènes, n'est pas atteint chez les personnes schizotypiques.
-
Le lobe temporal...
-
...le striatum...
-
...et le noyau caudé sont plus petits que la moyenne chez les patients schizotypiques.
-
Le lobe frontal, en revanche, est préservé, contrairement à la schizophrénie.
En revanche, les patients schizotypiques présentent un striatum et un noyau caudé (deux régions du cerveau situées globalement au centre) moins volumineux que ceux de personnes saines et mêmes de schizophènes. Certains neuropsychiatres estiment que cette réduction pourrait être liée à la dopamine, un neurotransmetteur qui est impliqué dans le développement de la schizophrénie et les troubles associés14.
Symptômes[modifier | modifier le wikicode]
Les symptômes du trouble schizotypique sont proches de ceux de la schizophrénie, même s'ils sont moins intenses.
Les personnes ayant ce trouble ont une perception déformée de la réalité. Elles ont souvent des idées paranoïaques, c'est-à-dire qu'elles pensent que les autres leur veulent du mal sans raison : elles peuvent se sentir espionnées ou personnellement visées par des évènements banals (c'est ce qu'on appelle des idées de référence). Cette paranoïa et ce manque de confiance envers les autres peut entraîner de l'anxiété sociale : la personne schizotypique est mal à l'aise en public, a du mal à développer des relations proches avec les autres.
-
La peur d'être espionné, observé ou menacé, typique de la paranoïa...
-
...qui entraîne un isolement social.
De même, les patients schizotypiques ont également des comportements ou des idées « étranges » : ils peuvent par exemple penser qu'ils ont des pouvoirs paranormaux ou qu'ils peuvent agir sur le monde rien qu'en le voulant (on appelle cela la « pensée magique »), ou bien donner des significations spirituelles ou ésotériques à des évènements particuliers. Leurs pensées vagabondent souvent d'une idée à une autre, sans logique, avec parfois des ruminations. Leur manière de parler peut également être différente ; ils peuvent parler de manière étrange, métaphorique ou stéréotypée (avec des incohérences, en s'interrompant, en répétant des mots en boucle). Leurs gestes peuvent également être stéréotypés, avec des maniérismes (gestes répétitifs sans raison particulière) ou erratiques
. Ils peuvent aussi s'habiller de manière étonnante. Leur comportement est généralement vu comme « excentrique », voire bizarre.
-
Le patient schizotypique a des idées de référence : le monde se met à tourner autour de lui, et tout ce qu'il se passe a une signification spéciale pour lui.
-
La pensée magique : la personne schizotypique peut croire qu'elle peut influencer le monde ou des évènements uniquement par la pensée.

Les personnes ayant ce trouble ont aussi un problème d'empathie : elles ont du mal à interpréter les paroles et les mimiques des autres, et sont froides émotionnellement. Leurs réactions émotionnelles peuvent aussi être faibles et inadaptées dans certaines situations.
Enfin, les patients schizotypiques vivent des expériences sensorielles « inhabituelles » (psychotiques ou dissociatives) ; ils peuvent ressentir une « présence » même en étant tout seuls, passer par des transes, et des épisodes de dépersonnalisation-déréalisation voire quasi-délirants. Cependant, ces états quasi-psychotiques ne vont pas jusqu'aux hallucinations comme dans la schizophrénie. Ils ont aussi de légers troubles cognitifs : mauvaise mémoire de travail, difficultés de concentration, de compréhension et de communication, aboulie, inhibition
. Cependant, ces déficits cognitifs sont moins importants que ceux observés chez les patients schizophrènes, et les impactent moins dans leur vie quotidienne15.
Chez les femmes schizotypiques, les symptômes les plus exprimés sont le plus souvent les idées de référence et les croyances paranormales16, et les troubles cognitifs sont souvent moins marqués que chez les hommes17. Chez les hommes, les symptômes les plus importants sont dans la plupart des cas l'absence d'amis proches et l'affect faible16.
Les personnes atteintes du trouble schizotypique sont plus vulnérables aux idées suicidaires et automutilatrices.
Diagnostic[modifier | modifier le wikicode]

Le diagnostic et la catégorisation du trouble schizotypique varie légèrement entre la Classification internationale des maladies (CIM) de l'OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), même si de nombreux points se rejoignent.
Dans les deux classifications, le diagnostic de trouble schizotypique n'est pas compatible
avec le syndrome d'Asperger, la schizophrénie et les autres troubles psychotiques.
CIM-11[modifier | modifier le wikicode]
La 10e version de la Classification internationale des maladies (CIM) attribuait au trouble schizotypique le code F21, tandis que la 11e, en vigueur depuis 2022, lui donne le code 6A22. Elle le classe dans la catégorie « Schizophrénie et autres troubles psychotiques primaires ».
La CIM définit les symptômes suivants comme nécessaires au diagnostic du trouble schizotypique :
- Un modèle persistant de discours, de perceptions, de croyances et de comportements inhabituels qui ne sont pas assez longs et intenses pour correspondre aux diagnostics de schizophrénie, de trouble schizo-affectif ou de trouble délirant. Le modèle comprend plusieurs des symptômes suivants :
- Affect restreint, l'individu a l'air froid et distant ;
- Comportement ou apparence étranges, qui ne correspond pas aux normes culturelles ;
- Mauvaises relations interpersonnelles et tendance à la solitude ;
- Croyances inhabituelles ou pensée magique qui influence le comportement, mais qui ne correspond pas aux caractéristiques d'un délire ;
- Expériences perceptives inhabituelles et illusions intenses ;
- Méfiance et idées paranoïaques ;
- Pensée vague, circonstancielle, métaphorique, trop élaborée ou stéréotypée ;
- Ruminations obsessionnelles que le patient n'essaie pas de refouler, souvent avec un contenu agressif ou sexuel ;
- Des délires, hallucinations et troubles de la pensée, peuvent apparaître, mais ils doivent durer moins d'un mois (sinon, il s'agit de schizophrénie ou d'un autre trouble psychotique).
- Les symptômes doivent avoir été présents, de manière continue ou épisodique, pendant au moins 2 ans.
- Les symptômes ne doivent pas être causés par d'autres maladies (comme des tumeurs au cerveau) ou des substances (drogues, alcool, etc.).
DSM-V-TR[modifier | modifier le wikicode]
Dans le DSM-V, le trouble schizotypique est classé parmi les troubles de la personnalité, dans le groupe A (« distant »), avec le trouble de la personnalité schizoïde et le trouble de la personnalité paranoïaque. Pour le diagnostiquer, le DSM-V recommande qu'au moins 5 des critères suivants soient présents chez le patient :
- Idées de référence (sans délires) ;
- Croyances étranges ou pensée magique qui influencent le comportement et qui ne sont pas liés à des croyances culturelles superstitieuses ; chez les enfants et les adolescents, des fantasmes ou des préoccupations bizarres ;
- Expériences perceptives inhabituelles, illusions corporelles ;
- Pensée et discours étranges, vagues, circonstanciels, métaphoriques, trop élaborés ou stéréotypés ;
- Méfiance et idées paranoïaques ;
- Affect inapproprié ou faible ;
- Comportement ou apparence étrange, excentrique ou singulière ;
- Absence d'amis proches en dehors des parents au premier degré ;
- Forte anxiété sociale qui ne diminue pas avec la familiarité et qui est due à des craintes paranoïaques (et pas à une faible estime de soi).
Évolution et comorbidités[modifier | modifier le wikicode]
Le trouble schizotypique est généralement stable au fil du temps. Il peut parfois évoluer vers une schizophrénie, mais c'est plutôt rare. En revanche, il est courant que les personnes souffrant du trouble schizotypique développent d'autres troubles de la personnalité, principalement les troubles borderline, évitant, dépendant et narcissique. Les personnes atteintes du trouble schizotypiques souffrent aussi souvent de dépression.
Traitement[modifier | modifier le wikicode]
Le trouble schizotypique ne se « soigne » pas ; on peut seulement limiter certains de ses symptômes.
Il n'existe pas de médicaments spécialisés pour lutter contre les symptômes du trouble schizotypique ; le traitement se fait au cas par cas. Généralement, les psychiatres donnent des médicaments antipsychotiques pour lutter contre les symptômes pseudo-délirants (comme les idées de référence ou les illusions, par exemple), ainsi que des antidépresseurs. La psychothérapie est aussi souvent envisagée pour aider les patients.
Dans la culture[modifier | modifier le wikicode]

Le roi Louis II de Bavière (1845-1886), surnommé « le roi fou » ou « le roi des contes de fées », semble avoir souffert du trouble de la personnalité schizotypique18.
Au cinéma, plusieurs personnages sont représentés ayant des symptômes caractéristiques du trouble schizotypique.
- Dans le film American Psycho (2000) de Marry Harron, le protagoniste, Patrick Bateman (interprété par Christian Bale), présente des traits qui correspondent au trouble de la personnalité schizotypique19 ;
- Dans Charlie et la Chocolaterie (2005), film réalisé par Tim Burton, le personnage de Willy Wonka (joué par Johnny Depp) est considéré par plusieurs psychiatres comme étant schizotypique20.
Dans les livres et les films de la saga Harry Potter écrite par J. K. Rowling, le personnage de Luna Lovegood correspond également fortement au diagnostic du trouble schizotypique21,22.
-
Cosplay de Willy Wonka, dans le film Charlie et la Chocolaterie.
-
Dessin représentant Luna Lovegood.
Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]
- Schizophrénie
- Trouble de la personnalité schizoïde
- Trouble de la personnalité borderline
- Syndrome d'Asperger
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ (fr) « La personnalité schizotypique », sur cairn.info.
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, PubMed, « Dynamics and classification of disordered behavior ».
- ↑ (fr) « Les schizophrénies - 23. Personnalités schizotypiques et schizoïdes », sur cairn.info.
- ↑ (fr) « Identité crevassée et identité menacée - Le trouble de l’identité dans la schizotypie » sur cairn.info.
- ↑ (en) « Justification for Separating Schizotypal and Borderline Personality Disorders », sur academic.oup.com.
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, « Prevalence, Correlates, Disability, and Comorbidity of DSM-IV Schizotypal Personality Disorder: Results From the Wave 2 National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions ».
- ↑ (en) « Schizotypal Disorder in Children—A Neglected Diagnosis », sur academic.oup.com.
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, « Genetic Consideration of Schizotypal Traits: A Review ».
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, « The p250GAP Gene Is Associated with Risk for Schizophrenia and Schizotypal Personality Traits ».
- ↑ (en) ScienceDirect, « A twin study of personality disorders ».
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, « A longitudinal twin study of cluster A personality disorders ».
- ↑ (en) National Center for Biotechnological Information, « Schizotypal Personality Disorder: A Current Review ».
- ↑ (en) Guilford Press Periodicals, « Peer Victimization as a Risk Factor for Schizotypal Personality in Childhood and Adolescence ».
- ↑ 14,0 et 14,1 (en) Psychiatry online, « The Pathophysiology of Schizophrenia Disorders: Perspectives From the Spectrum ».
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, « Functional Outcomes, Functional Capacity, and Cognitive Impairment in Schizotypal Personality Disorder ».
- ↑ 16,0 et 16,1 (en) « Sex differences in schizotypal personality in a nonclinical population ».
- ↑ (en) National Center for Biotechnology Information, « A comparative profile analysis of neuropsychological function in men and women with schizotypal personality disorder ».
- ↑ (de) « Ludwig II. von Bayern - nicht schizophren, sondern ... ».
- ↑ (en) Medium, « Patrick Bateman, a case study of American Psycho. »
- ↑ (en) APA PsycNet, « The Schizotypy of Willy Wonka. ».
- ↑ (en) « Abnormal Psych - Luna Lovegood » sur fr.scribd.com.
- ↑ (en) « Psychological disorders in the Harry Potter universe », sur psycho-tests.com.
Liens externes[modifier | modifier le wikicode]
(en) ICD-11 for Mortality and Morbidity Statistics, « 6A22 Schizotypal disorder » ;
(fr) Manuel MSD, « Trouble de la personnalité schizotypique » ;
(en) National Center for Biotechnology Information, « Schizotypal Personality Disorder » ;
(fr) « Schizotypie et cognition sociale », sur cairn.info.
| Article mis en lumière la semaine du 7 octobre 2024. |
Portail de la psychologie — Accédez aux articles de Vikidia concernant la psychologie.
|
Portail de la médecine — Tous les articles sur la médecine, les médecins, les maladies...
|

