La Naissance de Vénus (Botticelli)

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La Naissance de Vénus. Tableau de Botticelli. Vers 1485

La Naissance de Vénus est un tableau peint par Sandro Botticelli vers 1485. C'est une peinture a tempera1 sur toile. Il est conservé à la Galerie des Offices, un musée de Florence, en Italie. C'est une des premières œuvres peintes sur une toile de grande dimension (et non plus sur un mur ou un panneau de bois comme auparavant). C'est une des premières peintures inspirées de la mythologie gréco-romaine et rompant avec la tradition des œuvres de grandes dimensions d'inspiration chrétienne. C'est également une des premières œuvres à représenter un nu féminin qui soit le centre d'intérêt d'un tableau (sauf les représentations d'Ève dans les œuvres plus anciennes).

Circonstances de la création du tableau[modifier | modifier le wikicode]

Portrait de Simonetta Vespucci par Botticelli

On ne sait pas précisément pour qui le tableau a été peint. Le modèle qui a servi à peindre le personnage de Vénus serait Simonetta Vespucci, épouse d'un marchand florentin. Elle passait pour être la plus belle femme de son temps. Elle est morte en 1476, d'une pneumonie, très jeune, à l'âge de 23 ans. On supposait qu'elle était la maîtresse de Giuliano de Medicis, frère cadet de Laurent de Médicis, le maître de Florence et grand mécène. Simonetta Vespucci était née à Porto Venere (Port de Vénus), d'où le soupçon d'être Vénus. De très nombreux portraits d'elle ont été faits à cette époque-là, y compris par Botticelli : ce sont pour la plupart des portraits posthumes.

Il est possible que la toile ait servi à décorer une résidence à l'extérieur de Florence. En tout cas, elle échappa au bûcher gigantesque organisé le jour de mardi gras de 1497 par le moine Savonarole qui, de 1494 à 1498, régnait sur Florence d'où il avait chassé les Médicis. Le bûcher avait été organisé pour purifier la ville des marques du luxe et de la dépravation. On y brûla, outre des peintures, des bijoux, des fards et des parfums, et même des cheveux postiches. On pense que Botticelli était devenu un partisan de Savonarole.

Jusqu'à cette œuvre, l'essentiel de la création de Botticelli était inspiré par la religion chrétienne (madone, enfant Jésus, images des saints). Les œuvres non religieuses (un peu plus de 10 % de sa création) étaient pour la plupart des portraits.

La technique[modifier | modifier le wikicode]

Le tableau est une peinture sur toile de dimensions 172,5 × 278,5 cm. Botticelli a remplacé le bois de peuplier, support qu'il utilisait jusqu'alors, par de la toile en grand format.

Botticelli s'est servi de la technique de détrempe, mais il a dissous les pigments de couleur dans un peu de corps gras. De ce fait, la toile est restée ferme et élastique : la peinture est à peine craquelée. Lorsqu'en 1987, les restaurateurs ont ôté la couche de vernis à huile appliquée plus tard, ils ont découvert une couche tout à fait inhabituelle de blanc d'œuf. Alliée à la détrempe maigre, cette couche donnait au tableau un aspect proche de la fresque.

Description de l'œuvre[modifier | modifier le wikicode]

La Naissance de Vénus est une allégorie de la beauté féminine et de la pureté. Vénus est représentée sous sa forme « anadyomène », qui veut dire « sortie des eaux ». C'est une allusion directe à la mythologie grecque sur la naissance d'Aphrodite (Vénus pour les Romains).

Les personnages sont représentés en pied. L'œil est d'abord attiré (accroché) par le sujet central, Vénus entièrement nue, le corps à peine couvert par ses longs cheveux et ses mains. Elle repose sur une gigantesque coquille Saint-Jacques ouverte, de couleur nacrée, qui flotte sur une mer calme où on distingue de légères rides écumeuses.

Sur la gauche, suspendues dans l'air, au-dessus de la mer, deux divinités. On distingue le dieu Zéphyr, avec un corps brun, qui souffle vers la droite (donc de l'ouest vers l'est). Il est enlacé à une divinité féminine Chloris, au corps blanc comme l'albâtre qui, d'après la mythologie, est sa compagne. Une pluie de fleurs (des myrtes) les accompagne et ils la dirigent vers Vénus.

La Naissance de Vénus

À droite, sur la rive recouverte de végétation caractéristique du printemps (pâquerettes, bleuets) et d'arbres vert sombre, se tient une déesse. Il s'agit soit d'une des Heures, fille de Zeus et de Thémis, soit d'une des trois Grâces qui, traditionnellement, font partie du cortège de la déesse. Elle est vêtue d'une robe blanche, parsemée de fleurs, la taille serrée par une ceinture de pampre de vigne bourgeonnant. Elle accueille Vénus en tentant de l'envelopper d'un voile rose-rouge parsemé de fleurs.

La composition[modifier | modifier le wikicode]

La Naissance de Vénus s'inscrit dans un rectangle dont les proportions sont celles du nombre d'or (8 × 5).

La composition est triangulaire. Le triangle central (celui où se tient Vénus) repose sur une base formée par le bord inférieur du coquillage et la pointe des pieds du personnage de droite. Le sommet est situé au-dessus de la tête de Vénus. Les côtés sont nettement marqués à gauche par l'extrémité de l'aile noire, le genou de Chloris et la pointe du pied de Zéphyr et, à droite, par le bord du voile. Le personnage central est légèrement décentré vers la droite. Sa posture est en « contrapposto » c’est-à-dire que les hanches sont dans une direction contraire aux épaules. Cette posture fait ressortir la silhouette élancée et gracieuse. Cette pause est imitée des statues grecques antiques (dont les Médicis possédaient de nombreux exemplaires).

La gauche forme un triangle suspendu qui n'atteint pas la base du tableau. Les personnages semblent basculer vers Vénus. Le mouvement est accentué par les vêtements qui flottent et les fleurs qui tombent, mais dans des positions diverses. La droite du tableau forme un trapèze solidement rattaché à la terre. Le personnage fait un mouvement vers l'avant et le voile qui s'agite renforce aussi la légèreté.

Une ligne d'horizon tracée visiblement aux deux-tiers supérieur du tableau sépare le ciel de la mer.

La profondeur est rendue par le changement de couleur de l'eau : foncée sur le devant, très claire à l'arrière-plan. Il en est de même pour le rendu des détails : les espèces de fleurs et d'arbres peuvent être aisément identifiées, alors qu'à l'arrière-plan, les pentes des reliefs sont uniformément vertes.

Cependant, Botticelli n'est pas complètement réaliste. Vénus présente des « imperfections » anatomiques. Le cou apparaît trop long, le bras gauche s'attache curieusement au corps, les épaules « tombent » trop. Il en est de même pour le duo divin de gauche, dont on a du mal à démêler l'enchevêtrement des jambes.

Le nu féminin[modifier | modifier le wikicode]

Le David de Donatello
La Vénus de Botticelli

La Naissance de Vénus est l'occasion de réintroduire le nu féminin dans l'art occidental. Cette forme d'expression artistique, très courante dans l'Antiquité gréco-latine, avait disparu à la fin de l'Empire romain, lorsque le christianisme était devenu la seule religion autorisée. Pour les premiers chrétiens, la nudité, c'était mettre en avant la nature animale de l'homme, alors que la nouvelle religion s'attachait à mettre en avant l'aspect spirituel de l'humain.

Pendant tout le Moyen Âge, les seuls nus autorisés sont ceux d'Adam et Ève, le plus souvent représentés en petite dimension et une partie de leur corps dissimulée. La grande figure féminine du Moyen Âge est la Vierge Marie, qui ne saurait être représentée qu'habillée.

À la demande de ses riches commanditaires, Botticelli, au sommet de sa renommée, réintroduit le nu féminin dans l'art, une quarantaine d'années après que le sculpteur florentin Donatello, en eut fait de même avec la statue grandeur nature d'un adolescent, le roi David.

Pour contourner la censure et satisfaire la morale chrétienne, Botticelli utilise aussi des artifices. Les longs cheveux de Vénus sont volontairement rabattus sur son sexe (Vénus est pudique). Une de ses mains, posée sur sa poitrine, dissimule un de ses seins, mais l'autre reste visible.

Une œuvre imprégnée de culture antique[modifier | modifier le wikicode]

La Naissance de Vénus s'adresse à un public cultivé. Une grande partie de ce qui est représenté ne peut se comprendre qu'avec une bonne connaissance de la mythologie gréco-romaine et de l'art antique. S'y mêlent de nombreux symboles sexuels ou érotiques, dissimulés sous une apparence qui peut apparaître anodine ou anecdotique.

La mer et les vagues[modifier | modifier le wikicode]

D'après la mythologie, Vénus naquit de la mer. La mer a été fécondée en engloutissant le sexe d'Ouranos après que celui-ci eut été émasculé par son fils Cronos. Les vaguelettes frangées d'écume (aphros) blanchâtre sont une allusion au sperme fécondant. Les hommes de l'époque pensaient que les coquillages étaient fécondés par la rosée (dans le tableau, c'est une allusion évidente au liquide qui tombe du ciel... dont Ouranos était le dieu). L'eau bien présente aussi, sous la forme de l'eau de mer, permet le développement de la vie.

La conque[modifier | modifier le wikicode]

Détail de la conque

La coquille gigantesque fait partie des attributs traditionnels de Vénus (Aphrodite). La forme du coquillage rappelle le bas du tronc de la femme, c'est un symbole sexuel évident : symbole de fécondité, mais aussi du plaisir des sens. Vénus, qui surgit de ce coquillage, semble comme la perle qui naît dans la coquille après l'introduction d'un corps étranger. La nacre tapissant en blanc l'intérieur du coquillage est aussi le symbole de la pureté et de l'innocence des jeunes filles (Vénus vient de naître). La couleur pâle du corps de la déesse est aussi une allusion à cette pureté. Notons que dans l'art chrétien, le symbolisme païen de la conque a été détourné. On l'a été souvent employée pour encadrer la Vierge, mais le coquillage est disposé dans l'autre sens, ce qui en fait un symbole de virginité.

Vénus[modifier | modifier le wikicode]

Vénus. Détail du tableau

Vénus est la déesse de la beauté. Mais elle reprend aussi à son compte les mythes de la fécondité des anciennes déesses-mères du Néolithique et de l'âge du bronze. Elle est célébrée dans tout le bassin méditerranéen et spécialement en Crète et à Chypre.

Botticelli la représente avec les critères de la beauté de son époque. La chevelure est blonde, comme le blond vénitien que s'efforçaient d'obtenir les coquettes italiennes par l'exposition de leurs cheveux au soleil. Cependant, les cheveux ne sont pas maintenus par une coiffe, mais seulement par des bandelettes discrètes qui les laissent flotter au vent d'une manière naturelle, quasi sauvage. Mais la carnation est claire, critère de la condition des femmes bien nées de l'époque. Cette nuance claire lui donne un air plus surnaturel, venant du ciel (de l'éther selon les poètes).

Elle est nue, l'état de nature, seulement vêtue de ses cheveux, dont elle se sert pour masquer son sexe. La beauté du corps est ainsi offerte aux spectateurs qui doivent y retrouver la perfection de l'œuvre divine et ne peuvent que remercier le Créateur pour ce cadeau qu'il fait aux humains. Ainsi l'homme redevient le centre de la création du monde (une des grandes idées de l'humanisme de la Renaissance).

Le duo divin[modifier | modifier le wikicode]

Le duo divin de la partie gauche est l'illustration fidèle des Hymnes homériques, dont on venait de faire la traduction.« Le souffle du vent de l'Ouest l'a portée/De l'écume jaillissante et par dessus la mer profonde/Jusqu'à Chypre, son île, aux rivages frangés de vagues... ». Pour Homère, le dieu Zéphyr, le vent de l'ouest, annonciateur du printemps, est associé à Vénus. Pour le poète latin Ovide, dans un premier temps, Zéphyr avait abusé de Chloris, puis en avait fait sa compagne : elle devenait alors la déesse Flore, celle qui au printemps, ranime la végétation (d'où la pluie de fleurs que le duo divin souffle vers Vénus). Ce souffle divin pousse aussi la conque vers la droite c'est-à-dire le monde terrestre.

Le monde terrestre[modifier | modifier le wikicode]

La personnification du printemps

La partie droite de l'œuvre est une représentation du monde terrestre. Elle est inspirée d'un poème écrit au VIe siècle av. J.-C. par Anacréon. Le poète grec évoque l'apparition d'un buisson de roses lorsque la déesse met le pied sur le rivage de Chypre. Des roses rouge pâle ceinturent la jeune fille qui l'accueille (le rosier). Une guirlande de myrte entoure son cou. Dans la mythologie gréco-latine, la rose et le myrte étaient les fleurs attribuées à Aphrodite (Vénus). Les roses d’Aphrodite, rappellent le mythe d’Adonis, un dieu de la fécondation, dont le mythe rappelle celui de Déméter et Perséphone, dont Vénus avait été amoureuse. La couleur rose est un mélange du rouge de l’amour charnel et du blanc de l’amour spirituel.

Cette jeune femme pourrait être l'une des trois Grâces qui faisaient partie de l'entourage de Vénus ; mais ce pourrait être aussi une des trois Heures, qui personnifiaient les saisons. Elle porte une ceinture de pampres et des bourgeons de vignes qui sont le symbole de l'éternité et du recommencement. Sur les vêtements, des pâquerettes, une des premières fleurs du printemps parce qu'elle a résisté au froid et à l’hiver, et devient ainsi devient le symbole de la renaissance.

Le sol est couvert d'anémones et sa robe est parsemée de bleuets, fleurs qui annoncent l'Heure du printemps, qui est la saison durant laquelle Vénus faisait revenir la beauté et l'amour.

La jeune femme tente de couvrir Vénus d’un manteau rouge lui aussi brodé de fleurs. Elle fait entrer la déesse dans le monde civilisé (le voile est un produit du travail humain), elle lui fait quitter la nature sauvage (la nudité) pour la faire entrer dans la nature maîtrisée par l'homme.

La Naissance de Vénus est ainsi le symbole de la transmission de la beauté de l'ordre divin au monde des mortels. Cette transmission, ce mouvement, peut expliquer le décalage vers la droite (vers le monde terrestre) de la figure centrale (Vénus).

Une représentation reprenant le canon esthétique antique[modifier | modifier le wikicode]

La Vénus des Médicis. Musée des Offices, Florence.

La posture donnée à Vénus dans ce tableau rappelle celle de la Vénus dite de Médicis, une sculpture de marbre du Ier siècle av. J.-C., statue qui faisait partie des collections des Médicis. De la statuaire grecque classique, Botticelli a repris l'appui sur une seule jambe, et le déhanchement gracieux qui en résulte. Il retient aussi le geste de pudeur pour tenter de cacher un partie de la nudité : geste de pudeur que l'on trouve surtout dans les représentations féminines et qui est la plupart du temps absent dans les représentations masculines.

La représentation de Vénus correspond au canon esthétique que des artistes comme Polyclète et Praxitèle ont mis au point pour aboutir à l'harmonie. Une des règles du canon veut que l'écart entre les deux mamelons des seins soit égal à celui qui sépare les mamelons du nombril et le nombril de l'entre-jambes. Ce canon utilisé dans l'Antiquité disparut avec le Moyen Âge, pour réapparaître à la Renaissance grâce à l'observation des statues antiques.

Précision[modifier | modifier le wikicode]

  1. La tempera est une couleur en poudre saisie par l’œuf, et diluée par de l’eau, ce qui fait d’elle une matière transparente et claire permettant de nombreuses retouches et superpositions tout en gardant la légèreté de la texture.

Sources[modifier | modifier le wikicode]

Article mis en lumière la semaine du 6 juillet 2015.
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