Je voulais juste vivre

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Yeonmi Park à une conférence en 2015.

Je voulais juste vivre est une autobiographie de la réfugiée nord-coréenne passée au Sud Yeonmi Park. Elle y raconte sa fugue de son pays natal pour rejoindre la Chine, où elle sera victime du terrible trafic d'êtres humains sino-coréen, qu'elle fuira aussi en rejoignant finalement, dans un voyage très mouvementé, la Corée du Sud.

Paru en 2015 sous le titre de In Order to Live, puis traduit en français aux éditions Kero l'année suivante, ce témoignage est très important car il révèle non seulement les conditions de vie en Corée du Nord, régime communiste totalitaire, mais surtout les abominables obstacles rencontrés par les réfugiés, notamment en Chine.

Chronologie[modifier | modifier le wikicode]

Corée du Nord[modifier | modifier le wikicode]

Hyesan, ville qui voit naître Yeonmi Park.

La petite Yeonmi naît en 1993 à Hyesan, une ville nord-coréenne de 200 000 habitants. Comme un peu partout en Corée du Nord en dehors de la capitale Pyongyang, la vie est très simple et rustique, même si la nourriture ne manque pas encore.

Toutefois, à partir du milieu des années 90 débute la plus grande famine de l'histoire de la Corée du Nord. Pour survivre, le père de Yeonmi, Jin-sik, décide de pratiquer le marché noir, profitant de la proximité de Hyesan avec la Chine. Habitué à rouler les autorités (ou à les soudoyer quand il est pris sur le fait), il parvient dans un premier temps à assurer à sa famille un train de vie relativement confortable. Finalement, il est arrêté par la police. Après plusieurs mois où Yeonmi et sa sœur Eunmi vont être régulièrement séparées de leur mère et vivre chez d'autres membres de leur famille, Jin-sik est finalement condamné à dix ans de travaux forcés, dans un camp où les chances de survie sont quasiment nulles.

Pendant les deux années suivantes, où Yeonmi et sa famille doivent subir l'absence du père, notre narratrice raconte comment son endoctrinement reprend de plus belle à l'école élémentaire, alors qu'elle doit également aider aux travaux agricoles et que la pauvreté continue de grimper. Grâce aux cassettes vidéos que ramenait son père du marché noir, elle avait déjà pu se forger un début d'esprit critique en visionnant illégalement certains films occidentaux ; désormais, Yeonmi, préadolescente, désobéit de plus en plus clairement au régime en se mettant elle-même au marché noir, comme son père avant elle. Celui-ci sort finalement de prison au bout de deux ans après avoir soudoyé le directeur, mais il est extrêmement malade et affaibli.

Yeonmi grandit et devient une jolie adolescente très courtisée par les garçons de son âge. Avec ses amies, elles parviennent à lutter contre la pression idéologique du régime car la culture occidentale, notamment sud-coréenne, circule très facilement malgré l'interdiction absolue de Kim Jong-il. La famine et la pression du régime s'accentuent et les jeunes Nord-Coréens ont de plus en plus envie de fuir pour aller rejoindre la Chine, symbole
Avant de rejoindre la Corée du Sud (en bas), Yeonmi et sa mère rejoignent la Chine (en haut).
pour eux de prospérité, d'abondance et de sécurité. Yeonmi tombe gravement malade et subit une lourde opération à l'hôpital, tandis qu'Eunmi parvient à trouver des passeurs qui lui font s'enfuir de Corée du Nord vers la Chine. N'y tenant plus, Yeonmi et sa mère fuient précipitamment le Nord à leur tour et espèrent ainsi pourvoir retrouver Eunmi, sans même avoir le temps de prévenir Jin-sik.

Chine[modifier | modifier le wikicode]

La fugue en Chine se révèle être un véritable cauchemar. Yeonmi et sa mère se retrouvent dans un réseau de trafic d'êtres humains, où les passeurs se révèlent être des brutes violentes et perverses, ne cessant de violer leur « marchandise » : si Yeonmi parvient généralement à éviter toute agression sexuelle en résistant avec hargne et violence, sa mère en est victime plusieurs fois, le plus souvent pour sauver sa fille. En plus de cela, le destin qu'on leur indique n'est pas rose : elles doivent être vendues à des Chinois comme épouses ou amantes. Yeonmi, à treize ans, est séparée de sa mère, et finit par être chassée de chez le passeur qui devait la prendre en charge, sous prétexte qu'elle a refusé de se laisser violer.

Elle est confiée à Hongwei, un jeune et important passeur, qui en tombe sincèrement amoureux et refuse d'avoir un acte sexuel avec elle sans son consentement. Il lui promet, si elle devient son amante, de faire retrouver Eunmi, revenir sa mère et amener son père en Chine. Yeonmi accepte et devient ainsi la maîtresse et l'assistante de Hongwei qui, bien qu'elle ne l'aime pas, au moins le mérite de la traiter avec un minimum de respect et de la protéger des autres passeurs qui la désirent. Son « protecteur » tient ses promesses et fait bel et bien amener ses parents à Yeonmi ; toutefois, il est impossible de retrouver sa sœur. Pendant ce temps, la maladie de Jin-sink s'est largement aggravée et le pauvre homme apprend alors qu'il va bientôt mourir. Il décède effectivement quelques mois plus tard après une lente et terrible agonie. Suite à ce drame, Hongwei culpabilise pour tout ce qu'il a fait subir à Yeonmi, notamment d'en avoir fait son esclave sexuel, et la laisse repartir avec sa mère.

Les deux femmes arrivent dans une autre ville chinoise, Shenyang, où elles ont un travail nettement moins dangereux mais à peine plus respectable : elles sont chargées d'exciter des hommes sur des tchats pour adultes, c'est-à-dire érotiques. Yeonmi est de plus en plus lassée d'être un objet sexuel et se surprend à rêver d'aller en Corée du Sud, ennemi juré de son pays natal, où elle pourrait devenir une citoyenne sud-coréenne et ne plus avoir des travaux indécents et une vie dans la clandestinité. Elle et sa mère se rendent alors dans une mission protestante qui les éduque à la religion avant de les aider, avec d'autres réfugiés, à passer la frontière de Chine, où elles doivent faire attention à ne pas être prises sous peine d'être renvoyées en Corée du Nord. Yeonmi est déterminée : si ce risque se réalise, elle se suicidera plutôt que retourner dans son pays natal.

Corée du Sud[modifier | modifier le wikicode]

Arrêtées à la frontière coté sud-coréen par des soldats, Yeonmi et sa mère, ainsi que leur groupe, sont emmenées tour à tour dans plusieurs camps, centres, etc., dans le but de vérifier qu'il ne s'agit pas de « faux » réfugiés, dans quel état de santé sont les vrais, et de leur inculquer tous les principes de base de leur future vie de citoyens de la Corée du Sud. Yeonmi a la mauvaise surprise d'y être souvent traitée avec mépris et condescendance : en effet, les Sud-Coréens ne la croient pas capable, tout comme les autres réfugiés d'ailleurs, de s'intégrer et de réussir, alors que le rêve de Yeonmi est justement d'aller à l'université.

Finalement reconnues citoyennes sud-coréennes, Yeonmi et sa mère doivent s'habituer à leur nouvelle vie. Elles sont au départ surprises et parfois choquées par certains aspects de la vie occidentale, notamment l'abondance de la nourriture et le gaspillage de certains produits. Refusant de se décourager, la jeune fille tente de s'intégrer à la population, mais elle est victime de xénophobie et de mépris. Elle finira par s'inscrire à un pensionnat où elle prend goût à la lecture, trouvant dans cette activité l'instruction et le plaisir dont elle a toujours rêvé, loin des récits barbants
Portrait de Yeonmi Park en tenue traditionnelle lors du sommet One Young World en 2014.
sur les « exploits » de Kim Il-sung et Kim Jong-il. Elle continue à lire et à s'instruire à un rythme effréné, et ses efforts sont extrêmement rapides. Au bout de deux ans, elle remporte son diplôme de fin d'études au lycée, une véritable victoire pour elle.

Yeonmi s'engage désormais dans des études de droit, motivée dans ce choix par les mauvais traitements que le nouveau conjoint de sa mère inflige à celle-ci. Admise à l'université de Dongguk, elle pense continuer ses études comme avant, mais un nouvel événement se produit : la télévision s'intéresse à elle et à son parcours. La réfugiée participe à plusieurs émissions en espérant que cela aiderait sa sœur Eunmi à la retrouver, mais tous ses efforts ne donnent aucun résultat. Toutefois, elle devient une star de la télévision, notamment dans une télé-réalité dédiée aux Nord-Coréens. Souhaitant prendre du recul, Yeonmi s'engage dans une mission d'aide aux nécessiteux de cinq mois aux... États-Unis, les ennemis jurés de son pays natal.

Alors qu'elle est en train de réaliser cette mission, Yeonmi rentre en urgence en Corée du Sud : en effet, Eunmi, auparavant cachée en Chine elle aussi, a réussi à rejoindre le Sud et à retrouver sa mère... Comblée de bonheur, la jeune fille songe à aider plus directement son peuple en faisant des conférences et en prononçant des discours sur sa véritable histoire. Elle devient alors un symbole, une activiste des droits de l'Homme reconnue sur la scène internationale, « l'avocate des Nord-Coréens sans voix ni espoir ». Sa popularité lui fait aussi avoir de mauvaises surprises : le gouvernement nord-coréen du nouveau leader Kim Jong-un la voit comme une dangereuse agitatrice et la présente comme une menteuse dont le cerveau a été lavé par les États-Unis et leurs alliés. Malgré cette menace, Yeonmi est bien décidée à profiter de son bonheur et à continuer à utiliser sa notoriété pour faire face à l'injustice de ce Nord qui l'a vue naître.

Aspects du récit[modifier | modifier le wikicode]

La Corée du Nord, régime totalitaire, pauvre et corrompu[modifier | modifier le wikicode]

  • Ce pays est un régime totalitaire où Yeonmi est endoctrinée, depuis toute petite, à vénérer Kim Il-sung et Kim Jong-il comme des dieux, à ne rien cacher aux autorités, à obéir de manière stricte à toutes les règles et d'avoir une fidélité absolue envers le régime, ce dernier étant présenté par l'abondante propagande comme le meilleur État qui soit1. Elle raconte par exemple que sa mère était stupéfaite par la mort de Kim Il-sung car celle-ci n'avait jamais envisagé la possibilité qu'il meurt, ou qu'elle apprenait à l'école à faire l'équivalent de la confession dans la religion chrétienne (« Je n'ai pas assez rendu service au Grand Leader », etc.) sauf que cette fois-ci, c'est le dictateur qui est vu comme la divinité magnanime et miséricordieuse qui pardonne à ses sujets leurs « péchés ». Les enfants sont aussi élevés dans un climat de haine à l'égard des Occidentaux et particulièrement des Américains et Coréens du Sud1.
De gauche à droite, les trois dictateurs nord-coréens : Kim Il-sung (1948-1994) ; Kim Jong-il (1994-2011) ; Kim Jong-un (depuis 2011).
  • Au milieu des années 1990, alors que le jeune Kim Jong-il vient de succéder à son père Kim Il-sung, une famine extrêmement grave s'installe dans le pays, due à l'effondrement ou la conversion au capitalisme des régimes communistes un peu partout dans le monde et notamment de ceux qui avaient l'habitude d'aider la Corée du Nord en lui fournissant de la nourriture et en ayant avec elle de solides relations commerciales. Kim Jong-il refuse d'abandonner le système communiste originel et préfère voir son peuple s'enfoncer dans la famine : de nombreux habitants meurent ou basculent alors dans la pauvreté2, telle la famille de Yeonmi. Cet aspect de la vie de la petite Nord-Coréenne est longuement décrite : la faim entêtante, le froid, la misère, la méfiance, l'absence d'électricité, ... Elle raconte également comment, à ce moment-là, les habitants commencent à tricher pour survivre en se mettant au marché noir ; c'est ainsi qu'une partie de la population se forme à une ébauche de capitalisme3,4,5. C'est d'ailleurs l'emprisonnement de son propre père pour marché noir qui sera l'un des points de départ de sa fuite, plusieurs années plus tard.
  • La corruption est présente partout en Corée du Nord. À de nombreuses reprises, Yeonmi et sa famille soudoient des gardes, des notables, etc., afin de pouvoir désobéir au régime sans prendre de risques5. C'est ce qui permet au père de Yeonmi de sortir de prison au bout de deux ans seulement, alors qu'il devait y rester au moins huit ans de plus. La Corée du Nord est aussi un régime où l'on dénonce abondamment6, et où tout soupçon de traitrise peut mener directement aux camps de travail, d'où l'on ne ressort pas souvent...

L'enfer des réfugiés[modifier | modifier le wikicode]

  • Une fois passé la frontière avec la Chine, Yeonmi et sa mère découvrent la terrible réalité du trafic sino-coréen d'êtres humains. Les femmes y sont traitées comme des objets sexuels, violées à de nombreuses reprises par les passeurs et « vendues » à des Chinois en quête d'une épouse ou d'une maîtresse7. Le plus souvent, Yeonmi se défend violemment lorsqu'on tente de la violer et doit subir la colère des passeurs éconduits, tandis que sa mère, au contraire, se laisse violer car elle ne veut pas que les trafiquants se vengent sur la jeune fille.
Lee Hyeon-seo, une autre réfugiée amie d'enfance de Yeonmi.
  • Si les femmes ne peuvent pas fuir ces trafiquants, c'est parce qu'elles savent que c'est la moins pire de solutions : en effet, le gouvernement chinois, alors en bons termes avec la Corée du Nord, refuse d'aider les réfugiés à s'échapper de leur pays. Ainsi, les trafiquants peuvent les menacer : si elles tentent de s'enfuir ou de résister à leurs pulsions, elles seront dénoncées à la police qui les ramènera de force dans leur pays d'origine, où elles seront probablement envoyées dans des camps de travail8. Le seul moyen pour les réfugiées de quitter la Chine ou au moins d'y être traitées comme des êtres humains est donc... d'être libérées par leurs « propriétaires ».
  • Une fois en Corée du Sud, après avoir failli plusieurs fois être renvoyée en Chine puis avoir vécu pendant plusieurs semaines dans des camps ou des centres, Yeonmi est reconnu citoyenne de ce pays. Elle y comprend rapidement que les Nord-Coréens sont victimes de discrimination et de moqueries de la part des Sud-Coréens qui, surpris par leurs manières fébriles, leur accent et leur pauvreté visible, les méprisent ou se montrent condescendants9. Il est toutefois possible de sortir de cette situation en étudiant très longuement et très durement, et en adoptant la culture et les manières sud-coréennes : c'est ce que fait - avec succès - Yeonmi9.
  • Lorsque certains réfugiés acquièrent une certaine notoriété, comme dans le cas de Yeonmi, ils doivent subir la pression et les menaces du gouvernement nord-coréen, qui peut également punir leurs proches restés au Nord ou les forcer à se désolidariser clairement des fugitifs.

L'auteure : Yeonmi Park[modifier | modifier le wikicode]

Yeonmi Park en 2014.

Yeonmi Park est née le 04 octobre 1993 à Hyesan, en Corée du Nord. Ce livre, Je voulais juste vivre, raconte son histoire, de son enfance marquée par la famine à son arrivée en Corée du Sud, en passant par son esclavage sexuel en Chine10. Elle vit aujourd'hui avec sa mère et sa sœur : toutes trois sont devenues citoyennes sud-coréennes. Depuis 2014 notamment, parallèlement à ses études de droit, elle est fortement engagée dans la dénonciation des crimes du régime nord-coréen11.

Elle est très sceptique quant à l'hypothèse d'une réunification de la Corée, pensant qu'elle ne serait possible qu'en cas d'une dissolution du Nord comme dans le cas de l'URSS. Elle pense que le meilleur moyen pour aider les Nord-Coréens est que les réfugiés continuent à raconter leur histoire autant que possible. Elle s'est régulièrement attaquée directement à Kim Jong-un, le qualifiant de « jeune homme cruel », de « criminel » ou de « monstre »12.

Pour aller plus loin...[modifier | modifier le wikicode]

Vikiliens pour compléter[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Yeonmi Park (traduit de l'anglais par Séverine Quelet), Je voulais juste vivre, 2016, éditions Kero

Sources et références[modifier | modifier le wikicode]

Articles Wikipédia[modifier | modifier le wikicode]

Articles de presse et sites Internet[modifier | modifier le wikicode]

Article mis en lumière la semaine du 28 août 2017.
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