Doriens

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Répartitions des Grecs selon leurs dialectes

D'après les historiens grecs du Ve siècle av. J.-C. les Doriens étaient l'un des quatre groupes ethniques qui constituaient le peuple grec, avec les Achéens, les Ioniens et les Éoliens.

Les Doriens se distinguaient des autres Grecs par leur langue, un dialecte particulier du grec et par des caractéristiques sociales et historiques. C'est ainsi que dans les colonies fondées par les Doriens, ceux-ci utilisaient un calendrier particulier où les fêtes des Hacynthies, liées à la mythologie d' Apollon, étaient très importantes. En musique, le mode dorien est caractérisé par des accents martiaux. En architecture, l'ordre dorique est remarquable par sa simplicité et sa robustesse.

Cependant, tous les Doriens n'avaient pas le même genre de vie, ni la même organisation sociale. La cité commerçante et élégante de Corinthe était très différente de la cité militaire conservatrice de Sparte, repliée sur elle-même.

Les Doriens étaient surtout installés dans le Péloponnèse, mais ils ont colonisé la Crète et la Sicile à partir des villes de Corinthe ou de Mégare, Syracuse, Sélinonte, qui seraient des cités d'origine dorienne. En Asie Mineure, Halicarnasse, Cnide, Cos, Lindos, Camiros et Ialyssos sur l'île de Rhodes le seraient aussi.

Les modifications apportées par les Doriens[modifier | modifier le wikicode]

Les historiens constatent qu'après le VIIIe siècle av. J.-C., qui correspond à la fin des siècles obscurs, la plupart des peuples du Péloponnèse parlaient le dorien. Ceci indique un changement, puisqu'auparavant, selon les témoignages archéologiques (comme l'emploi d'une écriture comme le linéaire B) et littéraires, comme l'Iliade, ils parlaient l'achéen (ou le mycénien).

On constate également un changement dans l'organisation sociale et politique dans cette partie du monde grec. La société achéenne (ou mycénienne) décrite dans l'Iliade, organisée en royaumes à l'économie tournant autour des palais des rois, disparaît. Une société nouvelle prend sa place où cohabitent, le plus souvent dans la violence, des castes différentes : les dominants, comme les soldats-citoyens de Sparte, les peuples qui se sont soumis volontairement, comme les Périèques « ceux qui habitent autour », et les peuples qui ont été vaincus militairement et qui sont réduits en esclavage, comme les hilotes de Sparte.

Les peintures sur céramique apparaissent plus dépouillées (style géométrique). Des armes en fer sont disponibles. Les pratiques funéraires ont changé : au lieu des sépultures communes de la civilisation mycénienne, on passe à des sépultures individuelles et on pratique la crémation des morts.

Ces modifications considérables sont-elles dues à l'arrivée d'un peuple nouveau qui aurait détruit la civilisation mycénienne ?

Y a-t-il eu des invasions doriennes?[modifier | modifier le wikicode]

L'origine de la présence et de l'originalité des Doriens en Grèce est très discutée.

Dans l'Antiquité, il était admis que les Doriens provenaient des régions montagneuses du Nord de la Grèce (Macédoine et Épire), considérées comme des régions marginales. Ils auraient migré vers le sud, vers le Péloponnèse, les îles de la mer Égée, la Crète sous la pression des Illyriens installés plus au nord dans les Balkans. Ils seraient d'origine grecque : la mythologie grecque leur donne pour ancêtres Hellen qui est l'ancêtre mythique de tous les Grecs. Cette migration était appelée le « retour des Héraklides » dans l'Antiquité. Ces Héraklides chassés du pouvoir à Mycènes seraient revenus et auraient détruit la civilisation des usurpateurs mycéniens. Cependant, aucune source archéologique ne confirme l'existence d'un peuple grec dans le Nord de la Grèce dans les siècles précédant la migration (c'est-à-dire le XIIe siècle av. J.-C., pendant l'âge du bronze). Aujourd'hui, la plupart des historiens pensent que l'effondrement de la civilisation mycénienne a des causes multiples et peut-être internes à cette société. Les Doriens n'y seraient pas pour grand-chose on ne trouve pas de preuves archéologiques sur ceux qui ont été les destructeurs.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : retour des Héraklides.

Cette thèse a été reprise dans la première moitié du XIXe siècle. Des Illyriens auraient chassé les Grecs parlant l'« achéen » (dont l’éolien serait une survivance), puis ils auraient fait subir le même sort à des Grecs parlant le dialecte ionien et enfin à des Grecs parlant le dialecte dorien. Ces trois vagues successives du Nord vers l'Attique et le Péloponnèse expliqueraient la répartition géographique des grands dialectes du grec ancien.

À la fin du XIX siècle, une autre thèse situe la région d'origine des Hellènes quelque part entre Grèce et Asie. Trois vagues successives de Grecs (des peuples indo-européens), en seraient partis : les Proto-Ioniens (vers 2000 av. J.-C.), les Proto-Achéens (vers 1600 av. J.-C.) et les Doriens (vers 1200 av. J.-C.). L'arrivée de chaque vague ne fait pas disparaître les anciens indigènes, ni les précédents arrivants et leurs langues.

Les Doriens sont-ils les destructeurs de la civilisation mycénienne?[modifier | modifier le wikicode]

Traditionnellement les Doriens sont considérés comme les destructeurs de la civilisation mycénienne (qui disparaît au cours du XIIe siècle av. J.-C.). Mais celle-ci pourrait avoir des causes internes (changement climatique, révoltes sociales, luttes entre factions nobles pour s'emparer du pouvoir...)

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Destruction de la civilisation mycénienne.

Cependant on se trouve devant une difficulté, car il n'y a aucune trace des Doriens ni de leur culture originale en Grèce avant le début de l'Époque géométrique, vers le milieu du Xe siècle av. J.-C.. Il y a donc un vide de plus de deux siècles entre leur supposée arrivée en Grèce (début du XIIe siècle) et les premières traces de leur présence. Ainsi plusieurs générations humaines n'auraient laissé aucun témoignage de leur originalité. Pourtant ils existent au IXe siècle !

En fait, il se peut que, dès le milieu du XIe siècle av. J.-C., les Doriens se soient distingués des autres Grecs. Les « siècles obscurs » de l'histoire grecque correspondent à de grands bouleversements dans le monde méditerranéen. En Anatolie, l'empire des Hittites s'écroule ; les peuples de la mer, où l'on repère des guerriers grecs, attaquent l'Égypte ; en Grèce, la civilisation mycénienne basée aussi sur des relations commerciales ou de pillage maritime, disparaît elle aussi. En Grèce, la civilisation matérielle a reculé par la difficulté de continuer à faire des armes en bronze, du fait de la rupture des approvisionnements en cuivre et en étain, la céramique devient moins somptueuse faute de clients suffisamment fortunés, l'écriture disparaît avec la fin des scribes travaillant pour les palais (dont un grand nombre ont été incendiés). Une partie des terrains cultivés sont laissés à l'élevage du petit bétail. Dans l'appauvrissement général, la Laconie et la Messénie, régions typiquement doriennes, se sont vidées, ce qui a pu accentuer la différence avec les autres Grecs.

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