Philippe III de Bourgogne

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Portrait de Philippe le Bon.

Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon, est né à Dijon le 31 juillet 1396 et mort à Bruges le 15 juin 1467. Arrière-petit-fils du roi de France Jean II le Bon, il est le petit-fils et fils des ducs de Bourgogne Philippe le Hardi et Jean sans Peur.

Il devient lui-même duc de Bourgogne le 10 septembre 1419, jour de l'assassinat de Jean sans Peur, son père, au pont de Montereau, lors d'une entrevue de réconciliation de celui-ci avec le dauphin Charles, fils du roi Charles VI et futur Charles VII. Philippe hérite ce jour-là, à 23 ans, des titres et fiefs de son père (duché et comté de Bourgogne, comtés de Flandre et d'Artois).

Philippe le Bon s'allie à Henri V d'Angleterre. Traité de Troyes (1420)[modifier | modifier le wikicode]

On est en pleine Guerre de Cent Ans. Pour venger le meurtre de son père, le jeune duc Philippe s'allie ouvertement à Henri V, roi d'Angleterre et participe à l'élaboration du désastreux traité de Troyes (21 mai 1420), qui déshérite le dauphin Charles au profit de Henri V (l'« envahisseur » anglais).

À l'occasion de cette sombre péripétie de l'histoire de France, les « villes de la Somme » (les châtellenies de Péronne, Roye et Montdidier) que Michelle de France, la première femme du duc de Bourgogne, lui a apporté en dot, sont confirmées à celui-ci par le nouveau régent (et désormais héritier du trône) de France, Henri V... lequel ne profitera pas véritablement de ses deux couronnes, puisqu'il décède prématurément le 31 août 1422, à 34 ans, deux mois avant son beau-père Charles VI. Du coup, le nouveau roi de France et d'Angleterre, c'est Henri VI, le fils de Henri V (et petit-fils de Charles VI), mais... il n'a encore qu'un an. Le duc de Bedford, frère puîné de Henri V, va donc assurer la régence du royaume de France et c'est lui qui, jusqu'à son décès en 1435, mènera, à la tête des troupes anglaises occupant la moitié Nord de la France, le combat contre les partisans « légitimistes » de Charles VII (car, huit jours après la mort de son père Charles VI, le dauphin Charles s'est lui-même proclamé roi de France, à Bourges, le 30 octobre 1422). En ces temps troublés, la France a donc deux rois : un roi reconnu à Paris : Henri VI (que supplée son oncle, Bedford) et l'autre (Charles VII) qui tient la moitié Sud de la France (l'Aquitaine exceptée) et que ses ennemis nomment, par dérision, le « roi de Bourges ».

Philippe le Bon acquiert et assemble les Pays-Bas bourguignons (1421-1456)[modifier | modifier le wikicode]

Philippe III s'est allié avec les Anglais par esprit de vengeance, mais il n'est pas vraiment à l'aise dans cette alliance... car c'est un Valois (de Bourgogne), un prince du sang français. Dans l'affrontement entre Bedford et Charles VII, il hésite et louvoie, ne sachant trop quelle ligne politique adopter. Durablement marqué par le meurtre de Montereau, mais désireux de l'oublier, comme d'échapper au spectacle affligeant d'une France déchirée, il préfère tourner ses regards vers le Nord, se comporter en chef d'État bourguignon et récolter les fruits d'une politique « lotharingienne » initiée par son père (Jean sans Peur). Les Pays-Bas, terres relevant du Saint-Empire romain et qui jouxtent ses domaines flamands, lui semblent propres à assouvir son ambition secrète : celle de constituer un vrai royaume burgundo-flamand. La France et l'Angleterre étant tout au conflit qui les oppose, l'heure lui est propice.

Par des opérations d'achat ou d'héritage que Philippe le Bon mène de main de maître, même si elles avaient été en partie anticipées et préparées par son père au moyen d'une habile politique de mariages, il acquiert successivement : les comtés de Hollande, Zélande, Hainaut, ainsi que la seigneurie de Frise (en deux temps : 1428 et 1433) ; le comté de Namur (en deux temps également : 1421 et 1429) ; enfin, les duchés de Brabant et de Limbourg (1430)... Et ce, malgré les protestations répétées mais impuissantes de Sigismond de Luxembourg, roi (et futur empereur) des Romains. En moins de quinze ans, Philippe III apparaît alors comme le « fondateur d'un État nouveau |...| qui renferme les plus grandes villes et les plus riches territoires de l'Occident1. » Il réunit en tout cas, sous sa main de fer dans un gant de velours, un ensemble de fiefs, seigneuries et évêchés satellites ou inféodés, qu'on va très vite appeler les Pays-Bas bourguignons, ou « pays de par-deçà ». Cela, en plus du berceau de la dynastie bourguignonne des Valois, à savoir les Bourgognes et leurs dépendances (Charolais, Maconnais) ou « pays de par-delà » qui, eux, forment un deuxième ensemble, malheureusement séparé du premier par un certain nombre de provinces. L'idée d'un État ducal à étendre, assembler et consolider, jusqu'à en faire un royaume indépendant entre la France et le Saint-Empire, devient l'objectif implicite de la stratégie politique bourguignonne.

Une décennie plus tard, Philippe hérite de sa tante Élisabeth de Goerlitz le duché de Luxembourg (en deux temps : janvier 1442, novembre 1443), désintéressant, en outre, Guillaume de Saxe (au moyen de cent vingt mille florins de Hongrie) des droits qu'il avait sur ces terres. Il faudra attendre le début du règne de Louis XI, pour que le nouveau roi de France concède définitivement le duché de Luxembourg à son bel oncle2.

En 1456, du fait d'excellentes relations avec le pape Calixte III, Philippe le Bon prend le contrôle de la principauté épiscopale de Liège, via la nomination comme prince-évêque de son tout jeune neveu Louis de Bourbon ; cette souveraineté de fait sur Liège permet à Philippe de réunir tous ses fiefs septentrionaux en un seul bloc et notamment ceux de Brabant, Hainaut et Namurois à ceux de Limbourg et Luxembourg, la principauté épiscopale servant, par sa position géographique, de trait d'union entre eux.

Philippe le Bon se réconcilie avec Charles VII. Traité d'Arras (1435)[modifier | modifier le wikicode]

L'épopée de Jeanne d'Arc, le sacre de Charles VII à Reims (17 juillet 1429), le réveil du sens national français et un affaiblissement progressif du pouvoir de Bedford et de la main-mise anglaise sur la moitié Nord de la France font comprendre à Philippe le Bon et à son chancelier Nicolas Rolin la nécessité d'un revirement politique de la Bourgogne en faveur de la France. Les deux parties y ayant clairement avantage, une paix franco-bourguignonne est signée au traité d'Arras (21 septembre 1435), après 45 jours de négociations initialement tripartites, mais que l'Angleterre, elle, avait définitivement rompue le 31 août.

En vertu de ce traité de paix, Charles VII offre réparation pour le meurtre de Jean sans Peur, crime qu'il désavoue formellement et en compensation duquel il cède à Philippe le Bon les comtés d'Auxerre, de Ponthieu et Boulogne, les seigneuries de Bar-sur-Seine et Luxeuil, enfin les villes de la Somme d'une importance stratégique capitale (ces villes restant possiblement rachetables par le roi, moyennant la somme considérable de 400.000 écus d'or). En outre, Philippe le Bon est exempté d'hommage à Charles VII pour ses fiefs bourguignons de mouvance française (et la durée de vie des deux contractants).

Les clauses du traité sont dures pour le roi, mais la portée politique de ce renversement des alliances (la Bourgogne renonçant à soutenir les forces anglaises d'occupation pour se ranger du côté du roi de France légitime) est telle que Charles VII et ses conseillers estiment que ça n'est pas trop cher payé.

Bedford, régent de France pour le compte de Henri VI, étant mort une semaine avant la signature du traité, la nouvelle de celui-ci n'en déchaîne pas moins une énorme colère à Londres, et moult déclarations de représailles envers l'ancien allié. Philippe le Bon ne s'en émeut guère... et ses troupes et capitaines jouent un rôle accélérateur dans la libération de Paris. Ainsi, début mai 1436, Charles VII récupère sa capitale.

La rupture avec l'Angleterre provoque quand même pas mal de turbulences en Flandre, particulièrement à Bruges et Gand. Quoi qu'il en soit, ce climat d'hostilité entre les deux anciens alliés, aussi nuisible au commerce anglais qu'au commerce belge ou hollandais, ne pouvait durer. Des pourparlers anglo-bourguignons aboutissent (septembre 1439 - février 1440). Une trêve est même signée entre la France et l'Angleterre en mai 1444, interrompant pour cinq ans la Guerre de Cent Ans.

Philippe le Bon souverain d'un quasi État Bourguignon (1435-1465)[modifier | modifier le wikicode]

Si la réconciliation, au moins politique, entre Philippe le Bon et Charles VII facilite grandement, pour ce dernier, la reconquête de son royaume sur les Anglais, le duc de Bourgogne, toujours judicieusement conseillé par son chancelier3 Nicolas Rolin, va, lui, se consacrer à l'expansion vers le Nord de la puissance bourguignonne. Pendant près de trois décennies (1435-1462), il va réunir, organiser, gérer (pacifiant au besoin : Bruges, Gand et surtout Liège), cimenter l'ensemble des Pays-Bas, avec l'idée d'en faire un royaume indépendant ("lotharingien") entre la France et le Saint-Empire, un royaume auquel s'agrégeraient tôt ou tard les Bourgognes et leurs dépendances (Charolais, Maconnais, Auxerrois, Château-Chinon).

En octobre 1456, fuyant la colère de son père Charles VII, le dauphin de France vient à Bruxelles se mettre sous la protection de son bel oncle. Philippe le Bon lui accorde l'hospitalité au château de Genappe. Le dauphin Louis y restera jusqu'à la mort de son père en juillet 1461.

La santé et les facultés intellectuelles du duc de Bourgogne déclinent avec l'âge. Louis XI, nouveau roi de France, en profite pour faire jouer la clause de rachat des villes de la Somme contenue dans le traité d'Arras et versant les 400.000 écus d'or prévus, récupère cette ligne de places-fortes stratégiques (septembre 1463), à la grande colère du comte de Charolais.

Réalisant qu'il n'est plus à la hauteur, le vieux duc confie (avril 1465) les rênes effectives du pouvoir à son fils Charles qui, en moins de six mois, regagne les villes fortes perdues. Philippe le Bon s'éteint en juin 1467, à 70 ans. La façon dont son héritier va gérer les circonstances politiques du temps est une autre histoire.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. « Si l'on songe qu'il (Philippe le Bon) avait acheté le Namurois en 1421, qu'il était tout-puissant dans l'évêché d'Utrecht, qu'il soutenait en Gueldre le duc Arnold d'Egmont contre son compétiteur Adolphe de Juliers, qu'il disposait à son gré des évêchés de Cambrai et de Tournai et menaçait ouvertement le Luxembourg ; si l'on considère que, sûr du consentement de ses nouveaux sujets dans les régions qu'il venait de s'annexer, il n'avait à craindre aucun rival et qu'enfin, échappant tout à la fois à la suzeraineté du roi de France, contre lequel il soutenait une guerre victorieuse, et à celle du roi des Romains qui, en revendiquant pour l'Empire le Brabant, le Hainaut, la Hollande, la Zélande et la Frise, l'obligeait à y prendre les allures d'un prince indépendant, on comprendra sans peine de quel ascendant jouit dès lors ce fondateur d'un État nouveau créé en moins de quinze ans et qui renfermait les plus grandes villes et les plus riches territoires de l'Occident. » Pirenne, Histoire de Belgique, 1948, vol. II, p.227
  2. La première femme de Philippe le Bon était Michelle de France, une tante de Louis XI. Le duc Philippe était donc le bel oncle du roi de France.
  3. Le "premier ministre" de Philippe le Bon, en somme. Nicolas Rolin fut chancelier de Bourgogne durant près de quarante ans (de déc. 1422 à sa mort en janv. 1462).

Sources[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, Albin Michel, 1949
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