Génocide arménien

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Civils arméniens encadrés par des soldats turcs, en marche vers la déportation. Harput, empire ottoman. Avril 1915

Le génocide arménien est le massacre organisé des Arméniens vivants dans l'empire ottoman, entre avril 1915 et juillet 1916. Le génocide a été ordonné par le gouvernement turc dirigé par les Jeunes-Turcs. L'exécution a été confiée à l'armée, à la police et la gendarmerie turque, ainsi qu'à des organisations para-militaires, le tout sous la direction des autorités turques locales. Les Arméniens ont alors été victimes de massacres, de déportation vers le désert syrien (une région de l'empire turc) et de famine. Selon les points de vue très opposés entre les Turcs et les Arméniens, il y aurait eu entre 800 000 et 1,2 millions de victimes (soit le tiers ou la moitié de la population arménienne).

À l'époque, en pleine Première Guerre mondiale, la Turquie, alliée de l'Allemagne, était en guerre contre les Russes. Elle doutait de la fidélité des Arméniens (qui sont des chrétiens apostoliques) vivant dans l'Empire turc dans les régions proches de l'Empire russe (les Russes sont des chrétiens orthodoxes). De plus l'existence, en Anatolie et Arménie occidentale, d'un territoire chrétien implanté depuis des siècles au milieu d'un vaste ensemble de populations sœurs des Turcs, gênait la possibilité d'un vaste regroupement de celles-ci (ce qui était le rêve des partis pan-turcs).

En 2015, la Turquie n'admet pas que l'on qualifie de génocide les massacres d'Arméniens qui ont eu lieu en 1915-1916 ; par contre les parlements de 23 pays ont reconnu l'existence de ce génocide.

Les Arméniens dans l'empire Ottoman

Proportion des Arméniens dans les vilayets de l'est de l'Anatolie. Le trait vert sépare l'Empire turc de l'Empire russe.

Les Arméniens forment une minorité ethnique dans l'empire ottoman

Avant la Première Guerre mondiale, les Arméniens vivant dans l'empire ottoman étaient surtout nombreux, mais non majoritaires dans l'est de l'Anatolie, à proximité des frontières turco-russes et turco-perses. Des Arméniens vivaient également dans l'empire russe (dans ce qui correspond à l'Arménie actuelle).

Il est difficile de savoir combien d'Arméniens vivaient alors dans l'Empire turc. Les chiffres varient selon qu'ils proviennent des autorités turques ou des autorités religieuses chrétiennes. Ils varient entre un million et demi et deux millions et demi d'Arméniens avant 1915, alors qu'il y a 36 millions d'habitants dans l'Empire ottoman.

Dans l’Empire ottoman, les Arméniens étaient considérés comme des habitants de seconde catégorie. Les Arméniens étaient surtout des paysans pauvres « rackettés » régulièrement par les nomades kurdes armés. Mais dans les villes turques, des commerçants arméniens pouvaient bénéficier d'une éducation plus soignée et former une élite intellectuelle.

Après la désastreuse guerre russo-turque de 1877-1878, l'Empire ottoman promet aux vainqueurs d'appliquer le règlement de 1868 qui protégeait les populations chrétiennes (parmi lesquelles les Arméniens) et leur donnait les mêmes droits qu'aux populations musulmanes.

Les premiers massacres d'Arméniens par les Turcs

Le sultan Abdülhamid, représenté comme un boucher. Caricature de l'époque.

Afin d'accélérer les améliorations, dans les années 1880, les Arméniens forment des partis politiques, certains non violents, d'autres socialistes ou encore indépendantistes. Cela déplaît aux gouvernement impérial turc.

De nombreuses révoltes arméniennes sont réprimées par les autorités aidées par les Kurdes. De 1894 à 1896, le sultan Abdülhamid II, surnommé par dérision « le Grand Saigneur » favorise le massacre d'au moins 200 000 Arméniens dans la région de Sassoun : près des 300 000 Arméniens se réfugient dans le territoire russe. La crainte d'une intervention militaire des Britanniques et des Russes fait cesser les massacres.

En juillet 1908, le sultan est renversé par la révolution des Jeunes-Turcs. Un temps alliés aux Arméniens, les nouveaux dirigeants turcs reprennent la politique de répression. En avril-mai 1909, en Cilicie (région d'Adana), l'armée turque massacre près de 30 000 Arméniens.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Arméniens dans l'Empire ottoman.

Le génocide de 1915

Carte des massacres, déportations, lieux de résistance, etc.

La Turquie entre dans la Première Guerre mondiale

Le génocide des Arméniens est favorisé par l'entrée en guerre de la Turquie le 29 octobre 1914. Le pays devient l'allié de l'Allemagne (qui avait placé des capitaux importants dans l'empire turc) et de l'Autriche-Hongrie.

L'objectif fixé à l'armée turque est de contrôler fermement le détroit des Dardanelles, afin d'empêcher les Franco-britanniques de ravitailler facilement les Russes en passant par la mer Noire. La Turquie doit aussi attaquer les Russes dans le Caucase. Pour faire face sur ce front nouveau, les Russes devront retirer des troupes qui jusqu'alors combattaient contre les Allemands et les Austro-Hongrois. La Turquie espère que l'effondrement de l'Empire russe, son ennemi depuis des siècles, lui permettra de réaliser son rêve d'unification des populations turcophones et musulmanes, depuis les Dardanelles jusqu'à l'ouest de la Chine, populations qui vivent alors sous la domination russe.

Le Caucase arménien est la région des combats. Des soldats arméniens combattent dans l'armée turque avec fidélité, selon Enver Pacha, le ministre turc de la guerre, malgré les appels des Russes pour les faire changer de camp. Les troupes turques sont en difficulté : elles sont écrasées par l'armée russe en janvier 1915, à Sarikamish. Enver Pacha accuse de trahison les Arméniens vivant dans la région. En avril 1915, des déserteurs arméniens se réfugient à Van, et y organisent la résistance aux Turcs. Après un siège de cinq semaines, les Russes venus à leur secours parviennent à reprendre la ville aux Turcs, le 18 mai 1915. Ils y découvrent plus de 55 000 cadavres de civils arméniens.

Cependant, à la mi-mars, les Franco-britanniques organisent une expédition navale pour forcer le détroit des Dardanelles. C'est un échec. Le 25 avril, les assaillants débarquent des troupes dans la presqu'île de Gallipoli, fortement défendue par les Turcs. Ils y combattent dans des conditions effroyables et devront évacuer les lieux à la mi-décembre 1915.

Le plan de déportation des Arméniens

Dans ces conditions le gouvernement turc estime qu'il faut réduire les divisions intérieures de l'Empire, en particulier le risque d'une révolte des Arméniens, d'autant que certains partis politiques arméniens créent des unités de combattants qui s'enrôlent dans l'armée russe et organisent la contrebande des armes avec la Russie, afin d'armer les populations de la région de Van (en Turquie).

Le plan des Jeunes-Turcs est méthodique. D'abord priver les possibles révoltés d'un soutien militaire : pour cela, dès février 1915, les soldats arméniens sont retirés du front turco-russe, désarmés et placés dans des bataillons spéciaux affectés à des chantiers de travail. Ils y seront discrètement massacrés par la gendarmerie turque aidée par les Kurdes.

Il faut également que l'éventuelle révolte soit privée de chefs : les 24 et 25 avril 1915, les intellectuels arméniens vivant à Constantinople sont arrêtés, puis eux aussi éliminés. On estime à plus de 2300 les notables Arméniens qui ont été arrêtés en quelques jours.

Enfant arménien mort au cours du voyage de déportation. Région d'Alep.
Camp de déportés arméniens en Syrie.

Puis le 30 mai, le gouvernement jeune-turc ordonne la déportation des Arméniens vivant près de la zone des combats, mais aussi dans les régions qui en sont éloignées. Ils doivent rejoindre à pied (ou bien en train) Alep en Syrie (alors sous domination des Turcs), pour être dispersés dans les déserts de Syrie et d'Irak. Toutes les personnes inaptes au service militaire sont déportées, c'est-à-dire les enfants, les femmes et les vieillards. Ils doivent partir avec le moins de bagages possibles. Une fois les villages vidés de ces catégories d'habitants, les hommes restant sont massacrés. Au total, 306 convois de déportés sont dénombrés entre avril et décembre 1915, soit plus d'un million de personnes.

Il dut y avoir des refus d'appliquer les ordres, puisque, le 15 septembre 1915, le ministre de l'Intérieur Talaat Pacha envoie un télégramme à la direction du parti Jeunes-Turcs à Alep : « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie... Il ne faut tenir compte ni de l'âge ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici ... Ceux qui s’opposeront à cet ordre ne pourront plus faire partie de l’administration. » Les militaires allemands, très nombreux à Constantinople, laissent faire ou conseillent les troupes gouvernementales.

Les conditions de la déportation sont telles que beaucoup meurent d'épuisement ou de faim en cours de route. Des jeunes gens sont vendus comme esclaves. Certains sont massacrés, en particulier par l'Organisation spéciale, une unité paramilitaire créée par le parti Jeunes-Turcs en juillet 1914. Les survivants sont enfermés dans des camps de concentration comme celui de Deir ez-Zor en Syrie.

Article mis en lumière la semaine du 21 janvier 2019.
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Source : cette page a été partiellement adaptée de la page Génocide arménien de Wikipédia.