Vase de Soissons

« Vase de Soissons » expliqué aux enfants par Vikidia, l’encyclopédie junior
Aller à : navigation, rechercher
Clovis Ier et le vase de Soissons. Grandes Chroniques de France, XIVe siècle. Bibliothèque nationale de France.

Le Vase de Soissons est une anecdote - tragique - qui se passe lors de la prise de la ville de Soissons, en 486. Au cours du partage du butin après la prise de la ville, un guerrier franc fissure volontairement un vase en morceaux avec sa petite hache (une francisque, la hache des Francs) alors que le roi Clovis le veut pour lui. Un an plus tard, Clovis jette par terre la francisque de ce guerrier. Celui-ci se baisse pour la ramasser. Clovis en profite pour prendre sa hache et pour lui fendre le crâne, en lui disant : « Voilà ce que tu as fait au vase de Soissons. »

Source de l'histoire[modifier | modifier le wikicode]

Cette histoire est connue par un texte de Grégoire de Tours, né vers 539 (donc 53 ans après cet évènement) et mort en 594, qui a été évêque et historien, et qui écrivait en latin.

Traduction du texte[modifier | modifier le wikicode]

Voici une traduction du texte original :

Dans ce temps, l’armée de Clovis pilla un grand nombre d’églises, parce que ce prince était encore plongé dans un culte idolâtre. Des soldats avaient enlevé d’une église un vase d’une grandeur et d’une beauté étonnante, ainsi que le reste des ornements du saint ministère. L’évêque de cette église envoya vers lui des messagers pour lui demander que, s’il ne pouvait obtenir de recouvrer les autres vases, on lui rendit au moins celui-là. Le roi, ayant entendu ces paroles, dit au messager : Suis-moi jusqu’à Soissons, parce que c’est là qu’on partagera tout le butin ; et lorsque le sort m’aura donné ce vase, je ferai ce que demande le pontife. Étant arrivés à Soissons, on mit au milieu de la place tout le butin, et le roi dit : Je vous prie, mes braves guerriers, de vouloir bien m’accorder, outre ma part, ce vase que voici, en montrant le vase dont nous avons parlé ci-dessus. Les plus sages répondirent aux paroles du roi : Glorieux roi, tout ce que nous voyons est à toi : nous-mêmes nous sommes soumis à ton pouvoir. Fais donc ce qui te plaît ; car personne ne peut, résister à ta puissance. Lorsqu’ils eurent ainsi parlé, un guerrier présomptueux, jaloux et emporté, éleva sa francisque et en frappa le vase, s’écriant : Tu ne recevras de tout ceci rien que ce que te donnera vraiment le sort. A ces mots tous restèrent stupéfaits. Le roi cacha le ressentiment de cet outrage sous un air de patience. Il rendit au messager de l’évêque le vase qui lui était échu, gardant au fond du cœur une secrète colère. Un an s’étant écoulé, Clovis ordonna à tous ses guerriers de venir au Champ-de-Mars revêtus de leurs armes, pour faire voir si elles étaient brillantes et en bon état. Tandis qu’il examinait tous les soldats en passant devant eux, il arriva auprès de celui qui avait frappé le vase, et lui dit : Personne n’a des armes aussi mal tenues que les tiennes, car ni ta lance, ni ton épée, ni ta hache, ne sont en bon état ; et lui arrachant sa hache, il la jeta à terre. Le soldat s’étant baissé un peu pour la ramasser, le roi levant sa francisque, la lui abattit sur la tête, en lui disant : Voilà ce que tu as fait au vase à Soissons. Celui-ci mort, il ordonna aux autres de se retirer. Cette action inspira pour lui une grande crainte1.

Anecdote historique[modifier | modifier le wikicode]

L'anecdote se déroule en Gaule, en 486. À l'issue de combats, les soldats vainqueurs d'une bataille menée par Clovis s'apprêtent à se partager par tirage au sort le butin pris aux ennemis, comme il est coutume de faire chez les Francs. Dans ce butin, se trouve un précieux vase sacré volé à Remi, l'évêque de Reims. Ce dernier, ayant appris la prise de Soissons par Clovis, lui demande s'il peut récupérer le vase et le lui restituer. Au moment du partage, Clovis annonce à ses soldats qu'il souhaite obtenir cet objet en plus de la part qui lui reviendra par tirage au sort. Tout les hommes présents approuvent sauf un ! "Tu ne recevras que ce que le sort t'attribuera vraiment", s'écrie le guerrier rebelle en frappant violemment le vase avec sa hache. Clovis ne dit rien mais n'oublie pas cet affront. Un an plus tard, alors qu'il passe ses troupes en revue, le roi des Francs reconnaît le soldat. Il prend ses armes, lui inspecte, puis les jette à terre en lui reprochant de mal les entretenir. Au moment où le guerrier se baisse pour les ramasser, Clovis lui fracasse le crâne en disant simplement "Ainsi as-tu fait au vase de Soissons !"?

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

En 486, Clovis a 20 ans. Il est roi (rex en latin) d'un royaume franc. Mais son territoire, qui se situe au nord de la Gaule, n'est pas stable et il tente de l'agrandir plus au sud par la guerre. Il attaque Soissons, en Gaule, au nord de la France actuelle, et se bat au cours d'une dure bataille contre le général romain Syagrius. Soissons, jusqu'à cet épisode, faisait partie du Domaine gallo-romain, c'est-à-dire un territoire qui est toujours gouverné comme une province de l'Empire romain, bien qu'il soit autonome et séparé de Rome depuis 30 ou 50 ans par les guerres et les invasions qui ont lieu en Gaule. Cette période est donc à la limite entre ce qu'on appelle maintenant l'Antiquité et le Moyen Âge.

Vérité de l'histoire[modifier | modifier le wikicode]

Cette histoire est célèbre, et pourtant les historiens actuels ne sont pas sûrs qu'elle soit vraie. Elle pourrait avoir été déformée ou bien largement transformée pour être plus marquante et correspondre à ce que son auteur voulait montrer.

Clovis, roi des Francs, par le médailler Jean Dassier (1676-1763)

En effet, elle ressemble à d'autres histoires connues à l'époque, où quelqu'un est puni de sa faute un an après l'avoir commise. Ce n'est peut-être pas par hasard et l'auteur pourrait donc avoir adapté à Clovis ce genre d'histoire.

L'auteur, qui était évêque chrétien, a peut-être aussi voulu montrer comment Clovis avait déjà du respect pour l'Église et les objets qu'elle possédait. En effet, il était païen mais s'est converti au christianisme et se fait baptiser une dizaine d'années plus tard.

Article à lire Article à lire : Baptême de Clovis

L'histoire pourrait être partiellement vraie et montrer aussi comment Clovis, qui est un jeune chef, impose son autorité sur ses compagnons de combat. Elle montre que le butin est partagé par un tirage au sort, ce qui est une coutume franque, comme s'il existait une sorte d'égalité entre les guerriers et leur chef. Et il se peut que Clovis voulait être plutôt un chef qui décide seul, sur le modèle des généraux romains. Dans ce cas, on peut penser que cet évènement a été pour lui une occasion de se faire craindre et d'imposer sa façon de commander.

Clovis, encore païen, veut aussi se rapprocher de la hiérarchie de l'Église catholique, très influente en Gaule. Celle-ci pourrait l'appuyer dans ses guerres contre les autres rois d'origine germanique, mais qui, comme le roi des Wisigoths, sont de confession arienne que les catholiques considèrent comme une hérésie.

Une chose est sûre, le vase de Soissons, en argent, n'a pas été brisé mais, seulement un peu cabossé, et il fut finalement rendu à l'évêque de Reims. La tête quant à elle, n'a pas pu résister au coup fatal porté par Clovis.

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Grégoire de Tours, Histoires (Histoire des Francs), Traduction de François Guizot Livre II
Francestubmap.png Portail de la France —  Accédez au portail sur la France.
Société paysanne au XIVe siècle.jpg Portail du Moyen Âge —  Tous les articles sur le Moyen Âge.