Tribun de la plèbe

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À Rome dans l'Antiquité, le tribun du peuple est un magistrat élu pour défendre les droits et les intérêts de la plèbe, c'est-à-dire les classes pauvres et faibles, contre la politique voulue par les patriciens. Leur nombre varia de deux à dix. Les tribuns avaient un très grand pouvoir, puisqu'ils pouvaient s'opposer à toutes les décisions des magistrats y compris aux décisions d'un des leurs, empêcher les élections et même la consultation du sénat romain par les magistrats. Leur pouvoir ne s'exerçait qu'à Rome et dans ses environs immédiats et seulement en temps de paix. Les tribuns de la plèbe étaient sacro-saints et celui qui s'en prenait à leur personne encourait la peine de mort.

La création des tribuns de la plèbe[modifier | modifier le wikicode]

Pendant la royauté et les premières années de la République, les plébéiens étaient exclus du Sénat, des magistratures, des comices curiates et malgré leur nombre, avaient peu de pouvoir dans les comices centuriates.

En 494 av. J.-C. pour obtenir de nouveaux droits politiques les plébéiens quittent Rome pour aller fonder une ville nouvelle sur le Mont Sacré. Pour éviter cette sécession qui affaiblit les moyens militaires de Rome entourée de peuples voisins hostiles, les patriciens acceptent d'accorder des droits nouveaux aux plébéiens. Une magistrature est créée pour la défense des plébéiens, c'est le tribun de la plèbe.

L'élection des tribuns de la plèbe[modifier | modifier le wikicode]

Les tribuns de la plèbe sont élus par des assemblées dont les patriciens étaient exclus ; pour être électeur et éligible, il faut avoir effectué son service militaire, jouir du statut de citoyen romain. Il faut appartenir à la plèbe. En 59 av. J.-C., Claudius, qui est candidat à cette charge, mais qui est patricien, doit se faire adopter par un parent plébéien appelé Clodius, ce qui lui permet de changer son nom et d'être élu.

Pour se présenter il faut avoir 27 ans minimum.

Les tribuns de la plèbe sont de 2 en 493 av. J.-C., 4 en 471 et 10 en 457 av. J.-C..

Les tribuns de la plèbe sont accompagnés de coureurs (les viatores), siègent sur un long banc (le subsellium) et portent une baguette (la virga).

Pouvoirs des tribuns de la plèbe[modifier | modifier le wikicode]

Les tribuns de la plèbe avaient le droit d'auspices qui leur permettait de connaitre la volonté des dieux avant de prendre une décision ou d'agir.

L'inviolabilité personnelle[modifier | modifier le wikicode]

Les tribuns de la plèbe sont sacro-saints, c'est-à-dire que leur personne est inviolable. Toute personne leur portant atteinte est maudite et mérite la mort. Cette loi concerne aussi bien le simple citoyen que les magistrats, les plébéiens et les patriciens. Le coupable est maudit et peut être mis à mort par n'importe quel citoyen afin de faire cesser la souillure qu'il représente sur la Cité. La lex sacrata, votée en 449, av. J.-C., décide que la tête du coupable serait vouée à Jupiter, que ses biens, confisqués, seraient déposés dans les temples de la triade plébéienne (les dieux Cérès, Liber et Libera sur la colline de l'Aventin.

Si ce tribun convoque la plèbe, la plèbe se réunit et l'assemblée, ne peut être dissoute du fait de la présence du tribun. Si le tribun participe à une séance du Sénat, dont ils sont membres de droit depuis 120 av. J.-C. nul ne peut l'en faire sortir.

Le droit de veto[modifier | modifier le wikicode]

Les tribuns de la plèbe peuvent opposer leur veto (droit d'intercessio) aux décisions d’un magistrat, quel qu’il soit et même éventuellement à une décision du sénat ou sénatus-consulte.

Mais le tribun peut aussi agir dans le cadre de la politique générale de Rome. Lorsqu'il juge qu'une action d'un magistrat en exercice menace les intérêts de la plèbe, le tribun s'y oppose et suspend la décision. Ainsi le tribun peut empêcher le magistrats de convoquer une assemblée, d'organiser une élection ou le vote d'une loi ou même d'interroger le Sénat. Le pouvoir législatifs est donc paralysé.

Le droit d'assistance aux citoyens romains[modifier | modifier le wikicode]

C'est le jus auxili. Le tribun peut être saisi par un citoyen mécontent d'une décision légale le concernant. Il fait appel auprès d'un tribun. Celui-ci peut d'ailleurs agir spontanément sans demande d'aide. Le tribun apporte alors son aide et peut annuler la décision. Le but de ce pouvoir est de soustraire le citoyen à une décision paraissant non justifiée.

Limitation des pouvoirs des tribuns[modifier | modifier le wikicode]

Ces pouvoirs sont valables à l'intérieur de la ville et à un mille au-delà. Dans ces limites, leurs pouvoirs sont permanents. Les tribuns n'ont pas le droit de quitter la ville, les portes de leur demeure restent ouvertes jour et nuit...

La fonction de tribun est collégiale : ils ont chacun le même pouvoir. Ils peuvent s'opposer à l'action d'un de leurs collègues, c'est la prohibitio.

L'action des tribuns dans l'évolution des institutions romaines[modifier | modifier le wikicode]

Les tribuns ont d'abord eu le droit de convoquer la plèbe pour y discuter et voter des résolutions applicables aux seuls plébéiens. Ils organisent en fait l'es comices tributes qui deviennent une assemblée plébéienne à caractère permanent. Peu à peu cette assemblée de la plèbe devint plus importante que les comices centuriates. Les tribuns n'hésitèrent pas d'ailleurs a y traduire des patriciens et des magistrats pour les faire condamner. C'est ce qui arriva à Coriolan au début du Ve siècle av. J.-C..

Les comices tributes , assemblée convoquée par les tribuns, imposent les réformes capitales qui progressivement mettent fin à la toute-puissance politique des patriciens. En 462, le tribun C. Terentilius Arsa fit voter un plébiscite ordonnant la rédaction d'un code de lois auquel les consuls seraient obligés de conformer leurs jugements (jusque là les lois étaient orales et donc laissées à l'appréciation des consuls). Pendant dix ans, les patriciens s'opposent à cette proposition ils doivent céder cependant et les décemvirs rédigent les lois des Douze Tables.

En 449, les tribuns firent décider que désormais les plébiscites (décisions des comices tributes) deviendraient la loi pour tous les citoyens , plébéiens et patriciens confondus. Ses décisions seraient désormais équivalentes à celles des comices centuriates

En 445, le tribun Canuleius demande l'abolition de la loi qui interdisait les mariages entre patriciens et plébéiens et le partage du consulat entre patriciens et plébéiens. Les patriciens cédèrent sur le mariage mais s'opposent pendant près de 80 ans à une modification de l'accès au consulat. Ce n'est qu'en 367 av. J.-C., que le consulat est partagé. Progressivement il en est de même pour les autres magistratures (sauf celle de tribun de la plèbe qui restera toujours réservée aux plébéiens).

Voir également:Tiberius Gracchus et Caius Gracchus

Les tribuns sous l'empire[modifier | modifier le wikicode]

Les pouvoirs des tribuns étaient tels qu'ils ne pouvaient qu'inquiéter les hommes politiques qui visent au pouvoir personnel.

Pendant sa dictature, César, un patricien, s'attribue la puissance tribunitienne, ce qui lui conférait l'inviolabilité personnelle et le droit de veto.

Auguste en fait de même. Il se fait donner la puissance tribunitienne à vie et sur tout le territoire de l'empire. Il devient sacro-saint, il a le droit d'opposer son veto aux décisions du Sénat ce qui complète ses pouvoirs d'imperator qui le font chef de l'armée romaine.

Les tribuns, sous l'Empire, devinrent presque des fonctionnaires municipaux de Rome. Ils collaborent avec les édiles des quatorze sections de la ville. Ils sont chargés d'organiser les Augustalia, fêtes annuelles célébrées en l'honneur d'Auguste.

Le tribunat de la plèbe, qui s'intercale entre la questure et la préture, devient alors un des degrés de la carrière sénatoriale.

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