Ligue catholique (France)

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La Ligue catholique, ou Sainte Ligue ou Sainte Union, est un mouvement politique et religieux qui est apparu en 1585 en France pendant les guerres de religion.

Il a été créé par des catholiques qui refusaient l'installation permanente du protestantisme en France et surtout rejetaient la possible accession au trône du légitime héritier de la couronne, Henri de Navarre, un prince protestant. Profitant de la situation une partie de la noblesse catholique française, regroupée autour du duc Henri de Guise se joint à la Ligue pour essayer de limiter les pouvoirs d'une monarchie qui installait l'absolutisme en France. Ces nobles pensaient par ailleurs remplacer, par le duc de Guise, le roi Henri III, qu'ils jugeaient trop mou face aux protestants.

À côté de cette rébellion nobiliaire, dans certaines villes et surtout à Paris apparait un mouvement démocratique qui met en cause les pouvoirs de la royauté mais aussi des élites (bourgeoises ou nobles). Pour compliquer la situation le roi d'Espagne Philippe II intervient financièrement et militairement pour soutenir les catholiques français.

Le roi Henri III tente de conserver le pouvoir en semblant se soumette à certaines exigences des Ligueurs. Il doit cependant fuir Paris en mai 1588. Mais après avoir fait assassiner le duc de Guise, le roi il finit par s'allier à Henri de Navarre (décembre 1588).

Après l'assassinat du roi Henri III (août 1589), Henri de Navarre, nouveau roi Henri IV, continue la lutte pour se faire reconnaître comme roi par les catholiques. Ce n'est qu'en janvier 1596, après avoir abjuré le protestantisme (juillet 1593) et vaincu à plusieurs reprises les armées de la Ligue dirigées par le duc de Mayenne, frère du duc de Guise, puis espagnoles, qu'Henri IV est reconnu comme roi. Pour pacifier le pays il doit imposer l'édit de Nantes qui permet la cohabitation entre catholiques et protestants .

Les premières ligues[modifier | modifier le wikicode]

Le roi de France Henri III

Dès le début des guerres de religion, les protestants français qui sont minoritaires dans la population s'organisent pour résister aux attaques des catholiques majoritaires. Les catholiques s'organisent aussi. Ils forment des unions locales, comme à Toulouse en 1563, à Angers en 1565, à Dijon en 1567, à Bourges et à Troyes en 1568. Les bourgeois aisés qui s'y retrouvent veulent protéger le catholicisme et la monarchie qu'ils jugent mis en danger par la présence du protestantisme.

Cependant dès 1576, une partie de la noblesse rejoint le mouvement. En Picardie, le maréchal d'Humières, gouverneur de Péronne, Roye et Montidier refuse la venue du prince Henri de Condé, un des chefs protestants, à qui le roi à confié la direction de la province. Il reçoit l'appui public de plus de deux cent nobles et membres du clergé catholique picards. Alors que le roi vient de signer avec les protestants la Paix de Beaulieu, les nobles catholiques décident de ne pas appliquer les décisions royales. Dans d' autres provinces les autorités locales en font de même.

Au états généraux de Blois (en novembre-décembre 1576), les députés de la noblesse, du clergé catholique et de nombreuses villes demandent au roi d'annuler l'édit de Beaulieu et de reprendre la guerre contre les protestants. Le roi Henri III croit utile de se proclamer chef de la Ligue (du moins des unions locales qu'il peut contrôler, les autres sont dissoutes) et en janvier 1577 il cède aux Ligueurs, cependant il maintient la liberté de conscience mais par le droit de célébrer leur culte religieux pour les protestants.

La guerre reprend en 1577, cependant les états généraux refusent de financer l'armée royale, aussi les hostilités se terminent par la paix de Bergerac le 14 septembre 1577. Le traité de Poitiers qui suit le 17 septembre permet le culte protestant dans les faubourgs (donc à l'extérieur) des villes ; par ailleurs les ligues et associations existantes sont dissoutes et leur reconstitution interdite. Il y aura alors sept années de tranquillité relative. Mais l'autorité royale sort affaiblie de cette première crise.

La grande Ligue[modifier | modifier le wikicode]

Quel successeur pour le roi Henri III ?[modifier | modifier le wikicode]

La crise entre la monarchie et la Ligue prend de l'ampleur en 1584. Le duc d'Alençon, François de Valois, dernier frère et héritier du roi Henri III meurt en juin. Selon les lois de transmission de la couronne, le successeur légitime est Henri de Navarre, descendant du roi Louis IX et par ailleurs roi de Navarre et beau-frère du roi Henri III dont il a épousé la sœur Marguerite de Valois. Mais ce prince de la famille de Bourbon est de confession protestante. Le roi de France demande à Henri de Navarre d'abjurer sa religion et de se convertir au catholicisme. Le roi de Navarre refuse, la situation est bloquée car il est certain que les catholiques français refuseront d'être les sujets d'un roi protestant.

Les catholiques ligueurs désignent comme héritier le cardinal Charles de Bourbon, un vieillard, descendant lui-aussi du roi Louis IX, mais resté catholique. En fait il s'agit d'un héritier d'attente avant de donner la couronne au duc Henri de Guise, arrière-petit-fils du roi Louis XII ( mais par les femmes ce qui contredit la loi salique) et chef militaire des catholiques français les plus intransigeants. Par le traité de Joinville de décembre 1584, le roi d'Espagne, champion de la défense du catholicisme en Europe, accorde une aide financière mensuelle de 5000 écus aux Ligueurs.

En juillet 1585, contraint et forcé, Henri III par l'intermédiaire de sa mère Catherine de Médicis s'entend avec le duc de Guise, c'est le traité de Nemours. Les protestants perdent la liberté de conscience et Henri de Navarre, s'il persiste à rester protestant est déchu de ses droits à la couronne française. Le roi accepte de financer la Ligue (mais avec quel argent?). Henri de Guise est nommé chef des armées royales. Les autres chefs de la Ligue sont nommés à des postes importants. La Ligue semble donc triompher.

La Ligue parisienne[modifier | modifier le wikicode]

À Paris, les catholiques les plus intransigeants sont surtout des bourgeois, des membres du bas-clergé catholique. Ils sont dirigés par un comité secret de cinq puis seize membres (début 1587). Après avoir proclamé que la religion catholique était en danger, ils arment les Parisiens et entrent en contact avec les autres ligues de province. Surtout ils parviennent à mettre sur pieds une armée de 30 000 hommes dont ils confient le commandement au duc de Guise.

Le duc d'Épernon, un des favoris du roi, nommé gouverneur de la Normandie part le 26 avril, laissant Henri III sans défense. Alors que le roi lui interdit de se rendre à Paris le duc de Guise entre dans la capitale le 9 mai 1588. Il y est accueilli par une foule enthousiaste. Le 9 mai le duc se rend auprès du roi et tente de lui imposer diverses mesures : la création d'une inquisition pour pour pourchasser les protestants, l'application des décrets du concile de Trente qui réforment l'Église catholique pour la rendre plus efficace dans sa lutte contre le protestantisme. Le roi Henri III tente de résister à ces empiètements sur l'autorité royale. Il appelle à Paris des troupes qui stationnent à proximité de la capitale. Soupçonnant la monarchie de vouloir assassiner le duc de Guise et son frère le cardinal de Guise, les ligueurs parisiens se soulèvent le 12 mai et établissent des barricades dans les rues de la capitale. Persuadé qu'il contrôle la situation et qu'il peut en imposer au roi, qui en paroles lui concède des avantages, le duc de Guise parvient à calmer les insurgés. Le 13 mai, en secret, le roi quitte Paris et se réfugie à Chartres. En représailles, le duc le rend maître de la forteresse de la Bastille, de l'Arsenal de Paris et du château fortifié de Vincennes .

La Ligue agit aussi. Les seize s'emparent du châtelet de Paris et prennent le commandement de la milice urbaine. De très nombreux prédicateurs, dans des églises alors bondées prononcent des sermons virulents contre le roi, qu'ils vouent à l'Enfer et appellent à son assassinat.

Effrayé par l'entrée en scène des Parisiens le duc de Guise négocie avec le roi. Par l'Édit d'Union du 10 juillet 1588, il obtient la fonction prestigieuse de lieutenant général du royaume avec mission de combattre les protestants, des places de sûreté pour les catholiques et la convocation des états généraux à une date proche.

L'assassinat du duc de Guise et ses conséquences[modifier | modifier le wikicode]

L'assassinat du duc de Guise. À gauche le roi vient prendre des nouvelles

Les états généraux sont réunis au château de Blois de septembre à décembre 1588. Les députés envoyés par la noblesse, le clergé catholique et les villes sont quasiment tous des ligueurs. À côté des revendications religieuses apparaissent des demandes visant à contrôler la monarchie (comme le vote des nouveaux impôts).

Le roi Henri III décide alors de rompre définitivement avec la Ligue. Les 23 et 24 décembre 1588, il ordonne l'assassinat du duc de Guise et de son frère le cardinal de Lorraine. Puis le roi se rapproche d'Henri de Navarre et leurs deux armées réunies viennent assiéger Paris tenu par la Ligue.

L'assassinat du duc de Guise provoque une immense désapprobation et le soulèvement des Parisiens. Dans les églises, les ligueurs exigent que la Sorbonne (faculté de théologie de Paris) déclare que le roi est hérétique, traître à la France et excommunié ce qui veut dire que les Français sont relevés de leurs devoir d'obéissance envers leur souverain. Le parlement de Paris (conseil judiciaire suprême pour une grande partie du royaume) prononce la déchéance du roi.

La Ligue se réorganise. Le duc de Mayenne, dernier frère du duc de Guise, prend la tête d'un conseil de cinquante quatre membres (où à côté des représentants de la population siègent des nobles). Il demande au roi d'Espagne d' intervenir pour aider les Ligueurs (il y a des troupes espagnoles proches , stationnées en Belgique qui appartenait alors à l'Espagne).

Les esprits sont très échauffés par les événements politiques mais aussi par la crise du ravitaillement de la capitale (on doit broyer les os des cadavres exhumés des cimetières pour ajouter leur poudre à la farine de céréales, afin de faire du pain). Les Ligueurs voient des ennemis partout. Ceux qui manifestent avec tiédeur leur enthousiasme, ou qui critiquent les décisions prises, sont dénoncés , des listes de proscriptions sont établies dans chaque quartier. Les suspects sont emprisonnés voire assassinés.

L'assassinat d'Henri III et ses conséquences[modifier | modifier le wikicode]

Assassinat du roi Henri III par le moine Jacques Clément

Les ligueurs contrôlent la Champagne, le Midi, la Bourgogne, la Bretagne, la Normandie et la région de Paris.

En août 1589, le roi Henri III est assassiné par Jacques Clément un moine dominicain, membre de la Ligue. Au cours de son agonie le roi confirme Henri de Navarre comme son successeur et lui demande de se convertir au catholicisme afin de réduire l'opposition des ligueurs.

Le 4 août Henri de Navarre (devenu Henri IV de France) s'entend avec les généraux de l'armée royale. Ceux-ci le reconnaissent comme roi de France et Henri, alors encore le chef des protestants, s'engage à ne pas empêcher la liberté de conscience et de culte pour ses nouveaux sujets catholiques. Ce rapprochement est soutenu par des catholiques modérés appelés les Politiques).

Soucieux de créer de bonnes relations avec le nouveau roi du pays catholique le plus peuplé d'Europe, le pape Sixte Quint rompt avec les ligueurs et ne soutient plus l'intervention espagnole en France. Les ligueurs se divisent sur le choix d'un roi catholique à leur convenance. Il y a plusieurs prétendants déclarés : le cardinal de Bourbon, le duc de Mayenne, le nouveau duc de Guise, le duc de Savoie Charles-Emmanuel, chacun a ses partisans.

Henri IV contre la Ligue et les Espagnols[modifier | modifier le wikicode]

Procession de la Ligue en 1590

Le roi Henri IV n'ose donner l'assaut à Paris. Il se replie sur la Normandie (les ports normands peuvent lui permettre de recevoir une aide de l'Angleterre, qui vient de mettre en déroute la flotte d'invasion espagnole). Par deux fois il triomphe des troupes du duc de Mayenne et des ligueurs (à Arques en septembre 1589 et à Ivry en mars 1590. En juillet 1590 il assiège Paris où la situation devient rapidement difficile faute de ravitaillement : la procession des ligueurs en l'honneur de sainte Geneviève, sainte patronne de Paris, ou le succès d'une sortie très violente pour s'emparer d'une partie des récoltes dans les campagnes entourant la capitale ne peuvent satisfaire les besoins de la population. Mais la capitale est provisoirement sauvée par l'armée espagnole d'Alexandre Farnèse, duc de Parme, qui venant des Pays-Bas espagnols (la Belgique) rejoint à l'armée de Mayenne dans les environs de Meaux. Les Parisiens ouvrent leurs portes aux Espagnols qui vont s'installer dans la ville.

Henri IV doit abandonner le siège ; en 1591, il tente en vain de s'emparer de Rouen.

Cependant la situation se tend dans la capitale. La présence armée des Espagnols est considérée comme une occupation et une trahison par certains catholiques patriotes. Le gouvernement des Seize, les ligueurs les plus extrémistes, se traduit par les perquisitions continuelles, des exécutions sommaires (comme celle du président et de deux conseillers du Parlement de Paris). Pour rétablir son autorité le duc de Mayenne fait arrêter quatre des Seize, tandis que les autres se cachent.

Nombre de Parisiens et de Français commencent à être las de la guerre. Le cardinal de Bourbon étant mort en mai 1590, le camp catholique se retrouve sans candidat à la couronne. Les ligueurs modérés et les catholiques partisans d'Henri IV, en avril 1593, se rencontrent à Suresnes , près de Paris. Ils conviennent de reconnaître comme roi Henri IV. Ce dernier comprend qu'il lui faut changer de religion. Le 25 juillet 1593, dans la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France, Henri de Bourbon se convertit au catholicisme, désormais le royaume retrouve un souverain qui pratique la même religion que la majorité de la population. Il n'y a plus se raison se continuer le combat pour les ligueurs.

Le 22 mars 1594, Henri IV entre dans Paris que les Espagnols ont évacué quelques jours plutôt. Progressivement les autres villes du royaume, la plus grande partie de la haute-noblesse qui contrôle de nombreuses provinces, se rallient au roi (le duc de Mayenne après avoir tenté de continuer la lutte, capitule en novembre 1595 en recevant de très importants avantages).


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