Coup d'État du 18 fructidor an V

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Pendant le Directoire, le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) a été fait par trois des cinq Directeurs (les chefs du pouvoir exécutif) contre la majorité des députés siégeant dans les deux assemblées législatives.

Les trois Directeurs voulaient ainsi annuler les résultats des élections partielles du printemps 1797 qui avaient été très favorables aux royalistes. Ces derniers ont gagné les élections car les électeurs (surtout des propriétaires terriens ou des industriels) (voir Constitution de l'an III) sont mécontents des difficultés économiques et financières, ils veulent le rétablissement de la liberté religieuse et le retour à la paix avec les souverains d'Europe coalisée contre la France.

Depuis les élections, en attendant le rétablissement de la monarchie qu'elles espèrent proche, les assemblées ont annulé une grande partie des lois existantes contre les émigrés et les prêtres réfractaires (des ennemis déclarés de la République). La violence contre les partisans de la république est très répandue en province et peu pourchassée par les autorités locales souvent défavorables à la République.

Pour réussir le coup d'État les trois Directeurs font appel à l'armée, en particulier aux soldats envoyés d'Italie par le général Napoléon Bonaparte. L'armée, grande bénéficiaire des guerres de la Révolution, est majoritairement favorable à la République.

Une partie des députés et deux Directeurs sont arrêtés par l'armée, certains d'entre eux sont déportés sans jugement immédiatement en Guyane. Les élections de près 140 députés sont déclarées nulles et ils sont remplacés par leurs concurrents républicains qui avaient été battus.

Le coup d'État de fructidor, donne un répit aux républicains pour tenter d'affermir la république bourgeoise mise en place en 1795. Mais il révèle la faiblesse du pouvoir politique bourgeois qui ne peut se maintenir, face à ses adversaires de droite ou de gauche, que grâce à l'appui de l'armée.

La situation en 1797[modifier | modifier le wikicode]

La guerre victorieuse contre les souverains européens[modifier | modifier le wikicode]

Napoléon Bonaparte en 1797. tableau de Antoine-Jean Gros

Le Directoire continue la guerre enclenchée depuis avril 1792. Au début de 1797, la France révolutionnaire a battu l'Autriche et ses alliés.

Les corsaires français tentent d'affaiblir la marine britannique qui règne sur les mer. Celle-ci d'ailleurs est paralysée pendant un mois par une mutinerie.

Sur le continent, les deux armées françaises commandées par les généraux Hoche et Moreau envoyées en l'Allemagne en direction de l'Autriche, après avoir été battues en 1796, reprennent l'offensive sur le Rhin.

Après avoir battu les Piémontais (à Mondovi en avril 1796) et la victoire de Lodi (10 mai 1796) Bonaparte s'est emparé de Milan. Après avoir bloqué les Autrichiens dans Mantoue, il vainc les armées autrichiennes envoyées pour délivrer la ville (six batailles dont celles d'Arcole (15-17 novembre 1796) et de Rivoli (14 janvier 1797)) ce qui provoque la capitulation de la position clé de Mantoue (2 février 1797). L'Autriche est alors directement menacée si Bonaparte franchit les Alpes. Bonaparte continue le pillage économique et artistique des régions conquises et réorganise selon ses idées la carte de l'Italie du Nord.

Au moment des élections législatives partielles françaises de mars 1797, la France révolutionnaire était en bonne voie pour vaincre sur le continent. Les Français pouvaient espérer la paix et le retour des soldats dans leurs foyers.

Les difficultés financières[modifier | modifier le wikicode]

Comme les gouvernement précédents le Directoire doit faire face à de graves difficultés financières. En avril 1796, l' assignat qui avait perdu toute sa valeur en cinq années est remplacé par une nouvelle monnaie le mandat territorial. On procède à une échange de 1 mandat contre 30 assignats (en réalité il aurait fallu faire 1 à 400 pour rester en relation avec la monnaie métallique en or). En quelques mois le mandat territorial est également sans valeur. Un créancier de l'état qui aurait reçu 3 000 francs assignat en 1791 les aurait échangés contre 100 francs mandat en 1796, mais n'aurait obtenu que 1 franc numéraire en février 1797.

Les rentiers qui avaient prêté des fonds à l'État sont ruinés (or c'est en partie parmi eux que se trouvent les électeurs). Les fournisseurs deviennent exigeants : on doit mettre en vente les diamants de la couronne (dont le fameux Régent, on brade les biens religieux confisqués en Belgique (qui fait désormais partie de la République française) afin de régler les fournisseurs. L'armée française pille l'Italie et le butin est ramené en France...

Les royalistes adoptent la voie légale de la prise du pouvoir[modifier | modifier le wikicode]

Après l'échec de leur soulèvements armés (débarquement à Quiberon en juillet 1795, en Vendée au printemps 1796 et soulèvement parisien du 13 vendémiaire en IV (5 octobre 1795)), les royalistes décident de participer aux élections afin de rétablir la monarchie par les voies légales.

Pour cela ils fondent dans les départements des « instituts philosophiques » qui sont déclarés comme étant des organisations de charité. En fait ils doivent attirer les républicains modérés autour des royalistes et ainsi préparer les élections. Une partie de l'argent nécessaire est fournie par le Royaume-Uni (gouverné alors par William Pitt) et transite par la Suisse. Les idées développées par ces instituts sont le rétablissement de la liberté religieuse, donc la fin de la lutte contre les prêtres réfractaires et leurs fidèles et la paix immédiate et à tout prix. Des troubles sont provoqués dans les armées françaises opérant du Rhin et les comploteurs parviennent à rallier le général Pichegru.

Les élections du printemps 1797[modifier | modifier le wikicode]

Sur les 6 millions de citoyens actifs, seuls 30 000 d'entre eux votaient pour élire les députés à l'issue d'une élection en deux étapes (voir Constitution de l'an III).

La loi d'août 1795 réservait d'office les deux-tiers des sièges aux députés conventionnels sortants. De ce fait après les élections d'octobre 1795, sur 741 députés (511 anciens/230 nouveaux), il y avait environ 160 royalistes (73 royalistes constitutionnels et 90 royalistes absolus), 220 républicains modérés ou conservateurs et environ trois cent républicains sûrs et une soixantaine de députés dits avancés. Les républicains dominaient.

Mais en avril 1797, l'action des royalistes se révèle efficace. Lors du premier renouvellement annuel du tiers des Conseils, les royalistes et les députés républicains conservateurs se retrouvent majoritaires dans les deux assemblées législatives. Sur les 216 anciens députés conventionnels sortis par le tirage au sort seuls 13 furent réélus (dont moins de 8 républicains, parmi lesquels Joseph Bonaparte). Les républicains n'ont la majorité que dans dix départements. Le Directoire est donc désavoué par les électeurs.

Les assemblées renouvelées prennent des mesures favorables aux anti-républicains[modifier | modifier le wikicode]

Les monarchistes, décident d'attendre les élections suivantes, en l'an VI, avant de rétablir la monarchie. Ils pensent qu'ils progresseront encore dans l'opinion publique et qu'ils pourront réorganiser la garde nationale à leur profit en plaçant partout à sa tête des officiers sûrs. Ils pensent pouvoir gagner ces élections de l'an VI et éliminer ce qui reste d'anciens conventionnels. Alors ils pourront dicter leur politique aux Directeurs.

En attendant, les Conseils renouvelés se réunissent le 20 mais 1797. La nouvelle majorité élit président du Conseil des Cinq-cents le général Pichegru et Barbé-Marbois, un ex-marquis et ambassadeur de Louis XVI, devient président du Conseil des Anciens. Le Directeur Letourneur, un républicain ayant été désigné comme sortant par le sort, pour le remplacer les Conseils élisent le monarchiste constitutionnel François Barthélémy (un ex-marquis et ancien ministre de Louis XV).

Puis les Conseils décident des mesures favorables aux ennemis de la République. Les lois contre les émigrés et les prêtres réfractaires sont annulées (abrogées). Nombre d'Émigrés reviennent en France, les prêtres réfractaires sortent de la clandestinité. Des violences contre les républicains éclatent un peu partout. Les généraux qui, en Italie, continuent le combat contre l'Autriche, qui est favorable au rétablissement de la monarchie, sont très critiqués par les députés.

La riposte des hommes politiques issus de la Convention[modifier | modifier le wikicode]

Ces mesures antirépublicaines inquiètent les députés et les trois Directeurs restant issus de l'ancienne Convention. Un grand nombre d'entre eux ont été des artisans de la Terreur de 1793-1794 et sont personnellement menacés par le retour d'un roi. Beaucoup de bourgeois ont acheté des biens nationaux et craignent de devoir les rendre à l'Église catholique. L'armée également n'accepte pas les critiques qui lui sont faites. Pendant l'été 1797 les soldats opérant en Italie, fortement soutenus par leurs généraux, signent des pétitions contre la politique menée par les Conseils et menacent d'intervenir pour maintenir la Constitution républicaine.

Le Directoire est lui-même divisé. D'un côté Lazare Carnot et Barthélémy les Directeurs conservateurs soutenant la politique des Conseils, de l'autre côté Reubell, Barras et La Révellière-Lépeaux, les Directeurs républicains opposés à la nouvelle politique des Conseils. Le 14 juillet, les trois Directeurs républicains renvoient deux ministres favorables aux Conseils et nomment le général Hoche ministre de la guerre et Talleyrand aux Affaires extérieures, tous deux hostiles aux Conseils.

Sous couvert de renforcer les armées opérant sur les côtes de l'Atlantique pour préparer une opération d'invasion du Royaume-Uni, Hoche fait converger vers Paris des troupes sûres. Mais les Conseils déjouent la menace et obtiennent le renvoi de Hoche (remplacé par le général Schérer). L'armée est très irritée de cette décision. Bonaparte fait parvenir au Directoire des documents sur un complot royaliste organisé par le comte d'Antraigues qui vient d'être arrêté en Italie, ces documents compromettent Pichegru. À la demande de Barras, Bonaparte envoie à Paris un de ses lieutenants, le général Augereau. Il est accompagné de nombreux soldats, qui pour ne pas braver l'interdiction pour les soldats d'être à Paris, ont été déclarés en congés. Le 8 août (21 thermidor an V) Augereau est nommé commandant militaire de l'armée de Paris.

Le 10 fructidor (27 août), Larevellière, président du Directoire, annonce menaçant que : «Le Directoire ne pactisera pas avec les ennemis de la République». Le 3 septembre 1797 (17 fructidor an V) les Conseils demandent la mise en accusation des trois Directeurs Barras, La Revellière-Lépeaux et Reubell et envisagent leur arrestation par la garde du Corps législatif (créée par les Conseils le 12 août) aux ordres de Pichegru. Mais ils ne mettent pas leurs menaces à exécution.

L'épreuve de force est engagée.

Le coup d'État[modifier | modifier le wikicode]

Le 4 septembre 1797 (18 fructidor an V) dans la nuit du 17 au 18, Barras, La Révellière et Reubell destituent leurs collègues, Barthélemy et Carnot.

Au matin les soldats d'Augereau, 12 000 hommes et 40 canons, contrôlent les abords des Tuileries (où siègent les Conseils), ferment les barrières de Paris (Paris est alors entouré par le mur des Fermiers généraux percé de portes ou barrières). Le gouvernement fait placarder sur tous les murs de la ville les preuves de la trahison de Pichegru.

Un détachement de soldats se rend au Petit Luxembourg, résidence du Directoire et arrête Barthélémy (Carnot réussit à s'enfuir). Les députés qui arrivent aux Tuileries peuvent rentrer mais ne peuvent plus sortir. Les présidents des Cinq-Cents et des Anciens sont arrêtés ainsi que les députés les plus réputés royalistes. Ils sont enfermés dans la prison du Temple.

À midi le coup d'État est terminé. Il n'y a pas eu de morts.

Les députés laissés libres du Conseil des Cinq-Cents réunis à l'Odéon et ceux du Conseil des Anciens réunis à l'école de médecine délibérèrent sous la surveillance de l'armée. Ils acceptent le coup d'État et votent les mesures décidées par les trois Directeurs.

Les lois des 19 et fructidor règlent la situation après le coup d'État. Les élections de 49 départements sont annulées par les Conseils « épurés » : 177 députés sont déchus de leur mandat et leurs concurrents battus sont déclarés élus. Il en est de même pour les administrations nouvellement élues dans 53 départements.

Carnot et Barthélémy sont remplacés par François de Neufchâteau et par Philippe Merlin de Douai qui étaient jusque-là ministres. Sieyès est élu président du Conseil des Cinq-Cents. Augereau reçoit le commandement de l'armée d'Allemagne en remplacement de Hoiche qui vient de mourir en Prusse. Les Émigrés qui étaient revenus étaient passibles de la peine de mort et les prêtres réfractaires risquaient la déportation.

La guillotine sèche[modifier | modifier le wikicode]

Les députés incarcérés (11 Cinq-Cents et 42 Anciens), Barthélémy et Pichegru, ainsi que 42 éditeurs et rédacteurs de journaux de tendance royalistes, sont condamnés à la déportation en Guyane (« la guillotine sèche »). Seuls 48 d'entre eux seront arrêtés, les autres parviennent à s'échapper. Dix-sept sont expédiés en Guyane cinq jours plus tard à partir du port de Rochefort.

En fait fin 1797 et début 1798, trois vaisseaux ont transporté au total 328 déportés hommes politiques, journalistes et ecclésiastiques vers Conanama et Sinnamary en Guyane, 180 sont décédés sur place et 7 au cours de leur évasion.

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