Soulèvement de Gwangju

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Des manifestants pro-démocratie dans un bus lors du mouvement du 18 mai.
Monument en mémoire du mouvement démocratie du 18 mai.

Le soulèvement de Gwangju (en coréen : 광주민중항쟁), soulèvement démocratique du 18 mai (en coréen : 5·18 광주 민주화 운동) ou plus simplement 5-1-8 (en coréen : 오일팔), est un soulèvement populaire pro-démocratie dans la ville de Gwangju en Corée du Sud qui se déroule du 18 au 27 mai 1980.

Contexte et causes[modifier | modifier le wikicode]

La Corée du Sud a connu plusieurs mouvements démocratiques depuis sa division avec la Corée du Nord en 1945. La révolution d'avril en 1960 chasse le premier dictateur Rhee Syngman et entraîne la chute de la Première République. Il s'ensuit un essai de démocratisation sous la Deuxième République avec Yun Po-sun au pouvoir, mais le coup d'État militaire du général Park Chung-hee en mai 1961 interrompt cette parenthèse. S'il instaure une Troisième République très répressive, il met en œuvre des politiques économiques qui permettent une croissance rapide et l'industrialisation du pays, un développement connu sous le nom de miracle sur la rivière Han. De nos jours, Park Chung-hee est une figure clivante de l'histoire sud-coréenne, la droite conservatrice ou libérale le considérant comme l'homme ayant permis l'entrée de la Corée du Sud dans le groupe des pays développés, la gauche libérale ou progressiste le considérant comme un dictateur. Les grévistes et les signataires de pétitions sont condamnés à de lourdes peines de prison voire à de la torture. Les militants des droits de l'homme et les opposants politiques sont l'objet d'un harcèlement constant par les services secrets du régime qui les assimile à des agents conspirationnistes au service de la Corée du Nord. Park Chung-hee s'inquiète d'une baisse de popularité lors de l'élection présidentielle de 1971 et renforce son emprise sur le pays en modifiant la constitution et en établissant une Quatrième République qui renforce son emprise sur la société alors que des activités pro-démocratie, menées notamment par les opposants Kim Dae-jung et Kim Young-sam, mettent le pouvoir dictatorial en danger. Park Chung-hee est la cible de plusieurs tentatives de meurtre, jusqu'à son assassinat le 26 octobre 1979 par son ami proche Kim Jae-gyu, à la tête du renseignement coréen.

Sous le régime du général Park Chung-hee, le développement se concentre sur la province du Gyeongsang (Gyeongsang du Nord et Gyeongsang du Sud), tandis que celle du Jeolla (Jeolla du Nord et Jeolla du Sud) reste défavorisée par le pouvoir central. C'est pourquoi la ville de Gwangju devient un terrain fertile pour l'opposition. L'opposant Kim Dae-jung, lui-même originaire du Jeolla du Sud, fait de Gwangju le fief de son combat pour la démocratie.

Le général Chun Doo-hwan fomente un coup d'État militaire le 12 décembre 1979 et prend le pouvoir. Ce coup d'État est suivi de manifestations démocratiques de grande ampleur dans tout le pays. En réaction, les militaires répriment les militants pro-démocratie et déclarent la loi martiale le 15 mai. En réponse à la brutalité des troupes, des manifestants, majoritairement étudiants, déclenchent le 18 mai le soulèvement de Gwangju où se trouve le bastion de la mouvance progressiste et droit-de-l'hommiste.

Déroulement[modifier | modifier le wikicode]

Initialement pacifique, le soulèvement est brutalement réprimé par l'armée sud-coréenne qui déploie des tanks, des parachutistes et des centaines de soldats. Les étudiants se défendent d'abord par des jets de pierres tandis que les témoignages rapportent que des soldats frappent à la matraque à la fois des manifestants et des spectateurs. De 200 étudiants le matin du 18 mai, le nombre de participants monte à au moins 10 000 le 20 mai. Les manifestants sont rejoints par des taxis, des bus, des camions et des voitures qui apportent leur soutien aux manifestants. Le 23 mai, une manifestation réunit 150 000 participants.

Le 20 mai voit une forte escalade de la situation. L'armée commence à tirer sur les manifestants près de la gare de Gwangju et barricade la ville qui se trouve en état de siège. Face à la brutalité des forces de l'ordre, les manifestants s'arment de fusils M1 et de carabines l'après-midi du 21 mai. Il s'ensuit un affrontement sanglant entre les manifestants et les forces de l'ordre. L'armée écrase la plupart des protestataires une première fois le 24 mai, avant que les milices civiles ne soient définitivement vaincues le 27 mai.

Conséquences et suite[modifier | modifier le wikicode]

Mémorial au cimetière national du 18 mai.

La junte militaire de Chun Doo-hwan et de Roh Tae-woo prend le pouvoir et poursuit la croissance du pays entamée sous la période de Park Chung-hee. La population obtient la démocratisation de la Corée du Sud à la suite des manifestations pro-démocratie massives de 1987 avec le soutien des États-Unis. En 1988, le gouvernement sud-coréen démocratiquement élu de Roh Tae-woo reconnaît le massacre de Gwangju. En 1995, huit hommes sont jugés, dont les anciens dirigeants Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo. Ils sont condamnés à mort en 1997, mais le président Kim Dae-jung, ancien militant de la démocratie et prisonnier politique, gracie les condamnés dans une démarche de réconciliation nationale.

Le drame du soulèvement de Gwangju reste ancré dans la mémoire de la société sud-coréenne1. Plusieurs décennies après les faits, l'événement continue de susciter la division entre conservateurs et progressistes. Aucun bilan fiable du nombre des victimes n'est universellement accepté. Les autorités militaires de la junte sous Chun Doo-hwan évaluent le nombre de victimes à environ 200, mais les organisations de défense des droits de l'homme estiment qu'au moins 2 000 personnes ont péri durant le soulèvement.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. (fr) Ressource en ligne [en ligne] Corée du Sud : 40 ans après Gwangju, le "Tiananmen coréen" continue de diviser par Stéphane Lagarde le 22 mai 2020, sur www.analyst.com (consulté le 18 mai 2021)

Articles connexes[modifier | modifier le wikicode]

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

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