Ordre moral

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En France, l'Ordre moral est le nom donné à la politique conservatrice et favorable à une « reprise en main » de la société par l'Église catholique menée par la majorité unissant les députés de différentes tendances royalistes de l'Assemblée nationale élue en février 1871. Elle se manifeste surtout entre 1873 , après la démission d'Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire et 1876 avec le succès des partis républicains aux élections législatives. Pendant cette période, le duc Albert de Broglie est le chef du gouvernement et le maréchal Patrice de Mac-Mahon est président de la République.

La France du début des années 1870[modifier | modifier le wikicode]

Début 1871, à la suite de l'effondrement militaire (capitulation de Napoléon III à Sedan le 2 septembre 1870) et pendant l'automne 1870 et l'hiver 1871 l'échec des armées créées en catastrophe par les autorités républicaines qui avaient pris le relais du pouvoir impérial), le nord et l'Est du pays sont occupés. Paris est assiégé par les armées allemandes depuis le 19 septembre.

Les monarchistes dirigent une République que beaucoup considèrent comme provisoire[modifier | modifier le wikicode]

Caricature d'Albert de Broglie, un des chefs du camp royaliste. parue dans la revue Touchatout.1872

Afin de traiter des conditions de paix avec les Allemands, le 8 février 1871 les Français élisent, une assemblée nationale au suffrage universel masculin. Très habitués pendant les dix-huit-années du Second Empire à élire des candidats désignés par le pouvoir bonapartiste, les électeurs votent pour des notables de tendance monarchiste mais qui promettent une paix rapide et une réduction du temps du service militaire obligatoire (permettant un retour plus rapide des jeunes gens dans leurs familles). La France rurale, très majoritaire à l'époque (près des deux-tiers des habitants en 1876), refuse aussi de suivre les républicains qui ne sont bien implantés que dans les grandes villes et surtout à Paris, républicains qui apparaissent comme les partisans de la guerre. De mars à mai 1871, le soulèvement révolutionnaire de la Commune de Paris, effraie les propriétaires qui voient dans les insurgés (républicains, socialistes, syndicalistes … ) de dangereux « partageux » qui veulent modifier la répartition de la propriété des terres. À Paris les communards prennent des mesures sociétales qui heurtent les Français qui sont encore profondément attachés à la famille et à la religion catholique. Les députés nouvellement élus se répartissent entre 400 royalistes, 200 républicains (surtout des modérés) et 30 bonapartistes.

La grande influence de l'Église catholique[modifier | modifier le wikicode]

Pour les milieux catholiques, la défaite militaire de la France face à l'Allemagne est liée aux idées anti-religieuses et contestatrices de l'ordre traditionnel établi de tous temps, idées véhiculées par l'esprit des Lumières qui triomphent depuis la Révolution française. La punition divine est aussi une condamnation de la politique italienne de Napoléon III qui en favorisant l'unification de l'Italie a provoqué la réduction spatiale puis la disparition des États pontificaux en 1871. L'Église catholique est très influente en France. Le concordat de 1801 lui a permis d'imposer le catholicisme comme la « religion principale des Français », tout en fournissant un emploi de fonctionnaire à nombre d'enfants de petit-bourgeois ou de paysans. Elle dirige les idées de l'aristocratie encore très importante et des paysans, surtout dans la France de l'Ouest, du Nord, dans le sud du Massif Central et le Sud-Ouest. Les prêtres et les religieuses sont extrêmement nombreux, souvent plus qu'avant 1789. L'Église catholique est très présente dans l'enseignement élémentaire et secondaire où exercent 3000 frères et 15 000 religieuses, 45 % des écoliers sont scolarisés dans l'enseignement congréganiste (c'est-à-dire tenu par les catholiques). Seul l'enseignement supérieur lui échappe car il reste un monopole de l'État.

La plupart des Français restent chrétiens (même si la pratique religieuse s'amenuise dans certaines régions et dans le monde ouvrier). Au cours du XIXe siècle, la dévotion fait des progrès. Le culte de la Vierge et celui du Saint-Sacrement prennent de l'ampleur (en 1854, le pape Pie IX décrète le dogme de l'"Immaculée Conception"). Les consécrations au "Sacré Cœur" (sous-entendu de Jésus) se multiplient afin d'affirmer le règne du Christ sur la société. Les apparitions de la Vierge sont fréquentes (comme celles le Lourdes en 1858). Les pèlerinages se développent facilités par l'extension du réseau de chemin de fer.

Le renforcement progressif du camp républicain[modifier | modifier le wikicode]

Des chefs républicains, Jules Grévy (à gauche) et Léon Gambetta (à droite) au chevet de Mac-Mahon (dans le lit avec un prêtre et un notable). Caricature sur le 16 mai 1876

Les partisans d'un retour à la monarchie et de l'influence de la religion, sont inquiets du renforcement progressif camp des Républicains. Les chefs républicains tentent de conquérir le monde rural. Ils n'ont pas soutenu la Commune, voire pour certains d'entre eux ils ont participé à la détruire. Ils rassurent les paysans en repoussant toutes idées d'atteinte à la propriété et sont favorable au maintien de l'ordre. Ils jouent sur la peur d'un retour à la monarchie qui permettrait de rétablir les droits féodaux abolis par la Révolution.

Les élections législatives partielles de juillet 1871, organisées dans 46 départements 1 (soit plus de la moitié du territoire) révèlent les progrès des idées républicaines dans l'opinion. Une grande partie des républicains veulent réduire l'influence de l'Église catholique sur l'État et dans la politique. Ils reprochent le soutien constant que les autorités religieuses ont apporté à l'Empire. Les républicains attachés à la liberté des opinions sont opposés aux positions officielles de la papauté 2 qui condamnent la liberté de conscience et de culte, qui nient la souveraineté du peuple en lui refusant le droit de décider des lois autorisant cette liberté voire permettant l'indifférence religieuse.

Le gouvernement de l'Ordre moral[modifier | modifier le wikicode]

La basilique du Sacré Cœur de Montmartre. Le symbole de l'Ordre moral

Le gouvernement de l'Ordre moral commence dès la chute de Thiers (24 mai 1873). L'assemblée élit un nouveau chef de l'État, le maréchal de Mac-Mahon. Le gouvernement quant à lui est dirigé par le duc Albert de Broglie , un centriste de tendance monarchiste orléaniste (c'est-à-dire nostalgique de la monarchie de juillet).

Dès le 24 mai tout est fait pour installer l'Ordre moral et redonner sa place primordiale à la religion catholique. Du 27 au 28 mai une cinquantaine de députés font le pèlerinage à Notre-Dame de Chartes, haut-lieu du culte marial et le 20 juin des députés se « vouent » à la Vierge. D'autres se montrent bruyamment à Lourdes, à Paray-le-Monial, autres lieux du culte marial. Le 24 juillet 1873, l'assemblée vote une loi autorisant l'édification d'une nouvelle basilique à Paris sur la butte Montmartre (lieu symbolique du commencement de la Commune de Paris, dont il faut expier la faute sociale et spirituelle), c'est la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

La vie politique est surveillée, les tribunaux font fermer les cabarets qui osent ouvrir le dimanche (jour qui doit être consacré au service religieux) et qui sont les lieux de réunion des partis républicains. Le mot République disparaît des actes officiels (où il avait introduit dès le 4 septembre 1870). La célébration de la fête nationale du 14 juillet est interdite.

L'administration est « reprise en mains ». Des juges, des maires considérés comme trop favorables aux idées républicaines sont déplacés, voire démis de leurs fonctions (alors que les maires des villes sont élus depuis 1871, du moins dans les petites et moyennes villes) dès janvier 1874. Ils sont remplacés par des partisans de l'Ordre moral.

En septembre 1873, dans l'attente d'une prochaine restauration de la monarchie, l'assemblée vote la loi du septennat qui porte à sept années la durée du mandat présidentiel de Mac-Mahon.

En 1875, l'assemblée autorise l'Église catholique à créer des établissements d'enseignement supérieur qui peuvent alors concurrencer l'Université qui reste aux mains des laïcs.

Fin du gouvernement de l'Ordre moral[modifier | modifier le wikicode]

En mai 1874, de Broglie ne parvient pas à faire voter une loi créant un Grand Conseil (sorte d'assemblée des Notables). Il démissionne. Ses successeurs tentent de continuer son action.

En décembre 1874, les résultat des élections municipales confirment que les Français deviennent progressivement des Républicains.

En février 1875, à une voix de majorité l'assemblée décide que le président de la République est élu par le Sénat et la Chambre des députés. Le mot République réapparait dans un texte à valeur constitutionnelle.

Aux élections législatives de février 1876, le succès des Républicains est total. Ils disposent de 340 élus contre 150 monarchistes (mais le Sénat est dominé par les monarchistes).

En mai 1877, Mac-Mahon entre alors en conflit avec Jules Simon, le chef du gouvernement qu'il contraint à la démission. Il nomme un nouveau gouvernement De Broglie pris en dehors de la majorité parlementaire. Celui-ci n'obtient pas la confiance des députés. Il faut dissoudre la chambre des députés procéder à de nouvelle élections. Les républicains obtiennent 327 députés, les monarchistes 208. Mac-Mahon doit renoncer à la politique d'ordre moral et forme un gouvernement avec des républicains. Il démissionne en janvier 1879 et est aussitôt remplacé par le républicain Jules Grévy.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Crise du 16 mai 1877.
Article à lire Article à lire : Débuts de la Troisième République

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. En février 1871, de nombreux députés avaient été élus en même temps dans plusieurs départements. Depuis ils ont dû choisir leur département de rattachement et il faut alors élire des remplaçants pour occuper les postes laissés vacants
  2. L'encyclique Quanta Cura et le Syllabus, décrétés par le pape Pie IX en 1864, définissent les position de l'Église catholique sur la liberté de conscience et condamnent aussi le matérialisme, le socialisme, le positivisme. Les recherches critiques et historiques sur les textes sacrés sont également réprouvées quand elles sont faites avec un esprit jugé hostile à l'Église
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