Saint-Empire romain germanique au Moyen Âge

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Le Saint-Empire vers l'an 1000

Le Saint-Empire romain germanique est le regroupement politique de territoires en Europe centrale et occidentale. Il a duré de 962 à 1806.

Le Saint-Empire s'est étendu sur les territoires qui forment aujourd'hui l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, la République tchèque, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique, l'est et le sud-est de la France, le nord et le centre de l'Italie.

Au Moyen Âge, les empereurs ne parviennent pas à assurer l'hérédité de leur pouvoir, ils restent élus par une poignée de très grands seigneurs qui sont en fait les souverains de leurs états. Les empereurs, après avoir contrôlé étroitement la papauté au Xe siècle vont s'opposer à la volonté d'indépendance de celle-ci. La lutte sera intense sous le règne de l'empereur Henri IV avec la querelle des investitures et surtout sous les Hohenstaufen aux XII° et XIIIe siècles. La papauté triomphe finalement de l'empereur pendant la lutte du Sacerdoce et de l'Empire.

Organisation du Saint-Empire[modifier]

Comme la plupart des pays européens du Moyen Âge, l'Empire était divisé en plusieurs centaines de principautés laïques ou religieuses et de villes libres. La particularité du Saint-Empire est de s'étendre à la fois sur la Germanie (l'Allemagne) et l'Italie du nord et du centre. En Germanie dominent les grands ensembles territoriaux (Bavière, Saxe, Souabe ou ce qui deviendra les possessions des Habsbourg), le réseau urbain est assez peu développé. Par contre en Italie il y a abondance de villes qui ont une tradition de liberté face au pouvoir. Pour compliquer la situation le pape réside en Italie où il est aussi un grand seigneur de terres (les États de l'Église).

À la tête de l'Empire il y a un empereur. La transmission du pouvoir impérial n'est pas héréditaire, comme elle le deviendra en France ou en Angleterre. L'empereur est élu (comme roi de Germanie puis comme roi des Romains) par les princes et les villes. A chaque élection impériale les candidats doivent faire des « cadeaux » à leurs électeurs. À partir de 1356, il n'y aura plus que 7 princes électeurs (9 en 1692). Cependant, quelques familles parviennent à conserver quelques temps la couronne impériale, les ducs de Saxe au Xe siècle, les Saliens au XIe siècle, les Hohenstaufen aux XII° et XIIIe siècles, les Luxembourg au XIVe siècle, puis à partir de 1438 jusqu'en 1806, les Habsbourg d'Autriche. L'empereur théoriquement doit être couronné par le pape. À partir du XVe siècle, à côté de l'empereur siège une Diète d'Empire qui regroupe les différents princes et villes libres de l'Empire. La Diète doit donner son accord pour certaines décisions.

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La fondation du Saint-Empire[modifier]

La Germanie vers 900[modifier]

Le Saint-Empire a pour origine le royaume de Francie orientale (ou Germanie) créé en 843 au moment du partage de l'empire de Charlemagne. À la fin du IXe siècle et au début du Xe siècle les rois de la dynastie carolingienne de Germanie ne parviennent pas à lutter efficacement contre les raids militaires des Magyars ou Hongrois. Aussi la défense est assurée régionalement par des ducs. Apparaissent alors différents duchés organisés sur une base ethnique : la Saxe où dominent les Saxons, la Franconie où sont groupés les Francs saliens, la Souabe avec les Alamans et la Bavière avec les Bavarois. Profitant de la faiblesse royale, les ducs sont quasiment indépendants.

Fondation du Saint-Empire par Otton Ier[modifier]

L'empereur Otton Ier le Grand

En 918, les seigneurs allemands choisissent comme roi, le duc de Saxe Henri. Celui fonde alors la dynastie des rois (et empereurs) saxons qui va régner sur la Germanie pendant un siècle. En 925, Henri annexe le royaume de Lotharingie (où se trouve Aix-la-Chapelle, l'ancienne capitale impériale). En 935 il vainc les Hongrois. Avant de mourir il a fait reconnaitre comme roi de Germanie son fils Otton.

Otton Ier, roi en 936, renforce le pouvoir royal face aux ducs. Par des alliances matrimoniales ou des confiscations suivant des révoltes ayant échoué, il place ses parents et amis à la tête des duchés. Ainsi son frère Henri reçoit la Bavière puis la Lotharingie, son fils Liudolf devient duc de Souabe, lui-même s'empare de la Franconie. Surtout il fonde des principautés ecclésiastiques en donnant des pouvoirs politiques à certains évêques qu'il nomme et qu'il choisit dans sa famille ou dans son entourage. Le roi espère que ces évêques seront les serviteurs de la politique royale face aux ducs. En 961, il associe au pouvoir son fils Otton en le faisant désigner comme roi de Germanie par les grands seigneurs. Il tente ainsi d'assurer l'hérédité de la couronne royale.

Otton Ier protège aussi l'Europe chrétienne contre les envahisseurs hongrois. En 955 au Lechfeld, près d'Augsbourg, il écrase les Hongrois, qui vont se replier sur la plaine de Pannonie (en dehors de la Germanie). Pour les contenir il crée les régions militaires (les marches) d'Ostermark (Autriche) et en Carinthie. Il favorise les missions catholiques en Hongrie (ce qui aboutira en 985 à la conversion du chef Vaïk qui devient le roi Étienne Ier). Il commence également le Drang nach Osten (la marche vers l'Est) en favorisant la colonisation et la christianisation par les Germains des territoires habités par les Slaves païens à l'est de l'Elbe.

En 951, Otton Ier intervient en Italie pour libérer la papauté de l'influence de l'aristocratie romaine et des menaces de Béranger d'Ivrée (un grand seigneur du nord italien). Il réintervient en 961 à la demande du pape Jean XII. Le 2 février 962, à Rome le pape sacre et couronne Otton Ier comme empereur romain. C'est la fondation du Saint-Empire. Désormais les empereurs vont devoir se partager entre la Germanie et l'Italie, ce qui sera pour eux une sources de difficultés. L'empereur apparait aussi comme le protecteur du pape, et il impose que l'élection de tout nouveau pape soit soumise à son accord. D'ailleurs, en 963, il dépose le pape Jean XII et le fait remplacer par Léon VIII.

Les différentes dynasties impériales au Moyen Âge[modifier]

Différentes familles vont occuper la fonction impériale. L'évènement le plus important est l'élection comme roi de Germanie par les seigneurs allemands. À partir du XIIIe siècle ce sera l'élection comme roi des Romains. Le couronnement impérial a lieu souvent plusieurs années plus tard (à l'occasion d'une expédition militaire en Italie, puisqu'au Moyen Âge l'empereur est sacré par le pape). Certains empereurs resteront d'ailleurs uniquement roi des Romains car ils n'auront pas le temps ou l'occasion de se rendre en Italie.

Pour tous les noms qui suivent la première date est celle de leur naissance, la seconde celle de leur élection comme roi de Germanie ou comme roi des Romains, la dernière celle de leur mort ou de leur déposition. Ne sont retenus que les personnages les plus importants.

Les empereurs saxons[modifier]

L'empereur Otton II entouré de la Slavonie, des Gaules, de la Germanie et de Rome, qui sont les différentes parties de son empire théorique

Empereurs saliens[modifier]

Nouvelle famille originaire de Franconie

Les Hauhenstaufen[modifier]

Nouvelle famille originaire de Souabe (à partir de 1138).

Diverses dynasties[modifier]

Le pouvoir impérial est très diminué par sa défaite dans sa lutte contre le papauté. Les seigneurs allemands s'entendent pour ne pas donner la couronne deux fois de suite à la même famille. Il y aura treize empereurs entre 1254 et 1493.

Le contrôle de la Germanie et de l'Italie[modifier]

Le roi de Germanie doit faire face à la puissance des grands seigneurs allemands (les ducs) qui sont ses électeurs. Les Ottoniens tentent d'assurer l'hérédité de leur couronne mais disparaissent sans y avoir réussi complètement. Aussi pour faire contrepoids aux ducs Otton Ier décide de s'appuyer sur les évêques et les abbés. Selon la tradition carolingienne il les choisit mais il leur confie également les droits seigneuriaux sur les biens et territoires relevant de leur autorité spirituelle. Évêques et abbés sont recrutés dans l'entourage du roi. L'intérêt de cette politique est que lorsque ces religieux décèdent, étant célibataires et en théorie sans enfants, la seigneurie qui leur avait été confiée revient au roi qui peut de nouveau en disposer. A côté des grandes familles ducales le roi crée donc des relais pour son autorité à travers toute l'Allemagne.

Mais le roi doit rester maître des nominations des évêques et des abbés. Il doit donc contrôler le fonctionnement de l'Église catholique et aussi être assuré de la docilité des papes. Cela amène le roi de Germanie-empereur à intervenir en Italie. A Rome se trouve le centre du catholicisme. La papauté est affaiblie par les luttes internes des grandes familles romaines qui se disputent l'élection pontificale. L'empereur, qui depuis le début du IXe siècle accepte ou non le choix du nouveau pape, en profite pour intervenir. En 963 Otton Ier dépose le pape Jean XII et le remplace par Benoit V qu'il dépose dès 964. En 983, Otton II fait élire son ministre Jean XIV. Otton III en fait de même en 996 pour son cousin Grégoire V, puis en 999 pour son ancien précepteur Sylvestre II. Pour mettre fin à la lutte entre trois papes simultanés (Benoit IX, Sylvestre III et Grégoire VI), en 1046, Henri III impose son candidat, Clément II, puis en 1047 Damase II et enfin en 1049 Léon IX, ces trois papes sont d'origine germanique.

De plus le pape est également depuis le milieu du VIIIe siècle le souverain des États de l'Église qui forment un vaste territoire en Italie centrale. Il y est menacé par de grands seigneurs du nord de l'Italie mais aussi par les Byzantins qui sont les maîtres du sud du pays. A l'époque l'Italie du nord est la partie la plus développée de l'Europe chrétienne. Elle est très importante dans les échanges commerciaux entre l'Europe méditerranéenne, l'Allemagne et l'Europe du nord. L'empereur doit contrôler l'Italie qui lui fournit, grâce à ces activités et aux nombreuse villes, des revenus (impôts sur les échanges commerciaux) et des soldats. Otton II tente de soumettre le sud de l'Italie mais il est sévèrement battu en 982, en Calabre, par les musulmans et leurs alliés byzantins. Otton III qui s'installe à Rome y soulève l'hostilité de la population et doit s'enfuir. Pour mieux contrôler l'Italie Conrad II nomme des évêques allemands à Verceil, Crémone et Plaisance ce qui mécontente les populations de ces villes. En 1003-1004, Henri II doit se rendre en Italie pour écarter Arduin d'Ivrée qui s'est fait proclamer roi d'Italie. En 1026-1027, Conrad II écrase la révolte de Pavie et de Ravenne, puis en 1036-1038 celle de l'archevêque de Milan.

L'opposition Empire-papauté[modifier]

La querelle des Investitures[modifier]

Les relations entre le pouvoir impérial et la papauté vont changer au XIe siècle. L'Église catholique connait alors un mouvement de réforme qui a commencé à Cluny en France. Il s'agit d'enlever aux pouvoir laïcs le droit de nommer les évêques et les abbés. Les empereurs Henri II et Henri III, personnalités très religieuses, favorisent la réforme clunisienne, mais de ce fait ils minent les bases du pouvoir impérial en Allemagne.

Article à lire Article à lire : Querelle des Investitures

Les papes Léon IX, puis Nicolas II décident de soustraire l'élection du pape à l'approbation de l'empereur (1059). Le pape Grégoire VII veut en faire de même pour la nomination des évêques. La lutte s'engage entre le pape et l'empereur Henri IV. C'est la querelle des Investitures qui commence en 1076. L'empereur fait déposer le pape qui en retour excommunie l'empereur, ce qui délivre tous ses sujets de leur devoir d'obéissance. En janvier 1077 pour conserver son pouvoir l'empereur doit « aller à Canossa » pour s'humilier devant le pape. Les princes allemands soutenus par la pape en profitent pour se soulever contre Henri IV et lui opposent un nouveau roi de Germanie. Les évêques allemands et italiens du nord (nommés par Henri IV) déposent Grégoire VII et élisent en 1080 un nouveau pape (Clément III). Les propres fils d'Henri IV, de peur de voir l'héritage leur échapper, se révoltent contre leur père et en 1106 le contraignent à abdiquer.

Henri V reprend la lutte contre le pape. En 1105, il oppose au pape Pascal II l'anti-pape Sylvestre IV ; puis en 1117 il oppose au pape Gélase II l'anti-pape Grégoire VIII. Cependant Henri V finit par s'entendre avec le pape Calixte II et en 1122 est signé le concordat de Worms qui met fin à la querelle. Les évêques élus par les religieux de la cathédrale reçoivent leurs pouvoirs spirituels des autorités religieuses (remise de la crosse et de l'anneau épiscopal). Puis ils reçoivent des autorités laïques leur pouvoir seigneurial (remise du sceptre). Après près d'un demi-siècle de lutte l'empereur perd la nomination des évêques ce qui affaiblit son pouvoir en Allemagne et en Italie.

La lutte du Sacerdoce et de l'Empire[modifier]

Le conflit rebondit au milieu du XIIe siècle. Des personnalités très affirmées s'opposent alors : les empereurs Frédéric Ier Barberousse et son petit-fils Frédéric II d'un côté et de l'autre les papes Alexandre III, Innocent III, Grégoire IX et Innocent IV. S'opposent aussi deux conceptions politiques. La papauté considère que le pouvoir de l'empereur est soumis au pouvoir du pape donc que le pape a le droit d'investir et de déposer les empereurs. Par contre les empereurs prétendent que leur pouvoir, découlant de l'élection par les princes allemands, ne dépend que de Dieu et non du pape.

Les empereurs se considèrent également comme les héritiers des empereurs romains et carolingiens. Ils prétendent à l'empire universel donc à la domination de l'Italie où se trouve Rome la capitale impériale. La domination de l'Italie est d'autant plus nécessaire que le pouvoir impérial a été affaibli par les luttes entre les Guelfes (partisans de la papauté) et les Gibelins (partisans de l'empereur) qui sévissent en Allemagne et en Italie. Pour arriver au pouvoir la famille des Hohenstaufen a dû reconnaitre la quasi indépendance des seigneurs allemands (et en particulier celle des sept électeurs impériaux). Elle a dû également faire une large distribution de terres pour se gagner des soutiens. La domination de l'Italie du nord et centrale lui permettrait alors d'y puiser des revenus importants.

Frédéric Ier Barberousse doit lutter contre le pape Alexandre III et les villes italiennes réunies dans la Ligue lombarde. Il est battu à Legnano en 1176. Les villes lombardes obtiennent leur indépendance. Son fils l'empereur Henri VI contrôle l'Italie en y installant des seigneurs allemands ; de plus par son mariage il est maître de la Sicile et de Naples. Mais en 1197, à la mort d'Henri VI, le pape Innocent III s'empare des possessions impériales en Italie et soutient l'élection impériale d'Otton IV de Brunswick contre celle de Frédéric II (fils d'Henri VI) dont il est pourtant le tuteur. Cependant en 1212, le pape change ses alliances. Mais en 1236, les relations entre Frédéric II, devenu empereur en 1220, et la papauté s'enveniment. Frédéric, plus italien qu'allemand, rêve d'un empire universel, donc englobant l'Italie. Frédéric II écrase les villes lombardes une nouvelle fois révoltées et donne à son fils la Sardaigne (qui dépend du pape). En 1239, il est excommunié par le pape Grégoire IX. En 1245, il contraint le pape Innocent IV à s'exiler hors d'Italie. Mais en 1245, le XIII concile œcuménique de Lyon dépose l'empereur. Celui-ci est abandonné par les princes allemands. Frédéric II meurt brusquement en 1250. La papauté va alors s'acharner à détruire la famille des Hohenstaufen, Manfred (fils illégitime de Frédéric II) est tué en 1266 et Conradin (petit-fils de Frédéric II) est exécuté en 1268.

La papauté est victorieuse des empereurs. Mais elle a profondément modifié sa situation en Italie en s'engageant dens des luttes de pouvoir qui vont beaucoup l'occuper désormais. L'idée d'un empire universel est détruite. De 1254 à 1273, en Allemagne des concurrents vont se disputer le pouvoir impérial, c'est le Grand interrègne.