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Dernière modification le 20 juin 2016, à 18:04

Bataille de Verdun

Situation de Verdun sur le front occidental en 1916

La bataille de Verdun fut l'une des plus sanglantes batailles de la Première Guerre mondiale. Elle oppose les soldats français aux soldats allemands. L'essentiel des combats ont lieu du 26 février 1916 au 19 décembre 1916. Au total plus de 700 000 hommes y périrent.

Le camp retranché de VerdunModifier

Verdun se situe dans le Nord-Est de la France en Lorraine, dans le département de la Meuse, sur le fleuve portant le même nom. En 1914, Verdun était à environ 45 km de la frontière entre la France et l'Allemagne. Verdun occupe le fond d'une vallée qui ici forme une cuvette entourée de collines boisées de 300 à 350 mètres d'altitude.

Depuis la défaite française de 1871, Verdun a été transformé en un vaste camp retranché. En effet, c'est le dernier obstacle majeur qui protège la route de Paris. Dès la fin de la guerre de 1870, une première ceinture de 10 forts est créée sur les hauteurs les plus proches de Verdun. De 1880 à 1914, une seconde ceinture de 43 forts et ouvrages militaires est construite dans un périmètre de 45 km (en font partie le fort de Douaumont et le fort de Vaux). Au centre se trouve la citadelle souterraine de Verdun qui sert de poste de commandement. L'ensemble des fortifications forme la place fortifiée de Verdun. Les installations sont reliées en elles par 180 km de voies ferrées.

Depuis l'automne 1914, le front entre les Français et les Allemands est fixé à une dizaine de kilomètres au Nord de Verdun. Les Français ne peuvent accéder à la ville que par deux axes venant de Bar-le-Duc : « Le Meusien » un chemin de fer local à voie étroite et la route départementale qui sera par la suite appelée la « Voie sacrée » par l'écrivain nationaliste Maurice Barrès. Le camp retranché de Verdun forme un « saillant » dans le front et est dangereux pour les troupes allemandes.

En août 1915, la plupart des forts sont désaffectés. En effet, l'offensive allemande d'août 1914 en Belgique a montré que l'artillerie lourde (canons de 380 et 420 mm de calibre) était capable de détruire les défenses les plus solides. Une grande partie des canons français de gros calibre ont d'ailleurs été déplacés vers la Somme où les Franco-britanniques se préparent au printemps 1916 à une grande offensive destinée à rompre le front allemand sur la Somme.

Le système de défense de Verdun est en janvier 1916 très insuffisant. Les tranchées sont en mauvais état, souvent elles sont réduites à une seule ligne face à l'ennemi (alors qu'il y en a généralement deux ou trois). Par ailleurs depuis la bataille de la Marne, et la constitution de la poche de Saint-Mihiel, le secteur est relativement « calme ». Cependant des rapports envoyés au grand-état-major du général Joffre signale la faiblesse de la défense. Des missions militaires envoyées sur place jusqu'en décembre 1915 le confirment. Des travaux sont alors entrepris pour y remédier, mais le temps va manquer pour les réaliser.

En février 1916, le commandement des troupes françaises de Verdun est assuré par le général Heer.

Le plan des Allemands pour la bataille de VerdunModifier

Le général Erich von Falkenhayn chef de l'état-major impérial allemand

À la fin de l'année 1915, le haut-état major allemand veut terminer rapidement la guerre, dont l'Allemagne supporte le poids principal dans le camp des puissances centrales. Le général von Falkenhayn, chef de l'état-major impérial, pense que les Français sont à bout de souffle. Il les juge épuisés par les offensives de offensives en Champagne et en offensives en Artois qui ont eut lieu sans grand succès en 1915. De plus les Français ont dû retirer des troupes du front ouest face aux Allemands pour attaquer la Turquie puis devant l'échec les débarquer à Salonique en Grèce pour prendre les Austro-Hongrois et les Bulgares à revers. Selon les Allemands une attaque contre les Français devrait conduire à leur effondrement militaire et pousser le Royaume-Uni à chercher une issue rapide à la guerre en se retirant du conflit ou en négociant avec les Allemands.

Les Allemands ont un temps envisagé d'attaquer dans le sud de l'Alsace, où cette partie de l'Alsace-Lorraine, région de l'empire allemand depuis 1871, a été reprise par les Français pendant l'été 1914. Tout en libérant une partie du territoire germanique, cette opération devrait attirer dans une sorte de cul-de-sac les réserves françaises et ainsi affaiblir le reste du front qui pourrait alors être de nouveau attaquer avec plus de succès. Mais cela suppose des déplacements de troupes qu'il faudrait prendre sur la Ve armée commandée par le Kronprinz Frédéric-Guillaume de Prusse qui encercle Verdun depuis l'automne 1914.

Le Kronprinz Frédéric-Guillaume de Prusse

Von Falkenhayn et le kronprinz préfèrent attaquer le secteur de Verdun, où les défenses françaises ont été affaiblies (voir plus haut). De plus il n'est nécessaire de déplacer des troupes puisque la Ve armée s'y trouve. Par ailleurs les Allemands pourraient à partir du « saillant de Saint-Mihiel » attaquer aussi les Français par le sud ce qui isolerait Verdun. La victoire semble donc facile ce qui devrait valoir un grand prestige à l'héritier du trône impérial allemand.

Pour obtenir le succès les Allemands comptent sur la technique du « Trommelfeuer ». Il s'agit d'une préparation d'artillerie en « roulement de tambour ». Les canons tirent non par salve mais en continu. Le déluge de feu, surtout dû aux obusiers de 210 mm de calibre, doit venir à bout des tranchées voire des forts du camp retranché, le sol devrait être nivelé . Après le tir d'artillerie, la progression de l'infanterie allemande devrait se faire rapidement puisque les maigres défenses de Verdun devraient être anéanties. Si les Français s'acharnent à défendre Verdun, en y faisant venir des renforts, il a été décidé que l'on les « saignerait à blanc » en exterminant sans état d'âme tous les soldats.

Tout doit être prêt pour la mi-février 1916.

La batailleModifier

Carte de la bataille de Verdun

Les premiers jours de l'attaqueModifier

Le camp retranché de Verdun en 1916

La bataille de Verdun commence le 2I février par un formidable déluge d'obus qui tombent sur les lignes françaises situées sur la rive droite de la Meuse. Pendant neuf heures 1225 pièces d'artillerie de tous calibres se déchaînent et pilonnent un front de 8 km de large. À 16 h 45, l'infanterie allemande composant trois corps d'armée passe à l'attaque. Les bois entourant Verdun n'existent plus, mais le terrain est truffé de profonds cratères (les entonnoirs) d'obus qui se sont vite remplis d'eau et dont le contournement ralentit le mouvement des attaquants. Ils ne peuvent attaquer de front, ni en grands nombre. Contrairement à ce qui était espéré par les Allemands toute résistance française n'est pas éliminée. Les défenseurs, souvent sans officiers tués dans les premiers combats, s'accrochent dans leurs tranchées dévastées. Une mitrailleuse bien placée peut bloquer une colonne entière d'ennemis. Cependant le 24, la seconde ligne française est atteinte en particulier au niveau de la cote 344. Le 25 février au soir les Allemands s'emparent du fort de Douaumont dépourvu de garnison. Le reste du front français tient coûte que coûte au nord sur la rive droite. Dans la journée du 25 deux divisions d'infanterie sont envoyées à Verdun pour recueillir et organiser les survivants.

Le 26 février le général Pétain est nommé commandant le secteur de Verdun et de la IIe armée. Il installe sont Quartier général (QG) à Souilly. Cependant l'attaque allemande ne progresse plus . Les lignes se stabilisent sur la côte au poivre-fort de Douaumont-fort de Vaux. L'attaque surprise allemande a échoué.

Une bataille de taupesModifier

Le général Philippe Pétain, commandant à Verdun du 26 février au Ier mai 1916. Il est considéré comme le vainqueur de Verdun

Malgré leur échec initial, les Allemands ne renoncent pas à attaquer Verdun. C'est la mise en œuvre de leur plan d'anéantissement de l'armée française. Dès le 6 mars ils lancent une offensive sur la rive gauche qu'ils avaient épargnée jusque là. Des combats continus ont lieu autour des lieux-dits le « Mort-Homme » (pris le 14 mars) , le « bois du Bourru », le « bois de Cumière » (pris le 7 mars), la « cote 304 » (prise le 24 mai). Les combats reprennent aussi sur la rive droite autour du fort de Vaux, de la côte du Poivre ou d'Avocourt. Du 22 au 24 mai, la tentative du général Mangin pour reprendre le fort de Douaumont se solde par un échec sanglant. Le 7 juin, le fort de Vaux est pris par les Allemands.

Les soldats se terrent dans les tranchées, les abris, voire les trous d'obus. Mais ils tiennent leurs positions. Les régiments sont décimés, les survivants sont regroupés pour recomposer les effectifs. Surtout Pétain fait tourner les effectifs. Les hommes ne restent que quelques temps en première ligne au contact de l'ennemi, puis ils sont repliés en troisième ligne pour prendre du repos ou sont envoyés combattre ailleurs, dans des endroits moins « infernaux ». Tous les régiments de l'armée française vont ainsi « défiler à Verdun ». Pétain, qui montre ainsi qu'il se préoccupe de ses hommes y gagne un immense prestige. Il n'en est pas de même du côté allemand où se sont toujours les mêmes unités difficilement complétées par des renforts qui combattent à Verdun (alors que la bataille s'éternise, l'effet psychologique est désastreux sur ces soldats très éprouvés).

Afin de ravitailler ses troupes, Pétain fait aménager la départementale qui relie Bar-le-Duc à Verdun. Ce sera la Voie sacrée.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Tranchée des Baïonnettes.
Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Voie sacrée (Verdun).

Le Ier mai, Pétain est promu à la tête du groupe d'armées du Centre (dont Verdun fait partie) ; en fait il est écarté d'un poste où il devenait très populaire et se montrait réticent à fournir des soldats pour l' offensive franco-anglaise prévue en juillet dans la Somme par le généralissime français Joffre. Il est remplacé à la tête de la IIe armée et du secteur de Verdun par le général Nivelle.

Le 23 juin, après deux jours de bombardements avec des gaz asphyxiants, les troupes allemandes du Kronprinz passent à l'attaque et s'emparent sur la rive droite des villages de Thiaumont, Fleury et Froideterre. Mais elles sont stoppées par une soixantaine d'hommes du 7e RI équipés de trois mitrailleuses au niveau du glacis du fort de Souville. Le 12 juillet les Allemands doivent se replier devant une contre-offensive française. Le 3 août les positions de Thiaumont et de Fleury seront reprises par les Français.

La situation devient défavorable pour les Allemands. Sur le front Est, dès le 4 juin, les Russes du général Broussilov ont lancé une offensive en Volhynie. Un des but est de soulager Verdun, en obligeant les Allemands à y prélever des troupes pour faire face aux Russes. Le Ier juillet, les Franco-Anglais lancent l'offensive dans la Somme. Là aussi les Allemands doivent faire face et pour cela ils doivent relâcher leur pression sur Verdun.

Le 28 août Von Falkenhayn qui a échoué est remplacé à la tête du haut-état major allemand par le général Hindenburg.


La diminution de la pression allemande sur Verdun, permet aux Français reprendre l'offensive afin de récupérer le terrain perdu depuis le 21 février. Le 24 octobre, les huit divisions commandées par le général Mangin se lancent à l'assaut et s'emparent des forts de Douaumont (24 octobre) et de Vaux (2 novembre). Ce fait d'arme est salué avec un grand enthousiasme dans le camps des Alliés de l'Entente.

Le 15 décembre la Côte au Poivre (15-18 décembre), Louvemont et Hardaumont sont repris et les Français capturent 11 000 soldats ennemis. Verdun est donc dégagé sur la rive droite de la Meuse.

La rive gauche de la Meuse sera reconquise en août 1917, après les combats du Mort-Homme et de la côte 304. Désormais le front est rétablit, à quelques exceptions près, sur les postions du 21 février 1916.

Pour y arriver près de 700 000 soldats français et allemands y ont trouvé la mort … sans compter les innombrables blessés. L'horreur vécue par les soldats à Verdun peut en partie expliquer les mutineries de 1917 dans l'armée françaises. Elles sont surtout à l'origine du fort courant pacifiste qui s'installe en France dans l'Entre-Deux-Guerres. Le succès de l'action défensive qui a permis de triompher à Verdun, idée défendue par Pétain à l'encontre des idées dominantes de l'époque qui prônaient l'offensive à outrance, va inspirer la construction de la Ligne Maginot et la conduite des opérations militaires de 1939-1940 du côté français.


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49° 21′ 32″ N 5° 36′ 18″ E / 49.3588, 5.60497