Esclavage dans la Grèce antique

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Un esclave (à gauche) et son maître. Poterie sicilienne à figures rouges. Milieu du IVe siècle av. J.-C.

Dans la Grèce antique et en particulier à l'époque classique, l'esclavage est généralisé. Il arrive même que dans certaines cités, comme à Athènes en particulier, les esclaves soient plus nombreux que les citoyens et leurs familles. L’esclave est un individu privé de liberté et soumis à un propriétaire qui peut l’acheter, le vendre ou le louer, comme un bien. Dans certaines cités grecques, comme à Sparte, il existait des catégories d'esclaves ayant un statut particulier.

Les esclaves s'occupaient de différentes activités, comme des travaux agricoles, de la tenues de la maison du maître, de l'artisanat, de la construction, ou encore de l'éducation des enfants.

L'origine ancienne de l'esclavage chez les Grecs[modifier | modifier le wikicode]

Cassandre devient la captive d'Ajax fils d'Oïlée. Poterie grecque à figures rouges. Vers 440-430 av. J.-C.

Avant le XIIIe siècle av. J.-C. , la civilisation mycénienne pratiquait l'esclavage. Dans les archives du palais mycénien de Pylos, on a retrouvé la trace d'esclaves, esclaves ordinaires ou esclaves consacrés à un dieu (ici le dieu Poséidon). Mais on ne sait pas si l'esclavage pour un dieu est dû à la décision volontaire d'une personne qui se dédie à son dieu. Les esclaves d'un dieu qui peuvent être propriétaires d'un lopin de terre ou être des artisans indépendants ont un nom personnel. Dans d'autres royaumes mycéniens, comme Cythère, Chios... les noms donnés aux esclaves montrent qu'ils ont été victimes des pirates qui les ont capturés puis vendus. Les esclaves pouvaient s'unir à des non-esclaves.

Pour l'époque dite des siècles obscurs, du XIIe au VIIIe siècle av. J.-C., l'Iliade et l'Odyssée, mentionnent des esclaves qui sont surtout des femmes. Elles sont des butins de guerre, c'est le sort de Briséis la captive d'Achille, de Chryséis la captive d'Agamemnon ou d'Andromaque le femme d'Hector qui devient l'esclave de Néoptolème. Les femmes captives, outre qu'elles sont parfois utilisées dans le cadre d'un esclavage sexuel, deviennent le plus souvent des servantes dans la domesticité du roi. L'Odyssée montre que les palais disposaient de nombreuses esclaves-servantes (une cinquantaine dans le palais d'Ulysse lorsqu'il revient chez lui à l'issue de son long voyage). Les esclaves femmes travaillent au tissage, au ménage, à la préparation des repas ou sont chargées de l'approvisionnement en eau de la demeure de leur maître (les fontaines et les sources sont rares en Grèce et le transport de l'eau est un travail pénible). Par contre, les hommes vaincus sont très souvent échangés contre une rançon ou sont tués sur le champ de bataille. Les esclaves masculins apparaissent plus rarement (un des plus connus est Eumée, le porcher d'Ulysse). Pour autant, les sources sur cette époque sont à prendre avec précaution, car bien plus tardives.

À l'époque archaïque, entre 800 et 500 av. J.-C., l'esclavage est important en Grèce. Solon, au début du VIe siècle, interdit l'esclavage pour dette qui était très répandu en Attique. Chios est alors le premier centre connu pour pratiquer le commerce des esclaves.

Origines de cette situation[modifier | modifier le wikicode]

Peu d' « élevage » des esclaves[modifier | modifier le wikicode]

Les esclaves sont pour la plupart des hommes et des femmes qui furent libres avant de tomber en servitude. Il semble qu'en Grèce, on ne faisait pas de l' « élevage » d'esclave ; souvent d'ailleurs, les hommes et les femmes esclaves étaient séparés, et on n'encourageait pas leur union et leur procréation. Au cours de l'accouchement, il se peut que la mère décède, d'où perte pour le maître. De plus, élever un enfant esclave revient plus cher que d'acheter un adulte. Les Grecs craignaient que les liens personnels entre les esclaves soient favorables à l'insoumission voire à la révolte.

L'esclavage dû à la guerre[modifier | modifier le wikicode]

L'approvisionnement le plus fréquent est la prise de guerre. La coutume guerrière grecque veut que les prisonniers et leurs biens soient la propriété du vainqueur. Selon ses intérêts, le vainqueur peut donc rançonner, tuer ou réduire en esclavages ses prisonniers. Pour cela il y a toujours des acheteurs. Les Grecs répugnaient à transformer en esclaves d'autres hommes libres de Grèce. Certaines cités avaient d'ailleurs passé des accords pour éviter ce cas, c'est le cas de Milet et de Cnossos au IIIe siècle av. J.-C.. Les esclaves de guerre sont donc pour la plupart des étrangers à la Grèce. Les Scythes et les Thraces fournissent de gros effectifs.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Ilotes.

L'esclavage dû à la piraterie ou au brigandage[modifier | modifier le wikicode]

Voyager en Grèce est périlleux. Les routes terrestres et maritimes ne sont pas sûres. Dans les régions défavorisées, les populations tirent un revenu de la capture d'un voyageur (les Grecs qui voyagent sont souvent des gens riches car les autres consacrent une grande partie de leur temps au travail et bougent peu de leurs villages ou villes). Généralement, on demande d'abord une rançon et en cas d'échec, on vend le captif à un trafiquant.

Les mers grecques sont parcourues par les pirates qui trouvent des abris commodes dans la multitude d'îles qui constituent les nombreux archipels de la mer Égée. Encore au Ier siècle av. J.-C., les Romains devront organiser de grandes expéditions militaires contre les pirates écumant la mer Méditerranée (Pompée le Grand sera chargé de l'une de ces expéditions). L'équipage et les éventuels voyageurs d'un navire attaqué sont saisis par les pirates peuvent être ainsi réduits en esclavage. Les Crétois étaient spécialisés dans la piraterie.

La traite des esclaves[modifier | modifier le wikicode]

Bien des marchés aux esclaves étaient approvisionnés par des trafiquants internationaux. Ils achetaient à des peuples lointains (en Thrace, en Scythie, en Cappadoce) des captifs pris par des guerriers locaux au cours de razzias et les revendaient aux Grecs. Délos proche de l'Asie, était un très grand marché pour ce type d'esclaves. C'est un procédé similaire à celui de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIe siècle.

L'esclavage par décision de la justice[modifier | modifier le wikicode]

À Athènes, jusqu'au début du VIe siècle av. J.-C., les paysans qui ne pouvaient par rembourser leurs dettes à leurs prêteurs étaient réduits en esclavage au profit de leur créancier jusqu'à ce qu'avec leur travail ils l'aient remboursé.

L'usurpation d'identité, en particulier de la qualité de citoyen, au moment de l'enregistrement des jeunes gens dans un dème à l'âge de 18 ans, pouvait être contestée en justice. En cas de condamnation, la punition pouvait être l'esclavage.

Enfin, le père de famille avait le droit de reconnaître ou pas ses enfants nouveaux-nés. En cas de refus, l'enfant était abandonné et exposé dans les rues où il pouvait être « pris en charge » par des marchands d'esclaves.

Activités des esclaves[modifier | modifier le wikicode]

Faute de documents suffisants le nombre d'esclaves est mal connu. Cependant, les historiens de l'Antiquité ont fait des évaluations. Ainsi au VIe et Ve siècle av. J.-C., il y aurait 80 000 esclaves à Athènes (soit 3 ou 4 esclaves par famille), mais le chiffre est beaucoup plus important pour la fin du IVe siècle av. J.-C. puisqu'on en compterait près de 400 000 en Attique. L'esclavage est donc indispensable aux activités économiques.

Activités dans le secteur privé[modifier | modifier le wikicode]

Propriétaire terrien et ses esclaves récoltant les olives. Amphore attique à figures noires. Vers 520 av. J.-C.

Les esclaves exercent tous les métiers. Ils sont très nombreux dans l'agriculture qui est l'activité principale en Grèce. Les citoyens sont propriétaires de la terre et emploient deux ou trois esclaves. Le travail de ces derniers permet au maître de libérer du temps pour faire de la politique (activité qui lui est réservée). Les très grands domaines comparables aux latifundias romaines sont très peu nombreux en Grèce et les effectifs d'esclaves n'y dépassent pas quelques dizaines de personnes.

Les esclaves sont nombreux dans les mines de métaux et les carrières de marbre où le travail est très pénible et dangereux. Les esclaves sont loués par leurs maîtres aux propriétaires des installations. C'est une source appréciable de revenus surtout si l'on dispose d'effectifs nombreux à louer. Selon Xénophon, un esclave rapporte une obole par jour, soit 60 drachmes par an. À Athènes, près de 30 000 esclaves travaillaient dans les mines d'argent du Laurion et dans les installations qui traitaient le minerai.

Les esclaves travaillent aussi dans l’artisanat. Dans les ateliers la proportion d'esclaves est importante par rapport aux ouvriers libres. Ainsi, à Athènes, Lysias un fabricant de boucliers, emploie 120 esclaves ; le père de Démosthène, lui, est entouré par plus de cinquante esclaves qui fabriquent des couteaux et des lits.

Les esclaves sont aussi des domestiques, surtout les femmes ou les pédagogues qui accompagnent les enfants sur le trajet domicile-école. Il est mal vu de sortir en ville ou d'aller en voyage sans se faire accompagner par un esclave. En temps de guerre, l'esclave sert de valet au citoyen qui combat.

Esclaves faisant la lessive. Poterie attique à figures rouges. Vers470-460 av. J.-C..

Activités dans le secteur public[modifier | modifier le wikicode]

Les cités ont aussi des esclaves qui exercent des fonctions publiques. Les ouvriers pour la construction et l'entretien de la voirie et les éboueurs sont des esclaves. Des esclaves, placés sous l'autorité des magistrats ont des fonctions de police. Le cas le plus connu est celui des archers scythes d'Athènes. Ceux-ci armés d'un fouet et d'une épée parcouraient les rues les jours de réunion de l'ecclésia pour forcer les citoyens à se rendre à l'assemblée. Une partie de l'administration de la cité, comme les fonctions de greffier, de secrétaire, d'archiviste est tenue par des esclaves instruits.

L'affranchissement des esclaves[modifier | modifier le wikicode]

Les affranchissements d'esclaves, c'est-à-dire le retour à la liberté personnelle, qui ont toujours existé, deviennent plus nombreux à partir du IVe siècle av. J.-C.. L'affranchissement est toujours dû à la volonté du maître.

Un affranchissement qu'il faut payer[modifier | modifier le wikicode]

Généralement, l'esclave n'obtient son affranchissement qu'après avoir dédommagé son propriétaire. La somme est souvent fixée au niveau du prix qu'il faudrait payer pour se procurer un esclave ayant les mêmes qualités et la même expérience. La somme versée peut provenir du pécule (les économies) amassé par l'esclave qui travaille en dehors de la demeure de son maître (à qui il doit d'ailleurs une taxe pour le droit de travailler) ou par un prêt consenti par le maître ou un ami (dans ce cas l'esclave devra rembourser le prêt).

L'affranchissement se fait en public, souvent dans un temple, sous le regard de la divinité qui garantit le retour à la liberté. En échange de leur présence qui vaut garantie, les prêtres de la divinité reçoivent une partie de la somme versée et les éventuelles amendes en cas de manquement de la part du maître. La cité où a lieu l'affranchissement délègue également des magistrats qui assurent le même rôle. On a vu des affranchissements qui se faisaient en pleine représentation théâtrale et qui de ce fait perturbaient celle-ci.

Droits de l'affranchi[modifier | modifier le wikicode]

En théorie, l'affranchi est libre de ses mouvements et propriétaires des biens qu'il pourrait acquérir. Dans la pratique, la liberté est limitée puisque l'affranchi ne peut agir en justice que par l'intermédiaire de son ancien maître (c'était le même cas à Rome pour le client d'un patron).

Dans certaines cités, l'affranchi est contraint de rester pendant un délai fixé à la disposition de son maître, souvent jusqu'à la mort de celui-ci, de résider chez lui ou de se présenter plusieurs fois par mois à sa demeure (c'est le cas à Athènes). Souvent l'affranchi doit repayer une somme à la mort de son ancien maître pour que l'affranchissement soit considéré comme définitif. Si l'affranchi souhaite se libérer avant l'expiration de la durée fixée, il doit régler une somme plus importante ou fournir un remplaçant (qu'il devra bien sûr rémunérer). Si pendant son séjour chez son ancien parton, l'affranchi commet une faute, le patron peut le punir (mais mois qu'un esclave). En cas de récidive, l'affranchi peut perdre sa liberté et retourner en esclavage.

L'affranchi peut être propriétaire d'esclaves, mais il ne peut posséder la terre (qui est réservée aux citoyens).

Des droits limités[modifier | modifier le wikicode]

Il peut contracter un mariage, souvent après l'accord de son ancien maître. Les enfants nés de l'union de deux affranchis naissent libres mais n'ont pas les droits de citoyens. Avant Périclès (vers 450 av. J.-C.) l'union d'un affranchi et d'une femme libre est possible et les enfants sont déclarés libres. Mais au IVe siècle, ce type d'union est interdit sous peine de retour à l'esclavage pour l'affranchi.

Si l'affranchi est victime d'un meurtre, son meurtrier est condamné à une peine qui est plus forte que celle qu'il aurait encourue s'il avait tué un esclave, mais moins forte que si cela avait été le meurtre d'un citoyen.

Même non-citoyen, les affranchis doivent être soldats (ce qui est l'obligation pour les citoyens) et payer les impôts (avec en supplément une taxe spéciale).

Pour compléter sur l'esclavage dans l'Antiquité[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • [1] article de Wikipédia sur le même sujet
  • [2] Un site perso, basé sur un cours de faculté.
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