Ottoniens

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Les Ottoniens sont une dynastie allemande du Moyen Âge qui tire son nom d'Otton Ier, fondateur du Saint Empire Romain Germanique en 962. Les Ottoniens sont restés sur le trône du Saint-Empire jusqu'en 1024, avec quatre empereurs successifs. Tous s'appelaient Otton, sauf le dernier, Henri II du Saint-Empire.

Après la mort d'Henri II, les Ottoniens ont été remplacés sur le trône impérial par la dynastie franconienne.

Otton Ier[modifier | modifier le wikicode]

Otton Ier, dit « Otton le Grand », est né en 912 en Saxe, dans le nord de l'Allemagne actuelle. Son père Henri Ier, surnommé « Henri l'Oiseleur », était duc de Saxe et roi de Germanie depuis 919.

Otton monte sur le trône en 936, à la mort de son père. Il est couronné à Aix-la-Chapelle, mais doit rapidement affronter une révolte dirigée par son frère Henri, aidé par le roi de France Louis IV d'Outremer. Il écrase l'armée des révoltés au cours d'une bataille sanglante à Andernach, au bord du Rhin, en 939.

En 951, Otton lance une expédition en Italie, où l'héritière du trône, la belle Adélaïde de Bourgogne, a été emprisonnée par un usurpateur, Bérenger II. Il prend la ville de Pavie, soumet Bérenger et épouse Adélaïde. Ils sont couronnés roi et reine d'Italie en octobre 951 (ils auront quatre enfants).

Bataille du Lechfeld (manuscrit du XIIIe siècle).

L'Allemagne, comme le reste de l'Europe, était menacée par les expéditions de pillage des nomades hongrois. En août 955, ceux-ci attaquent la Bavière et menacent la ville d'Augsbourg. Le 10 août, l'armée d'Otton venue à son secours bat les Hongrois à la Bataille du Lechfeld. À l'automne, il bat aussi les Slaves. Ces victoires renforcent la Germanie vers l'est et mettent fin aux grandes invasions.

En 960, Bérenger II se révolte et attaque le pape Jean XII, qui appelle Otton à son aide. Celui-ci retourne donc en Italie à la tête d'une puissante armée. Béranger refusant l'affrontement, Otton entre à Rome le 31 janvier 962. Il fait le serment de reconnaître le pape comme maître absolu de la ville et de le défendre autant qu'il le peut. Reconnaissant, Jean XII le couronne empereur le 3 février : c'est la naissance du Saint Empire romain germanique.

Organisation de l'Empire[modifier | modifier le wikicode]

Comme l’empire de Charlemagne, le Saint Empire était divisé en fiefs. Ceux situés aux frontières étaient des margraviats, dirigés par des marquis ; les fiefs intérieurs étaient soit des comtés (dirigés par un comte), soit des duchés (dirigés par un duc). Ces fiefs étaient héréditaires et il n’y avait pas de missi dominici pour les surveiller. L'empereur pouvait cependant nommer ou destituer leur détenteur si celui-ci agissait mal ou modifiait à sa guise les frontières de son fief.

Le titre d’empereur n’était pas vraiment héréditaire : l'empereur vivant nommait un roi des romains qui lui succédait à sa mort. Le roi des romains pouvait être le fils de l’empereur : Otton Ier donna cette charge à son fils Otton II, âgé de 6 ans.

L’empereur gouvernait avec une diète : il s'agissait d'une sorte de Parlement formé des représentants des princes allemands, et qui était présidé par l’empereur et l’archevêque de Mayence, qui avait le poste d’archichancelier. L'empereur était aussi le chef des armées.

Otton contre Jean[modifier | modifier le wikicode]

Le contrôle d'Otton Ier sur les évêques allemands gêne le pape Jean XII qui complote contre lui. Quand le complot est découvert, Jean XII s’enfuit (963). Otton organise un synode au cours de laquelle Jean XII est déposé et accusé de sacrilège, d’homosexualité (interdite au Moyen-âge), de meurtre, d’adultère et d’inceste en même temps. Otton lui nomme pour successeur un laïc, Léon VIII, et fait jurer aux cardinaux qu’ils ne nommeront plus de pape sans prévenir l'empereur.

Une fois l’empereur reparti, les fidèles de Jean XII remettent leur maître sur le trône papal. Léon VIII est excommunié et les cardinaux qui l'avaient élu torturés. Otton se prépare à retourner à Rome, mais la mort de Jean XII le 14 mai 964 règle la question. Les rapports avec la papauté se sont ensuite apaisés, Otton faisant même pendre des nobles révoltés contre le pape Jean XIII, successeur de Léon VIII.

Fin de règne[modifier | modifier le wikicode]

Otton Ier fonde l'archevêché de Magdebourg (manuscrit du XIIIe siècle).

En 968, Otton Ier fonde l'archevêché de Magdebourg pour faciliter la conversion au christianisme des peuples slaves de l'Elbe. Il envoie un ambassadeur à Cordoue, dans l'Espagne musulmane. Il envoie aussi un ambassadeur à Byzance pour demander à l'empereur Nicéphore II Phocas la main d'une princesse pour son fils. Cette demande ayant été refusée, le fils d'Otton envoie son armée ravager la Lucanie byzantine, dans le sud de l'Italie. Le successeur de Nicéphore Phocas lui accorde alors une princesse byzantine, Théophano, qu'il épouse en 972.

Otton Ier meurt en 973, à 61 ans. Il est enterré dans la cathédrale de Magdebourg.

Otton II[modifier | modifier le wikicode]

Minorité[modifier | modifier le wikicode]

Otton II et Théophano couronnés par Jésus-Christ (plaque d'ivoire, vers 982).

Otton II, dit le Roux ou le Sanguinaire, est né en 955. Nommé roi de Germanie en 961, il est devenu empereur associé à son père en 967, et roi de Germanie à la mort de celui-ci, en 973.

Sa mère Adélaïde de Bourgogne a d'abord dirigé l’empire, car il était trop peu expérimenté, mais après quelque temps Otton l'a obligé à se retirer en Bourgogne (le frère d'Adélaïde, Conrad, était roi de Bourgogne). Cependant, une guerre civile a commencé après son départ, et il a été obligé de la rappeler.

Otton eut d'abord à lutter contre un de ses cousins, le duc de Bavière Henri II surnommé le Querelleur, qui voulait annexer le duché de Souabe à la mort de son duc, Bouchard III. Otton s’y opposa, car cela aurait rendu la Bavière trop puissante (elle s'étendait déjà au sud jusqu'à la mer Adriatique). Henri se soulève donc contre son cousin, aidé par le duc Mieszko Ier de Pologne, le roi du Danemark Harald Ier et le duc de Bohème Boleslav II.

En 974, Otton attaque le Danemark, qu'il oblige à demander la paix, puis il emprisonne Henri II en 976 et divise la Bavière : il en sépare la partie est, l'« Ostarrichi » (d'où le nom actuel de l'Autriche).

Politique française[modifier | modifier le wikicode]

En 977, l’empereur Otton II accueille son cousin, Charles, chassé par son frère aîné, le roi Lothaire des Francs. Charles jure fidélité à Otton, lui promettant de le faire roi des Francs : en récompense, il obtient le duché de Basse-Lotharingie (correspondant à tout le nord-est de la France actuelle, plus une partie de l'Allemagne et le Luxembourg). Lothaire lance alors une expédition contre Aix-la-Chapelle, où il manque de capturer la famille impériale.

En représailles, Otton envahit alors le royaume des Francs avec une armée de 60 000 hommes. Ravageant les régions du Nord de la France, il assiège Paris, défendue par Hugues Capet, alors Premier ministre et duc de France. Lothaire s'enfuit à Étampes, mais l'armée d'Otton souffre d'épidémies et doit battre en retraite.

Craignant l'ambition d'Hugues Capet, Lothaire décide de mettre fin à la guerre en reconnaissant la Lorraine comme étant propriété allemande (980). Hugues Capet, craignant pour sa part de se retrouver isolé, va passer les fêtes de Pâques à Rome avec Otton. La guerre aura surtout profité aux évêques de Cologne, Trèves, Liège et Metz, qui se sont emparé de terres dépendantes de la Lorraine.

Politique italienne[modifier | modifier le wikicode]

Otton II peut alors s’occuper de l’Italie, où Rome est en proie aux troubles : la puissante famille Crescentius avait même fait étrangler un pape. Arrivé en 980, Otton entre à Rome en 981, chasse le pape Boniface VII et le remplace par Benoît VII. Jugeant les nobles romains trop peu soumis à son autorité, l’empereur les invite à un banquet où il les fait poignarder. Cet acte a horrifié les romains qui l'ont surnommé « le Sanguinaire ».

Otton s'engage alors dans la conquête du sud de l'Italie (sur laquelle il n'a aucun droit). D'abord victorieux (prise de Naples), il est vaincu le 13 juillet 982 à la bataille du cap Colonne par une armée musulmane appelée en renfort par les Byzantins. Selon les chroniques, il doit même s’enfuir à la nage. Apprenant la nouvelle, des slaves y voient un affaiblissement de l’Empire et se lancent dans une guerre d’indépendance, les Danois attaquent les margraviats du nord et les Bohémiens ceux de l’Ouest.

Otton II meurt de maladie à Rome en 983. Son dernier geste est de nommer son fils de 3 ans, Otton, roi des romains.

Otton III entre aide et conflit au Vatican[modifier | modifier le wikicode]

Couronnement d'Otton III (manuscrit du XIe siècle).

À la mort de son père, l'empereur Otton III n'a que trois ans. Henri le Querelleur réussit à l’emprisonner et réclame le trône impérial. Mais l’archevêque de Mayence refuse et impose la régence de sa mère Théophano. Celle-ci morte en 991, sa grand-mère Adélaïde de Bourgogne la remplace comme régente.

Otton III, devenu majeur en 995, marche sur Rome où il bat les partisans des Crescentius et nomme un de ses confesseurs pape sous le nom de Grégoire V (c'est le premier pape allemand). Celui-ci le couronne empereur le 21 mai 996 et Otton décide de faire de la ville la capitale de son empire.

En 997, pendant qu'Otton combat les Slaves de l'Elbe, Crescentius chasse Grégoire V et nomme à sa place un antipape, Jean XVI. À son retour en 998, Jean XVI s'enfuit, mais il est capturé et cruellement mutilé. Crescentius, barricadé dans le château Saint-Ange, est lui aussi capturé et décapité. En 999, à la mort de Grégoire V, Otton choisit pour lui succéder son précepteur Gerbert d'Aurillac, sous le nom de Sylvestre II (c'est le premier pape franc).

Durant son règne, l’empereur a fait embellir Rome, qu'il a pourvu d'une milice (d'une police) et où il s'est fait construire un palais sur le Mont Palatin. Défenseur du christianisme, c'est en partie grâce à lui que la Hongrie et la Pologne furent évangélisées.

Il meurt de la malaria le 23 janvier 1002, à seulement 22 ans, et sans enfants. Sa mort est tenue secrète, l'armée quittant l'Italie avec son corps pour l'enterrer à Aix-la-Chapelle.

Henri II, le dernier ottonien[modifier | modifier le wikicode]

Henri II et sa femme Cunégonde de Luxembourg (Chronique de Nuremberg, 1483).
Détail de la tombe d'Henri II dans la Cathédrale de Bamberg

Henri II, dit le Boiteux ou le Pieux, est né en 972. Il est le fils d'Henri le Querelleur et d'une princesse de Bourgogne. Nommé duc de Bavière en 995 (sous le nom d'Henri V de Bavière), il a été fait roi des Romains en 1001 par son cousin Otton III. Il devient empereur à la mort de celui-ci en 1002.

Il doit d'abord vaincre un usurpateur, Arduin d'Ivrée, qui s'est proclamé roi d'Italie. En 1004, il se fait couronner lui-même roi d'Italie, mais il doit quitter le pays pour affronter le duc Boleslas Ier de Pologne. Celui-ci avait attaqué la Bohème et pris Prague en 1003. Henri II le chasse de Hongrie et la paix est signée en 1005, mais la guerre reprend en 1007. Lors d'autres tentatives contre les Polonais, Henri s'allie avec les Lituaniens, un peuple encore païen à l'époque. Un nouveau traité de paix est signé en 1018.

En 1006, Henri a fait fermer le dernier marché d'esclaves de l'Empire, qui se trouvait au nord-est de l'Allemagne actuelle, dans le Mecklenbourg.

En 1013, il s'est à nouveau rendu en Italie, où il a été couronné empereur à Rome le 14 février 1014 par le pape Benoît VIII. Comme ses prédécesseurs, il veut intervenir dans l'Église, mais il ne la contrôle pas, il la sert. En 1022, à la demande du pape Benoît VIII, il se lance dans une dernière campagne en Italie. Il meurt soudain en 1024, sans enfant.

Réputé pour sa piété, sa gentillesse et sa sympathie pour les moines, il est canonisé en 1146 par le pape Eugène III.

Avec lui se termine la dynastie des Ottoniens, remplacée sur le trône impérial par la dynastie franconienne.

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