Révolte des Bonnets rouges en 1675

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La révolte des Bonnets rouges est la révolte d'une partie des Bretons en 1675. Cette révolte est un mouvement de protestation violente contre les nouveaux impôts exigés par le roi Louis XIV : création d'une taxe sur le papier timbré, d'une taxe sur la possession d'objets en étain, mais aussi une protestation contre la dureté et l'augmentation des impôts seigneuriaux.

Les révoltés portaient des bonnets rouges (dans la région du Poher autour de la ville de Carhaix), mais ils portaient des bonnets bleus en Pays Bigouden (dans le sud-ouest du Finistère). Après s'être emparé de villes et de châteaux seigneuriaux, les révoltés détruisent les registres des impôts, malmènent les autorités chargées de les percevoir et quelquefois ils s'en prennent aussi aux demeures des nobles.

L'armée royale réprime violemment les révoltés. La Bretagne, en partie ravagée et occupée par l'armée, se voit imposer les impôts qu'elle refusait. Elle passe aussi sous le contrôle d'un intendant, représentant direct du roi, qui prend en charge toute la vie économique, fiscale, administrative de la province. La Bretagne perd alors l'autonomie qu'elle avait réussie à conserver depuis son rattachement à la France en 1532.

La révolte des bonnets rouges fait partie d'un mouvement plus étendu contre les impôts (en particulier il touche l'Aquitaine) appelé « révolte du papier timbré ».

La situation en Bretagne avant la révolte des Bonnets rouges[modifier | modifier le wikicode]

Louis XIV pendant la guerre de Hollande. Siège de Maastricht en 1673

À cette époque, avec environ deux millions d'habitants, soit 10% de la population française, la Bretagne est la région la plus peuplée du royaume.

Particularités administratives de la Bretagne[modifier | modifier le wikicode]

Le duché de Bretagne a été rattaché au royaume en 1532, contre la promesse que les impôts dus au roi seraient consentis par les États de Bretagne, assemblée des représentants des villes (mais aucun ouvrier), du haut clergé et dominée en nombre par la noblesse, pas de représentation des paysans pourtant la partie très majoritaire de la population. Contrairement aux autres provinces françaises la Bretagne n'a pas d'intendant (représentant direct du roi qui dispose de pouvoirs très étendus). Seul un gouverneur à fonctions militaires représente le gouvernement central et la plupart du temps il réside à la Cour à Versailles. En 1675, le gouverneur de la Bretagne est le duc de Chaulnes.

La montée du mécontentement des Bretons[modifier | modifier le wikicode]

Depuis des années les paysans bretons sont mécontents de l'augmentation des impôts seigneuriaux. Les propriétaires de terres voient baisser les fermages qu'ils perçoivent comme loyers (environ d'un tiers). En Bretagne, comme dans beaucoup de provinces, la justice pour les petits délits privés ou contestations entre voisins ou entre habitants et seigneurs était rendue par les nombreuses justices seigneuriales dont l'abondant personnel coûtait cher à ceux qui y avaient à faire.

Depuis 1672, la guerre qui s'éternise avec les Provinces-Unies paralyse l'économie bretonne côtière. Les exportations de vin et de toiles chutent car la marine néerlandaise (celle des Provinces-Unies) ennemie croise dans la Manche et sur le proche océan Atlantique. Les vignerons, les artisans du textile, les armateurs et les marins sont mécontents.

Dans la crainte d'un débarquement néerlandais des soldats français ont été envoyés en Bretagne, ils logent chez l'habitant aux frais de celui-ci. Mais en 1675, les soldats sont partis.

Pour financer les dépenses militaires, le roi a demandé plus d'impôts. En 1673, les Bretons ont dû verser au roi pour plus de 6 millions de livres : versement du don gratuit annuel traditionnel, mais aussi rachat pour supprimer la décision royale d'interdire des justices seigneuriales et le rachat de nouveaux impôts.

Les Bretons pouvaient penser qu'ils étaient tranquilles pour l'avenir. Mais en 1674, le roi renouvelle ses exigences en revenant sur ce que les Bretons avaient obtenu. Surtout le gouvernement royal décide la création de nouveaux impôts.

Les nouveaux impôts royaux[modifier | modifier le wikicode]

Un acte de 1674 sur papier timbré (le timbre royal est visible en haut à gauche)

En avril 1674, le gouvernement crée l'impôt du papier timbré. Les Français devront désormais utiliser un papier revêtu du timbre royal pour écrire les actes notariés, les contrats commerciaux... Pour les particuliers cette taxe rend plus cher l'établissement de ces documents nécessaires. Les notaires et autres hommes de justice craignent que leurs clients réduisent leur consommation d'actes et donc les privent d'une partie de leurs revenus.

En septembre 1674, le gouvernement crée une taxe sur la possession et l'utilisation de la vaisselle d'étain (un sou par livre-poids). La vaisselle d'étain est très utilisée dans les milieux populaires et dans les auberges et cabarets. Dans ces derniers, les cabaretiers reportent le montant de la taxe sur le prix des boissons qu'ils servent, leurs clients sont mécontents.

En septembre 1674, le gouvernement réorganise la vente du tabac. La vente est désormais un monopole royal. La distribution du tabac et la perception des taxes sont confiées à une entreprise privée de financiers. La distribution est désorganisée ce qui mécontentent les fumeurs de pipe, chiqueurs et priseurs très nombreux dans les classes populaires.

Tous ces impôts nouveaux ont été introduits en Bretagne sans consultation, ni accord des États de Bretagne. Ces décisions provoquent la colère des Bretons, colère contre l'augmentation des sommes dues au roi, mais aussi colère contre la remise en cause les privilèges de la Bretagne (auxquels les Bretons sont très attachés).

À ces exigences réelles s'ajoute la rumeur de l'introduction en Bretagne de l'impôt de la gabelle alors que jusque-là les Bretons en étaient exemptés.

La révolte des Bonnets rouges[modifier | modifier le wikicode]

Le duc de Chaulnes en 1676
avril 1675

Les premiers incidents ont lieu à Rennes (siège du parlement de Bretagne) le 3 avril 1675. Les révoltés s'en prennent aux bureaux du timbre et du marquage de l'étain. Le procureur général du parlement en informe rapidement le gouverneur de la Bretagne, le duc de Chaulnes qui résidait à Versailles.

Le 18 les épiciers vendant le tabac demandent au premier président du parlement de les autoriser à vendre le tabac sans taxe. Le même jour, à Rennes, les bureaux de la perception des droits sur le tabac sont saccagés. Il y a 10 morts.

Le 19 Saint-Malo connait aussi des troubles liés aux impôts.

Le 23 avril, à Nantes les bureaux de vente du tabac et ceux du marquage de l'étain sont attaqués. Les bourgeois de la ville refusent de former la milice pour réprimer les troubles.

mai 1675

Le 3 mai, de nouvelles émeutes se déroulent à Nantes. L'évêque est retenu prisonnier pendant quelques heures.

Le 22 mai, le duc de Chaulnes arrive à Nantes à la tête de ses soldats. Ceux-ci vont être logés en ville alors que Nantes est légalement exempté du logement des gens de guerre. La ville sera occupée jusqu'au 21 juin. Le duc sévit : une femme est pendue ; il rétablit les bureaux des impôts.

Les 24 et 25 mai de nombreux mécontents se rassemblent à Guingamp. Les bourgeois s'opposent aux manifestants. Le marquis de la Coste, lieutenant du roi pour la région, fait pendre une femme, fouetter et bannir deux hommes. Puis il part pour Châteaulin où la rumeur de sa venue crée des troubles.

juin 1675

Le duc de Chaulnes arrive à Rennes qu'il fait occuper par ses soldats (Rennes était aussi exempte du logement des gens de guerre). Les 9, 10 et 11 juin, des émeutes contraignent le duc à retirer ses troupes.

Le 9 juin des mécontents se rassemblent à Châteaulin pour « accueillir » le marquis de la Coste, Ils attaquent et pillent un château où ils pensaient que le marquis se trouvait.

Le 29 juin, ce sont les paysans autour de Gourin dans le centre de la Bretagne (Poher) qui s'agitent. Le 30 il y brûlent des feuilles de papier timbré.

juillet 1675

Le 2 juillet des paysans venus des paroisses de Cornouailles (sud de la Bretagne) réunis à la chapelle de Notre-Dame de Tréminou, rédigent et votent le code paysan qui résume leurs revendications. Ils proposent également une trêve de trois mois (peut-être pour pouvoir retourner chez eux faire les travaux agricoles très importants en cette saison de récolte).

Les 3 et 4 juillet les bureaux du papier timbré sont saccagés à Landernau (Poher). Le 6 juillet c'est autour de Carhaix où se distingue un ancien notaire Sébastien Le Balp qui devient le chef des révoltés du Poher.

Les révoltés un peu mieux organisés s'en prennent aux châteaux pour y faire disparaître les registres des impôts seigneuriaux ou trouver un accord écrit, passé devant notaire, avec le seigneur. En Cornouailles c'est la cas des châteaux de La Motte près de Douarnenez, de Cosquer près de Pont-L'Abbé, ainsi que le couvent des Carmes de la même ville. Dans le Poher, le 11 juillet 6 000 paysans venus de 20 villages, s'emparent et détruisent en partie le château de Kergoet (près de Carhaix). Le 19 c'est le tour du château de La salle près de Guingamp. Le 20, les bureaux de perception de l'impôt des devoirs sont pillés à Pontivy.

Le duc de Chaulnes n'a pas assez de soldats pour faire face. Il est bloqué dans Port-Louis (à l'entrée de la rade de Lorient). Pour se défendre de son inaction apparente il affirme que ce sont plus de 40 paroisses et près de 20 000 hommes qui sont révoltés (chiffres peut-être gonflés). Le 12 juillet, il a interdit les rassemblements d'hommes armés ; mais il promet l'amnistie (l'oubli) à ceux qui se rendraient et fait savoir qu'il n'est pas question d'introduire la gabelle. Le duc obtient le soutien de l'évêque de Saint-Malo ainsi que du supérieur du collège des jésuites de Quimper qui tentent de convaincre les paysans d'arrêter leur soulèvement.

août 1675

Les révoltés dirigés par Le Balp tentent de s'emparer de Morlaix, puis de Quimper. 4 000 paysans font le siège de Concarneau.

À la fin du mois, les révoltés décident d'un soulèvement général pour le début septembre. Mais entretemps le duc de Chaulnes a reçu des renforts. Louvois, le ministre de la guerre, lui envoie des soldats retirés d'Allemagne d'où, sous les ordres de Turenne, ils venaient de participer au premier ravage du Palatinat. Désormais il dispose de 6000 hommes expérimentés.

septembre 1675

Le 2 septembre Sébastien Le Balp est assassiné par le marquis de Montgaillard, qu'il avait obligé à prendre le commandement des révoltés. Privés de chef les bonnets rouges se dispersent.

La répression va pourvoir commencer.

La répression de la révolte des Bonnets rouges[modifier | modifier le wikicode]

La chapelle Saint-Philibert, à Plonéour-Lanvern (Finistère). Le clocher a été décapité en 1675 pour punir les habitants de la paroisse.

La répression contre les révoltés est sélective, afin de ne punir que ceux qui ont réellement participé et de terroriser les autres. La plupart des paroisses qui ont seulement envoyé quelques habitants sont laissées tranquilles.

Là où il y a eu des meneurs, le gouverneur exige la remise des armes aux seigneurs qui se transforment en agents auxiliaires de la répression. Il fait enlever les cloches des églises, ce qui ne permet plus d'appeler à la révolte, mais aussi perturbe la vie quotidienne et religieuse des communautés rurales. Les habitants doivent réparer ou rembourser les biens dévastés. Les habitants les plus coupables de s'être révoltés doivent être livrés à la justice.

Dans les paroisses rurales qui ont été le « moteur » de l'insurrection, les clochers des églises sont rasés (certaines églises bretonnes en portent encore aujourd'hui la marque). Une partie des habitants sont exécutés par pendaison (la mise à mort déshonorante réservée aux non-nobles) ou jugés par des tribunaux spéciaux pour être envoyés aux travaux forcés sur les galères de la marine royale.

À partir de la mi-octobre, la ville de Rennes reçoit 6 000 soldats qui vont loger chez l'habitant. Un tiers des maisons du faubourg de la rue Haute sont rasées. Les tribunaux prononcent des peines de mort et de galères. La ville doit verser une contribution de 102 000 livres pour l'entretien des troupes. Le parlement est exilé à Vannes ce qui, en plus de l'humiliation de ne plus être la capitale bretonne, prive les artisans rennais d'une partie de leurs clients les plus riches. Un intendant va désormais résider à Rennes pour y représenter directement le roi et imposer à toute la province l'application des décisions du gouvernement.

Au total, les impôts ayant provoqué la révolte sont maintenus. La Bretagne va être occupée militairement jusqu'en avril 1676. Les soldats français vont commettre de nombreuses violences contre les habitants (pillages et viols, exécution sommaire même d'enfants ...). Les États de Bretagne doivent, dès 1675 et pour les années suivantes, décider une augmentation de 15% du « don gratuit » que la Bretagne verse comme impôt au trésor royal. Pour trouver l'argent nécessaire, il faudra augmenter les taxes sur les boissons.

De cette révolte, la Bretagne sort ruinée et moins autonome.

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