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Cahiers de doléances

« Cahiers de doléances » expliqué aux enfants par Vikidia, l’encyclopédie junior
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Sous l'Ancien Régime, les cahiers de doléances sont des écrits que les Français remettent à leurs représentants élus aux États généraux convoqués par le roi pendant l'année 1789. Les cahiers sont rédigés séparément et avec des conditions différentes selon les trois ordres (clergé catholique, noblesse et tiers état) composant alors la société française. Ils contiennent les plaintes (doléances) et les vœux que chaque ordre exprime pour améliorer la situation du royaume. En 1789, tous les cahiers accordent leur confiance au roi Louis XVI pour réformer le royaume. Quasiment tous condamnent la monarchie absolue. Mais les cahiers du tiers-état revendiquent l'égalité d'accès aux fonctions publiques, l'égalité fiscale, le vote de l'impôt par les représentants élus de la population. S'y ajoutent la suppressions des impôts et privilèges de la noblesse et du clergé catholique et beaucoup demandent la liberté d'opinion et d'expression des idées.

La rédaction des cahiers[modifier]

Le cahier de doléances de la ville d'Angers

Le cadre de rédaction des cahiers est différents selon l'ordre. La noblesse et le clergé catholique rédigent chacun un cahier par bailliage ou sénéchaussée1. Par contre, le tiers état rédige plusieurs cahiers. Dans les villes chaque corps de métier en établit un, puis les représentants des métiers et des quartiers (paroisses) rédigent celui du tiers état de la ville. Chaque communauté rurale rédige son cahier de doléances. Puis les députés des villes et des communautés rurales du bailliage se réunissent pour élaborer par fusion le cahier de doléances du tiers-état du bailliage. Pour les États généraux de 1789 on a conservé près de 60 000 cahiers.

Si lors de discussion du contenu chacun peut s'exprimer, au moment de la rédaction, ce sont sont ceux qui savent s'exprimer en Français et par écrit qui tiennent la plume et peuvent ainsi imposer leur formulation et parfois leurs idées. Avocats, médecins, notables ruraux sont les rédacteurs de la plupart des cahiers (mais une lecture était cependant faite et approuvée par l'assemblée). Par comparaison du contenu de différents cahiers on remarque que certains adaptent des modèles venus d'ailleurs (en particulier du « milieu politique parisien »). Cela est évident dans les pays de la Loire où de multiples cahiers s'inspirent des Instructions provenant de l'entourage du duc d'Orléans, cousin du roi mais opposant à l'absolutisme.

Le contenu des cahiers[modifier]

Une situation très dénoncée par les Cahiers de Doléances : le tiers état, symbolisé par un paysan prenant en charge sur son dos (c'est-à-dire financièrement) les deux ordres privilégiés : le clergé catholique et la noblesse

Les cahiers ont été rédigés pendant l'hiver et le début du printemps 1789. C'est un moment de l'année défavorable pour l'approvisionnement en nourriture ; on est traditionnellement en période de disette, de « soudure » entre deux années agricoles. Les difficultés ont été augmentées par des mauvaises récoltes en 1788 (un cyclone a traversé la France pendant l'été et a anéanti une partie de la production céréalière) et l'hiver 1789 connaît une longue période de grand froid. Aussi les cahiers du tiers état insistent beaucoup sur la difficile situation économique et sociale de beaucoup de Français.

La critique de la monarchie absolue[modifier]

Les cahiers, tous ordres confondus, sont unanimes pour condamner la monarchie absolue. Tous veulent une limitation des pouvoirs du roi. La noblesse espère reprendre ainsi une partie du pouvoir politique perdu depuis le début du XVIIe siècle. Par contre, le tiers état, où la fraction bourgeoise admire le régime parlementaire du Royaume-Uni, souhaite la création d'assemblées représentatives locales (les États provinciaux) qui répartiraient l'impôt royal, et une réunion plus régulière des États généraux (les derniers s'étaient tenus en 1614) qui voteraient l'impôt que le tiers état veut faire payer à tous les Français en fonction de leurs biens. Presque partout on demande la suppression des intendants, personnages essentiels du centralisme monarchique. La justice, lente, complexe et surtout coûteuse du fait de la vénalité des offices, est fortement critiquée.

Divisions sur les privilèges[modifier]

Pour le reste des doléances l'unanimité n'est plus de règle. La noblesse ne veut pas que l'on touche à ses privilèges honorifiques (comme le droit du port de l'épée ou le droit d'avoir un blason), ou veut que ce soit un arrêt temporaire. Surtout elle tient au maintien des droits seigneuriaux qui constitue une bonne part de ses revenus. La partie paysanne du tiers état, qui pait ces impôts seigneuriaux, réclame leur suppression. La noblesse persiste à vouloir se réserver l'accès aux hautes fonctions de l'Église catholique et de l'armée royale et l'interdire à ceux qui ne sont pas nés nobles. La fraction bourgeoise du tiers état qui juge avoir les compétences pour les remplir souhaite l'égalité d'accès.

Si personne ne met en cause l'utilité de l'existence du curé, beaucoup de cahiers proposent la fermeture des couvents (dont beaucoup sont presque vides). La dîme ecclésiastique et les droits casuels qui fournissent les revenus du clergé catholique sont jugés trop lourds et de nombreux cahiers demandent leur allègement. Quelques cahiers du clergé critiquent le luxe et l'absentéisme des évêques et des abbés commandataires (dont une partie du revenu provient du détournement de la dîme).

Le conservatisme économique[modifier]

Les cahiers montrent également une profonde méfiance face aux changements dans les pratiques professionnelles. Les corps de métiers (les corporations) défendent leur système de fonctionnement face aux manufactures qui se développent et leur font concurrence. Une partie des paysans ne veulent pas du partage et du défrichement des communaux et de l'extension des prairies artificielles qui limitent l'espace que les pauvres peuvent utiliser pour couvrir leurs besoins alimentaires. Par contre, les paysans aisés (propriétaires ou fermiers) sont favorables à de telles mesures.

Les doléances sont donc assez contradictoires, ce qui sera une source de tension entre les différentes parties de la société française. Les alliances et les rapports de force permettront leur satisfaction temporaire ou durable.

Au printemps 1789, en toute liberté, prés de 60 000 cahiers de doléance sont rédigés par les Français en vue de la tenue prochaine des États Généraux.

Voir aussi[modifier]

Cahiers de doléances de la Charente mis en ligne par les Archives départementales

Note[modifier]

  1. le bailliage est la circonscription administrative de base de la France avant la Révolution de 1789. Le mot bailliage est utilisé dans les régions nord du royaume, le mot sénéchaussée dans les régions sud


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