Laïcisation de l'enseignement en France

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La laïcisation de l'enseignement en France a commencé au XVIIIe siècle. Elle consiste à soustraire la définition des programmes scolaires et la nomination et le contrôle des enseignants à toute influence religieuse (pour la France, celle de l'Église catholique). Elle suppose que les autorités civiles (l'État ou les collectivités territoriales) financent la création et le fonctionnement des établissements scolaires et organisent le recrutement, la formation et le paiement des enseignants.

L'enseignement organisé par l'Église catholique[modifier | modifier le wikicode]

Avant la révolution de 1789, l'enseignement était organisé et financé par l'Église catholique. Les autorité royales se désintéressaient de la scolarisation de la population. Les familles aisées confiaient l'éducation de leurs enfants à des précepteurs ; les familles pauvres, trop occupées à trouver des moyens de vivre, se dispensaient de la fréquentation scolaire. Mais au XVIe siècle l'apparition du protestantisme, considéré comme dangereux pour l'autorité royale et concurrent dynamique du catholicisme, modifie l'attitude des gouvernants. Il faut encadrer la formation intellectuelle de la population. Seule l'Église catholique avait alors les moyens financiers et disposait du personnel nécessaire pour prendre en charge une scolarisation étendue des jeunes. L'État royal lui confie alors l'enseignement.

L'Église catholique s'intéresse d'abord à la scolarisation des futurs cadres civils et militaires du pays. L'ordre des jésuites et la congrégation religieuse des oratoriens ouvrent de nombreux collèges dans ce but. Les études, qui sont de très bonne qualité, y ont une forte imprégnation religieuse. Pour le reste de la population, les rois Louis XIV et Louis XV en 1698 et 1724 ordonnent que des écoles paroissiales sous contrôle du curé ouvrent dans chaque communauté villageoise et dans les villes. Dans les villes la congrégation religieuse des Frères des écoles chrétiennes ouvrent des écoles pour les jeunes garçons. Tout l'enseignement est donc sous le contrôle matériel et intellectuel de l'Église catholique.

Cependant dès le XVIIIe siècle l'influence de l'Église catholique commence à être critiquée. Les philosophes luttent pour la tolérance religieuse alors que seul le catholicisme est autorisé. Ils demandent aussi la diminution du rôle de la religion dans les affaires publiques. Les jésuites très influents, fortement organisés et qui semblent un « corps étranger » dans le royaume (ils obéissent seulement au pape) sont particulièrement visés. En 1764, ils sont expulsés de France (comme ils le sont d'ailleurs un peu partout en Europe occidentale). Cependant Frères des écoles chrétiennes et oratoriens continuent leur enseignement (les oratoriens formeront dans leurs collèges de nombreux révolutionnaires de 1789).

L'enseignement public contrôlé par l'Église catholique[modifier | modifier le wikicode]

Au début de la révolution de 1789, la situation financière de l'Église catholique est mise à mal. Les impôts religieux sont supprimés, les biens accumulés depuis des siècles sont confisqués. En 1792, les congrégations religieuses enseignantes sont interdites. L'enseignement français est démantelé et l'influence religieuse fortement diminuée. Cependant, en 1804, Napoléon Ier autorise la réintroduction des congrégations enseignantes, mais sous son contrôle. Avec la Restauration des rois en 1815, et la politique de revanche des nobles émigrés et de l'Église catholique, la porte est grande ouverte aux écoles religieuses aussi bien dans l'enseignement élémentaire que dans l'enseignement secondaire.

Commence alors une guerre d'usure entre les partisans de l'école publique (sous entendue laïque) et ceux de l'école religieuse (ou confessionnelle). La bataille la plus dure porte sur le recrutement et le contrôle des enseignants. Quelles compétences dans les matières à enseigner et en pédagogie doivent-ils posséder ? Pour enseigner dans une école publique les instituteurs et les institutrices devaient avoir un brevet de capacité. Ce brevet leur était accordé après un examen portant leur leur maitrise de l'écriture, de l'orthographe et de la grammaire, des opérations mathématiques simples, de la géographie de la France et de la religion chrétienne. Pour les écoles confessionnelles de 1816 à 1881, seule une lettre d « obédience » délivrée par l'évêque du département suffisait. Cela ne voulait pas dire que les maîtres ainsi recrutés n'avaient pas les compétences requises, mais ils jouissaient d'un privilège sur leurs collègues de l'enseignement public puisqu'il n'y avait pas d'examen officiel. Cette mesure permit d'ouvrir de très nombreuses écoles religieuses pour les jeunes filles (où on n'était pas très regardant sur la qualité de l'enseignement qui y était donné). L'enseignement public se développant, les programmes scolaires étaient aussi un sujet de conflit. Qui déterminerait les matières enseignées et leur contenu ? L'Église catholique, fortement soutenue par les hommes politiques conservateurs, voulait avoir son mot à dire. Les autorités locales, le maire et le curé, souhaitaient également contrôler ce qui se faisait dans les classes. Ils demandaient donc un droit de regard sur l'enseignement donné et même la vie privée des maîtres. La loi Falloux de 1850, reprend et renforce les dispositions prises depuis 1815 et place l'enseignement public sous la surveillance étroite de l'Église catholique.

Les républicains laïcisent l'enseignement[modifier | modifier le wikicode]

De 1870 à 1879, l'Église catholique a fortement soutenu les tentatives de rétablissement de la royauté en France, malgré la proclamation de la Troisième République en 1870. Installés au pouvoir en 1879, les républicains décident d'interdire l'influence directe de l'Église catholique dans la scolarisation des jeunes Français. En mars 1880, Jules Ferry, ministre de l'instruction publique, échoue pour faire voter l'interdiction d'enseigner aux congrégations. Mais, en juin 1881, le privilège de la lettre d'obédience dont bénéficiaient les congrégations religieuses est supprimé par décret. Les maîtres congréganistes doivent passer un examen (qu'ils réussissent d'ailleurs puisque 90% des hommes et 70% des femmes l'avaient obtenu en 1886). La lutte porte alors sur la fermeture des écoles religieuses. En 1880 et 1884, on soumet à l'impôt les biens des congrégations afin de leur provoquer des difficultés financières. En 1886, les religieux ont interdiction d'enseigner dans l'enseignement public de l'élémentaire au supérieur. Après l'Affaire Dreyfus, pendant laquelle de très nombreuses personnalités catholiques avaient montré leur antisémitisme et leur animosité contre la République, de nombreuses lois votées entre 1901 et 1905, visent à étouffer la pratique de l'enseignement scolaire religieux en France. En 1914 il n'y avait plus que 245 écoles congréanistes en France. La quasi totalité de l'enseignement est publique sans influence religieuse directe.

Enseignement confessionnel en France : ici, une école bilingue, en Bretagne.

Au XXe siècle la lutte continue. Après la Première guerre mondiale, en récompense de l'attitude patriotique des membres du clergé pendant le conflit, les congrégations religieuses sont autorisées à revenir en France. Elles ouvrent de nombreuses écoles privées (écoles élémentaires, établissements d'enseignement secondaire et supérieur). Pendant la Seconde Guerre mondiale ces établissements sont fortement aidés par le régime de Vichy qui de plus rétablit l'enseignement religieux dans les programmes de l'école publique (mesures annulées en 1945 à la Libération). Les lois Marie et Barangé de 1951, créent des bourses d'État pour les élèves de l'enseignement libre (c'est-à-dire privé) pour établir l'égalité avec les boursiers de l'enseignement public. La loi Debré de 1959, permet la création d'aumônerie (donc d'un local religieux avec présence d'un ministre du culte) dans les établissements d'enseignement secondaire avec internat. Elle favorise également le développement de l'enseignement privé (essentiellement religieux) grâce au système du contrat d'association qui permet aux enseignants des établissement privés d'être payés par l'état. En 1984, le projet du gouvernement socialiste de faire fusionner l'enseignement public et l'enseignement privé échoue devant la forte mobilisation des parents et des hommes politiques favorables au maintien de la séparation. En 2004, devant la multiplication des conflits au sujet de l'affichage de ses opinions religieuses (affaire du voile islamique) dans le milieu scolaire, la laïcité de l'enseignement public est réaffirmée par l'interdiction du port de signes religieux ostentatoires (c'est-à-dire mis en valeur de manière excessive).

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