Chrétien de Troyes

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Probable représentation de Chrétien de Troyes.

Chrétien de Troyes, né vers 1135, probablement à Troyes et décédé entre 1180 et 1190 quelque part en France, est un écrivain et poète qui a beaucoup développé la légende arthurienne, en narrant de nombreuses aventures des chevaliers de la Table ronde et de la quête du Graal. Il écrivait en ancien français, appelé roman à l'époque ; c'est de ses œuvres écrites en roman que vient le terme de roman en littérature.

Il est un des premiers auteurs de romans de chevalerie ou romans courtois. Ses œuvres majeures sont Érec et Énide, Cligès, Yvain ou le Chevalier au lion, Lancelot ou le Chevalier de la charrette et Perceval ou le Conte du Graal.

Aujourd'hui, on ne sait presque rien de sa vie sauf ce qu'il en a lui-même dit dans ses romans. Toujours au moins dans le prologue et à la toute fin de ses ouvrages, il se désignait sous le nom de « Chrétien de Troyes », ce qui donne certainement sa ville natale : Troyes. Mais aussi, d'après certains de ses recueils, il était au service de la dame de Champagne, fille d'Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII, c'est-à-dire Marie de France (wp) ou Marie de Champagne, femme d'Henri Ier de Champagne (ou Henri le Libéral). Dans le prologue de sa dernière œuvre, il indique être au service de Philippe d'Alsace, le comte de Flandre, qui voulait épouser Marie de Champagne devenue veuve.

Ces informations ont permis de dater ses œuvres entre 1164 et 1191.

L'œuvre de Chrétien de Troyes[modifier | modifier le wikicode]

Les sources d'inspiration de Chrétien de Troyes[modifier | modifier le wikicode]

Yvain combattant le dragon avec l'aide de son lion. Utilisation du merveilleux dans le roman courtois.

L'œuvre de Chrétien de Troyes est bien liée à la légende du roi Arthur. Il s'agit de légendes celtiques ayant pour cadre la cour du roi Arthur, un chef celtique héros de la résistance des Bretons à l'invasion de leurs îles par les Anglos et les Saxons au VIe siècle. Le cadre géographique où évoluent ses héros, l'Irlande, la Cornouailles, le Pays de Galles, l'Armorique, est le monde celtique, celui qui a gardé sa langue au temps de la Bretagne romaine, puis a tenté de résister aux invasions germaniques. Ses personnages (Yvain, Lancelot, Perceval...) sont ceux des chevaliers de la Table Ronde, les héros des légendes arthuriennes. Il utilise également des détails féériques et merveilleux qui sont une des caractéristiques des légendes celtiques.

Les héros de Chrétien de Troyes vivent dans un milieu raffiné, où la brutalité chevaleresque que l'on rencontre dans les Chansons de geste du siècle précédent, a cédé la place à des relations dominées par l'amour courtois et la figure de la dame aimée. Les chevaliers cessent de se battre pour défendre leur honneur, pour le service de Dieu ou de leur suzerain. Désormais ils sont soumis aux caprices de leur dame et doivent accomplir les exploits qu'elle exige comme preuve de leur amour. Il s'agit d'une influence occitane, celle de la société des troubadours qui s'est développée dans le sud de la France. La reine Aliénor d'Aquitaine et ses filles Marie de Champagne et Aélis de Blois, émigrées par mariage dans la France du nord et même en Angleterre, sont entourées de poètes, de musiciens. La production de ces derniers est centrée sur la mise en scène des sentiments amoureux, de conflits entre l'amour et le devoir, thème qui sont ceux des romans de Chrétien de Troyes, qui fréquentent ces milieux aristocratiques.

Ses romans reflètent les idéaux de l'aventure chevaleresque, de l'amour courtois et des aspirations religieuses.

Le thème de l'œuvre de Chrétien de Troyes[modifier | modifier le wikicode]

Le chevalier Lancelot et sa dame la reine Guenièvre

L'œuvre de Chrétien de Troyes est fondée sur le thème du conflit entre l'amour de la dame et le goût pour l'aventure chevaleresque. Chrétien de Troyes varie des manières de traiter ce thème.

  • Dans Érec et Énide, son premier roman, le héros Érec par ses exploits conquiert la femme aimée. Mais il se ramollit dans la vie familiale et est accusé de lâcheté. Aussi il repart à l'aventure mais cette fois en obligeant sa femme à le suivre.
  • Dans Le chevalier au lion, Yvain préfère l'aventure à l'amour. Après de multiples exploits il n'est pardonné qu'en restant tranquillement auprès de sa dame.
  • Dans le Chevalier à la charrette, Lancelot, le modèle des chevaliers, sacrifie son honneur et risque sa vie pour l'amour tyrannique voire capricieux de la reine Guenièvre.

Un style unique en son genre[modifier | modifier le wikicode]

En plus d’être un écrivain exceptionnel, il a un style bien à lui qui distingue ses ouvrages des autres auteurs médiévaux. En effet, il donne aux romans courtois une dimension plus contemporaine en confrontant les personnages à de rudes épreuves mais aussi à des situations plus dures encore : il met souvent en scène de vaillants chevaliers devant choisir entre leurs devoirs et leur amour.

Œuvres principales[modifier | modifier le wikicode]

Au cours de sa vie, Chrétien de Troyes a écrit beaucoup de romans :

Et quelques autres poèmes.

Son poème le plus célèbre[modifier | modifier le wikicode]

D'amour qui m'a ravi à moi-même
D’Amors, qui m’a tolu a moi - texte original : D'amour qui m'a ravi à moi-même

Traduction en français moderne par Jean Dufournet :

D’Amors, qui m’a tolu a moi,
n’a soi ne me veut retenir,
me plaing ensi, qu’adés otroi
que de moi face son plesir.
Et si ne me repuis tenir
que ne m’en plaigne, et di por quoi:
car ceus qui la traïssent voi
souvent a lor joie venir
et g’i fail par ma bone foi.

S’Amors pour essaucier sa loi
veut ses anemis convertir,
de sens li vient, si com je croi,
qu’as siens ne peut ele faillir.
Et je, qui ne m’en puis partir
de celi vers qui me souploi,
mon cuer, qui siens est, li envoi;
mes de noient la cuit servir
se ce li rent que je li doi.

Dame, de ce que vostres sui,
dites moi se gre m’en savez.
Nenil, se j’onques vous conui,
ainz vous poise quant vous m’avez.
Et puis que vos ne me volez,
dont sui je vostres par ennui.
Mes se ja devez de nului
merci avoir, si me souffrez,
que je ne sai servir autrui.

Onques du buvrage ne bui
dont Tristan fu enpoisonnez;
mes plus me fet amer que lui
fins cuers et bone volentez.
Bien en doit estre miens li grez,
qu’ainz de riens efforciez n’en fui,
fors que tant que mes euz en crui,
par cui sui en la voie entrez
donc ja n’istrai n’ainc n’en recrui.

Cuers, se madame ne t’a chier,
ja mar por cou t’en partiras:
tous jours soies en son dangier,
puis qu’empris et comencié l’as.
Ja, mon los, plenté n’ameras,
ne pour chier tans ne t’esmaier;
biens adoucist par delaier,
et quant plus desiré l’auras,
plus t’en ert douls a l’essaier.

Merci trovasse au mien cuidier,
s’ele fust en tout le compas
du monde, la où je la quier;
mes bien croi qu’ele n’i est pas.
Car ainz ne fui faintis ne las
de ma douce dame proier:
proi et reproi sanz esploitier,
comme cil qui ne set a gas
Amors servir ne losengier.

D'amour qui m'a ravi à moi-même
sans vouloir me garder pour lui,
je me plains tout en lui accordant
de faire de moi son plaisir.
Pourtant, je ne puis m'empêcher
de m'en plaindre, et voici pourquoi :
ceux qui le trahissent, je les vois
souvent atteindre le bonheur,
et moi j'y échoue par ma bonne foi
 
Si Amour, pour glorifier sa loi,
veut convertir ses ennemis,
il a raison, à ce que je crois,
car il ne peut faillir aux siens ;
et moi qui ne peux me séparer
de celle devant qui je l'incline,
je lui envoie mon cœur qui lui appartient;
mais je crois la servir bien peu
en lui rendant ce que je lui dois.

Dame, de ce que je suis votre vassal,
dites-moi si vous m'en savez gré.
Non, pour autant que je vous aie bien connue,
mais il vous déplaît de m'avoir à votre service.
Du moment que vous ne m'acceptez pas,
je vous appartiens dès lors malgré vous ;
mais si jamais de quelqu'un vous devez
avoir pitié, souffrez ma présence,
car je ne puis servir une autre personne.

Jamais je n'ai bu du philtre
dont Tristan fut empoisonné,
mais je suis rempli d'un grand amour
par un cœur loyal et une ardente volonté.
Je dois consentir à cet amour de mon plein gré
car je n'ai subi aucune contrainte :
je n'ai fait que suivre mes yeux
qui m'ont engagé dans une voie
dont jamais je ne sortirai ni ne suis jamais sorti.

Coeur, si ma dame ne t'aime pas,
pour autant ne t'en sépare jamais :
demeure toujours en son pouvoir
puisque tu l'as commencé et entrepris.
Jamais, si tu m'en crois, tu n'aimeras davantage.
Mais que les difficultés ne te découragent pas !
Le bien s'apprivoise avec le temps,
et plus tu l'auras désiré,
plus tu auras de plaisir à le goûter.

J'aurais obtenu sa pitié, je pense,
si elle avait été à la mesure
du monde quand je l'invoque ;
mais je crois qu'elle y est étrangère.
Jamais je ne cesse, jamais je ne laisse
de prier ma douce Dame,
que je prie et supplie sans succès
en homme qui ne sait plaisanter
quand il faut servir et louer Amour.

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