Industrialisation de l'URSS avant la Seconde Guerre mondiale

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Le combinat métallurgique de Magnitogorsk dans les années 1930 : l'URSS culmine alors la production mondiale d'acier.

À partir de 1928, sous la conduite de Staline, les communistes décident d'industrialiser l'URSS pour en faire un grand pays industriel capable de rivaliser avec les pays d'économie capitaliste c'est-à-dire la quasi totalité des autres pays du monde, pays qui lui sont hostiles.

Dans ce but les communistes décident que les paysans devront fournir les capitaux nécessaires. Pour cela il faut regrouper les agriculteurs dans de grandes exploitations collectives les kolkhozes et les sovkhozes. Afin de déterminer les priorités et d'éviter le gaspillage des capitaux, l'économie est organisée par l'État sous les directives des communistes. Toutes les activités de production et d'échange sont prévues dans les moindres détails sur une période de cinq ans (les plans quinquennaux).

La mise en place fut très difficile dans l'agriculture où les paysans aisés (les koulaks) furent très maltraités. Une grande crise alimentaire en 1932-1933, due à la collectivisation forcée des terres par Staline à la fin des années 20, oblige les communistes à laisser plus de liberté aux agriculteurs. Dans l'industrie, la priorité donnée à l'industrie lourde aux dépens de l'industrie des biens de consommation donne des résultats spectaculaires de production (même si la qualité est très souvent médiocre). Cependant, les conditions de vie des Soviétiques (sauf celle des membres de l'innombrable bureaucratie) ne s'améliorent guère.

Pourquoi l'industrialisation de l'URSS ?[modifier | modifier le wikicode]

Une affiche vantant l'industrialisation de l'URSS

Une nécessité stratégique[modifier | modifier le wikicode]

L'industrialisation du pays est une question de survie pour le régime communiste. Aux yeux de tous les autres pays du monde (Mongolie exceptée) l'URSS est une anomalie tant du point de vue politique (la dictature d'un parti unique) que dans le domaine économique (le rejet de la propriété privée et de la libre entreprise). En 1921, les bolcheviks ont réussi à triompher de l'intervention militaire étrangère et depuis les relations diplomatiques et commerciales se sont améliorées avec les pays capitalistes. Mais ces derniers considèrent toujours l'URSS comme une menace et n'attendent qu'une nouvelle occasion pour la rayer de la carte du monde. L'URSS doit donc disposer d'un armement moderne que seule une industrie puissante pourra lui fournir.

Une nécessité politique[modifier | modifier le wikicode]

Depuis 1917, le pays est dirigé par le parti bolchevik, devenu parti communiste. Il a pris le pouvoir pour installer la dictature du prolétariat (à ses yeux essentiellement les ouvriers et assez peu les plus pauvres des paysans qu'il connaît assez mal). Or en 1928, les ouvriers ne représentent qu'une très petite partie des travailleurs (moins de 10%). Par contre les paysans forment environ les trois quarts des travailleurs. Les paysans sont attachés à la propriété privée de la terre, du matériel et du bétail, ce qui aux yeux des bolcheviks est incompatible avec le socialisme qu'ils veulent édifier. Le développement de l'industrie permettrait une augmentation de la part des ouvriers dans la population ainsi qu'une diminution de celle des paysans. Cela assurerait au régime soviétique un avenir moins difficile.

Une nécessité économique[modifier | modifier le wikicode]

En 1928, malgré les progrès accomplis pendant la période de la NEP, l'URSS n'est toujours pas un pays dont l'industrie couvre les besoins essentiels. L'industrie lourde est contrôlée depuis 1917 par l'État soviétique. Elle ne parvient pas à fournir les machines et les engrais nécessaires à l'agriculture ou le matériel permettant l'amélioration du médiocre réseau de transport par chemin de fer. De plus les entreprises s'organisent comme elles le peuvent ce qui occasionne des gaspillages.

Les difficultés de ce secteur sont en grande partie dues à l'insuffisance des capitaux disponibles (l'industrie lourde demande un long investissement élevé en capitaux). L'industrie des biens de consommation a été rendue au secteur privé en 1922. Il en est de même du commerce de détail.

La réapparition d'un secteur privé a fait naître les nepmens qui sont des petits entrepreneurs ou commerçants. Ils sont indispensables pour fabriquer et commercialiser des biens réclamés par la population. Mais ils s'enrichissent aux dépens des consommateurs. Leur présence permanente dans une société socialiste est impensable. L'État devra donc aussi s'occuper de l'industrie des biens de consommation.

Les méthodes de l'industrialisation[modifier | modifier le wikicode]

Pour des raisons de principes, les dirigeants soviétiques ne peuvent admettre l'existence d'un secteur privé, tant dans l'industrie que dans l'agriculture ou le commerce. Dans le domaine industriel, ils font disparaitre les entreprises privées (qui sont pour la plupart dans la fabrication de biens de consommation). Il suffit de ne pas livrer les matières premières ou l'énergie (secteur entièrement dans les mains de l'État) dont elles ont besoin pour fonctionner. Il suffit également de les soumettre à des contraintes administratives ou financières qui gênent leur développement voire mettent en danger leur existence même. Une à une les entreprises privées ferment. Les clients sont alors contraints de recourir aux services des très insuffisantes entreprises de l'État (qui au passage prélève des taxes).

La collectivisation des campagnes[modifier | modifier le wikicode]

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Collectivisation de l'agriculture en URSS.

Le financement de l'industrialisation doit être assuré par la collectivisation des campagnes. Cette collectivisation va permettre le prélèvement obligatoire par l'État d'une partie de la production agricole. Ces prélèvements seront revendus aux soviétiques dans des magasins d'état ou seront exportés. Dans les deux cas l'État récupère des capitaux. La collectivisation doit aussi permettre à l'État de contrôler les approvisionnements alimentaires de la population des villes, population qui doit augmenter du fait de l'industrialisation et de la croissance numérique de la bureaucratie soviétique nécessaire au type de développement industriel choisi. Enfin la collectivisation doit permettre une nouvelle organisation du travail agricole qui doit éliminer les paysans aisés (les koulaks) et faire disparaître la mentalité individualiste des paysans.

La planification soviétique[modifier | modifier le wikicode]

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Mise en place de la planification en URSS.

L'État gérant toute la production industrielle doit définir les objectifs de production à atteindre, ainsi que le rythme annuel pour y parvenir. Cela relève de décisions politiques c'est-à-dire du parti communiste. Les décisions prises rendent le plan obligatoire (on dit impératif).

Mais l'État doit aussi organiser l'approvisionnement des entreprises en matières premières, en énergie et en main-d'œuvre. Il doit donc désigner les entreprises fournisseuses. Mais il doit aussi désigner les clients à qui il faudra livrer les produits fabriqués. Il faut également mettre en place les acheminements de marchandises d'une entreprise à une autre, donc prévoir les moyens de transport. Une telle organisation suppose un grand nombre de fonctionnaires (plus de 2 millions en 1937).

La priorité à l'industrie lourde[modifier | modifier le wikicode]

La centrale hydroélectrique de Dniepropétrovsk en construction en 1934

La nécessité de développer surtout l'industrie lourde (sidérurgie, chimie de base, fabrication de grosses machines) s'impose vite aux dirigeants soviétiques. L'industrie lourde permet de mettre en valeur les immenses richesses énergétiques et minières du pays (il faudra cependant en faire la prospection). On peut se passer d'importer ces produits industriels de base. Mieux, on peut exporter une partie des produits extraits du sous sol et ainsi avoir un apport de capitaux permettant l'achat des technologies étrangères qui sont indispensables.

Les productions de l'industrie lourde (acier, produits chimiques) sont les bases nécessaires à la fabrication de grosses machines pour l'équipement ferroviaire qu'il faut absolument augmenter ou pour la production de tracteurs et d'engrais indispensables au développement agricole espéré. C'est aussi une des bases de l'industrie d'armement (la guerre de 1914-1918 a montré que les armées modernes consomment de grosses quantité de matériel militaire).

Mais l'industrie lourde demande d'énormes masses de capitaux qui sont bloqués pour de nombreuses années. Comme les capitaux sont limités en URSS il faut les concentrer sur ce qui apparait vital pour le pays. L'industrie des biens de consommation, moins gourmande en capitaux et très utilisatrice de main-d'œuvre est par contre délaissée. Elle l'est d'autant plus facilement que ses espoirs de développement sont limités du fait du faible pouvoir d'achat des consommateurs soviétiques. On lui demande seulement de fournir le strict minimum nécessaire en quantité (mais la qualité est souvent défectueuse).

Le développement et la formation de la main-d'œuvre ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

Jeunes apprentis en URSS

L'augmentation de la main-d'œuvre ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

Le développement industriel envisagé demande une main-d'œuvre plus nombreuse et plus formée. Le recrutement va se faire par l'afflux vers les villes industrielles des paysans exclus des campagnes par la collectivisation des terres (en particulier les koulaks ou paysans aisés). La main d'œuvre rurale va aussi devenir trop nombreuse du fait de la modernisation des méthodes de travail dans l'agriculture. Le trop plein de bras devra aller s'employer dans les usines. On embauche également les prisonniers politiques qui sont internés dans des camps de travail (le goulag) ouverts dans les régions les plus difficiles où il y a de grandes richesses dans le sous-sol. Le nombre d'ouvriers est ainsi multiplié par trois entre 1928 et 1939 et ils représentent désormais près du quart des travailleurs.

L'amélioration de la formation[modifier | modifier le wikicode]

Mais cette main-d'œuvre arrive sans formation professionnelle. Le gouvernement développe rapidement et sur une grande échelle l'enseignement technique (quasiment inexistant jusque-là). Pour encourager les travailleurs à se former on leur fait miroiter la possibilité d'entrée dans le parti communiste, entrée qui procure des avantages matériels mais aussi des possibilités de promotion dans l'entreprise. Or l'entrée dans le parti se fait par cooptation du nouveau membre par les anciens. Seuls ceux qui montrent, par leur attitude face au travail, leur volonté de contribuer à l'édification d'une société socialiste ont une chance.

La hiérarchie des salaires demeure très étendue afin d'encourager les travailleurs à s'améliorer professionnellement pour obtenir des postes mieux payés. Les meilleurs travailleurs, les ouvriers de choc ou oudarniks, sont montrés en exemple et récompensés. En 1935, on organise une grande propagande autour de l'exploit du mineur Alexeï Stakhanov qui aurait extrait 14 fois plus de charbon que la moyenne des autres mineurs. En fait il s'agit de l' « exploit » d'une équipe qui avait réfléchi sur l'organisation de ses méthodes de travail. Stakhanov sert de modèle afin d'améliorer la productivité des travailleurs.

Les résistances[modifier | modifier le wikicode]

Mais une partie de la main-d'œuvre montre peu d'enthousiasme aux conditions de travail qui lui sont faites. La journée de travail oscille entre dix et onze heures, on doit travailler six, voire sept jours consécutifs. Les repos « hebdomadaires » sont décalés entre les travailleurs puisqu'on ne ferme jamais l'usine, la vie familiale est de ce fait souvent difficile. Les autorités exigent des journées de travail sans salaire.

Beaucoup d'ouvriers quittent fréquemment leur entreprise, et les autorités rétablissent le livret ouvrier qui vise à interdire ces changements en fixant de force le travailleur à son usine. Les amendes pour absences ou fautes professionnelles sont introduites. Le salaire est maintenu volontairement bas afin d'obliger le travailleur à améliorer sa productivité en vue d'obtenir des primes de rendement qui complètent son salaire. Ces bas salaires permettent aussi de réduire le coût de production.

Bilan de l'industrialisation avant la Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

L'usine de tracteurs de Tchelyabink

L'augmentation considérable de la production[modifier | modifier le wikicode]

Le développement de l'industrie a été organisé par trois plans quinquennaux successifs. Le premier plan (1928-1933) est surtout consacré à l'industrie lourde et à l'énergie (et à la collectivisation des campagnes). Les objectifs fixés par le gouvernement sont trop élevés et le plan ne peut être totalement réalisé. Le second plan (1933-1937) tout en maintenant la priorité à l'industrie lourde commence à investir dans l'industrie des biens de consommation et dans les moyens de transport. Il est réalisé avec succès. Le troisième plan (1938-1942) oriente l'industrie lourde vers la chimie et l'électricité. Il doit fournir plus de machines et d'engrais à l'agriculture. Les transports en chemin de fer et par canaux sont développés. Mais la guerre avec l'Allemagne nazie qui éclate en juin 1941 vient interrompre le déroulement du plan.

Même s'il faut se méfier des données statistiques ou de production fournies par les autorités soviétiques de l'époque, on peut estimer que si on donne à l'industrie soviétique une base 100 en 1928, elle atteint 770 en 1940 (soit un développement de six fois environ). Cet essor est spectaculaire car l'URSS partait de pas grand chose du point de vue industriel. La production de charbon et d'acier a été multipliée par 4,5 fois, celle de fer par cinq, celle d'électricité par presque dix. La production de machines outils à métaux a été multipliée par 30, celle des tracteurs agricoles par 20. L'industrie automobile apparait (surtout des véhicules utilitaires, il y a environ 20 000 voitures particulières pour un pays de 170 millions de personnes). Pour les biens de consommation on compte 50% de plus pour les tissus et la production de chaussures a été multipliée par trois (mais ces articles se révèlent souvent de qualité médiocre). Le réseau de chemin de fer a augmenté de 25% depuis 1928 et il assure plus de 80% du trafic de marchandises.

Une vue partielle du combinat sidérurgique de Magnitogorsk

Si l'URSS est devenue une puissance industrielle elle reste néanmoins à un rang modeste par comparaison avec les autres pays industriels (qui sont pourtant moins riches en matières premières et bien moins peuplés). Elle produit 100 millions de tonnes de charbon de moins que le Royaume-Uni, 4 millions de tonnes d'acier en moins que l'Allemagne, moins des deux tiers des automobiles produites en France. L'industrie chimique est encore très faible, celle des biens de consommation insuffisante pour satisfaire les besoins, les transports ne permettent pas d'acheminer sans problèmes les produits nécessaires aux industries qui souvent doivent cesser ou réduire temporairement le travail faute d'approvisionnement.

Une nouvelle géographie industrielle[modifier | modifier le wikicode]

Cependant, une nouvelle géographie industrielle apparait. L'industrie jusque là surtout installée en Ukraine ou dans les grandes villes comme Pétrograd (devenue Léningrad) ou Moscou s'est déplacée vers l'Est. L'Oural, industrialisé depuis le XVIIIe siècle mais tombé en léthargie au début du XXe siècle, se réindustrialise dans le sud vers Magnitogorsk grâce à une complémentarité d'approvisionnement avec le riche bassin houiller du Kouznetsk situé pourtant à plus de 500 kilomètres en Sibérie ou du bassin houiller de Karaganda (ce déplacement vers l'Est sera précieux au moment de l'invasion allemande sur l'Ukraine soviétique en 1941-1942). Dans le sud le gisement de pétrole du second Bakou est mis en exploitation (ce sera un des objectifs d'une des offensives allemandes de 1942 qui viendra buter contre la résistance soviétique à Stalingrad)

Vikiliens pour compléter sur l'URSS avant la seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

Pour en savoir plus[modifier | modifier le wikicode]

  • Yves Trotignon, Naissance et croissance de l'URSS, Bordas, Collection Etudes supérieures
  • Pierre Sorlin, La société soviétique, Armand Colin, collection U
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