Au milieu des sollicitudes
L’encyclique Au milieu des sollicitudes date du 16 février 1892. Elle est due au pape Léon XIII. Dans ce texte le pape demande aux catholiques de France (évêques, prêtres et fidèles), qui jusque là étaient dans leur très grande majorité partisans de la monarchie, d’accepter le régime républicain de la France, régime politique mis en place à partir de 1871. Ce sera pour eux le moyens d’influencer les lois et de lutter contre le laïcisme promu par les Républicains.
Cette encyclique est exceptionnellement écrite en français plutôt qu'en latin comme c’était le cas habituellement.
La situation politique avant l’encyclique[modifier | modifier le wikicode]

Depuis 1801, l’Église catholique en France est concordataire : c’est-à-dire que le clergé est payé par l’État (il est donc fonctionnaire). Pendant la plus grande partie du XIXe siècle, les catholiques français s’étaient satisfaits de la situation, car pour l’essentiel les gouvernements qui se succèdent à la direction de la France étaient assurés par des adeptes du christianisme (catholiques majoritairement mais aussi protestants). Nombre de catholiques étaient favorables à une « alliance du trône et de l’autel », c’est-à-dire accepter l’influence très importante du catholicisme dans la conduite des affaires intérieures et extérieures de la France et préférer un régime monarchique à un régime républicain.
Or depuis les succès électoraux des partis républicains à partir de 1879, les gouvernements français mènent une politique anticléricale, visant à endiguer, voire à faire disparaître, l’influence de la religion, en particulier du catholicisme, dans la conduite de la politique du pays. C’est le cas des lois laïques mises en place par Jules Ferry et de l’éviction progressive des religieux qui assuraient des fonctions d’enseignants, mais aussi de l’instauration du divorce en 1884.
Depuis 1871, une grande partie des catholiques espéraient le rétablissement de la monarchie qui serait favorable à l’emprise du catholicisme sur la population. L’échec de la restauration monarchique en 1875, puis en 1888-1889 l’échec de l’aventure |boulangiste fortement soutenue par la hiérarchie catholique, montrent que le régime républicain est fortement installé en France et qu’il est vain de croire à sa disparition prochaine.
Les catholiques ne peuvent donc rester à l’écart, il leur faut participer à la vie politique afin d’influencer les lois dans un sens plus conforme à la doctrine catholique. Ainsi Albert de Mun un des leaders catholiques écrit au prétendant royaliste orléaniste qu’il faut accepter provisoirement la République, qu’il faut participer à la vie politique, pour se tenir prêt en cas d’une occasion future de pouvoir opérer la restauration monarchique. En mars 1890, quarante députés de droite se séparent de leurs collègues monarchistes et fondent la Droite constitutionnelle qui accepte le régime républicain.
La période est d’autant plus favorable à un changement d’attitude des autorités catholiques qu’une partie des républicains français de tendance modérée, appelés les "opportunistes", souhaitent rompre leur alliance avec les républicains plus radicaux qui sont les fers de lance de la lutte anti-cléricale. Ces opportunistes cherchent des appuis plus à droite pour faire face aux menées boulangistes, menaçantes pour le régime républicain.
Déblocage de la situation[modifier | modifier le wikicode]
Fin 1889, le pape charge le cardinal Ferrata de lui faire un rapport sur la situation de l’Église catholique en France. Le cardinal conclut ses recherches par l’idée qu’il faut que l’Église catholique rompe ses liens historiques avec les monarchistes et ne s’oppose plus au régime républicain.

Reste à trouver le moment judicieux pour promouvoir, officiellement cette idée. C’est le cardinalCharles Lavigerie, archevêque d’Alger (l’Algérie était alors un territoire français) qui est chargé de rendre publique la nouvelle position de la papauté vis à vis de la République. Cela se déroule à Alger, ville du territoire français, mais lointaine par rapport au territoire métropolitain où les passions autour de la religion sont trop vives. L’occasion lui est fourni le 12 novembre 1890 à l’occasion du banquet qu’il donne au vice-amiral Victoir Duperré qui commande l’escadre qui était stationnée à Alger et à son état-major. Au moment des toasts et des discours le cardinal déclare : "Quand la volonté d'un peuple s'est nettement affirmée, que la forme d'un gouvernement n'a rien de contraire, comme le proclamait dernièrement Léon XIII, aux principes qui peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées, lorsqu'il faut, pour arracher son pays aux abîmes qui le menacent, l'adhésion sans arrière-pensée à cette forme de gouvernement, le moment vient de sacrifier tout ce que la conscience et l'honneur permettent, ordonnent à chacun de sacrifier pour l'amour de la patrie. […] C'est ce que j'enseigne autour de moi, c'est ce que je souhaite de voir imiter en France par tout notre clergé, et en parlant ainsi, je suis certain de n'être démenti par aucune voix autorisée. » Il ne sera pas désavoué par la papauté…
l’encyclique[modifier | modifier le wikicode]

Légende : « Nous montons dans le train, mais c’est pour nous emparer de la machine. », une citation du 19 juin 1892 du prêtre catholique Théodore Garnier
Le 16 février 1892, parait l’encyclique papale. Léon XIII y exhorte les catholiques français à s'unir dans la République : « Nous croyons opportun, nécessaire même, d'élever de nouveau la voix pour exhorter plus instamment - nous ne dirons pas seulement les catholiques - mais tous les Français, honnêtes et sensés, à repousser loin d'eux tout germe de dissentiment politique afin de consacrer uniquement leurs forces à la pacification de leur patrie. »
Le 3 mai le pape publie une lettre aux cardinaux de France , dans laquelle il réaffirme : « Nous avons dit aux catholiques français : Acceptez la République, c’est-à-dire le pouvoir constitué et existant parmi vous; respectez-la ; soyez-lui soumis comme représentant le pouvoir venu de Dieu. » et il se félicite du soutien que lui ont manifesté les évêques français. « Notre consolation a été grande en recevant la Lettre par laquelle Vous adhériez, d'un concert unanime, avec tout l’épiscopat français, à Notre Encyclique au milieu des sollicitudes, et Nous rendiez grâces de l’avoir publiée, protestant avec les plus nobles accents de l’union intime qui relie les évêques de France et en particulier les cardinaux de la Sainte Église au siège de Pierre. »
À partir de cette encyclique va se développer en France un courant chrétien qui va se rallier à la République et va soutenir à des propositions de lois sociales afin de tenter de gagner les électeurs à l’Église. C’est le début de la démocratie chrétienne en France.
Cependant les catholiques français jusque là unis vont se scinder en deux blocs : d’un côté les catholiques conservateurs et monarchistes regroupés autour du journal l'Action Française (1898) et de l’autre côté les chrétiens républicains qui se reconnaissent dans le mouvement du Sillon (1899).
En face les hommes politiques républicains laïques de peur de voir un retour du cléricalisme et de son influence sur la vie politique vont former des gouvernements de « défense républicaine » qui vont reprendre la lutte contre l’influence de l’Église catholique.
Le texte de l'encyclique est disponible ici [ [1]
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