Jacques-René Hébert

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Jacques René Hébert.

Jacques René Hébert est né le 15 novembre 1757 à Alençon en Normandie (actuel département de l'Orne) et a été guillotiné à Paris le 24 mars 1794, âgé de 36 ans. C'était un homme politique et un journaliste français de l'époque de la Révolution française. Ses idées politique le classaient à l'extrême-gauche des Montagnards, partisans de mesures politiques et sociales favorables aux Sans-Culottes.

Hébert avant la Révolution[modifier | modifier le wikicode]

Jacques Hébert est né dans une famille bourgeoise, son père qui était orfèvre, était un notable d'Alençon, il cumulait les fonctions d'échevin, président du tribunal de commerce et trésorier de l'église de sa paroisse. Orphelin de père à 8 ans, Hébert est destiné à devenir prêtre ou juriste. Il entre au collège d'Alençon, mais n'y brille guère à cause de sa paresse. À 18 ans, un aventure sentimentale avec une femme mariée de 36 ans mais qui le trompe lui vaut des déboires avec la justice. Par des écrits placardés dans la ville il menaçait ses concurrents des pires châtiments corporels. Trainé en justice pour diffamation il écope de 12 livres d'amendes et de 1000 livres de dommages-intérêts. Il est ruiné et son avenir comme juriste devient impossible. Il quitte Alençon pour Paris. Dans la capitale pour vivre juste au dessus du seuil de pauvreté il doit emprunter à ses amis et faire divers métiers comme contrôleur de billets au théâtre des Variétés et laquais.

Les débuts de la Révolution[modifier | modifier le wikicode]

La Une du numéro 292 du Père Duchesne. Après le 31 mai 1793 et la chute des Girondins

Bourgeois déclassé, vivant parmi la population des quartiers populaires de Paris la Révolution française va lui permettre de prendre une revanche sur son infortune. Dès 1789, il publie des pamphlets en particulier contre les aristocrates et en raison du succès d'audience de ses attaques s'acharne contre l'Abbé Maury, orateur de l'Assemblée constituante, très hostile à la Révolution. En février 1790 il fonde le journal Le Père Duchesne, où il révèle son talent d'agitateur en direction des milieux populaires. Curieusement son nom n'apparait nulle part dans le journal, puisqu'il est un rédacteur salarié (il gagne 6 livres par jour) aux ordres de son patron l'imprimeur Tremblay. Il rompra avec Tremblay au 137e numéros en juin 1792. Puis il s'associe avec un autre éditeur, association qui durera jusqu'à la mort d'Hébert.

En février 1792, Hébert épouse Marie-Marguerite-Françoise Goupil, une parisienne de deux ans plus âgée que lui. Marie Goupil a été pendant huit ans nonne au couvent parisien des Dames de la Conception Saint-Honoré. Elle a abandonné le voile de religieuse en 1790 (comme le permet alors la nouvelle loi sur les ordres religieux qui vide les couvents considérés comme inutiles). En février 1793, ils ont une fille nommée Virginie (qui mourra en 1830).

Les idées politiques d'Hébert[modifier | modifier le wikicode]

Hébert n'est pas un théoricien de la politique. On peut saisir ses idées dans les articles successifs du Père Duchesne. Celles-ci naissent au gré des évènements. Il est monarchiste en 1790 quand la France se réforme sans rencontrer l'opposition systématique du roi. Mais après la fuite du roi pour rejoindre les souverains étrangers hostiles à la révolution en juin 1791, il change d'opinion désormais il considère le roi comme un déserteur qui ne mérite plus sa confiance. Après la déchéance de Louis XVI consécutive à la journée du 10 août 1792, il regrette que les Français se contentent de mettre en prison le roi.

Malgré sa tentative Hébert n'est pas élu député à la Convention nationale qui dirige la France à partir du 22 septembre 1792. Par contre il est élu substitut du procureur de la Commune de Paris (le procureur étant son ami Chaumette). Pendant l'automne 1792, il réclame la mort pour le roi (après que l'on ait découvert des papiers montrant la trahison de ce dernier).

L'échec de la tentative de sortie des députés girondins. Refoulés dans la salle de la Convention, les chefs des députés girondins y seront arrêtés

Pendant l'hiver 1793, la République est attaquée par la coalition de souverains européens et menacée de l'intérieur par le soulèvement des Vendéens. Hébert s'en prend au députés girondins qui dirigent alors la France. Il les accuse de s'opposer aux mesures nécessaires pour rétablir la situation militaire et améliorer les conditions de vie des Sans-culottes. Il réclame que l'on frappe surtout les gros spéculateurs qui cachent les marchandises pour en faire augmenter le prix ; mais il veut qu'on laisse tranquille les petits commerçants parisiens, qui sont une part non négligeable des classes populaires de l'époque. Pour lui mécontenter le peuple en lui rendant la vie matérielle difficile c'est faire le jeu des ennemis de la révolution (notons qu'il ne demande que la réglementation des prix mais ne s'en prend pas à la propriété considérée par la plupart des révolutionnaires comme un des droits de l'homme). Ses appels à l'élimination des Girondins qu'ils accusent d'être des traîtres et de vouloir rétablir la royauté (numéro 230 du Père Duchesne) lui valent d'être arrêté le 24 mai. Mais il est rapidement libéré après l'arrestation des chefs girondins après les journées de 31 mai et 2 juin 1793.

À partir du début juin 1793, la France est dirigée par les députés Montagnards. Ceux-ci, tous des bourgeois, sont convaincus qu'il faut contenter le peuple pour qu'il soutienne la Révolution, mais ils se font tirer l'oreille pour passer aux actes. Hébert va s'y employer. Cependant il condamne la révolte des blanchisseuses qui du 26 au 28 juin attaquèrent les bateaux chargés de savon et se partagèrent la cargaison. S'attaquer à la propriété est encore pour Hébert un acte de trahison et ne peut être accompli que par des agents de l'Angleterre afin d'allumer la guerre civile. Et le Père Duchesne de menacer que « si l'on pille, nous ferons tous un rempart de nos corps pour empêcher la violation des propriétés ». En cela Hébert se démarque nettement de Jacques Roux, le chef des Enragés qui au nom de l'Égalité et du droit de vivre décemment, tient un discours plus énergique contre les propriétaires de tous bords, grands ou petits. Jacques Roux sera arrêté, et interné le 5 septembre (il se suicidera dans sa prison en décembre).

Le 13 juillet 1793, l'assassinat de Jean-Paul Marat, rédacteur du journal L'Ami du peuple prive Hébert d'un sérieux concurrent. De plus l'élimination des Enragés laisse le champ libre. Hébert se trouve ainsi devenir le porte parole des Sans-Culottes.

Le chef des Exagérés[modifier | modifier le wikicode]

Hébert élu substitut du procureur général de la Commune de Paris, occupe un poste important dans cette assemblée très populaire qui tente de rivaliser avec la Convention pour la direction du pays. Il est très lié avec Chaumette, le procureur général de la Commune, Anarchasis Cloots, député à la Convention, Ronsin, un des dirigeants du ministère de la guerre, Hanriot le chef de la Garde nationale. Par ses amis Collot d'Herbois et Billaud Varennes, députés membres du Comité de salut public depuis le 6 septembre 1793, il peut influencer le centre principal de la prise de décisions. Dans le numéro 263 du Père Duchesne Hébert écrit : « Il y trop longtemps que les pauvres bougres de sans-culottes souffrent et tirent la langue. C'est pour être heureux qu'ils ont fait la révolution ». Ces révolutionnaires seront qualifiés d'Exagérés par les Montagnards modérés.

Par ailleurs Hébert est un des orateurs les plus importants du Club des Cordeliers, club politique parisien qui regroupaient les militants sans-culottes les plus engagés pour des changements sociaux et politiques. Par son journal il dirige l'opinion et pèse sur la Convention qu'il menace continuellement d'une émeute si les députés ne prennent pas les mesures jugées nécessaires à la défense et à l'approfondissement de la Révolution.

Sous la pression des Exagérés, la Convention vote la loi des suspects du 17 septembre 1793, celle-ci élargissait considérablement les critères pour être déclarés suspects pouvant être poursuivis en justice. Puis le 29 septembre, les députés montagnards finirent par accorder la loi du Maximum général des prix et des salaires ardemment réclamée par les sans-culottes qui connaissent une grave crise du ravitaillement.

Hébert soutient la campagne de déchristianisation qui se développe en France dans l'automne 1793. Il se heurte alors fortement à Robespierre et à Danton qui accusent les déchristianisateurs d'affaiblir le camp républicain en divisant les Français (majoritairement croyants chrétiens à l'époque) pour des raisons religieuses alors que la République est encore menacée de l'extérieur et de l'intérieur.

L'élimination d'Hébert et de ses amis[modifier | modifier le wikicode]

Portrait d'Hébert dans la charrette le menant à la guillotine

A la fin de 1793, la situation militaire de la République est plus favorable : les armées étrangères ont été repoussées et l'insurrection vendéenne anéantie. Aussi une partie des Montagnards estime qu'il faut arrêter les mesures extraordinaires de la Terreur. Ils veulent relâcher une partie des suspects, stopper la déchristianisation et revenir sur les mesures économiques réduisant la liberté du commerce. On les appelle les Indulgents, leur chef est Danton, son ami Camille Desmoulins défend ces mesures dans un nouveau journal Le Vieux Cordelier. À l'opposé , Hébert et ses amis pensent qu'il faut profiter de la situation pour approfondir la Révolution et lui donner une orientation plus favorable aux sans-culottes. Les hébertistes s'en prennent violemment aux Indulgents.

En décembre 1793, Robespierre et ses amis s'allient aux Indulgents. La déchristianisation est condamnée. Pour calmer les sans-culottes, les Montagnards votent les décrets de ventôse (fin février à mi-mars 1794) qui accordent des secours à ceux qui ont une vie difficile mais il faut que les autorités locales en établissent les listes. Le décret du 26 février décide de la redistributions des biens des suspects en faveur des plus pauvres. Ces mesures n'ont pas d'effets immédiats. Mais rien n'est décidé pour la réglementation stricte des prix des produits alimentaires qui intéressent le plus les sans-culottes.

Hébert traite les Robespierristes d'« endormeurs » et appelle publiquement à l'insurrection contre le gouvernement républicain dirigé par les Robespierristes.

Une manifestation des sans-culottes est prévue pour la mi-mars. Prenant les devants, dans la nuit du 13 au 14 mars, les Robespierristes font arrêter Hébert et ses amis. Ils sont immédiatement jugés pour complot pour le compte de l'étranger. Parmi les accusés à côté d'Hébert, on trouve Ronsin, du ministère de la guerre, Momoro de la Commune de Paris, des militants moins connus, mais aussi des étrangers comme Cloots, le banquier Kock, Proli, Desfieux, Pereira... qui sont soupçonnés de relations avec les puissances étrangères du fait de leur nationalité. Ils sont jugés par le tribunal révolutionnaire et condamnés à mort. Ils sont exécutés le 24 mars (4 germinal an II). Hébert sera guillotiné le dernier. Sa femme le sera aussi le 13 avril … en compagnie de la veuve de Camille Desmoulins (lui-même guillotiné le 5 avril avec Danton).

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