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Révolution des Œillets

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Jour anniversaire de la révolution (abril=avril en portugais)

La révolution des Œillets (en portugais Revolução dos Cravos) est une révolution qui a eu lieu au Portugal le 25 avril 1974. Elle mit fin à l'ultra-conservatisme qui était installée depuis une quarantaine d'années.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

La dictature mise en place par Salazar dure depuis les années 30. En 1974, Marcelo Caetano est au pouvoir et gouverne le pays d'une main de fer, aidé par la police secrète et la police militaire. Les colonies portugaises sont en révolte depuis le début des années 60. Empêtré dans une guerre en Guinée-Bissau, en Angola et au Mozambique, le gouvernement ultra-conservateur en place écrase le peuple portugais de taxes destinées au maintien des troupes armées dans ses colonies, au détriment d'une indispensable modernisation de l'État. En outre, beaucoup de jeunes ouvriers portugais, menacés par un service militaire long de quatre ans, préfèrent fuir le pays. La répression policière ne parvenait pas à éradiquer la lutte ouvrière qui, bien qu'inutile, durait depuis quinze ans. Le pays était figé socialement et économiquement. La population et une partie de l'armée sont lasses et espèrent un changement de régime.

Dès 1973, des officiers d'extrême gauche conspirent contre le pouvoir en place.

Le 25 avril 1974, à 0h25, la radio nationale diffuse une chanson révolutionnaire de Zeca Alfonso. C'est le signal de l'insurrection. Le Mouvement des Forces Armées s'empare des points stratégiques militaires et politiques et force Caetano à la capitulation. Seule la police politique oppose une résistance armée qui occasionne la mort de 6 personnes. Il est à noter que ce furent les seules victimes de la révolution.

Des milliers de portugais descendent dans les rues, au mépris des consignes militaires. À Lisbonne, le point de rassemblement est le marché aux fleurs. Certains militaires mettent un œillet dans le canon de leur fusil, d'où le nom donné ensuite à cette révolution. Le mouvement de contestation populaire qui suivit la prise du pouvoir par les putschistes n'avait pas été prévu, ni souhaité par eux. Les militaires se retrouvent vite dépassés par la suite de cette révolution.

Les suites[modifier | modifier le wikicode]

Un monument portugais commémorant le 25 avril : le Parque Eduardo VII à Lisbonne.

De multiples manifestations ont lieu dans le pays afin d'exiger l'arrêt immédiat de la guerre et le rapatriement des troupes. Des mutineries empêchent le départ de nouveaux soldats et, en Afrique, certains se révoltent et refusent de se battre.

La lutte ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

La fin de la dictature permet aux ouvriers de se réunir. Pour eux, l'exploitation patronale ne faisait qu'un avec le régime ultra-conservateur. Les premières occupations d'usine effraient la junte au pouvoir qui condamne les grèves et les réunions. Cette fois encore, les consignes sont ignorées et le mouvement s'étend à tout le pays. Les principales revendications sont : l'augmentation des salaires, la réduction des horaires légaux, les congés payés et l'arrêt du travail payé à la tâche (et non mensualisé).

Le Parti communiste s'oppose aux ouvriers qui partent à la chasse aux mouchards et aux petits chefs. Selon lui, le pays est un état capitaliste et ce sont les propriétaires des usines qui décident de qui doit y travailler.

Dans les quartiers, les logements laissés vides sont squattés par la population. La bourgeoisie commence à s'inquiéter. Malgré la confiance qu'elle accorde au gouvernement provisoire socialo-communiste et au pouvoir militaire, elle s'expatrie à son tour.

Les patrons, inquiets et débordés, ferment leurs entreprises et licencient le personnel. Dès lors, une nouvelle vague de grèves gagne tous les secteurs d'activité. En juillet 1974, la poste se met aussi en grève et les transports aériens font de même en septembre. Ces deux éléments vont marquer profondément les esprits et sont un véritable tournant dans les rapports entre les différents camps en présence. Les grévistes s'aperçoivent qu'une action de grève ne doit pas aller jusqu'à paralyser le système. La police, jusque-là assez neutre, intervient vigoureusement contre les grévistes. Les leaders grévistes sont arrêtés et une surveillance de tous les instants se recrée particulièrement dans les quartiers les plus pauvres. Le Parti communiste accepte ces répressions et va, en août 74, jusqu'à lancer une campagne antigrève. Un syndicat unique voit le jour : le CGPT (Confédération Générale des Travailleurs Portugais).

Dès cet instant, le fossé se creuse entre les ouvriers d'une part et le pouvoir politique et militaire d'autre part. Les mouvements contestataires débordent le cadre du travail pour se répandre dans les autres secteurs de la vie sociale. Des revendications politiques apparaissent essentiellement dirigées contre le Parti communiste.

Au début de 1975, la situation économique du pays est encore plus grave qu'avant la révolution. Les capitaux privés quittent le pays, les sociétés multinationales n'osent pas investir dans ce climat insurrectionnel et l'État n'a qu'un pouvoir limité, car il est tiraillé par plusieurs centres de décision.

Les militants sont partagés entre différentes factions. Les réalistes qui suivent sans trop de discussions les mots d'ordre de leur syndicat lui-même très proche du Parti communiste. D'autres se positionnent dans un radicalisme révolutionnaire. Ceux-ci organisent une grande manifestation le 7 février 1975 à Lisbonne, à l'investigation de la commission Interentreprises, sorte de syndicat radical dissident. Cette manifestation emporte un succès énorme et est dirigée contre l'armée (qui soutient le gouvernement, les licenciements, la répression et le gouvernement lui-même).

La bourgeoisie, d'abord inquiète de la prise de pouvoir par le parti communisme s'y est adaptée, puisque le parti semble freiner les revendications de certains salariés. Mais la virulence de la radicalisation et l'agitation sociale qui en découle lui fournissent un nouveau sujet d'inquiétude. Le Parti socialiste portugais, incapable de la moindre influence, se range du côté du gouvernement et de l'armée.

En mars 75, des conservateurs tentent un nouveau coup d'État, mais ils sont rapidement paralysés par le peuple, toutes tendances confondues. Le durcissement de la politique qui en découle ouvre la deuxième partie de la révolution des Œillets avec la constitution d'un gouvernement d'extrême gauche.

La réforme agraire[modifier | modifier le wikicode]

Monument pour la Révolution des œillets

Jusqu'au début de 1975, les paysans du sud du pays avaient adopté une attitude assez attentiste tout en soutenant le gouvernement en place. Depuis toujours, ces ouvriers agricoles survivaient grâce au travail saisonnier. Pendant l'hiver 74-75, ils se trouvent, comme toujours depuis des siècles, sans travail. Le mécontentement les pousse à incendier les biens des propriétaires terriens. Spontanément, ils occupent les fermes des latifundistes (propriétaires terriens), désobéissant eux aussi au Parti communiste et au syndicat.

Quelques mois plus tard, les latifundistes sont chassés et les terres organisées en collectivités. Des coopératives se créent et la propriété privée devient quasiment inexistante. En été 75, le parti, via le syndicat reprend le contrôle de cette révolte. En juillet, l'état donne une légalité à ce soulèvement populaire en créant la Loi de l'expropriation des terres. Ce camouflet transforme d'un coup de baguette magique une révolution paysanne en réforme agraire ...

Les occupations sauvages sont réprimées par l'armée car non-révolutionnaires. Cette révolte répond pleinement aux attentes de l'État qui avaient dans ces objectifs prioritaires de réorganiser la production agricole et d'augmenter la production, mais ne savait comment y parvenir. Par cette action, le Parti communiste prend le contrôle du sud du Portugal. Cette prise de pouvoir ne se déroule d'ailleurs pas sans heurt, car les ouvriers agricoles comprennent très vite qu'ils n'ont fait que changer de patron.

Le pouvoir populaire gêne l'état[modifier | modifier le wikicode]

Le gouvernement Gonçalves qui, de mars à août 75 menait une politique d'interventionnisme dans les divers secteurs d'activité conforme à ses principes communistes, accélère la nationalisation des entreprises pour tenter de normaliser la situation sociale et répondre au chômage. Il réprime toute initiative visant à l’indépendantisme tout en cherchant un accord avec la droite catholique. Les entreprises autogérées, nées de l'abandon des usines par le patronat surtout dans l'industrie textile sont étouffées et disparaissent les unes après les autres. Par des financements importants aux entreprises nationalisées, celles-ci peuvent se permettre des prix qui asphyxient littéralement ces corporations autonomes. Celles qui survivent ne le font que grâce au surtravail et au surendettement. L'autogestion est devenue de l'auto-exploitation.

Le Parti communiste est passé, en moins d'un an, d'un parti clandestin au statut de parti dirigeant. Les grandes entreprises, les ministères, les administrations publiques, les médias, en un mot tous les organismes du pouvoir sont entre les mains de membres du parti. Ce pouvoir effraie, car il ne rappelle que trop, par son attitude, la dictature passée. Un nouveau courant se forme : le pouvoir populaire. Il est surtout implanté dans les quartiers pauvres de Lisbonne, Porto, et Sétubal. Les idées maoïstes y dominent, mais un socialisme non-autoritaire commence à poindre. Une tentative de front commun a lieu lors du congrès des Conseils révolutionnaires à Lisbonne en avril 1975.

Le gouvernement communiste s'allie alors ouvertement avec les militaires conservateurs qui, ironie du sort, préparaient le coup d'État du 25 novembre. Ce recentrage sauve le Parti communiste.

Le 25 novembre 1975[modifier | modifier le wikicode]

Le deuxième coup d'État militaire rend le pouvoir à l'ancienne classe dirigeante portugaise, mais celle-ci a compris l'utilité des 3D et fera le nécessaire pour y parvenir. Les vestiges du salazarisme meurent peu à peu. Le Portugal est mûr pour rejoindre l'Union européenne.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Source[modifier | modifier le wikicode]

Lien externe[modifier | modifier le wikicode]

Article mis en lumière la semaine du 14 janvier 2008.
  • Grandola Vila Morena : Musique à écouter, plus les paroles en portugais et en français d'un chant qui joua un grand rôle dans la révolution des Œillets... Drapeau rouge (page consultée le 11 mars 2008).
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