Grand pontife

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Dans la religion romaine, pendant les périodes monarchiques (du VIIIe siècle jusqu'à la fin du VIe siècle) puis républicaines (jusqu'au milieu du Ier siècle av. J.-C.) le Grand Pontife (Pontifex Maximus) est le chef du collège des pontifes, le plus important groupes de prêtres de Rome. Il dirige la religion officielle de la ville.

Nommé à vie, jusqu'en 330 av. J.-C. le Grand Pontife est choisi parmi les familles patriciennes. Il organise les cérémonies religieuses publiques ( sacrifices, consécrations des temples...) qui sont très nombreuses à Rome. Le grand pontife nomme a des fonctions religieuses très importantes du culte publique comme les vestales et les flamines. Avec ses collègues pontifes il assure le culte des dieux qui n'ont pas de clergé. Il surveille le culte privé rendu dans les familles aux mânes des ancêtres et il intervient dans certains actes de la vie privée (testament et mariages des patriciens). En organisant le calendrier officiel qui organise la vie publique et privée des Romains et a ainsi une très grande influence sur la vie religieuse et politique de la ville.

Pendant l'empire romain, l'empereur s'attribuait les fonctions de grand pontife et avait ainsi le contrôle de la vie religieuse de l'empire.

Nomination du Grand Pontife[modifier | modifier le wikicode]

Une fois nommés les Pontifes et le grand Pontife, le restent à vie, sauf démission. C'est un poste de prestige et d'une grande importance politique.

Pendant les premiers siècles de la République romaine, comme ses collègues pontifes, le Grand Pontife était choisi par cooptation parmi les anciennes familles patriciennes de Rome. De cette façon les nobles conservaient le contrôle de la vie publique romaine (voir ci-dessous les fonctions du Grand Pontife). Ce n'est qu'en 300 que la loi Ogulnia ouvrit la charge de pontife aux plébéiens, mais le premier plébéien ne fut choisi comme Pontifex Maximus qu'un demi-siècle plus tard en 254 av. J.-C..

En 104, la loi Domitia confia le choix des Pontifes au vote de l'assemblée des Comices tributes, mais seulement 17 tribus sur 35 avaient le droit de vote. En 81, pendant la période réactionnaire qui vit le retour en force des nobles, Sylla abolit la loi Domitia et rétablit la cooptation parmi les pontifes. En 63 sous l'impulsion de Jules César, alors Grand Pontife et leader du camp populaire, les mesures prises a Sylla sont abolies et le vote rétablit.

Il apparait que la variation du mode de désignation a une grande importance politique. La cooptation favorise les grandes familles nobles, l 'élection est plus favorable au camp populaire.

Mais le nombre de Pontifes est aussi déterminant. Plus il y en a plus le corps électoral peut être influencé, on peut y faire entrer les partisans de l'un ou l'autre camp ou offrir ce poste comme récompense à ses amis. Ainsi dans les premiers temps de République (avec la domination politique des familles patriciennes), il n'y avait que 6 Pontifes (y compris le Grand Pontife). La loi Ogulnia de 300 en porte le nombre à 9 (y compris le Grand Pontife). La réforme de Sylla augmenta le nombre à 15 et Jules César décida qu'il y aurait désormais 16 pontifes (y compris le Pontifex Maximus).

Objets symboliques du grand pontife[modifier | modifier le wikicode]

Les objets symboliques de la charge de Grand Pontife. Revers d'un denier émis sous Jules César, qui était Grand Pontife depuis 63. À gauche en bas le simpulum, au dessus l'aspergillum. Au centre la secespita et le securis. À droite l'apex

Comme insignes de sa fonction le Grand Pontife portait sur la tête une bonnet formé d'une calotte de laine surmontée d'un morceau de bois d'olivier (l' apex). Afin de puiser le vin de libation pour les sacrifices il se sert du simpulum une cuillère à long manche. Il utilise deux instruments pour égorger les victimes offertes aux dieux lors des sacrifices : le securis sorte de hache et la secespita, couteau à la lame en fer très effilée avec un manche d'ivoire incrusté d'or et d'argent. Pour la purification du sacrifice ou d'un lieu il utilisait l'aspergillum une sorte de balais ou de goupillon qu'il trempait dans de l'eau et permettait d'asperger les lieux.

Obligations du Grand Pontife[modifier | modifier le wikicode]

La demeure du Pontifex Maximus était la Doma Publica située entre la maison des Vestales et la Voie sacrée près de la Régia (demeure du Rex sacrorum) sur le Forum romain.

Le Pontifex Maximus avait l'interdiction de quitter l'Italie. Cependant , dans les derniers siècles de la République de nombreux Grands Pontifes n'en tiendront pas compte, comme Jules César qui bien que Grand Pontife depuis 63 av. J.-C. fit la Guerre en Espagne et en Gaule.

Il n'était pas interdit au Grand Pontife d'exercer d'autres fonctions publiques officielles.

Les fonctions du Grand Pontife[modifier | modifier le wikicode]

Le chef de la religion publique romaine[modifier | modifier le wikicode]

Le Grand Pontife accomplissant un sacrifice devant la temple de Jupiter Capitolin. Ici l'empereur Marc Aurèle, en tant que grand Pontife

Le Grand Pontife avec ses collègues pontifes assurent le déroulement quotidien de la religion publique. Il doit maintenir la paix des dieux si importante dans la mentalité romaine, qui cherche à attirer par tous les moyens la protection divine et surtout ne pas mécontenter les divinités. Les Pontifes doivent donc veiller à ce que les cérémonies et les rites qui les accompagnent soient faits correctement selon les traditions. Il assiste un magistrat lorsque celui-ci avant de prendre une décision et d'agir doit demander l'avis des dieux par la consultations des haruspices. Il prend part aux différents sacrifices afin d'obtenir la protection des dieux sur la ville, en particulier lors des épidémies ou des phénomènes naturels violents et destructeurs. Il en fait de même pour la consécration (dédicace) des temples. Le grand pontife doit assurer le fonctionnement des cultes où il n'y a pas de prêtres afin que le dieu concerné ne manifeste pas son hostilité à Rome. Pour les cultes ayant des prêtres le Grand Pontife nomme les flamines et les vestale et les contrôlent pendant l'exercice de leurs fonctions et dispose d'un pouvoir disciplinaire sans appel.

L'approbation du Grand pontife est nécessaire dans les mariages (mariage par confareattio) des patriciens romains, en raison du rôle essentiel du chef de familles dans le culte familial des manes et des lares des ancêtres. Toujours dans le cadre de la défense de la famille traditionnelle romaine, le Grand Pontife intervient dans le processus d'adoption (très fréquent à Rome) et dans les testaments. Il intervient également dans la réglementation des cérémonies de décès.

Un rôle politique très important[modifier | modifier le wikicode]

À côté de son rôle religieux strict le Grand Pontife intervient d'une manière importante dans la vie politique de la cité, où tout est lié à la religion officielle.

Le Grand Pontife et les pontifes sont chargés de tenir les archives de l'État. Chaque année ils doivent collecter les procès verbaux des élections aux différents postes de magistrats, nombreux à Rome et tenir à jour la liste de ces magistrats. Ils doivent conserver les décisions religieuses qui ont été prises pour le fonctionnement religieux de la cité et ajouter leurs commentaires. Il doit de noter les évènements marquants de l'année et les présages envoyés par les dieux qui les accompagnent. Ces faits constituent les Annales maximi , c'est-à-dire la mémoire officielle de l'État romain. Ces annales, qui sont enregistrement de l' intervention des dieux dans la vie de Rome, sont destinées à instruire les générations futures pour leur fournir des exemples à méditer et à suivre. Elles doivent guider l'action des magistrats qui doivent s'y référer avant d'agir afin qu'ils ne mécontentent pas les dieux. Longtemps tenues secrètes, afin de les soustraire à la connaissances des plébéiens, ces annales orientent la vie politique.

Le grand Pontife est également le responsable du calendrier qui rythme la vie quotidienne et politique des Romains. Le calendrier romain de type lunaire devait périodiquement être ajusté pour le faire correspondre au cycle solaire. Le grand Pontife devait alors ajouter des jours et un mois supplémentaire (le mois intercalaire) et de ce fait les années romaines n'avaient pas toutes le mêmes nombres de jours. Ce fait est très important politiquement, car les magistrature romaines sont annuelles. En créant une année plus longue, le grand Pontife pouvait ainsi favoriser ses amis ou au contraire en raccourcissant l'année civile il pénalisait ses adversaires politiques. Il déterminaient également la date des fêtes mobiles très nombreuses à Rome et la succession des jours fastes ( où l'activité politique, religieuse et productive est autorisée) et des jours néfastes (qui sont des jours fériés).

C'est parce qu'il était Grand Pontife que Jules César peut imposer une réforme du calendrier en 46 av. J.-C. .

Le grand pontife sous l'Empire[modifier | modifier le wikicode]

L'empereur Auguste en costume de Grand Pontife. La tête recouverte d'un pan de la toge indique qu'il fait une action religieuse
.

Devenu empereur Auguste en 13 av. J.-C. se fit donner le tire de Grand pontife. Désormais ce sont les empereurs qui deviennent les chefs de la religion officielle de Rome. Ils détiennent ainsi le droit de nommer à différentes prêtrises ce qui leur permet d'acheter ou de récompenser des personnes fidèles. Comme Grand Pontife, Auguste entreprit de redonner toute son importance à la religion traditionnelle qui subissait alors la concurrence des cultes ntroduits d'Orient (celui d'Isis, de Mithra ou de Cybèle. Il fit restaurer les temples dont l'entretien avait été négligé.

Quand l'empereur était absent de Rome, un promagister exerçait ses fonctions pour la partie religieuse des cérémonies officielles.

À partir du IIIe siècle, lorsque plusieurs empereurs régnèrent en même temps, en particulier pendant la Tétrarchie, la charge et les droits des Grands Pontifes furent donnés à chacun d'eux.

Même les premiers empereurs chrétiens gardèrent la fonction de Grand Pontife, c'est les cas de l'empereur Constantin Ier. Mais vers le milieu du III ème siècle après J.C., la progression du christianisme dans la société romaine, réduit le nombre de grandes familles païennes à qui on pouvait donner la charge de pontife.Ce n'est que qu'autour de 380 que les empereurs renoncèrent au titre.

En 381, l'empereur Théodose Ier fait du christianisme la religion officielle de l' Empire romain. Le mot "pontife" devint alors un terme utilisé pour désigner les évêques chrétiens (qui étaient désormais les chefs de la religion dans leurs diocèses). Le titre de "Pontifex Maximus" sera repris par le Pape Léon Ier (440-441) ou par le pape Grégoire Ier (590-604) car le pape avait alors affirmé sa supériorité hiérarchique sur les autres évêques.

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