Massacres de septembre 1792

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Massacres à la prison du Grand Châtelet à Paris en septembre 1792

On appelle massacres de septembre un ensemble d’exécutions sommaires qui se sont déroulées du 2 au 6 ou au 7 septembre 1792 dans les prisons parisiennes. Les assassins sont plusieurs centaines de Parisiens dont les actions sont tolérées par le reste de la population et que les autorités légales submergées par la violence populaire laissent faire sinon encouragent tels certains leaders comme Hébert ou Marat. Selon les historiens, le nombre de victimes, surtout des prêtres réfractaires et des nobles mais aussi quelques emprisonnés de droits communs seraient compris entre 1100 et 1400.

Des massacres semblables ont également eu lieu à peu près au même moment à Orléans, à Meaux, Lyon à Reims ou à Versailles.

Les raisons de ces massacres sont multiples et sont très discutées entre les historiens. Alors que les villes-forteresses de l'Est sont assiégées ou capitulent les unes après les autres, ces massacres traduisent la peur des partisans de la Révolution (les patriotes) qui craignent le succès de l'invasion austro-prussienne qui menace Paris et la répression sanglante annoncée par l'ennemi dès la fin juillet.

Les patriotes sont également inquiets des désertions opérées par les officiers (pour la plupart des nobles) après la suspension et l'arrestation du roi Louis XVI le 10 août 1792. Les prisons parisiennes regorgent de suspects arrêtés pour leurs attitudes défavorables à la Révolution (en particulier les prêtres réfractaires qui refusent la Constitution civile du clergé après sa condamnation par le pape Pie VI).

Pour faire face à l'invasion étrangère et renforcer l'armée française qui faiblit, les autorités révolutionnaires de Paris ont décrété la formation d'une armée de volontaires recrutés parmi les Parisiens et dans les départements limitrophes. Ces volontaires avant de partir ne veulent pas laisser derrière eux des contre-révolutionnaires emprisonnés qui pourraient être libérés et attaquer les familles des patriotes.

Une situation militaire inquiétante[modifier | modifier le wikicode]

Dès que les Austro-Prussiens connaissent l'arrestation du roi le 10 août, ils reprennent l'invasion de la France. L'armée française est désorganisée par la désertion des officiers qui refusent de servir une France sans roi et qui vont renforcer l'armée des émigrés qui combat aux côtés des ennemis de la Révolution. Dès le 19 août, le général La Fayette commandant l'armée du Nord a déserté après avoir tenté vainement de faire marcher son armée contre Paris.

Les places fortes de la frontière Est sont visées par l’avancée prussienne : le 23 août Longwy capitule sans résister ; Verdun est assiégée et capitule le 29, laissant sans défense la route de Paris ; Thionville est dans la même situation. Sur le front Nord Lille est bombardée par les Autrichiens.

Depuis le 1er août, les Parisiens connaissent le sort que leur réservent les Austro-Prussiens en cas de victoire. Ils passeront les autorités et les habitants par les armes et détruiront une partie de la ville. Dans la seconde quinzaine d'août, la situation militaire apparaît tellement inquiétante que le ministre de l'Intérieur le girondin Roland, sur la suggestion des militaires envisage de transporter le gouvernement sur les bords de la Loire (il s'agit aussi de le soustraire aux pressions souvent physiques des clubs politiques et des sections parisiennes peu favorables aux Girondins).

Depuis la mi-août, des soulèvements contre-révolutionnaires, d'origine spontanée mais quelquefois encouragés par des nobles, ont lieu dans l'Ouest à Laval, en Bretagne, en Vendée, en Dauphiné à l'occasion de la sélection des jeunes gens volontaires pour combattre les Austro-Prussiens.

Rivalités entre les autorités révolutionnaires[modifier | modifier le wikicode]

Danton en 1792. L'homme fort du Conseil exécutif.

En attendant l'arrivée à Paris des députés élus pendant l'été pour siéger dans une nouvelle assemblée constituante l'ancienne assemblée, la Législative, siégeait encore et expédiait les affaires courantes. Elle avait nommé un conseil exécutif chargé provisoirement du gouvernement. Parmi les ministres se trouvaient Georges Danton, un montagnard modéré, à la Justice et Roland, un girondin, à l'Intérieur.

À côté de ces autorités légales, la Commune de Paris, organisatrice de la journée révolutionnaire du 10 août, représentait les sans-culottes (les Parisiens les plus révolutionnaires). Elle avait imposé à l'assemblée la création d'un tribunal criminel (dit du 17 août) chargé de juger les royalistes qui en défendant le roi le 10 août avaient fait plus de 200 victimes du côté sans-culottes. Mais ce tribunal, respectueux des règles de droit, agissait trop lentement aux yeux des patriotes, le 26 août il n'avait prononcé que trois condamnations à mort et avait libéré des suspects faute de preuves. La cour de justice chargée de juger les ministres de Luis XVI installée à Orléans venait d'acquitter le ministre Montmorin. Les sans-culottes avaient l'impression que la punition des contre-révolutionnaires n'étaient pas une priorité des autorités.

Le 30 août, les députés girondins, qui dominaient l'assemblée législative, demandent la dissolution de la Commune de Paris. Ils proposent également que le gouvernement soit transféré sur les bords de la Loire. Ces propositions confirment l'idée les Parisiens que les autorités les abandonnent aux coups de l'ennemi intérieur et extérieur.

Les esprits sous tension[modifier | modifier le wikicode]

Pour faire face à cette accumulation de mauvaises nouvelles et galvaniser la population, le 27 août une grandiose cérémonie est organisée dans les jardins des Tuileries pour commémorer le souvenir des morts pour la Révolution, c'est à dire les victimes des journées de Nîmes (juin 1790), de Nancy (août 1790), du Champs-de Mars du 17 juillet 1791, de Provence ou de Marseille, sans compter celles du 10 août. Les députés de l'assemblée, les membres de la Commune de Paris, les fédérés venus des différents départements pour célébrer l'anniversaire du 14 juillet et les engagés volontaires répondant à la proclamation de la Patrie en danger, lancée par l'assemblée le 17 juillet, y assistent. Tous communient dans le même élan patriotique.

La presse et les affiches placardées sur les murs de la capitale participent à la mobilisation des esprits. Le 1er septembre, le journal Le Moniteur publie une lettre venue d'Allemagne révélant les plans d’anéantissement de Paris envisagés par les Austro-Prussiens. Nouvelle reprise le lendemain par les autres journaux. Depuis des semaines Marat dans son journal L'Ami du peuple appelle à la destruction des adversaires intérieurs et à la purge des prisons. Ses idées de tueries sont reprises et amplifiées par d'autres journaux parisiens. Même les journaux girondins tiennent les mêmes propos et appellent à l'élimination des ennemis de l'intérieur.

Le 25 août Danton, alors ministre, assure que « sans les traitres ( les ennemis intérieurs) les combats seraient bientôt finis ». Le 27 août Roland, lui aussi ministre, envoie une circulaire où il affirme que «  Toute mesure préservatrice est bonne dans la crise extrême des dangers  ». À peine déguisés c'étaient des appels à la répressions des contre-révolutionnaires.

Le remplissage des prisons parisiennes[modifier | modifier le wikicode]

Depuis la chute de la monarchie le 10 août 1792, les prisons parisiennes sont remplies de religieux qui pour la plupart sont considérés comme des contre-révolutionnaires puisqu'ils ont refusé le prêter le serment civique exigé de tous les fonctionnaires (ce qu'ils étaient en raison de la Constitution civile du clergé). La mesure qui frappe ces prêtres réfractaires avait été prise en novembre 1791, mais n'avait pu être appliquée car le roi Louis XVI avait opposé son veto à cette décision de l'assemblée législative. La suspension du roi le 10 août écartait l'opposition. Une mesure identique est votée le 27 mai 1792, mais là encore le roi oppose son veto (ce sera d'ailleurs une des raisons de la journée du 20 juin 1792. Aussi le 26 août 1792, les prêtres insermentés purent être arrêtés pour être déportés. Mais à Paris on se contenta de les emprisonner.

Le 28 un décret autorise les municipalités à effectuer des visites au domicile des suspects pour y rechercher des armes cachées. À Paris du 29 août au soir jusqu'au 31 au soir, les portes de la ville furent fermées afin de restreindre les tentatives de fuite. Près de 3 000 arrestations eurent lieu alors. Cependant nombres d'arrêtés sont immédiatement relâchés. Le 2 septembre il y avaient environ 2800 prisonniers dans les 9 prisons parisiennes dont près d'un millier de personnes arrêtées depuis le 10 août.

Les massacres[modifier | modifier le wikicode]

Les massacres commencent le 2 septembre à la prison de l'Abbaye.

La prison de l'Abbaye en 1793

Prison de l'Abbaye[modifier | modifier le wikicode]

Vers 14 heures a lieu le transfert de 24 prêtres jusque là incarcérés aux couvent des Carmes. À leur arrivée ils sont pris à partie par la foule. Dix-neuf prêtres sont jugés sommairement puis exécutés, mais cinq autres sont acquittés.

Dans la matinée du 3 , le massacre s’arrête définitivement. Sur environ 238 internés, il y a entre 139 et 179 victimes

À la prison de l'Abbaye, les septembriseurs (les massacreurs), avant de tuer commençaient par dépouiller leurs victimes de leurs portefeuilles, montres, bagues, diamants, assignats et se les appropriaient.

Prison des Carmes[modifier | modifier le wikicode]

Cette prison contient 150 prêtres réfractaires. Le 2 septembre entre 16 et 18 heures 115 prêtres sont massacrés dans les jardins du couvent.

Conciergerie[modifier | modifier le wikicode]

Les massacres commencent vers 20 heures le 2 septembre et se poursuivent pendant la nuit.

Prison de la Force[modifier | modifier le wikicode]

Dans la nuit du 2 au 3 septembre, commencent les massacres après avoir jugé sommairement les internés . La victime la plus célèbre est la princesse de Lamballe, amie intime de ex-reine Marie-Antoinette.

Le soir du 4, le tribunal improvisé de la Force est le seul qui fonctionne encore (jusqu'au soir du 6 septembre). Sur un total de 408 prisonniers, 161 à 169 y sont exécutés,

Prison de Saint Firmin[modifier | modifier le wikicode]

Environ 75 prisonniers sont massacrés (soit 80% des détenus) , le 3 septembre au matin

Prison de Bicêtre[modifier | modifier le wikicode]

Dès la journée du 2 septembre une rumeur fait état qu'à la prison de Bicêtre, on aurait trouvé des armes en grande quantité, armes qui seraient destinées à un complot des prisons. Dans l'après-midi du lundi 3 septembre, les massacreurs protégés par de 1 500 à 2 000 sectionnaires (membres des sections parisiennes) disposant de canons s'introduisent dans la prison. Ils cessent leurs activités la nuit venue, mais reprennent le lendemain jusqu'à environ 15 heures.

Il y avait environ 410 détenus on compta entre 162 et 172 victimes

Massacres à la prison de la Salpêtrière, le 3 septembre 1792

La Salpêtrière[modifier | modifier le wikicode]

Le 3 septembre environ 250 hommes armés pénètrent dans la Salpêtrière, (lieu d'internement pour les femmes) ; ils en libèrent 186. L'établissement est évacué après l'intervention de gardes nationaux arrivés vers 19 heures.

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