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Guernica (art)

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Reproduction du tableau de Picasso sur un mur à Guernica

Guernica est une œuvre du peintre espagnol Pablo Picasso (1881-1973). Il a peint ce tableau en 1937. Après avoir été longtemps exposé au musée d'art moderne de New York, le tableau se trouve aujourd'hui au musée de la Reina Sofia à Madrid. Ce tableau qui représente les horreurs de la guerre et une condamnation de celle-ci, et en particulier des atrocités commises par les nazis à Guernica au Pays basque espagnol en avril 1937.

Le bombardement de Guernica par l'aviation nazie[modifier | modifier le wikicode]

La ville de Guernica y Luno, en Pays basque espagnol est considérée comme sainte par les Basques. Pendant la guerre civile, le 27 avril 1937, entre 16 h 15 et 19 h 30, des vagues successives d'avions allemands de la Légion Condor (au service des nationalistes espagnols commandés par le général Franco), bombardent la ville et mitraillent la population civile à plusieurs reprises. Pour la première fois dans l'histoire une agglomération civile est attaquée par un déluge de bombes au phosphore (le phosphore brûle à l'air libre). Le centre historique de Guernica est complètement détruit. Il y a 1 654 morts et 889 blessés, sur une population de 7 000 habitants.

Guernica de Pablo Picasso[modifier | modifier le wikicode]

Attention La reproduction du tableau n'est pas possible sur Vikidia en raison des droits d'auteurs attachés à l'œuvre de Picasso. Vous pouvez voir le tableau sur le site officiel du musée où il actuellement exposé. Ici [1]

Caractéristiques de l'œuvre[modifier | modifier le wikicode]

Guernica se présente comme une œuvre peinte à l'huile sur une toile. Les dimensions sont considérables. La toile mesure 7,52 x 3,51 mètres, soit un peu plus de 26 m2. En effet Guernica était destiné à décorer le pavillon construit par l'Espagne (Républicaine) pour l'Exposition universelle de 1937 à Paris. La toile devait donc être vue de loin par un public nombreux. Ces dimensions hors-normes semblent envelopper le spectateur et lui transmet un fort contenu émotionnel.

La réalisation commence le 1er mai 1937 à Paris et le tableau est exposé le 25 mai 1937, dans le pavillon espagnol. De 1937 à 1939, le tableau circule à travers le monde pour recueillir des fonds destinés à aider les Républicains espagnols. La toile reste exposée aux États-Unis (principalement au MoMA de New York) durant une quarantaine d’années. Après la Seconde Guerre mondiale, Picasso, très sympathisant du parti communiste français, refuse que l’œuvre aille en Espagne tant qu'y existerait la dictature franquiste. Guernica revient en Espagne en 1981 (Franco est mort en 1975 et la démocratie est alors installée). Après avoir été exposé au Musée du Prado de Madrid, Guernica est aujourd'hui exposé au musée de la Reine Sofia à Madrid.

Description[modifier | modifier le wikicode]

Le tableau présente un ensemble de personnages et d'animaux entremêlés. Il s'agit d'un tableau figuratif (il y a des éléments concrets : les personnes, les animaux, des lampes, une fleur...). Mais le tableau est non réaliste (les personnes et les animaux sont déformés selon le procédé hérité du mouvement du cubisme dont Picasso est un des peintres les plus importants).

À gauche, une femme tient sur ses genoux un enfant qui semble mort. Derrière elle un taureau immobile semble regarder le spectateur.

Au centre un cheval blessé, tordu et hennissant de douleur. En bas du tableau, le corps mutilé d'un homme tenant une épée brisée. En haut du tableau, une lampe allumée qui éclaire la partie centrale du tableau et une lampe à huile, tenue par un personnage féminin venant de la droite. Difficilement visible car absorbé par l'obscurité, mais bien présent, une colombe qui semble avoir une aile brisée.

À droite, des maisons en flammes sont présentes. Présence de trois femmes, celle qui tient la lampe à huile, une autre qui a les bras levés vers le ciel et semble être dans un brasier et en bas une autre femme qui semble marcher vers la gauche, mais un de ses genoux est à terre.

Composition du tableau[modifier | modifier le wikicode]

Le tableau est composé selon le procédé de la pyramide. Celle-ci occupe la partie centrale du tableau. Sa base est le bord inférieur du tableau et le sommet correspond à la lampe à huile. Le procédé de la pyramide est souvent employé par les peintres classiques dans les tableaux à sujet historique. C'est dans cette partie centrale que se trouvent deux des éléments principaux du tableau : le cheval blessé et le cadavre armé.

Le reste du tableau correspond à gauche à un triangle : dans lequel se trouvent la femme à l'enfant et le taureau. À droite un autre triangle contient la tête de la femme qui tient la lampe, des bâtiments en flammes, la femme brûlant et celle qui bien que traînant les genoux marche vers la gauche.

La couleur[modifier | modifier le wikicode]

Ce qui frappe dans Guernica c'est l'absence de couleur. Le tableau semble monochrome. Picasso utilise le blanc, le noir (pour le fond surtout) et diverses nuances de gris et de brun.

Le sujet représenté étant particulièrement macabre, l'utilisation de la couleur aurait été déplacée. Le noir et le gris correspondent mieux au deuil. Certains critiques d'art veulent y voir l'influence des photographies de presse ou des films d'actualité qui ont permis au monde entier de voir les résultats du bombardement de Guernica. Or à cette époque photos et films de reportage étaient en noir et blanc. Tout comme les journalistes, Picasso apporte son témoignage sur les faits. En ce sens il s'agit bien d'une peinture engagée, réalisée presque « à chaud ».

Analyse de Guernica[modifier | modifier le wikicode]

Picasso envisage son tableau Guernica comme un engagement militant contre la guerre et les rebelles nationalistes espagnols qui ont déclenché la guerre civile en 1936.

Picasso écrira que « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements; c’est une arme offensive et défensive contre l’ennemi », et également « Dans le panneau auquel je travaille et que j’appellerai Guernica et dans toutes mes œuvres récentes, j’exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort. »

Le tableau est symbolique. Il ne s'agit pas de représenter photographiquement les civils tués, et leurs bourreaux, mais d'utiliser en partie des figures qui les évoquent.

Le cheval blessé[modifier | modifier le wikicode]

Le sujet central est le cheval mortellement blessé. Selon Picasso il représente le peuple espagnol victime du soulèvement des nationalistes. La bouche ouverte sous l'effet de la douleur, la tête rejetée en arrière, le corps tordu illustrent l'immense douleur subie par un peuple martyrisé. La lance qui provoque l'agonie est la même que celle du soldat romain qui frappe le flanc de Jésus pour abréger ses souffrances. C'est un rappel des tableaux illustrant la Passion du Christ, qui est l'archétype de la représentation de la souffrance et de l'agonie dans la peinture occidentale.

Le soldat mort[modifier | modifier le wikicode]

Le soldat mort est la seconde figure centrale. Son corps étalé sur la terre, est disloqué en plusieurs morceaux, c'est le signe de la violence des combats. Mais sa main tient encore fermement une épée brisée. C'est le peuple vaincu mais qui s'est battu avec ardeur. Cette épée, c'est l'épée du chevalier du Moyen Âge qui était le champion des pauvres, de la veuve et de l'orphelin, mais aussi celui qui veut faire régner la justice. L'épée c'est aussi une arme dérisoire face aux bombes incendiaires, elle témoigne de l'inégalité des moyens militaires dont disposent des deux camps. L'agresseur nationaliste très bien équipé, en grande partie grâce au soutien des fascistes italiens et des nazis, et le camp républicain qui se bat avec les moyens du bord. L'épée est brisée, mais de sa garde naît une fleur fragile. La vie reprendra, l'espoir de la revanche est permis. Ce cadavre rappelle celui qui dénudé est aux pieds de la Liberté dans le tableau la Liberté guidant le peuple de Delacroix, autre grande œuvre de peinture historique et militante.

Le taureau[modifier | modifier le wikicode]

Le taureau est un motif très courant dans l'œuvre de Picasso. En 1935, Picasso fait paraître Minotauromaquia, une gravure à l'eau-forte où le Minotaure est le sujet principal. Il symboliserait la force brute, ce caractère étant renforcé par la présence des cornes et des oreilles pointues. Ce peut être une allusion au Minotaure de la mythologie grecque, ce taureau monstrueux qui dévorait les innocentes victimes athéniennes qu'on lui envoyait pour payer la défaite. Il est vraisemblablement la représentation du camp nationaliste. Contrairement aux autres créatures le taureau semble immobile, impassible, comme indifférent à ce qui est autour de lui. Cela peut être la condamnation du peu d'importance que les nationalistes espagnols et leurs alliés attachent aux souffrances qu'ils causent par leur rébellion. C'est le seul personnage qui regarde le spectateur et qui présente des yeux humains.

L'oiseau[modifier | modifier le wikicode]

Entre le taureau et le cheval on distingue difficilement un oiseau. Si l'oiseau est considéré comme une colombe, sa présence effacée est-elle le symbole d'une paix peu évidente entre les deux camps après le crime commis à Guernica ?

La femme à l'enfant mort[modifier | modifier le wikicode]

Devant le taureau, une mère (symbolisme des seins découverts pour l'allaitement) tient sur ses genoux un enfant mort (ses bras sont ballants et son œil est vide). Cette femme et cet enfant, des civils, sont les victimes innocentes du bombardement. La disposition des corps rappelle celle des piétas, représentations de la Vierge Marie tenant le cadavre de son fils Jésus, en particulier la piéta due à Michel-Ange. Mais au lieu de la douleur résignée des piéta classiques, ici la mère hurle sa douleur, la bouche ouverte et la tête basculée en arrière. Ou bien peut-être profère-t-elle des malédictions contre les bombardiers ?

La femme levant les bras au ciel[modifier | modifier le wikicode]

À droite du tableau, il y a la représentation de bâtiments en flammes (le carré violemment éclairé d'une fenêtre, les flammes qui s'échappent au-dessus des toits). Le bombardement de Guernica a été fait avec des bombes au phosphore qui sont des bombes incendiaires. Celles-ci brûlent aussi bien les bâtiments que les personnes qui aspergées de phosphore deviennent alors des torches humaines. Aux pieds de cette ville une femme lève les deux bras au ciel en signe de désespoir. Elle semble disparaître dans les flammes. Elle aussi a le visage tourné vers le haut, là d'où est venue la mort. Sa bouche ouverte est édentée, ce qui pourrait signifier le désarmement de la population civile et par conséquent la gratuité militaire du bombardement allemand. Celui-ci n'était pas fait pour détruire un adversaire armé mais pour terroriser la population qui voulait être libre. Le personnage est très inspiré de celui de l'homme à chemise blanche que l'armée française fusille le 3 mai 1808, à Madrid et qui est le centre de l'œuvre le Tres de mayo de Francisco Goya, tableau qui est un des classiques de la protestation contre les horreurs de la guerre et de la résistance du peuple espagnol à l'occupation étrangère.

La femme ayant un genou à terre[modifier | modifier le wikicode]

Une partie de son corps est dans la partie soumise au feu, l'autre partie est dans la lumière. Elle a un genou à terre, ce qui peut signifier qu'elle est en partie battue ; mais son corps est en mouvement vers la gauche, son regard est dirigé vers la lampe à huile, ce qui pourrait dire qu'elle a encore assez de force et de volonté pour rejoindre les combats et que tout n'est pas perdu pour le peuple espagnol.

La femme à la lampe à huile[modifier | modifier le wikicode]

La tête de cette femme sort par une ouverture d'un bâtiment carré. Son bras tient une lampe à huile (ou à pétrole). Cette lampe occupe le sommet de la pyramide, c'est donc un objet dont la signification est importante. Cette lumière peut être la flamme vacillante de la victoire. Ou bien est-ce la mise en évidence des désastres de la guerre que révèlent les journaux (?).

La lampe avec l'ampoule allumée[modifier | modifier le wikicode]

Cette lampe occupe une place importante au centre du bord supérieur du tableau. C'est d'elle que vient l'essentiel de la lumière qui éclaire les trois-quarts gauche du tableau. L'ampoule ressemble à un œil humain, est-ce l'œil du peintre qui donne à voir la guerre. On peut aussi lui trouver une ressemblance avec la représentation classique de Dieu : le triangle avec un œil central. On peut alors songer au poème « La Conscience » de Victor Hugo : « l'œil était dans la tombe et regardait Caïn » où Caïn est poursuivi par le remord ineffaçable du meurtre (un fratricide) qu'il vient de perpétrer contre son frère Abel (tout comme les Espagnols nationalistes viennent de faire massacrer leurs compatriotes républicains).

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