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Littérature slovaque

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Ján Kollár (1793-1852), écrivain, poète, archéologue et homme politique slovaque.

La littérature slovaque constitue l'ensemble de la production littéraire écrite en langue slovaque, langue slave parlée en Slovaquie.

La production littéraire slovaque a toujours été profondément liée aux circonstances historiques du pays, et, malgré sa diversité, elle reste peu connue en Europe de l'Ouest.

Une simple tradition orale…[modifier | modifier le wikicode]

Originellement, la langue slovaque, qui n'existait pas sous la forme écrite, n'est l'objet que d'une tradition orale : les circonstances historiques en sont principalement à l'origine. Le royaume de Bohême-Moravie, fondé vers 830, et regroupant les actuelles République tchèque, Slovaquie et Pologne méridionale, territoires de culture slave, aurait pu stimuler un élan littéraire slovaque, mais l'État est fréquemment la proie d'envahisseurs, en particulier des Magyars (Hongrois) : la Bohême-Moravie est finalement dissoute au début du Xe siècle et la Slovaquie est rattachée au royaume de Hongrie. Victimes de la domination tyrannique hongroise, défavorisés ethniquement, les Slovaques ne développent pas de littérature propre à eux, la langue littéraire étant le latin. Cependant, symbole de l'opposition à l'autorité féodale hongroise, une littérature orale riche s'est formée, en particulier quelques légendes au XIe siècle sur les saints Svorad et Benadik. La famille royale de Luxembourg, qui dirigeait déjà la Bohême (actuelle République tchèque) depuis 1310, obtint le trône de Hongrie en 1385 sans fusionner les deux pays, mais une interaction culturelle se produisit de façon à ce que le tchèque remplace le latin en tant que langue littéraire.

…qui se transforme en une langue écrite émergente[modifier | modifier le wikicode]

En 1526, le territoire slovaque intègre l'Empire d'Autriche des Habsbourg au détriment de la Hongrie. Le pays connaît alors un essor culturel pas immédiat mais progressif, malgré la poursuite d'une oppression même exacerbée, autrichienne cette fois-ci. Au XVIIe siècle, des expressions commencent à faire leur entrée dans la poésie, notamment religieuse, et les littératures orale et écrite (en tchèque) deviennent indissociables .

Mais il faut attendre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle pour voir naître la littérature slovaque écrite. Les mots slovaques s'étaient déjà auparavant peu à peu répandus dans les textes, écrits par calquage sur la langue tchèque très proche, mais l'orthographe et les règles grammaticales n'étaient pas fixées. Finalement, en 1790, le prêtre Anton Bernolak (1762-1813) publie la première grammaire slovaque (Dissertatio philologico critica de litteris Slavorum) : il y établit le slovaque écrit, en caractères latins, en se fondant sur le dialecte de la région de Trnava, dans l'ouest de la Slovaquie. Bernolak forme en 1792 la "Société slovaque d'érudits", groupe d'intellectuels slovaques, et rédige aussi un Dictionnaire slovaque-tchèque-latin-allemand-magyar (1825-1827), publié après sa mort.

Des premiers écrits reflétant le panslavisme slovaque[modifier | modifier le wikicode]

Contexte historique[modifier | modifier le wikicode]

L'émergence de la littérature slovaque se place dans un contexte de domination tyrannique de l'Empire d'Autriche sous le gouvernement du chancelier, le prince Klemens von Metternich, qui fait encore empirer la dictature. Profondément hostile à la démocratie et aux velléités indépendantistes slaves ou allemandes (voir unification allemande), il veille à la centralisation de l'Autriche, mosaïque de peuples (comportant Autrichiens, Hongrois, Tchèques, Slovaques, Polonais, Ruthènes, Roumains, Italiens, Slovènes, Croates et Serbes) sur la capitale Vienne, sur le favoritisme de la population d'origine autrichienne et sur la stricte interdiction des mouvements patriotiques, appelés pangermanisme en Allemagne et panslavisme dans le monde slave sous domination autrichienne, mais puissants également en Hongrie, elle aussi annexée, en Roumanie et en Italie (voir unification italienne). Pour ce faire, Metternich veille à la minimalisation des cultures non autrichiennes, établit la censure (le poème patriotique Zdravljica de l'écrivain slovène France Prešeren est ainsi par exemple censuré) et utilise des services d'espionnage. L'Autriche est ainsi menée d'une main de fer. L'éveil littéraire slovaque est de plus stimulé grâce à l'influence de la littérature autrichienne de langue allemande, très développée et riche, contrairement à la littérature hongroise médiévale, lorsque les Slovaques étaient de la même manière oppressés.

La naissance de la littérature libérale et patriotique slovaque[modifier | modifier le wikicode]

Portrait du poète slovaque Ján Hollý.

Ján Hollý (1785-1849) est le premier grand poète slovaque, affinant la langue et la sublimant dans des poésies en alexandrins exaltant fréquemment le patriotisme panslave, tels que Svatopluk (Le Slave, 1833) et Cyrillo-Méthodiada (1835, les saints Cyrille et Méthode étant les évangélisateurs des Slaves). L'utilisation du décompte syllabique dans les poèmes de Hollý ont permis d'élever la langue slovaque au niveau des langues antiques, dont les règles poétiques étaient très strictes. Le premier romancier de langue slovaque est Jozef Ignác Bajza (1755-1836), auteur du roman René mlád'enca príhody a skusenosti (Les Aventures et expériences du jeune René, 1783-1785).

Certains écrivains teintent le fond classique de leur écriture d'allusions panslaves et constituent ainsi des représentants majeurs du patriotisme libéral slovaque : le poète et pasteur Ján Kollár (1793-1852) et l'historien Pavel Jozef Safárik (1795-1861) sont les principaux à utiliser cette méthode de récits engagés tout en ne pouvant être directement offensifs envers le régime autrichien pour éviter censure voire emprisonnement ou internement. Slovaques, Kollár et Safárik ont pourtant choisi d'écrire en tchèque, langue ayant plus d'influence au niveau de l'empire, les Tchèques et les Slovaques étant de plus culturellement très liés (les deux langues sont extrêmement proches). Kollár, parti étudier à l'université d'Iéna, en Allemagne, y a découvert les courants patriotiques des étudiants, les Burschenschaften, profondément hostiles à l'assujettissement exercé par les Autrichiens sur les Allemands et les empêchant de s'unifier. Il se lia même d'amitié avec le grand écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe, de 44 ans plus âgé que lui. Kollár épouse une Allemande et cet univers germano-slave le stimule dans le contexte où il reconnaît les mêmes exactions dictatoriales autrichiennes faites aux Allemands et aux Slaves. Les œuvres de Kollár sont le plus souvent monumentales dans la mesure où elles constituent de véritables fresques défendant l'âme slave : son œuvre la plus importante, Slávy dcera (La Fille de Slava, publiée entre 1824 et 1852), constitue un ensemble de pas moins de 645 sonnets dans lesquels il exalte l'oppression autrichienne, la valeur, la grandeur des Slaves, et la solidarité slave vis-à-vis des Allemands subissant la même tyrannie du régime de Metternich. Outre La Fille de Slava, Kollár a notamment publié Národnie zpievanun (Chansons populaires slovaques, 1835), un très vaste recueil d'environ 2500 chants populaires slovaques, et quelques essais. Ján Kollár figure ainsi comme l'un des plus grands écrivains slovaques de par son engagement à défendre les peuples slaves et à éveiller leur hostilité au régime de Metternich. Pavel Jozef Safárik, lui, a la même visée de stimuler le nationalisme slave pour combattre la domination autrichienne ; aussi célèbre-t-il l'histoire slave dans son livre Les Antiquités slaves (1837).

Portrait de l'érudit, écrivain et député slovaque Ludovit Stúr.

L'élan patriotique libéral slave se manifeste également par la presse locale : en 1845, l'érudit, écrivain et député Ludovit Stúr (1815-1856) fonde le Journal de la nation slovaque, journal politique de tendance démocratique dont les articles doivent faire attention à ne pas être trop acerbes sous peine de censure. Le journal innove de par son écriture : il est rédigé dans une langue slovaque basée sur le dialecte de Slovaquie centrale, et non occidentale, dans l'optique de poser les bases d'une nouvelle langue littéraire moderne. Stúr crée le romantisme slovaque militant, basé sur un mélange littéraire entre patriotisme et influence des traditions populaires. Il cherche par ailleurs à unir l'intelligentsia slovaque contre le gouvernement autrichien et fonde ainsi une école littéraire et politique affichant les valeurs révolutionnaires des années 1840 et l'identité nationale populaire, regroupant notamment les poètes Samo Chalupka (1812-1883), Andrej Braxatoris dit Andrej Sládkoviè (1820-1872), et le romantique Janko Král (1822-1876). Cette résistance littéraire et identitaire s'affirme : une association indépendante militante, la Matica slovenska, naît à Martin, au nord de la Slovaquie.

Le Printemps des Peuples[modifier | modifier le wikicode]

En 1848, une vague de révolutions diverses ébranle l'Europe (voir Printemps des peuples), notamment à Berlin, en Prusse. Des réformes démocratiques y sont exigées et des protestations violentes ont lieu dans toute l'Allemagne divisée en de multiples États contre la mainmise et la tyrannie autrichiennes et pour l'unification allemande. L'Autriche est-elle aussi sujette à une situation politique critique entre insurrections et conflits extérieurs. En plus des révoltes anti-autrichiennes dans les États allemands, des villes italiennes font de même en se révoltant contre les Autrichiens hostiles à l'unification italienne. Des problèmes internes se posent de plus dans le pays : revendications autonomistes slaves et hongroises, et insurrection des Autrichiens à Vienne le 13 mars pour l'avènement d'une démocratie. Cette situation, qui mène l'Autriche au bord de la dislocation, fait fuir Metternich le jour même de l'insurrection viennoise ; l'empereur Ferdinand Ier nomme un nouveau chancelier, Felix Schwarzenberg. Ils sont chargés de formuler une nouvelle constitution. Le comité de Saint-Wenceslas, créé à Prague, est destiné à garantir la liberté dans les territoires slaves ; le 8 avril 1848, Ferdinand Ier cède aux revendications panslaves et une constitution libérale est proclamée, la charte de Bohême. Par ailleurs, le Parlement prussien, réuni à Francfort-sur-le-Main, réclame en mars 1848 à l'Autriche la possibilité d'unifier l'Allemagne en incluant la Bohême, de langue tchèque. Ce pangermanisme allemand fait réagir dans le monde slave : en réaction à cette demande du Parlement, les écrivains tchèque František Palacký (1798-1876) et slovaque Ludovit Stúr lancent en mai 1848 l'Appel aux slaves, dénonçant la soumission des Slaves et convoquant un congrès panslave à Prague, qui s'ouvre le 31 mai 1848. Des représentants de toutes les régions de culture slave assujetties à l'Autriche y viennent dans le but de protéger, organiser et promouvoir la culture slave, ainsi que de lui donner un contenu politique. Un parlement slave est proclamé le 2 juin. Mais le congrès panslave prend des aspects insurrectionnels et une vaste révolte anti-autrichienne éclate dans la ville. La fille du général de l'armée autrichienne, le prince de Windischgrätz, est tuée dans des émeutes ; celui-ci bombarde et assiège Prague le 12 juin 1848, et soumet la Bohême à une dictature militaire le 17 juin. La tyrannie recommence mais les Autrichiens manifestent de nouveau à Vienne, insatisfaits par la constitution molle d'un Ferdinand Ier attaché à l'absolutisme. Très fragilisé à son tour, en proie à d'incessantes insurrections viennoises et à des guerres contre le Piémont-Sardaigne et le Danemark, Ferdinand Ier transmet le pouvoir à son neveu François-Joseph Ier, qui stabilise l'Autriche et assouplit légèrement une politique restant peu soucieuse des Slaves, Hongrois, Allemands, Italiens et Roumains. Ce Printemps des peuples de 1848 est culturellement important dans la mesure où le panslavisme y eut un haut rôle et que des écrivains de cette mouvance y ont participé, et constitue un aboutissement inachevé d'une littérature mêlée à la politique et toutes deux patriotiques car les droits restent bafoués.

Le réalisme slovaque[modifier | modifier le wikicode]

Portrait du poète slovaque réaliste Pavol Országh Hviezdoslav (1849-1921)

La littérature slovaque se fait moins patriotique après le Printemps des peuples malgré la persistance de traces de ce mouvement. À partir de 1870, le réalisme slovaque naît grâce à une nouvelle génération d'auteurs. En poésie, Pavol Országh, dit Hviezdoslav (1849-1921), a loué la nation slovaque à travers une œuvre lyrique, épique et dramatique, l'une des plus admirables de l'histoire de la poésie slovaque. Fils d'un ardent militant pour l'autonomie linguistique du slovaque, le juriste, journaliste, poète, critique littéraire et prosateur Svetozár Hurban Vajanský (1847-1916), dont les idées sont nationalistes, est considéré comme le créateur du roman moderne slovaque. Matìj Bencúr, dit Martin Kukuèín (1860-1928), ancien instituteur devenu médecin, constitue un autre représentant majeur du réalisme slovaque. Il a été le premier à créer un personnage de paysan et à adopter son franc-parler dans la prose.

Au début du XXe siècle est créé un nouveau mouvement littéraire, les "modernistes slovaques", menés par le futur parlementaire Ján Botto, dit Ivan Krasko (1876-1958), auteur de deux recueils de poèmes symbolistes (Nox et Solitudo, 1909 ; Verše, 1912) teintés d'un profond patriotisme.

L'élan culturel de la formation de la Tchécoslovaquie[modifier | modifier le wikicode]

Au lendemain de la Première Guerre mondiale (1914-1918), l'empire d'Autriche-Hongrie fait figure de grand perdant : sa défaite aboutit aux traités de Saint-Germain-en-Laye et du Trianon, qui promulguent la dissolution de l'Autriche-Hongrie ; entre autres États créés, la Tchécoslovaquie, comportant les terres de Bohême, de Moravie et de Slovaquie. Pour la première fois depuis le IXe siècle, les Slovaques ne sont pas sous la tutelle d'un autre pays de culture non slave.

La Tchécoslovaquie, nouvellement créée, devient un État démocratique, faisant figure d'exemple en Europe de l'Est. Un tel climat favorise l'essor culturel, notamment littéraire, même si certains Slovaques sont défavorables au nouvel État à cause d'une mauvaise répartition des richesses et du pouvoir, essentiellement détenus par les Tchèques ; aussi la langue slovaque n'est pas reconnue comme une langue officielle comme le tchèque. La littérature slovaque est influencée par la littérature tchèque et les courants littéraires d'Europe de l'Ouest, notamment l'avant-garde européenne, et devient plus ouverte et plus variée, tout en s'émancipant et en devenant plus singulière et en développant des styles propres. Cependant, certains écrivains restent dans le réalisme slovaque, tels que le romancier et homme politique nationaliste Martin Rázus (1888-1937), l'auteur satirique Janko Jesenský (1874-1945) avec son livre Demokrati (Les Démocrates, 1934-1937), Milo Urban (1904-1982), ou encore Jozef Cíger Hronský (1896-1961).

Mais l'émancipation de la littérature slovaque progresse grâce au nouvelliste et romancier Gejza Vámos (1901-1956) dont le critique littéraire Vladimír Peška déclare : « Avec une méthode proche du naturalisme et de l'expressionnisme, il choisit des thèmes jusqu'alors ignorés et tacitement proscrits dans la littérature slovaque : érotisme, sexe, maladies vénériennes, antimilitarisme, hypocrisie, mesquinerie des hommes et de la société. Il déclenche une violente réaction de la critique et des lecteurs, surpris de sa cinglante ironie. ».

La poésie, quant à elle, connaît un remarquable essor à travers l'œuvre de Ján Èietek, dit Ján Smrek (1898-1982), poète "vitaliste" (de la joie de vivre), promu artiste national en 1966. Le grand poète lyrique contemplatif et traducteur de poésies françaises Emil Boleslav Lukáè (1900-1979), publie, lui, une vaste anthologie de poésie universelle.

Une littérature déclinant lors de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

À la veille de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), la Bohême, la Moravie et les Sudètes sont annexés par l'Allemagne nazie. La Slovaquie, dernière rescapée de la Tchécoslovaquie, forme ainsi un État indépendant dirigé par des fascistes locaux mis au pouvoir par Hitler au début de la guerre. Le pays collabore avec l'Allemagne nazie.

La guerre fait décliner la littérature slovaque qui ne s'éteint pas pour autant : au début des années 1940, un mouvement surréaliste naît. Il se réclame autant d'André Breton, écrivain français, que de l'écrivain romantique slovaque du XIXe siècle Janko Král. Le chef de file du mouvement est Rudolf Fábry (1915-1982), et compte parmi ses adeptes des écrivains tels que Ján Brezina (1917- ), Július Lenko (1914- ), Ivan Mojík (1928- ), Ján Rak (1915-1969), ou encore Vladimir Reisel (1919- ). Certains membres rallieront le parti communiste après 1948.

Également pendant la guerre, certains écrivains ultranationalistes ont un style littéraire lyrique paysan proche des idéaux du nouveau régime. Le poète Valentin Beniak (1894-1973), à l'œuvre féconde et complexe, d'abord influencé par le "poétisme" tchèque, puis par le surréalisme, est compromis en devenant président de l'association des écrivains sous le régime clérical-fasciste de l'État slovaque pendant la guerre, ce qui lui vaut d'être emprisonné après la guerre pour collaboration et réduit au silence de nombreuses années.

D'autres écrivains, opposants au régime fasciste, font le choix de la résistance. Parmi eux figurent Ladislav Novomeský (1904-1976), Dominique Tatarka (1913-1989) et Vladimir Mináè (1922- ). Ils fomentent l'insurrection slovaque du 29 août 1944 : de nombreux partis, dont le parti communiste, s'unissent dans un Conseil national slovaque afin de renverser le régime ; leur tentative est réprimée par les nazis.

La littérature slovaque sous le régime communiste tchécoslovaque[modifier | modifier le wikicode]

Réalisme socialiste[modifier | modifier le wikicode]

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, la Tchécoslovaquie est reconstituée et reprend son système démocratique. Mais, en 1948, appuyés par l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) dirigée par Staline, les communistes érigent une nouvelle dictature, et le parti communiste tchécoslovaque devient parti unique : il est le seul parti politique autorisé.

Certains écrivains adhèrent aux idées communistes déjà avant l'avènement du nouveau régime en 1948. Parmi eux figurent certains membres du Conseil national slovaque, résistants pendant la guerre, tels que Ladislav Novomeský, qui fonde la revue progressiste Dav, devient membre du comité central du parti communiste tchécoslovaque en 1945 et commissaire à l'Éducation et à la Culture pour la Slovaquie. Mais au début des années 1950, il est accusé, au même titre que l'écrivain également issu du Conseil national slovaque Dominique Tatarka, de "déviation nationaliste bourgeoise" et est condamné à dix ans de prison. Novomeský est libéré en 1955.

Sous le régime communiste tchécoslovaque, comme ailleurs en Europe de l'Est, la seule forme de littérature bien perçue par le pouvoir est le réalisme socialiste, forme littéraire vantant les vertus du communiste. Les principaux représentants de ce style en Slovaquie sont Peter Jílemnický (1901-1949), Fraòo Král (1903-1955) ou encore Alfons Bednár (1914-1989). Ladislav Novomeský est, quant à lui, réhabilité en 1963 : ses œuvres peuvent à nouveau paraître, et il est promu par le gouvernement communiste "artiste national" en 1964, tout comme Margita Figuli (1909-1995) en 1974, considérée comme l'une des plus grandes romancières slovaques par le parti communiste.

Dégel post-stalinien (1953-1968)[modifier | modifier le wikicode]

Le 5 mars 1953, Staline meurt. Le régime totalitaire qu'il a mené en URSS pendant près de trente ans s'achève, et son successeur Nikita Khrouchtchev organise la déstalinisation tout en conservant un régime communiste autoritaire. À l'instar de l'URSS, le régime tchécoslovaque s'assouplit un peu et accepte un peu plus de variété littéraire, les écrits anticommunistes restant censurés et leurs auteurs étant emprisonnés.

La parution de l'hebdomadaire culturel Kultúrny Život, dirigé par Ján Kostra (1910-1975) et par Ivan Šrpka (1944- ) et la petite libéralisation que connaît le régime donne un nouveau souffle à la littérature slovaque. Le dégel post-stalinien permet l'émergence de nouveaux styles littéraires, notamment en poésie, comme les "poètes concrétistes", ou de poètes n'appartenant à aucun courant poétique, tels que Ivan Šrpka, qui obtient la désignation de Osamelí bežci (Coureur solitaire). Enfin, le groupe Trnava, réactionnaire à la poésie officielle, se forme en 1957, regroupant entre autres Igor Gallo (1936- ) et Jozef Mihalkoviè (1935- ).

Littérature dissidente et clandestine[modifier | modifier le wikicode]

Le 5 janvier 1968, l'homme politique d'origine slovaque Alexander Dubček devient premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque. Il ordonne la libéralisation du régime tout en ne rompant pas avec l'URSS : les règles du parti unique et la censure sont abolies, la liberté de circuler hors des frontières est instaurée, les prisonniers politiques sont libérés, la mise en œuvre de nouvelles structures fédérales et la décentralisation du système économique et bureaucratique sont envisagées. Même si Dubček déclare ne pas vouloir rompre avec le bloc de l'Est (voir guerre froide), le gouvernement soviétique y voit une menace sur son influence en Europe de l'Est et le premier secrétaire du comité du Parti communiste de l'Union soviétique, Leonid Brejnev, ordonne l'invasion militaire de la Tchécoslovaquie par l'armée soviétique, effective le 21 août 1968. Les autres régimes communistes d'Europe de l'Est envoient également des troupes. Malgré une résistance acharnée à Prague et l'immolation de l'étudiant Jan Palach, les armées communistes étrangères sortent victorieuses après un abominable bain de sang. Le Printemps de Prague, nom donné à cette libéralisation du régime, est écrasé et Dubček limogé en avril 1969.

Après le Printemps de Prague, le régime tchécoslovaque se durcit violemment et redevient au stade du régime stalinien en URSS, tandis que l'hostilité aux régimes soviétique et tchécoslovaque se fait de plus en plus marquée, notamment dans les cercles intellectuels. L'élan littéraire slovaque dû au dégel post-stalinien est rompu. Certains écrivains s'exilent, d'autres doivent publier en samizdat, c'est-à-dire dans la clandestinité. L'écrivain slovaque Dominique Tatarka, qui espérait la libéralisation progressive après la chute de Staline, exprime sa désillusion en ces termes : « Le Démon du consentement est avant tout un cri ; le cri de l’homme qui, après avoir essayé de croire que le roi est habillé, découvre un beau jour qu’il est nu ». Après le Printemps de Prague, il est condamné à l'isolement, persécuté et interdit de publication ; ses écrits sont diffusés clandestinement à Prague et à l'étranger. Également entré en dissidence, le dramaturge et romancier satirique Peter Karvaš (1920-2000) est interdit de scène et de publication dès 1968. Martin Šimeèka (1957- ), quant à lui, commence très tôt à publier en samizdat, dès 1980. L'édition et la diffusion de la littérature clandestine sont bien organisées en Slovaquie grâce à des gens comme Josef Straka (1955- ), l'un des principaux acteurs de la publication en samizdat, les opposants sont assez nombreux et déterminés pour s'organiser. Un mouvement libéral et anticommuniste tchécoslovaque réunissant essentiellement intellectuels, universitaires, artistes et dignitaires religieux se forme sous le nom de Charte 77. Le document fondateur de la Charte 77 est publié le 1er janvier 1977 ; il s'agit d'un appel au respect des droits de l'homme en Tchécoslovaquie et dans toute l'Europe de l'Est signé par 243 personnes. Les signataires de la Charte veulent informer l'Europe de l'Ouest sur le manque de droits en Europe de l'Est et dialoguer avec le gouvernement tchécoslovaque pour libéraliser le régime. En vain : le gouvernement harcèle les signataires (dont le nombre monte à 800), tantôt marginalisés, tantôt persécutés.

Le nouvel élan littéraire de la Révolution de Velours[modifier | modifier le wikicode]

Mais l'opposition tchécoslovaque croît avec la libéralisation du régime hongrois, à partir de 1988. Pour commémorer les vingt ans de l'immolation de l'étudiant Jan Palach après le Printemps de Prague, des manifestations éclatent le 15 janvier 1989 en Tchécoslovaquie. Les principaux opposants, parmi lesquels l'intellectuel tchèque signataire de la Charte 77, Václav Havel, sont arrêtés. Le 17 novembre 1989, une manifestation estudiantine est réprimée, ce qui ne fait qu'accroître le mouvement de révolte. Le 25 novembre, de nombreux membres du gouvernement démissionnent, et c'est au tour du président de la république populaire tchécoslovaque, Gustáv Husák, de partir, le 10 décembre 1989. Václav Havel est élu président d'une Tchécoslovaquie démocratisée en juin 1990 et Alexander Dubček devient président de l'Assemblée nationale après avoir été simple jardinier municipal à Bratislava après le Printemps de Prague. La révolution prend le titre de "Révolution de velours". Le mouvement pour l'indépendance de la Slovaquie s'intensifie, et le 1er janvier 1993, la Tchécoslovaquie cesse d'exister au profit de la République tchèque et de la Slovaquie.

La Révolution de Velours permet l'abolition de la censure et ainsi l'occasion pour la littérature slovaque de connaître un nouvel élan. Dénonçant le passé fasciste de certains de ses contemporains, notamment un ministre, le poète et romancier Lubomír Feldek (1936- ) s'exile à Prague en 1993 face à une critique acerbe de son œuvre. Ján Johanides (1934- ), dont l'œuvre remarquée déjà avant le Printemps de Prague et peu appréciée par les écrivains partisans du réalisme socialiste à cause de sa proximité avec le Nouveau Roman français, a dû attendre douze ans avant d'être publié et apparaît aujourd'hui comme l'un des écrivains slovaques contemporains majeurs. Milan Rúfus (1928-2009), lui, est désormais l’un des poètes et romanciers slovaques les plus reconnus internationalement. Quant à Vicent Šikula (1936-2001), il est considéré comme l’un des novateurs de la prose slovaque des années 1960. De plus, une nouvelle génération de poètes, les "Nouveaux barbares", se développe, avec comme principaux représentants Ivan Koleniè (1965- ), le chef de file, et Andrijan Turan (1962- ).

Sources, liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • CD-ROM Microsoft Encarta 2007 - Études DVD

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Liens internes[modifier | modifier le wikicode]

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