Affaire Sirven

« Affaire Sirven » expliqué aux enfants par Vikidia, l’encyclopédie junior
Aller à : navigation, rechercher

L'Affaire Sirven est une affaire judiciaire qui, de 1762 à 1771, se déroule à Castres et à Mazamet, dans la province du Languedoc. La famille du protestant Jean Sirven est accusée d'avoir tué Élisabeth, une des trois filles, qui selon certains catholiques castrais, voulait se convertir au catholicisme. La famille parvient à quitter la France. Les Sirven proclament leur innocence mais sont condamnés à mort par contumace. Dès 1766, Voltaire qui est en train de se battre pour l'affaire Calas, presque identique, intervient pour défendre la famille Sirven. Un nouveau procès a lieu et les Sirven sont acquittés, puis réhabilités en 1771.

Cette affaire est une illustration de l'intolérance religieuse qui existait en France au XVIIIe siècle puisque le protestantisme était interdit en France depuis 1685.

Les événements qui aboutissent à l'affaire Sirven[modifier | modifier le wikicode]

Pierre-Paul Sirven, né en 1734, un feudiste de profession et son épouse, tous deux protestants, ont trois filles. La seconde, Élisabeth, souffre d'un handicap mental. Ils sont installés à Castres.

En mars 1760, Élisabeth (qui a 21 ans) disparaît. Pierre-Paul Sirven apprend que désormais elle vit chez les sœurs du couvent des Dames-Noires (une confrérie catholique installée à Castres). Les circonstances du départ de la jeune fille du domicile paternel sont obscures (fuite volontaire ou enlèvement ?). À la suite du comportement agité d'Élisabeth (mauvais traitements de la part des religieuses ?), l'évêque décide de la rendre à ses parents en octobre 1760. Sirven laisse courir la rumeur selon laquelle les sœurs ont maltraité sa fille. Celles-ci portent plainte en retournant l'accusation contre Sirven et l'accusent de vouloir détourner sa fille de la conversion au catholicisme. La justice locale lui ordonne de laisser aller librement Elizabeth chez les Dames noires et de l'y accompagner lui-même aux offices religieux catholiques.

En août 1761 Sirven et sa famille déménagent et s'installent près de Mazamet. Sirven travaille alors pour le compte du seigneur du château d'Aiguefonde.

En décembre 1761 Élisabeth disparaît de nouveau. Les recherches entreprises pendant une quinzaine de jours pour la retrouver sont sans succès. Début janvier 1762, au fond d'un puits peu profond à Saint-Alby, lieu de résidence des Sirven, on retrouve le cadavre de la jeune fille. L'autopsie ne relève aucune trace de violence et conclut à la noyade. Mais le procureur de Mazamet oblige les experts à modifier leur rapport d'autopsie, pour qu'ils écrivent que la jeune fille ne s'est pas noyée. Donc elle a été assassinée.

Le 20 janvier 1762, un décret d'arrestation est lancé contre les Sirven.

Prévenus à temps, Pierre-Paul Sirven et son épouse parviennent à s'enfuir en Suisse. Malgré leur absence, le 29 mars 1764, le parlement de Toulouse les juge et les condamne à mort par contumace : le mari doit être roué, la femme doit être pendue et les deux filles sont bannies du royaume. Le 11 septembre 1764, leurs effigies sont brûlées publiquement à Mazamet.

L'intervention de Voltaire[modifier | modifier le wikicode]

La famille Sirven réfugiée à Lausanne contacte Voltaire. En juin 1766, il publie l'avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven. Il entreprend une campagne de relations publiques à travers l'Europe pour faire connaître l'affaire. Certains souverains, comme le roi de Danemark, un protestant luthérien, accorde leur soutien à la famille Sirven.

En janvier 1768 le conseil du Roi de France est saisi d'une demande en révision. Mais celle-ci est refusée car le gouvernement déjà embarrassé par les remous de l'affaire Calas et l'opposition des parlementairesne veut pas aller contre une décision d'une cour provinciale de justice.

Révision du procès et réhabilitation de la famille Sirven[modifier | modifier le wikicode]

Afin qu'un nouveau procès puisse avoir lieu la famille Sirven doit revenir en France et se constituer prisonnière à Mazamet (1769). Mais l'atmosphère judiciaire a changé depuis le premier procès. Le gouvernement royal est en train de réformer la justice, et en particulier il réduit le rôle des parlements. Pour trouver des appuis dans l'opinion publique les parlementaires modifient donc leur attitude.

En décembre 1769, Sirven est libéré. En novembre 1771, le parlement de Toulouse revient sur la décision de 1764, la famille Sirven est réhabilitée. La ville de Mazamet doit leur verser des compensations.

Sources[modifier | modifier le wikicode]

Vikiliens pour compléter sur l'intolérance religieuse en France au XVIIIe siècle[modifier | modifier le wikicode]

Portail du christianisme —  Tous les articles concernant le christianisme.
Icone chateau.png Portail de l'Histoire —  Toute l'Histoire, de la préhistoire, jusqu'à aujourd'hui.