Bataille de Poitiers (732)

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guerriers en action. Mêlée confuse des corps. Le chef franc brandit fièrement sa hache, le chef musulman se défend contre une guerrier
La bataille de Poitiers. peinture de style pompier de Charles Steuben vers 1833

La bataille de Poitiers a eu lieu le 25 octobre 732 entre Tours et Poitiers à proximité de la voie romaine qui reliait les deux villes. Elle oppose l'armée franque commandée par Charles Martel et l'armée musulmane commandée par l'émir Abd et Rhâman al Ghafiqi, venue d'Espagne alors sous domination musulmane. Les Francs sont vainqueurs.

La bataille permet à Charles Martel de devenir le champion de la chrétienté et de renforcer son pouvoir sur les royaumes francs au Nord de la Loire. Sa victoire lui permet de pénétrer en Aquitaine jusque là quasiment indépendante du reste des royaumes francs. La bataille n'arrête en rien les opérations militaires de musulmans dans le sud de la France.

Les musulmans appellent cette bataille la « bataille du pavé des martyres », car l'émir et un grand nombre de ses soldats y trouvèrent la mort.

La situation en Europe occidentale vers 730[modifier]

Après leur rapide conquête de l'Espagne wisigothique, (711-718) les armées musulmanes (surtout des Syriens et de Berbères d'Afrique du Nord) ont passé les Pyrénées, conquis le Languedoc et atteignent le Rhône.

L'Aquitaine, qui s'étend des Pyrénées à la Loire, dirigée par le duc Eudes est quasiment indépendante des autres royaumes francs. C'était le seul royaume non-germanique de l'Europe occidentale.Eudes a arrêté et détruit les armées syrio-berbère à Toulouse en juin 721. L'émir est tué, et ce désastre prive les musulmans d'Espagne de troupes pendant quatre années. Ce t affaiblissement temporaire des musulmans permet alors aux chrétiens réfugiés dans les Asturies de commencer la lutte pour la reconquête (victoire du chrétien Pélage à bataille de Covadonga en 722). Eudes a pour alliés les Basques (des païens) qui contrôlent les cols de l'ouest pyrénéen et lui fournissent d'excellent cavaliers. Pour bloquer les musulmans à l'est, Eudes s'allie à un chef berbère installé en Cerdagne (versant français des Pyrénées) mais qui est en conflit avec l'émir d'Espagne. Pour sceller l'alliance il lui fait épouser sa sœur. Bloqués vers le nord-ouest les musulmans en 725 remontent la vallée du Rhône et pillent d'Autun en Bourgogne.

Le pays des Francs du nord de la Loire à la mer du nord et à ouest de l'Allemagne, est divisé. La Bourgogne comprend trois principautés rivales. La Neustrie (de la Loire à l'Escaut), est entre les mains d'un maire du palais qui gouverne au nom du roi Chilpéric III.

L'Austrasie, (de l'Escaut au Rhin) est dirigée, au nom de Thierri IV, un roi sans pouvoir, par Charles Martel, un enfant bâtard de la dynastie des Pippinides, les maires du palaisPrécision. En 730, Charles Martel s'empare de la Neustrie et envoie des expéditions de pillage en Poitou (terre du duché d'Aquitaine) (731).

L'expédition militaire musulmane de 732[modifier]

Les plans du duc Eudes s'effondre dès 729, le gouverneur arabe d'Espagne attaque les Berbères de Cerdagne et les battent à Puigcerda, (le chef berbère doit se suicider). Mais en 732, c'est par les cols du Pays basque que l'émir lance ses troupes pour une vaste opération de pillage au nord des Pyrénées. Les Basques laissent passer. Bordeaux est prise, pillée et ravagée. Surpris Eudes est sévèrement battu en tentant d'empêcher le passage de la Dordogne. Victorieux les musulmans se dirigent vers Poitiers où ils pillent la basilique Saint-Hilaire (qui se trouvait en dehors des murs). Chargées de butin, encombrées par leurs familles qui participent à l'expédition, les armées musulmanes font alors route vers Tours (où le tombeau de saint Martin donne lieu au plus grand et plus riche lieu de pèlerinage des pays francs).

Le duc Eudes a appelé Charles Martel au secours. Celui-ci est d'ailleurs directement menacé si les musulmans passent la Loire.

La bataille de Poitiers[modifier]

Le lieu du combat est imprécis, il se trouve entre Poitiers et Tours, près de la chaussée romaine (peut-être à Moussais-la-Bataille à 25 km au nord de Poitiers (?)). Pendant sept jours les armées s'observent, se livrent à des escarmouches, à des opérations de harcèlement. La bataille s'engage le 25 octobre 732 (le premier jour du ramadan).

Selon leur habitude les cavaliers musulmans tournent autour des fantassins (soldats à pieds) francs. Mais ils se heurtent à un mur hérissé d'épées tournoyantes de près de un mètre de long ce qui rend le contact sanglant pour les assaillants. De plus les Francs combattent serrés les uns contre les autres ce qui rend difficile la percée. Au cours des différents assauts l'émir est tué. La nuit tombant, tôt fin octobre, les combats s'arrêtent provisoirement.

Le lendemain, les musulmans n'attaquent pas... pour la raison que pendant la nuit ils ont abandonné leur camp et font retraite vers Poitiers et l'Espagne. Faute de cavalerie les Francs ne peuvent se lancer à leur poursuite. Ils partagent le butin abandonné qui est considérable et retournent en Austrasie.

Une victoire montée en épingle[modifier]

À Poitiers Charles Martel a bloqué une opération militaire de pillage, comme il y en avait eu bien d'autres. Les incursions musulmanes ne cessent pas pour autant, en particulier en Provence. Les musulmans se maintiennent en Languedoc jusqu'en 759 date à laquelle Pépin le Bref, fils de Charles Martel les chassent de Narbonne après un siège de sept années. Encore en 793, Charlemagne , petit-fils de Charles Martel , doit batailler près de Narbonne contre eux et se fait battre.

Dès 733, Charles Martel attaque la Bourgogne ; en 735, à la mort d'Eudes il tente de s'implanter en Aquitaine, mais la résistance des seigneurs locaux l'obligent à y renoncer. L'Aquitaine cesse d'être indépendante entre 760 et 768 et passe sous le contrôle des Carolingiens (les descendants de Charles Martel). Ce sont en fait les Aquitains qui sont les grands perdants de la bataille de Poitiers. Pour beaucoup de chroniqueurs chrétiens ce n'était que justice puisque Eudes s'était allié aux Berbères (des musulmans).

Charles Martel est le grand vainqueur. Son prestige de vainqueur à Poitiers éclipse la victoire d'Eudes à Toulouse en 721 (d'autant plus qu'il a été battu à Bordeaux en 732). Charles Martel n'a plus de rivaux pour lui disputer le pouvoir. Devenu incontournable, il est désormais l'interlocuteur de la papauté (qui jusque là avait soutenu Eudes). Il prépare ainsi l'alliance entre les Carolingiens et l'Église catholique. Alliance qui se concrétisera en 751 quand Pépin le Bref deviendra roi, avec la bénédiction du pape, en emprisonnant le dernier roi mérovingien. Dans l'Europe savante de l'époque, en Angleterre et en Andalousie, des chroniqueurs célèbrent la victoire de Charles Martel; ils y voient l'amorce d'une défense de la chrétienté face à l'islam jusque là conquérant.

C'est par la suite que cette victoire de Poitiers en 732, prend de l'importance … Il s'agit de faire oublier la défaite française de Poitiers en 1356, à l'issue de laquelle le roi Jean le Bon est fait prisonnier par les Anglais ... alors possesseurs de l'Aquitaine).

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