Perestroïka

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Propagande en faveur de la perestroïka sur un timbre postal soviétique de 1988. Ce qui est écrit :La cause de la révolution d'Octobre se poursuit avec la Perestroïka. Accélération (Ouskoreniye), Démocratisation (Demokratizatsiya), Transparence (Glasnost)

La perestroïka (qui veut dire reconstruction en russe) est une série de réformes économiques entreprises par l'URSS de 1985 à 1991. Le but était de rattraper certains retards économiques et technologiques face aux États-unis, elle fut lancée par Mikhaïl Gorbatchev.

Le passage progressif à l'économie de marché et la libéralisation économique furent les principales réformes. La perestroïka se solda par un échec et conduisit avec d'autres éléments à la chute de l'Union Soviétique et à de graves crises économiques pour les anciens pays soviétiques dans les années 1990.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

L'URSS avant l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev[modifier | modifier le wikicode]

En 1969, les principaux dirigeants soviétiques. Au premier plan sur la tribune, à gauche le premier est Leonid Brejnev, le troisième est Alexis Kossyguine

Depuis la mise à l'écart de Nikita Khrouchtchev en 1964, les dirigeants soviétiques comme Leonid Brejnev et Alexis Kossyguine ont maintenu le contrôle absolu du parti communiste sur la société et l'économie du pays. Toute opposition politique est systématiquement brisée par un usage continu du système concentrationnaire du Goulag ou par le développement de l'exil intérieur sous surveillance policière. Progressivement apparaît une rupture entre les communistes, du moins les dirigeants, et une partie encore minoritaire mais grandissante de la population soviétique.

C'est surtout dans le domaine économique que la situation est difficile. Les performances diminuent continuellement. Depuis 1964, les dirigeants soviétiques ont refusé de remettre en cause le système de développement extensif de la production : ils continuent à miser sur la création de nouveaux moyens de production qui gaspillent les ressources mais procurent le plein emploi (ce dernier le plus est souvent en sureffectif par rapport à ce qui est nécessaire) plutôt que de chercher à améliorer la productivité des moyens productifs existants ce qui aurait supposé des réduction d'effectifs dans les entreprises. Ils ont maintenu la planification centralisée et rigide de l'économie qui aux mains d'une bureaucratie gigantesque aboutit tout compte fait à la pénurie des produits demandés par les consommateurs et à des blocages dans la production. Cette pénurie débouche sur le développement d'une économie parallèle illégale basée sur le marché noir créant une très forte augmentation des prix des produits qui y sont proposés et un développement des inégalités. Ils refusent de donner aux entreprises d'État (pratiquement tout l'appareil économique) des libertés financières et de gestion qui responsabiliseraient tout le personnel (des directeurs aux ouvriers), libéreraient les initiatives et feraient reculer la mentalité d'assistés d'une grande partie de la population.

Progressivement l'URSS entre en déclin économique. Malgré quelques succès comme la station spatiale Mir, la technologie soviétique prend du retard par rapport à celle des pays occidentaux en particulier dans l'informatique et le spatial. Une partie des ressources disponibles en URSS est détournée par les dépenses militaires énormes qui sont accentuées par l'intervention en Afghanistan en 1979 et la tentative de répondre à la menace créée par la course aux étoiles lancée par le président américain Ronald Reagan à partir de 1983.

Les idées de base de la perestroïka[modifier | modifier le wikicode]

Gorbatchev en 1986

Les mesures prises par Gorbatchev dans le cadre de la perestroïka avaient pour but de sauver le système communiste mais en le réformant profondément. Dans le domaine économique, l'idée est de faire cohabiter, dans un premier temps, deux types d'organisation de la production. D'un côté, le secteur relevant d'une économie planifiée, mais en améliorant le système existant depuis des décennies, de l'autre côté des secteurs qui seraient soumis aux règles du marché c'est-à-dire à la concurrence et la liberté d'action entre les entreprises et la satisfaction de la demande des consommateurs pour court-circuiter l'économie parallèle. L'idée était que progressivement le secteur concurrentiel devait devenir plus important que le secteur planifié.

La réforme de l'industrie soviétique[modifier | modifier le wikicode]

Depuis la fin des années 1920, la quasi totalité de l'industrie de l'Union soviétique est propriété de l'État. Cela n'est pas remis en cause par la perestroïka.

Propagande en faveur de la perestroïka sur un timbre postal de l'URSS, 1988

Des entreprises plus libres de leur fonctionnement[modifier | modifier le wikicode]

En 1987, la réforme de l'industrie se met en place. Les entreprises industrielles doivent désormais réaliser une partie de leur production selon les règles anciennes (commandes venant de l'État, approvisionnement décidé par l'État, prix fixés par l'État en particulier dans l'électricité, le pétrole brut, le gaz naturel, le matériel militaire), l'autre partie de la production est réalisée en passant des accords librement négociés avec les fournisseurs et les clients librement choisis et en ayant des prix libres tenant compte des coûts réels de production.

Après avoir payé à l'État-propriétaire un loyer pour les installations, les entreprises disposent comme elles l'entendent des bénéfices. Elles peuvent investir pour améliorer les installations, s'équiper en machines plus modernes, elles doivent utiliser de nouvelles méthodes de travail moins gourmandes en main d'œuvre.

Pour stimuler l'ardeur des travailleurs et réduire l'énorme absentéisme qui était auparavant le fléau de l'industrie soviétique, les entreprises peuvent aussi augmenter et élargir l'étroite échelle des salaires. Les salaires sont revalorisés de 30% en moyenne. Mais l'augmentation varie selon le poste occupé ; ainsi les ouvriers spécialisés ou qualifiés bénéficient d'une augmentation de 20-25% alors que les ingénieurs et les cadres techniciens eux ont entre 30 et 35% . De ce fait l'écart entre les ouvriers et les ingénieurs qui était de 1 contre 1,5 passe à 1 contre 1,8 (notons cependant la faible différence de rémunération entre un ouvrier et un ingénieur).

Cela suppose aussi que les entreprises améliorent la qualité de leurs produits et tiennent compte de la demande de leurs clients. Le but est de réduire les stocks d'invendus ou de produits mis au rebut pour raison de défaut de fabrication ou de manque d'acheteurs motivés. Le gaspillage des ressources et du travail était très répandu en URSS.

Les entreprises devant en grande partie s'autofinancer, les subventions provenant de l'État sont réduites d'autant.

Les entreprises qui se révèlent incapables de « tirer leur épingle du jeu » peuvent être fermées. Il est évident que de nombreuses entreprises pour réaliser la réforme vont réduire leurs effectifs ce qui provoque une augmentation du chômage (phénomène nouveau en Union soviétique où, coûte que coûte jusque là, on maintenait les salariés au travail).

Parallèlement les très nombreux ministères (généralement un par type d'activité industrielle) sont désormais regroupés en super-ministères (construction mécanique, énergie, complexes chimiques, bois). Là aussi on réduit les effectifs de bureaucrates. La réforme touche donc de plein fouet l'énorme bureaucratie qui avec des millions de fonctionnaires gérait l'activité économique de l'URSS. Les fonctionnaires obligés de changer de travail ou licenciés deviennent des adversaires de la perestroïka.

De nouvelles règles pour la fixation des prix de gros et de détail[modifier | modifier le wikicode]

Avant la perestroïka , les prix de gros et de détail étaient fixés par le gouvernement. Souvent ils ne tenaient pas compte des coûts de production et de distribution. Le prix fixé dépendait de l'appréciation par le parti communiste de l'utilité sociale du produit, l'alimentation et les services culturels étant reconnus comme essentiels. Les produits de base nécessaires aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises étaient fixés à un niveau bas. La différence entre le prix de revient et le prix de vente était compensée par des subventions de l'État. Les produits considérés comme non-primordiaux ou de luxe pouvaient être soumis à des prix élevés destinés à en décourager la consommation donc la production qui de ce fait était restreinte.

Avec les réformes de la perestroïka la fixation du niveau des prix doit tenir compte des coûts réels de production et de distribution, des prix mondiaux de ces produits, ainsi que de la demande par les consommateurs. Les entreprises sont donc tenues de modifier les conditions de production pour faire face à ces nouvelles règles. De fait on assiste à une hausse des prix de gros pour les carburants et l'alimentation. Le manque de temps (la perestroïka disparaît dès la chute de Gorbatchev en 1991) ne permettra pas de répercuter totalement ces hausses sur les prix de détail.

La réforme de l'agriculture soviétique[modifier | modifier le wikicode]

La réforme de l'agriculture est rendue possible par des lois votées en 1986 qui autorisent la création d'entreprises privées individuelles ou coopératives indépendantes de l'État. Peuvent créer des entreprises individuelles les personnes en inactivité totale ou partielle, les étudiants, les femmes au foyer, les retraités. Les salariés peuvent également créer leur propre entreprise en dehors de leur activité principale. On pariait alors que ces possibilités d'emplois permettrait de créer des ressources nouvelles augmentant les revenus de la population concernée et fourniraient de nouveaux services pour l'ensemble de la population. On pouvait également espérer que cela légaliserait le travail au noir et permettrait de fournir du travail aux ouvriers industriels ou aux fonctionnaires qui perdraient leur emploi du fait des réformes dans l'industrie et la bureaucratie.

Trois personnes au minimum peuvent créer une coopérative et même employer des salariés à temps partiels. Les fournitures pour l'activité de la coopérative et l'écoulement des produits ou des services créés sont assurés par des contrats avec des entreprises existantes.

Les lopins de terre familiaux, qui existent dans les fermes coopératives de grande taille (les kolkhozes), peuvent alors devenir la base du capital d'une entreprise individuelle voire d'une petite coopérative si des voisins s'associent. Mais surtout par contrats les kolkhozes ou les sovkhozes (fermes d'État) peuvent déléguer une partie de leurs terres et bâtiments à des groupes de coopérateurs qui peuvent compter jusqu'à une cinquantaine de personnes. Ce sont ces groupes qui sont chargés de la production. Le contrat prévoit la production à réaliser et les conditions financières du prêt des terres. On peut alors penser que la motivation pour produire plus et dans de meilleures conditions de rentabilité permettra d'améliorer l'agriculture soviétique. Mais les coopérateurs, devenus libres de s'organiser comme ils l'entendent, prennent aussi des risques financiers et peuvent échouer. Le plein emploi n'est donc plus assuré dans les campagnes de l'URSS. La réforme est délicate, car les kolkhozes étaient souvent dans une situation difficile. En 1988, environ 40% d'entre eux ne subsistaient que parce qu'ils recevaient des subventions de l'État (dont 12 % de très pauvres).

En contrepartie de cette libération de l'activité agricole, l'État réduit les sommes qu'il attribuait à l'agriculture. Désormais il concentre ses efforts financiers sur l'amélioration des infrastructures (comme les routes et les moyens de stockage) dont l'insuffisance était souvent la cause d'une perte importante de la production. Il améliore aussi les conditions de vie des ruraux en développant l'instruction, le logement, la voirie locale.

La perestroïka ne remet pas en question le fait que la terre appartient à l'État. Les terres des kolkhozes, comme celle des lopins individuels, ne sont que prêtées aux agriculteurs. Ceux-ci ne peuvent vendre ou transmettre en héritage la terre qu'ils cultivent.

L'échec de la perestroïka[modifier | modifier le wikicode]

Ayant accédé au pouvoir en mars 1985, Gorbatchev doit y renoncer le 25 décembre 1991. Entre temps l'économie soviétique s'est détraquée, la vie quotidienne est devenue plus dure pour une très grande partie des soviétiques. En février 1990, le parti communiste a perdu le rôle de parti dirigeant qu'il avait depuis 1917 et est même dissout le 6 novembre 1991. Surtout, dès janvier 1990, une partie des républiques fédérées qui forment l'URSS luttent pour obtenir leur indépendance, l'éclatement de l'URSS a commencé.

Les raisons de l'échec sont multiples. Contrairement à ce qu'avaient fait les Chinois sous l'impulsion du parti communiste dirigé par Deng Xiaoping à partir de 1976, Gorbatchev n'a pas voulu ou pu trancher entre l'économie planifiée et l'économie concurrentielle. Il n'a pas mis en place une législation qui favoriserait la liberté totale des entreprises et a découragé les sociétés étrangères qui souhaitaient venir s'installer en URSS. Il a désorganisé le système existant, même si celui-ci était peu performant mais qui assurait un minimum de bien-être et de sécurité à la population. Le système proposé par Gorbatchev rencontrait trop d'oppositions pour se mettre en place rapidement, pour combler le vide créé.

La bureaucratie soviétique menacée dans son existence, a tout fait pour entraver l'application correcte des réformes. Ainsi, l'État est resté le principal client des entreprises. La bureaucratie gouvernementale en passant des quantités de commandes plus importantes que nécessaires a réduit la capacité des entreprises à travailler selon les règles concurrentielles qui devaient améliorer la qualité des produits, augmenter la production et la productivité de la main d'œuvre. La réforme sur les prix n'a été tentée qu'au début de 1991. Le marché noir a continué à exister, aggravant les difficultés de la population et révélant les inégalités.

La population soviétique était aussi très réticente. On lui proposait des améliorations futures, mais elle a vécu rapidement la perte des emplois à vie, l'incertitude du lendemain, les difficultés de ravitaillement, l'enrichissement d'une partie de la population (les trafiquants du marché noir, certains paysans qui pouvaient vendre leur surplus agricoles...). La mentalité égalitariste mise en place par plus de 70 années de régime communiste a été un frein considérable.

La production pétrolière a chuté considérablement. Or c'est une base essentielle pour le fonctionnement de l'économie et une source importantes de devises étrangères du fait des exportations. L'État a vu ses ressources financières se réduire. Les tentatives pour obtenir des crédits des organismes internationaux comme le FMI ou la Banque mondiale se sont heurtées au refus de ceux-ci de prêter tant que l'URSS n'aurait pas mis en place des mesures plus favorables aux entreprises privées. L'agriculture soviétique, malgré des récoltes satisfaisantes, ne parvenait toujours pas à nourrir la population correctement. Les moyens de transport et de stockage restaient toujours aussi insuffisants pour assurer une distribution convenable des produits. La population ne voyait donc pas une amélioration de son approvisionnement, la pénurie continuait d' exister, ainsi que les files de clients devant les magasins.

Le mécontentement était grand contre les autorités. Il se manifestait d'autant plus fort que la politique de liberté d'expression et de communication des idées (la glasnost) a été mise en place par Gorbatchev dès 1985. La situation était si catastrophique qu'en août 1991, un coup d'État dû à des militaires et à des membres les plus intransigeants du parti communiste chasse pendant deux jours Gorbatchev du pouvoir ; il ne sera sauvé que par le soulèvement de la population organisée par Boris Eltsine. Des enquêtes d'opinion menées au début des années 2000 montrent que 60 % des Russes condamnaient la pérestroïka.

Pour compléter sur les réformes de Gorbatchev[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • [1] Vincent Geraud. 2006. Mémoire de master 1 de l'université de Toulon.
  • L'article perestroïka [2] de Wikipédia
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