Albert Cohen

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Albert Cohen, photographié en 1968.

Albert Cohen, né le 16 août 1895 à Corfou (Grèce) et mort le 17 octobre 1981 à Genève (Suisse), est un diplomate suisse, mais surtout un écrivain de langue française.

Né dans une famille de Juifs de Grèce, il reste durablement influencé par sa judéité, objet de questionnement et même d'engagement, puisqu'il lutte dès 1914 en faveur du sionisme : il souhaite la création d'un État juif d'Israël.

Son style demeure mémorable par son rythme très long, répétitif et châtié, et pourtant très fluide. L'enfant, qui à cinq ans encore ne parlait pas français, devint plus tard un maître des mots. Son livre le plus célèbre, Le Livre de ma mère, est un portrait de la figure maternelle, teinté de douleur et de mélancolie.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Albert Cohen naît sur l'île grecque de Corfou, dans une culture orientale, animée, joyeuse. Son père est commerçant juif influent, sa mère vient des quartiers juifs de Venise : après des attaques antisémites (un pogrom), cette petite famille est forcée de fuir vers la France, à Marseille.

Dans la cité phocéenne, le petit Albert est d'abord élevé par des bonnes sœurs catholiques, tandis que ses parents se débattent pour le nourrir et retrouver la stabilité financière. Ils partent très tôt le matin, Albert les voit peu et prend souvent son petit-déjeuner seul.

En 1914, alors que la Première Guerre mondiale fait rage en France, il s'installe à Genève, et cinq ans plus tard obtient la nationalité suisse. Il y devient attaché de Division diplomatique : il dîne en société et maîtrise les grands usages.

Son engagement sioniste ne se fait pas attendre : il collabore avec des intellectuels juifs, comme Albert Einstein ou Sigmund Freud, pour différentes revues.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie à Londres, terre des Alliés. C'est le temps de l'exil, marqué par la mort douloureuse de sa mère le 10 janvier 1943.

Dans l'après-guerre, le calme revenu, Albert Cohen se consacre beaucoup à l'écriture. Il fréquente les plateaux de télévision et ses romans connaissent un certain succès : Le Livre de ma mère (1954), Belle du Seigneur (1968), Les Valeureux (1969) et Ô vous, frères humains (1972). En 1968, ses talents sont enfin reconnus : il reçoit le Grand Prix de l'Académie française.

Le Livre de ma mère[modifier | modifier le wikicode]

Le Livre de ma mère est un petit livre (une centaine de pages) autobiographique, paru en 1954, qui brosse le portrait de sa défunte mère. C'est une femme bougonne, maladroite, ventripotente. Elle a conservé un fort accent oriental, et s'isole totalement de la société occidentale. Elle est entièrement dévouée à son mari et surtout à son fils, auquel elle voue un amour inconditionnel : elle se montre avec lui prévenante, soumise et admirative.

Pourtant, malgré tous ses défauts, Albert Cohen l'aime profondément. Aussi, lorsque la nouvelle de sa mort lui parvient, il écrit ce texte en forme de plainte pour crier son désespoir : il qualifie lui-même son roman de « chant de mort ». Assis seul dans sa chambre à Londres, il ne décroche plus le téléphone et n'ouvre plus à la porte lorsqu'on sonne : il écrit sans répit, tard dans la nuit, éclairé par la faible lueur d'une bougie. Ses seules compagnies sont sa chatte et la lune, en lesquelles il croit parfois voir sa mère.

Le Livre de ma mère est tout imprégné de la tristesse de l'auteur. Le lecteur compatit avec ses souffrances, confinant parfois au délire, lorsqu'il se prend à jouer avec les mots simplement pour oublier son chagrin. Cette œuvre demeure aussi dans la littérature comme un exemple de portrait de la figure maternelle, empli de regrets et d'amour.

Dans cet extrait, il compare le deuil à la poursuite infinie d'un train qui emporte sa mère : « Ma mère est morte, morte, morte, ma mère morte est morte, morte [...] Ainsi scandent les essieux du long train, toujours scandant, ce train, ma douleur, toujours emportant, ce train de funérailles, ma morte décoiffée à la portière, et moi je vais derrière le train qui va et je m'essouffle, tout pâle et transpirant et obséquieux, derrière le train qui va emportant ma mère morte et bénissante. ».

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Vipère au poing, de Hervé Bazin (portrait d'une mère martyrisant ses enfants).

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