Voie Domitienne

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Voies romaines en Gaule
Schéma de la Via Domitia

La voie Domitienne (en latin Via Domitia), construite à partir de 118 av. J.-C., est la plus ancienne des grandes voies romaines établies en Gaule. La Via Domitia était le lien principal entre l'Italie et l'Espagne.

La voie traversait la Gaule transalpine, plus tard appelée Narbonnaise, puis Provincia Romana, qui couvrait les régions actuelles de la Provence et du Languedoc : elle franchissait les Alpes par le col de Montgenèvre, défendu par la place forte de Briançon, descendait toute la vallée de la Durance jusqu'à Cavaillon, traversait le Rhône à Beaucaire, atteignait Nîmes, puis Béziers et Narbonne pour passer en Espagne par le col du Perthus.

Qui l'a construite ?[modifier | modifier le wikicode]

La Voie Domitienne doit son nom à son constructeur, le magistrat romain Gnaeus Domitius Ahenobarbus (le surnom Ahenobarbus veut dire « barbe d'airain » ou « de bronze »), qui fut consul en 122 av. J.-C., puis proconsul (sorte de gouverneur) de la Gaule transalpine : sa mission était d'établir une colonie romaine à Narbonne, d'en faire un port important et de construire des routes vers l'Espagne et l'Aquitaine, ce qu'il fit très vite et très bien.

À quoi ressemblait la voie Domitienne ?[modifier | modifier le wikicode]

La voie Domitienne ressemblait à toutes les voies romaines : elle était parfois recouverte de larges dalles ou de petits pavés, mais ce n'est vrai que dans la traversée et les abords des villes ; sinon, elle était revêtue de gravier et de terre, recouvrant des couches de pierres plus grosses. Elle était étroite, mais bordée de banquettes pour éviter les accidents et de fossés pour évacuer les eaux de pluie. Dans les passages difficiles, des sillons étaient volontairement creusés dans la roche ou dans le dallage, afin de guider les véhicules.

Des postes et relais étaient prévus tous les 10 à 15 km. On pouvait s'y restaurer et s'y reposer. Des cantonniers étaient employés à entretenir ou réparer les routes. Des bornes milliaires jalonnaient la voie, indiquaient le nombre de milles entre les étapes, ainsi que les noms des magistrats ayant décidé la construction ou la réparation de la voie.

Par économie, les voies romaines étaient de préférence rectilignes. Les trajets empruntés évitaient autant que possible les marécages et les cours d'eau. Les « ouvrages d'art », c'est-à-dire les ponts et tunnels, étaient peu nombreux, mais toujours judicieusement calculés, conçus pour durer et soigneusement adaptés au lieu de leur implantation. Certains ont tenu jusqu'à nos jours.

Suivons la voie Domitienne ![modifier | modifier le wikicode]

La Via Domitia : plaque commémorative, à Narbonne.

1re partie : des Alpes au Rhône[modifier | modifier le wikicode]

Pour faire ce trajet à pied, du Montgenèvre à Tarascon, il nous faudrait environ 60 heures pour parcourir 300 km.

  • Col de Montgenèvre

Venant de la plaine du Pô en Italie (par Turin et Suse), c'est l'un des cols alpins les moins élevés (1 850 m), et il est assez facile à franchir. C'est peut-être ce chemin qu'avait pris Hannibal, avec ses éléphants, un siècle plus tôt : c'est une des nombreuses hypothèses.

Lumière ! Mais pourquoi ne pas longer simplement la côte méditerranéenne ? Eh bien, parce qu'à cette époque, au -IIe siècle, il est hors de question de venir de Gênes et de se contenter de passer par Nice, Antibes, Marseille, surtout avec des troupes et des marchandises : ce sont des colonies grecques indépendantes, et de plus, toute la région est contrôlée par des peuplades "celto-ligures" dont les attaques sont redoutables. C'est Auguste qui en sera finalement vainqueur, mais seulement dans un siècle... Donc, pour l'instant, on fait le tour !

  • Brigantio / Briançon est au pied du col : on y est très vite. C'est une forteresse qui commande trois vallées. On va maintenant descendre la vallée de la Durance, presque jusqu'à son confluent avec le Rhône ;
  • Vapincum / Gap était une petite ville entourée d'un rempart. Elle aussi commandait plusieurs vallées ;
  • Segustero / Sisteron se trouve au croisement des voies venant de Fréjus et de Nice. C'était, jusqu'à un passé récent, le seul pont en dur pour franchir la Durance. La Via Domitia traversait ce pont et suivait ensuite la rive droite de la Durance.
  • Apta Julia / Apt : la voie romaine coupe un peu et trouve son chemin au Nord de la Durance : elle franchit le Calavon grâce au pont Julien. Avec ses trois arches, c'est le plus beau pont de la Via Domitia : il a une longueur de 80 mètres et une largeur de 6 mètres.
  • Cabellio / Cavaillon. Cavaillon conserve des vestiges d'un bel arc de triomphe, ainsi qu'un aqueduc romain. Et l'on franchit à nouveau la Durance : on repasse sur la rive gauche.
  • Glanum / Saint-Rémy-de-Provence est une ancienne colonie grecque. On a mis au jour les restes de maisons, fontaines, thermes le long de la Via Domitia.
  • Tarusco / Tarascon : la traversée du Rhône vers Beaucaire devait s'effectuer par un bac ou d'autres embarcations.

2e partie : du Rhône aux Pyrénées[modifier | modifier le wikicode]

Le trajet de Beaucaire au col du Perthus (par Nîmes, Béziers, Narbonne) nous demandera 55 heures de marche pour couvrir les 260 kilomètres, sans obstacle majeur. Avec les sandales romaines, encore mieux...

  • Ugernum / Beaucaire : des bornes milliaires signalent le tracé de l'ancienne voie Domitienne. Il semble qu'on ait ajouté une nouvelle borne lors de chaque réfection importante. Ces bornes portent le nom de Colonnes de César.
  • Nemausus / Nîmes était une des plus grandes cités de la Narbonnaise. La Via Domitia entrait dans la ville par la porte d'Auguste, encore visible. Nîmes possède une quantité de vestiges romains : la Maison Carrée, les Arènes de Nîmes (amphithéâtre romain), et aussi la tour Magne, la porte de France et le jardin de la Fontaine, qui recevait l'eau de l'aqueduc du Pont du Gard.
  • Ambrussum, près de Lunel

De nombreuses bornes milliaires sont visibles sur le tronçon suivant : la voie Domitienne franchit le Vidourle sur le pont Ambroix, dont il reste une arche, avant d'entrer à Ambrussum, ancienne ville qui domine la rivière, aujourd'hui site archéologique inhabité.

La voie passait ensuite sur le site de l'actuelle Montpellier, qui n'existait pas (la ville ne s'est développée qu'au Moyen Âge). On peut suivre le trajet par Mèze et Pinet, où la voie apparaît comme elle l'était à l'origine : un chemin de terre assez étroit, bordé de deux banquettes de protection.

  • Cessero / Saint-Thibéry, où la voie romaine franchissait l'Hérault sur le pont « romain » en ruine, dont certaines parties dateraient plutôt du Moyen Âge.
  • Bæterræ / Béziers est un centre commercial important, fondé par Octave (le futur Auguste). Une borne milliaire y a été retrouvée. Le Pont Vieux, qui permet à la voie de franchir l'Orb au pied de la ville, possède neuf arches qui sont probablement romaines. Le tablier, lui, a été reconstruit au Moyen Âge.
  • La voie passe ensuite au pied de l'oppidum d'Ensérune, ville d'époque hellénistique, qui se développa encore avec l'arrivée de la Via Domitia.
  • Narbo Martius / Narbonne est la deuxième colonie romaine en Gaule (-118 avant J.-C.) après Aquae Sextiae / Aix-en-Provence (-122 avant J.-C.). Elle devint une grande cité à partir du règne d'Auguste. La voie traversait le forum romain (place Bistan) et s'échappait de la ville par le pont des Marchands, pont habité sur l'Aude, et qui l'est encore. La richesse de Narbo Martius était liée au commerce maritime : exportation de céréales, vin, huile.

La Via Aquitania se sépare de la Via Domitia à la sortie de Narbonne : elle remonte la vallée de l'Aude vers Carcaso ou Carcasso / Carcassonne, puis continue vers Tolosa / Toulouse et Burdigala / Bordeaux.

  • Ad Salsulae / Salses : des fouilles ont permis d'identifier la voie, ainsi qu'un port antique à proximité du fort de Salses.

Après cela, la voie Domitienne devait passer à l'est de l'actuelle ville de Perpignan, qui s'est développée à partir du Ier siècle.

  • Summum Pyrenæum : c'est la limite entre la Narbonnaise (France) et la Tarraconaise (Espagne). On l'a longtemps localisée au Col du Perthus, mais des fouilles menées en 1984 au col de Panissars, à seulement 2,2 km du col du Perthus, ont permis d'y découvrir les ornières de la Voie Domitienne taillée à même le roc, ainsi que les fondations d'un immense trophée, le Trophée de Pompée, dressé à cet endroit en 71 av. J.-C. pour célébrer les victoires de Pompée sur les peuples de l'Hispanie. Cette découverte a permis d'identifier définitivement Summum Pyrenæum au col de Panissars.


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Source : cette page a été partiellement adaptée de la page Voie Domitienne#Itinéraire de Wikipédia.