Solidarité en Tunisie
Parmi les formes de coopération et de solidarité entre les habitants en Tunisie durant la saison du labour en automne, on trouvait le rassemblement de plusieurs laboureurs en une seule journée, avec leurs chamelles, chameaux, chevaux, mulets et leurs charrues, afin d’aider un agriculteur à labourer entièrement son champ ou sa plus grande partie.
Ce rassemblement était appelé « Ad-Doulab ». C’était une occasion dont bénéficiaient ceux qui ne possédaient pas de bétail, les malades ou les propriétaires de grandes surfaces, avant l’apparition des tracteurs. Ce n’était pas un jour de fatigue, mais plutôt une occasion de joie et de bonheur où les participants se partageaient les tâches : la majorité labourait, tandis qu’une minorité s’occupait de semer les céréales ou de préparer et servir la nourriture, l’eau et le thé, toujours présents lors de ces occasions.
Tonte des moutons[modifier | modifier le wikicode]
Une autre occasion de coopération et de travail collectif est la tonte des moutons. Elle se déroule généralement à la fin du printemps, lorsque les températures augmentent. Les petits éleveurs tondent eux-mêmes leurs brebis si le troupeau est peu nombreux. En revanche, pour les grands troupeaux, une date est fixée pour rassembler plusieurs hommes afin de tondre tout le troupeau en une seule journée, munis de ciseaux tranchants et de cordes pour immobiliser les pattes de l’animal.
Le jour de la tonte, le berger laisse la moitié du troupeau dans l’enclos pour la tonte et emmène l’autre moitié au pâturage. L’après-midi, il inverse les rôles. La tonte commence généralement par le bélier et les jeunes moutons d’un an, avant d’être généralisée à tout le troupeau.
C’est un jour de joie et de fraternité entre voisins et amis. Les rôles sont répartis : certains tondent, d’autres tiennent les animaux, d’autres encore préparent le thé et la nourriture, souvent à base de viande de mouton ou d’agneau abattu en l’honneur des présents. D’autres trient la laine selon sa couleur et sa qualité avant de la remettre à la maîtresse de maison. Le tout se déroule dans une ambiance de chants et de youyous. À la fin, certains lavent leur troupeau, tandis que d’autres attendent la pluie ou les précipitations saisonnières pour le faire.
Al-‘Arafa[modifier | modifier le wikicode]
La saison des moissons est une période de joie indescriptible. Tout le monde s’y prépare pour assurer une récolte représentant le fruit d’une année entière d’efforts. Les moissonneurs se dispersent dans les champs, jeunes et vieux, accompagnés de leurs troupeaux et de leurs animaux, en commençant toujours par les champs d’orge avant ceux de blé.
Certains agriculteurs récoltent avec leur famille, tandis que d’autres font appel aux voisins, parents et amis pour se rassembler un jour précis afin de moissonner leur champ en une seule fois. Ce rassemblement est appelé « Al-‘Arafa ».
Les volontaires arrivent dès l’aube, hommes et femmes, et s’alignent pour commencer le travail sous la direction d’un chef appelé « Sultan », chargé de définir la largeur de la zone à moissonner. Le travail débute au rythme des faucilles, accompagné de youyous, de chants et d’encouragements collectifs.
Derrière eux, certains distribuent de l’eau et du thé, tandis que d’autres rassemblent les gerbes pour les transporter rapidement vers l’aire de battage avant le vent de l’après-midi ou une pluie soudaine. Les heures passent sans fatigue ni ennui, dans une ambiance joyeuse, et le propriétaire du champ honore les participants en offrant un repas généreux.
Moisson et le battage[modifier | modifier le wikicode]
Avec la fin du printemps, les champs de blé et d’orge jaunissent, puis les épis sèchent au début du mois de juin, marquant le début de la moisson, suivie du battage, parfois jusqu’à la fin août.
Le travail dans l’aire de battage se fait collectivement avec voisins, proches et amis. Les familles se préparent en vérifiant ou en achetant les outils nécessaires : faucilles, filets de collecte, cordes, tamis, fourches, plateaux de tri, sacs.
La moisson commence : les participants s’alignent, rivalisant d’efforts. Les poignées d’épis deviennent des gerbes, puis des tas organisés avant d’être transportés vers l’aire de battage à dos d’âne, de chameau ou en charrette. Les tas évoluent progressivement en grandes meules protégées contre les intempéries.
Après la moisson commence le battage : les gerbes sont étalées en cercle, exposées au soleil, puis foulées par des animaux ou par une machine tirée par eux. Elles sont retournées plusieurs fois jusqu’à être prêtes pour le vannage.
L’après-midi, avec le vent, on procède au vannage pour séparer la paille du grain. Le nettoyage final se fait à l’aide d’outils traditionnels pour obtenir un grain pur, ensuite stocké en tas coniques sur lesquels sont inscrites des formules de bénédiction.
Certaines expressions sont évitées durant ces travaux et remplacées par d’autres jugées plus favorables. La mesure des récoltes est faite à l’aube par le propriétaire, qui réserve une part pour les pauvres (la zakat).
Les hommes se consacrent ensuite à la construction des tas de paille, tandis que les femmes nettoient les grains pour les préparer à la mouture et aux réserves alimentaires.
Al-‘Oula[modifier | modifier le wikicode]

Après la moisson et le stockage des récoltes, et avant les intempéries de l’automne, les femmes commencent à préparer les provisions alimentaires (l’« Oula »), principalement le couscous et les produits dérivés des céréales pour les mois à venir.
Ce travail nécessite la coopération : les voisines et parentes se réunissent chaque jour chez l’une d’elles avec leurs ustensiles. Les tâches sont réparties entre tamisage, roulage du couscous et séchage au soleil, tandis que la maîtresse de maison prépare le repas et le thé.
Les jours se succèdent dans un esprit d’entraide afin d’assurer des réserves suffisantes pour l’hiver et le printemps, avant de passer aux activités de tissage et de travail de la laine.
At-Twiza[modifier | modifier le wikicode]

Tout comme les hommes ont leurs formes de coopération, les femmes ont aussi leurs propres occasions de solidarité, dont la plus importante est la « Twiza ». Elle consiste en un rassemblement de femmes pour carder la laine après son lavage et séchage.
Chacune apporte ses outils, et elles s’installent en cercle pour transformer la laine en matière prête à être filée.
Selon la tradition, si un homme passe devant elles, elles lui lancent un morceau de laine en poussant des youyous. Il devient alors « engagé » et doit leur acheter du thé et des sucreries. S’il refuse, il devient sujet de moqueries pour son manque de générosité.
As-Seddaya[modifier | modifier le wikicode]
De même que l’éducation est considérée comme un ascenseur social, la « Seddaya » (métier à tisser traditionnel) a joué un rôle similaire pour les femmes. Elle leur a permis d’aider leurs familles et de soutenir la scolarité des enfants.
Presque chaque maison possédait un métier à tisser et ses accessoires. Il était installé au centre de la maison ou de la tente, puis partiellement replié le soir pour libérer de l’espace.
La femme y travaillait seule ou avec l’aide d’une proche, selon un système d’échange de services. Parmi les produits tissés les plus courants : le burnous, le kilim, les couvertures, ainsi que d’autres vêtements traditionnels. Une partie était utilisée par la famille, mais la majorité était vendue sur les marchés locaux.
Aujourd’hui, après avoir rempli son rôle pendant des années, la « Seddaya » et ses outils sont devenus des éléments essentiels des musées et des manifestations patrimoniales.
Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]
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