Kominform

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Culte de la personnalité. Joseph Staline chef incontesté du kominform. Célébration du Trentième anniversaire de la Révolution d'octobre

Le kominform était une organisation internationale des partis communistes. C'est l'abréviation de « Bureau d'information des partis communistes et ouvriers ». Il a été créé en octobre 1947 par 9 partis communistes dont 7 étaient au pouvoir dans leurs pays respectifs : U.R.S.S., Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie et Yougoslavie, les deux autres étant le français et l'italien. Le Kominform est dissout en avril 1956, après le XXe congrès du parti communiste de l'URSS et la vague de déstalinisation qui s'en suivit. Le kominform est un des instruments de la Guerre froide.

L'objectif du Kominform est de faire l'unité de pensée et d'action entre les pays où le parti communiste avait une place très importante dans le gouvernement et les partis communistes des autres pays de démocratie libérale (France et Italie) où les communistes avaient un grand nombre d'électeurs et d'élus. Notons que la Parti communiste chinois (pourtant à la porte du pouvoir en Chine) et le parti communiste vietnamien qui lutte alors contre les Français en Indochine n'en sont membres.

Le kominform est mis en place pour faire face au bloc des pays occidentaux que les États-Unis cherchaient à créer par la doctrine Truman (mars 1947) et le plan Marshall (juin 1947). Il se révèle très rapidement être l'outil du contrôle étroit des pays dirigés par les communistes et partis communistes européens par le PC de l'URSS et son chef Joseph Staline.

Les circonstances de la création du Kominform[modifier | modifier le wikicode]

Le kominform prend la suite du komintern ou Internationale communiste qui avait été dissoute par Staline en mai 1943 afin de faciliter les rapports de l'URSS et de ses alliés (États-Unis et Royaume-Uni) dans sa lutte contre l'Allemagne nazie.

Depuis 1945, l'URSS a étendu considérablement son influence en Europe orientale. De nombreux pays ont été libérés de l'armée allemande par l'Armée rouge qui y stationne encore malgré la fin des combats. C'est le cas de la Pologne, de l'Est de l'Allemagne, de la Tchécoslovaquie, de la Roumaine, de la Hongrie et de la Bulgarie. Dans ces pays les partis communistes sont au gouvernement où ils sont en charge de ministères importants qu'ils partagent avec des partis-fantoches ou bien avec des partis « bourgeois » comme en Tchécoslovaquie. Dans les Balkans, la Yougoslavie et l'Albanie qui se sont libérées toutes seules sont dirigées par des gouvernements communistes. En Europe occidentale, profitant de leur participation à la Résistance contre l'occupant nazi ou les gouvernements de collaboration les partis communistes français et italiens sont très influents, ils ont des postes de ministres dans des gouvernements de coalitions avec les partis socialistes et les partis démocrates-chrétiens, ils ont de nombreux députés et dirigent de nombreuses collectivités locales.

Affiche américaine de 1950 vantant le plan Marshall qui est refusé par les démocraties populaires sur ordre du Kominform

Mais la situation change en 1947. En mars, Harry Truman, président des États-Unis, sous la pression des critiques émises par le parti républicain, en prévision de sa réélection comme président (novembre 1948), propose d'aider militairement les « peuples libres d'Europe ». Il s'agit de pouvoir faire face à une éventuelle avancée des troupes soviétiques vers l'ouest, mais aussi de réprimer des tentatives de soulèvements intérieurs organisés par les communistes. C'est la doctrine Truman ou « containment ». En France et en Italie, pays qui acceptent l'aide américaine, les communistes sont contraints de sortir du gouvernement (mai 1947 en France).

Pour les États-Unis l'influence considérable des communistes est due aux grandes difficultés économiques et sociales de la population, difficultés qui sont le résultat des destructions de la guerre et du pillage de l'Europe occupée par les Allemands. Aussi le 5 juin les États-Unis proposent une aide financière et économique massive aux différents gouvernements de tous les pays d'Europe (y compris l'URSS) afin de relever l'Europe de ses ruines, de fournir du travail et des biens de consommation à la population. C'est le plan Marshall. Bien sûr cette aide suppose le maintien du système économique capitaliste dans ces pays et le rétablissement de la démocratie libérale avec plusieurs partis politiques et des élections libres. Ces conditions sont opposées aux idées de l'URSS et des communistes européens. Les gouvernements des pays de l'Europe orientale refusent cette aide économique du fait de ses contreparties politiques (juillet 1947). Le gouvernement tchécoslovaque qui voulait accepter est contraint de refuser.

Fin septembre les partis communistes européens se réunissent en Pologne. Andreï Jdanov, le bras droit de Staline, définit la division du monde en deux camps ennemis : le « camp impérialiste » dirigé par les États-Unis et le « camp démocratique et anti-impérialiste » groupé autour de l'URSS. Les communistes décident de créer le Kominform (5 octobre 1947).

L'action du kominform[modifier | modifier le wikicode]

La participation des partis communistes européens au Kominform, leur devoir de rendre compte régulièrement de leurs actions les place en infériorité vis-à-vis du PC de l'URSS et de Staline. Dans leurs propres pays ils doivent appliquer les directives venant de la direction du kominfom. Ils sont vassalisés.

La rupture avec les autres partis de gauche[modifier | modifier le wikicode]

Dans le contexte naissant de la Guerre froide, le kominfom ordonne aux PC est européens de rompre les fronts nationaux où ils étaient alliés à des partis socialistes. Le plus souvent les partis socialistes sont absorbés par le PC local, afin de créer un parti unique, comme en URSS. Les militants socialistes qui refusent cette absorption sont arrêtés, jugés. En Tchécoslovaquie, seul pays de l'Europe de l'Est qui avant la Seconde Guerre mondiale avait une tradition démocratique, les socialistes tentent de résister. Mais par des manifestations ouvrières qu'il organise, le PC tchécoslovaque parvient à éliminer les ministres socialistes et à s'attribuer tous les pouvoirs. (1948)

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Coup de Prague.

L'épuration des partis communistes[modifier | modifier le wikicode]

Rudolf Slanky, ex-chef du parti communiste tchécoslovaque, pendant son procès en 1952

Pour s'assurer de la fidélité des dirigeants communistes locaux, le kominform épure les partis communistes. Les militants et les dirigeants qui avaient eu un passé révolutionnaire avant la guerre, qui avaient participé à la Guerre civile espagnole, qui avaient fait de la Résistance contre l'armée allemande d'occupation, chez eux ou dans un pays étrangers, sont jugés dangereux. Ayant connu un autre environnement politique que le stalinisme, ils peuvent être critiques sur ce qu'ils voient faire dans leur pays et devenir des noyaux oppositionnels aux dirigeants mis en place Staline.

Les service secrets locaux, appuyés par l'expérimenté service soviétique, va fouiller dans leur passé pour tenter d'y découvrir des traces d'indépendance d'esprit ou d'action jugées utiles à l'époque, mais qui ne sont plus en accord avec les directives actuelles imposées par Staline. On les accuse de titisme, de trotskisme, de déviationnisme « petit-bourgeois », d'être des agents des services secrets américains, ou du sionisme ; il y a souvent un fort relent d'antisémitisme dans les accusations (à la même époque l'État d'Israël voit le jour en Palestine) ... Leur milieu familial, leurs relations leurs sont reprochés. Beaucoup sont arrêtés, soumis pendant des mois à une torture morale, sinon physique pour les faire craquer et accepter n'importe quelle accusation pour avoir enfin la paix. On organise des procès étonnants où on voit des militants communistes au passé reconnu de révolutionnaire et de communiste, s'accuser d'avoir toujours été des traitres, qui demandent le pardon du parti et réclament une punition pour leur passé. Les chefs des partis communistes sont éliminés : en Bulgarie Kostov, en Pologne Gomulka (mis sur la touche) en Tchécoslovaque Slanky (exécuté). Des milliers de cadres subissent le même sort. Seuls restent à la direction des PC locaux les partisans du stalinisme (en attendant bien souvent leur propre élimination ultérieure...)

Le cas yougoslave[modifier | modifier le wikicode]

En Yougoslavie, le kominform ne parvient pas à éliminer Tito, qui est auréolé d'avoir dirigé la résistance yougoslave face à l'occupant allemand. De plus Tito a libéré le pays sans l'aide de l'Armée rouge soviétique, et celle-ci n'occupe pas le pays contrairement aux autres pays de l'Europe de l'Est. À la fin de la guerre, Tito a imposé dans son pays, un système politique et économique copié sur celui de l'URSS, mais il refuse de se plier aux directives de Staline. Le kominform tente d'éliminer Tito par des complots au sein de l'armée, du gouvernement, du parti communiste yougoslaves. En vain, Tito parvient à les déjouer et se débarrasse brutalement de ses opposants. Alors le kominform, condamne ce communisme yougoslave (le titisme) et met en garde les « partis frères » qui voudraient l'imiter.

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