Mandat français en Syrie et au Liban
Le mandat français en Syrie et au Liban est un régime politique instauré par la Société des Nations (SDN) et administré par la France entre 1923 et 1946, après la Première Guerre mondiale et la chute de l'Empire ottoman, officiellement dans l'objectif d'accompagner ces pays vers l'indépendance1.
Il a pour origines les accords Sykes-Picot (1916) conclus entre la France et le Royaume-Uni, qui visaient à partager entre-eux les pays arabes du Moyen-Orient après l'effondrement de l'Empire ottoman. Ainsi, la Syrie et le Liban revenaient à la France et l'Irak et la Palestine étaient accordés au Royaume-Uni. Ces ambitions territoriales impérialistes s'opposaient aux volontés indépendantistes des peuples de la région, qui souhaitaient profiter de l'affaiblissement de l'Empire pour s'émanciper. Après le conflit et ne prenant pas en compte le principe d'autodétermination prévu dans sa charte, la Société des Nations officialise les conditions de ces accords ce qui provoque rapidement des tensions avec plusieurs cercles indépendantistes2.
Si le territoire est théoriquement organisé en régions autonomes, la France l'administre dans les faits directement par l'intermédiaire de ses services de renseignements et de ses ministères. Afin de consolider son influence et affaiblir ses adversaires, le pays va également exploiter les divisions religieuses et favoriser les groupes qui lui sont favorables3.
Contexte[modifier | modifier le wikicode]
La présence française au Moyen-Orient est principalement liée, depuis plusieurs siècles, à l'implantation de la communauté religieuse des maronites autour du Mont-Liban (au sud de l'actuelle Syrie), de confession chrétienne et qui font l'objet d'initiatives de protection par la France depuis les croisades. À partir du XVIe siècle, ils servent de relais d'influence pour les Français dans la région pour contrer l'expansion de l'Empire ottoman, État musulman, et se présenter comme des défenseurs de la chrétienté4. Également, la perte d'influence de l'Empire au XIXe siècle et la montée des mouvements nationalistes (Grèce, Égypte...) constituent une opportunité pour les puissances mondiales d'étendre leur pouvoir dans la société ottomane, notamment sur le plan financier. Ainsi au début du siècle suivant, la France investit plus de deux milliards de francs dans le financement d'infrastructures dans l'Empire ottoman, et contribue grandement à l'accroissement de la dette du pays5.
Au commencement de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman est dans une situation interne instable caractérisée par une armée peu réformée et ne disposant pas de matériel moderne et une multiplication des révoltes dans ses territoires arabes. Cherchant à tirer profit de son effondrement, la France et le Royaume-Uni signent un accord secret (1916) qui prévoit de diviser le Moyen-Orient en zones d'administration gérées entre-eux. Cet accord est contraire aux promesses faites aux dirigeants indépendantistes locaux, qui soutenaient l'instauration d'un État arabe confédéré sur les territoires arabes de l'Empire ottoman6.
À la fin de la guerre, les responsables indépendantistes accompagnent les troupes franco-britanniques qui occupent les actuels territoires syrien et irakien. Ils mettent en place un bref gouvernement arabe sous la direction de l'émir Fayçal, avant d'être contraints de le dissoudre sous la pression des forces d'occupation françaises. La France impose ainsi ses conditions à la nouvelle Société des Nations (SDN) et aux États-Unis, partisans du principe de l'autodétermination des peuples. L'octroi d'un mandat sur la Syrie est confirmé en 1920 lors de la conférence de San Remo puis du traité de Sèvres, qui officialise la division de l'Empire ottoman67. Cette décision provoque des tensions avec les soutiens de l'émir Fayçal, qui proclame dans la foulée l'indépendance de la Syrie, ce qui amène les autorités françaises à imposer un ultimatum à Fayçal. Celui-ci, n'ayant pas le soutien des puissances internationales, se soumet à l'ultimatum bien qu'une partie de ses troupes le rejette, ce qui amène à l'entrée des soldats français dans Damas en juillet 19208.
Fonctionnement du mandat et mise en place[modifier | modifier le wikicode]

L'administration française du mandat, dirigée par un haut-commissaire tenu par le général Henri Gouraud, délimite le territoire du mandat en le divisant en six régions autonomes sur la base des confessions religieuses et ethniques locales, sans tenir compte de la présence des tribus3 :
- L'État d'Alep, englobant tout le nord et l'est du territoire ;
- L'État de Damas, qui englobe l'ouest du territoire ;
- Le territoire des Alaouites, centré autour de Lattaquié (sur la côte) et où réside la minorité alaouite ;
- L'État des Druzes dans le sud, où réside la minorité druze ;
- Le sandjak d'Alexandrette, où vit une minorité turque. Celui-ci bénéficiera d'une autonomie au sein de l'État d'Alep en 1937, avant d'être rattaché à la Turquie l'année suivante.
Suite aux pressions de la minorité maronite, un État du Grand Liban est instauré par séparation du reste du territoire. La création de ces régions, qui comptent ensembles une multitude de groupes religieux et ethniques, vise à diviser les communautés entre-elles afin de limiter leur influence politique et d'empêcher l'émergence d'un nationalisme arabe. Le pouvoir français cherche également à favoriser certains groupes afin de s'attirer leur soutien et faire contre-poids aux indépendantistes arabes, créant ainsi une région autonome pour les Alaouites et le Liban. Chaque région est constituée de son propre gouvernement, et sont dirigées par un gouverneur et dotées d'une assemblée élue pour les provinces d'Alep et de Damas. Cette assemblée est cependant sous l'influence étroite de l'administration française, ce qui limite les possibilités de débats. Dans les faits, si chaque province dispose de son propre gouvernement, la gestion du territoire est menée par les ministères contrôlés depuis la métropole3. Ce système flou mélangeant le fédéralisme et l'unitarisme sera une cause des tensions politiques dans le territoire, qui ne parviendra pas à trouver un équilibre.
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Drapeau du Liban français.
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Drapeau de la Syrie française à partir de 1930.
Révoltes nationalistes et tentatives de réformes[modifier | modifier le wikicode]
Malgré la nomination d'un nouveau haut-commissaire à la gestion du mandat (1925), le général Maurice Sarrail, l'administration française garde une attitude répressive envers les populations locales qui manifestent des volontés d'émancipation. En juillet 1925, suite au refus du haut-commissaire de recevoir des représentants druzes qui s'opposent à ses positions sur les tribus et à l'arrestation de plusieurs d'entre-eux, une révolte indépendantiste est lancée contre la présence française. Elle se propage aux grandes villes de l'ouest du pays, avant de finir par être réprimée par l'armée9.
Afin de calmer la révolte, les autorités françaises acceptent les revendications autonomistes des maronites et des nationalistes syriens et octroient une constitution au Liban et à la Syrie, la première répartissant les représentants de l'administration d'État entre les différents groupes religieux du pays1011. Le pouvoir mandataire renforce cependant son influence sur les assemblées, qui peuvent désormais être dissoutes par simple décret, et continue de s'appuyer sur des réseaux bourgeois acquis à sa cause pour s'imposer3. Il se montre cependant plus pragmatique dans son attitude envers la population locale, cherchant à négocier avec les responsables nationalistes modérés et montrant un intérêt envers la culture régionale en fondant un institut d'étude des cultures du Proche-Orient (1930)12. Dans l'ensemble, des tensions resteront fortes entre les Français et les minorités, bien que le pays bénéficiera d'une certaine modernisation avec la création de forces de police et la généralisation de la justice. Plusieurs révoltes ont lieu pendant les années 1930, qui sont sévèrement réprimées13.
Fin du mandat et accès à l'indépendance[modifier | modifier le wikicode]
La Seconde Guerre mondiale marque une période d'affaiblissement pour la présence française dans ses colonies et la diffusion des idées indépendantistes, qui sont récupérées par d'autres puissances pour satisfaire leurs intérêts. Après la défaite de la France (1940) et l'instauration du régime de Vichy, l'Allemagne nazie soutient ainsi une reconnaissance de l'indépendance des pays arabes en échange de la tenue d'insurrection contre les Britanniques au Moyen-Orient. En juin 1941, les Forces françaises libres (FFL) et l'armée britannique s'emparent du territoire du mandat en Syrie et au Liban, et les autorités britanniques proclament dans la foulée l'indépendance de ces territoires afin de s'attirer leur soutien13. Le gouvernement français de Charles de Gaulle se montre cependant hostile à l'indépendance immédiate, craignant la montée en puissance britannique et d'autres déclarations d'indépendance au Maghreb. Le Liban devient indépendant en 1943, mais la Syrie reste d'abord sous contrôle français et connaît des manifestations contre l'administration mandataire. Le 29 mai 1945, le commandant des troupes françaises en Syrie Oliva-Roget bombarde la ville de Damas pour réprimer les manifestations, faisant des centaines de morts. Mise sous pression du Royaume-Uni, la France finit par se retirer du territoire et accorde l'indépendance à la Syrie en 19468.
Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]
Références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Mandat de la SDN, Syrie, Liban, 1922 - Digithèque MJP
- ↑ 28 avril 1920 - Mandat français au Liban et en Syrie - Herodote.net
- ↑ 3,0 3,1 3,2 et 3,3 France, Syrie et Liban 1918-1946 - La France et sa politique de mandat en Syrie et au Liban (1920-1939) - Presses de l’Ifpo
- ↑ De Saint-Louis à la guerre du Liban : la France, protectrice des chrétiens d'Orient - Le Figaro
- ↑ Jacques Thobie, Intérêts et impérialisme français dans l'Empire ottoman, 1895-1914 - Persée
- ↑ 6,0 et 6,1 Accords Sykes-Picot : le traité secret franco-britannique de 1916 - Linternaute
- ↑ Avril 1920 : la conférence de San Remo, le partage de l'Empire ottoman | lhistoire.fr
- ↑ 8,0 et 8,1 Quand la Syrie était française - Geo.fr
- ↑ Révolte druze de 1925 - Les Clés du Moyen-Orient
- ↑ République du Liban, constitution libanaise 1926 - MJP
- ↑ Syrie, Constitution de 1930 - MJP
- ↑ L'expertise en terrain colonial : les orientalistes et le mandat français en Syrie et au Liban | Cairn.info
- ↑ 13,0 et 13,1 La Syrie et le Mandat français (1920-1946) - maaber.50megs.com
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