Coup d'État du 18 Brumaire

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Le coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) permet au général Napoléon Bonaparte et à ses soutiens politiques, financiers et militaires de renverser le Directoire (régime républicain mis en place en 1795 par la bourgeoisie française), qui n'arrive pas à faire face à ses nombreux ennemis intérieurs et extérieurs. Bonaparte et ses complices s'emparent alors du pouvoir et établissent le Consulat (régime dictatorial qui doit assurer la tranquillité économique et sociale de la bourgeoisie républicaine). De nombreux historiens considèrent que ce coup d'État met fin à la Révolution française de 1789.

Les difficultés de la bourgeoisie républicaine en 1799[modifier | modifier le wikicode]

Les difficultés politiques[modifier | modifier le wikicode]

En 1799, la bourgeoisie française est consciente que le régime républicain qu'elle a mis en place en 1795, ne peut lui assurer une domination politique permanente. Les élections qui permettent le renouvellement annuel du tiers des députés au Conseil des Anciens et au Conseil des Cinq Cent sont l'occasion pour les opposants royalistes ou jacobins (républicains progressistes) de progresser. Les royalistes sont partisans d'annuler les conquêtes politiques et sociales de la Révolution, conquêtes dont la bourgeoise a été la grande bénéficiaire. Les jacobins, sensibles aux difficultés économiques et sociales des Français les plus humbles, veulent revenir aux mesures de Terreur, qui en 1793-1794, avaient soulagé les classes populaires. Mesures que la bourgeoisie, partisane de la liberté économique, a supprimées dès l'été 1794, après la chute de Robespierre.

Pour conserver le pouvoir la bourgeoisie républicaine doit annuler les résultats des élections et retirer leur mandat à certains députés nouvellement élus. Il y a donc des coups d'État successifs en septembre 1797 (contre les royalistes), en mai 1798 (contre les jacobins). Mais en juin 1799, ce sont les conseils, à majorité royaliste, qui démettent deux des cinq directeurs (chefs collectifs de l'État), en se débarrassant des plus républicains. Une telle instabilité politique est dangereuse pour la position politique des bourgeois. Or la révision de la Constitution, qui permettrait de supprimer le renouvellement fréquents des assemblées législatives, est une procédure complexe et surtout trop longue, puisqu'elle doit s'étaler sur neuf ans.

Les difficultés économiques[modifier | modifier le wikicode]

De plus la situation économique est désastreuse. La monnaie s'est effondrée. Le Mandat territorial, monnaie créée en mars 1796, connaît une dévaluation de fait plus rapide que l'assignat (monnaie créée en 1789). Or pour leurs affaires les financiers et les producteurs (industriels et gros paysans) ont besoin d'une monnaie stable. À leurs yeux, seul un pouvoir politique fort peut rétablir la confiance nécessaire dans la monnaie. Ils sont prêts à soutenir et même à financer la « mise sur orbite » d'un tel pouvoir, quitte à fermer les yeux sur sa légalité et les attaques contre les libertés politiques.

Les difficultés militaires[modifier | modifier le wikicode]

La situation de la France est précaire. Il y a une forte agitation des royalistes. Ceux-ci s'emparent de Toulouse au début août, du Mans et de Nantes en octobre. Même si les républicains parviennent à y reprendre le pouvoir, l'alerte est chaude. Face à l'Europe royaliste, la situation est plus contrastée. Les Russes ont battu (et tué) le général Joubert à Novi en août, et les Français doivent évacuer l'Italie. Les Anglais ont débarqué un corps expéditionnaire en Hollande fin août, mais les Français s'y rétablissent fin octobre. En Suisse, les Français sont victorieux des troupes russes qui se retirent. En Égypte, l'armée française sous les ordres de Bonaparte est en difficulté face aux soldats turcs et est en fait prisonnière faute de moyens de retour coulés par la flotte anglaise. Pour faire face le gouvernement a dû recourir à des mesures énergiques qui alarment la bourgeoisie : la conscription devient obligatoire, les riches doivent payer un emprunt forcé, la « loi des otages » permet d'emprisonner et de déporter les familles des émigrés.

Pour faire face à tous ces dangers, la bourgeoisie, refusant l'exemple de la Terreur de 1793-1794, se décide donc au coup d'État militaire.

Le déroulement du coup d'État[modifier | modifier le wikicode]

Caricature anglaise sur le coup d'État de Brumaire

La préparation méthodique du coup d'État[modifier | modifier le wikicode]

Les acteurs du coup d'État commencent leurs manœuvres dès mai 1799. La majorité modérée des Conseils élit deux directeurs1 modérés (Sieyès et Gohier). Puis elle obtient la démission de deux directeurs républicains affirmés, qui sont remplacés par des personnages effacés (Roger Ducos et le général Moulin). Des ministres acquis au coup d'État sont nommés (le général Bernadotte, Jean-Jacques Régis de Cambacérès, Joseph Fouché). Le gouvernement attaque les moyens d'expression des républicains jacobins. Lucien Bonaparte, frère cadet de Napoléon, devient président du Conseil des Cinq-Cents. Le financement est assuré par une association de fournisseurs des armées. Reste à trouver l'appui militaire. Le général Joubert qui avait accepté est tué à la bataille de Novi en août ; le général Moreau, est pressenti mais refuse. Il suggère le nom de Napoléon Bonaparte. Ce dernier qui a abandonné son armée en grande difficulté en Égypte, accepte d'être le sabre.

Le coup d'État[modifier | modifier le wikicode]

Le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), sur la rumeur infondée d'un complot jacobin contre les Conseils, le conseil des Anciens décide son transfert et celui du conseil des Cinq Cent au château de Saint-Cloud près de Paris. La protection des conseils est confiée aux soldats du général Napoléon Bonaparte. Sieyes et Ducos obtiennent, moyennant finances, la démission du Directeur Paul Barras et font arrêter leurs collègues Gohier et Moulin.

Le 19 brumaire, à Saint-Cloud les séances des conseils sont agitées. Des députés mettent en doute la réalité du complot jacobin. Au conseil des Cinq cent Napoléon Bonaparte, qui est intervenu maladroitement, est conspué et est menacé de mise hors la loi, ce qui équivaut à une condamnation à mort. Lucien Bonaparte, président du conseil, sauve la situation des conjurés. Il fait entrer, dans la salle des séances, les soldats qui, baïonnette au canon, chassent les députés.

Le Consulat remplace le Directoire[modifier | modifier le wikicode]

Le soir-même quelques députés dévoués nomment une commission consulaire exécutive composée de Napoléon Bonaparte, Sieyes et Ducos. Les trois consuls ont pour mission de réviser la Constitution de l'an III en collaboration avec cinquante députés. Le Directoire disparu est remplacé par le Consulat.

Le 24 brumaire le journal Le Moniteur, qui fait fonction de journal officiel, peut écrire : " La France veut quelque chose de grand et de durable (...) Elle veut que ses représentants soient des conservateurs paisibles et non des novateurs turbulents. Elle veut enfin recueillir le fruit de dix ans de sacrifices". Tout le programme de la période qui s'ouvre.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • Georges Lefèbvre, La Révolution française, PUF, collection Peuples et civilisations,
  • Albert Soboul, Le Directoire et le Consulat, PUF, collection Que-Sais-Je ?
  • François Furet, Denis Richet, La Révolution française, Fayard

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Le pouvoir exécutif était confié à cinq Directeurs qui agissaient collectivement comme chefs de l'État et chefs du gouvernement. Chaque année un directeur était renouvellé en étant élu par le conseil des Cinq Cent et le conseil des Anciens
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