Expédition du Mexique

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Maximilien de Habsbourg. Un empereur soutenu par la France de Napoléon III et qui devait favoriser les intérêts français au Mexique. Portrait peint en 1865.

L'expédition du Mexique est une intervention militaire française au Mexique de 1861 à 1867, afin d'établir au Mexique un empire mexicain sous influence française. L'expédition se termine par la défaite française.

Les raisons de l'expédition du Mexique[modifier | modifier le wikicode]

Un des buts de l'expédition française au Mexique est de faire barrage à l'expansion des États-Unis en Amérique centrale (la guerre États-Unis-Mexique de 1846-1847 s'était soldée par la perte des deux-tiers du territoire mexicain au profit des États-Unis) et dans la mer des Caraïbes où les puissances européennes possédaient encore de nombreuse colonies dans les Antilles.

Par ailleurs les Européens supposaient que le Mexique était fabuleusement riche en métaux précieux. Le Mexique sous influence française serait développé grâce à un important effort d'équipement (idée de la doctrine économique du saint-simonisme, dont Napoléon III était un adepte convaincu). Il offrirait un marché important pour les produits industriels fabriqués en France dont il consoliderait ainsi l'industrialisation en plein essor sous le Second Empire. Un gouvernement mexicain enfin stabilisé grâce à la protection française serait en mesure de rembourser sans retard les dettes accumulées depuis un demi-siècle par les gouvernements précédents (les fournisseurs de capitaux étant les banquiers et spéculateurs européens dont certains sont des proches de Napoléon III).

Les efforts d'exilés mexicains de tendance royaliste, peu au courant des changements dans la société mexicaine depuis un demi-siècle d'indépendance, assurent que les Mexicains sont lassés de la République. Ils trouvent un accueil favorable auprès d' Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III. Ils veulent remplacer le système républicain par un retour à la monarchie (ils ont d'ailleurs un candidat en la personne de l'archiduc autrichien Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine frère cadet de l'empereur François-Joseph d'Autriche). La guerre civile qui ravage les États-Unis depuis 1861, rend la situation favorable à une intervention militaire puisqu'elle interdit au puissant voisin nordique d'intervenir au Mexique afin de mettre en œuvre la doctrine Monroe qui veille à exclure les Européens du continent américain.

Le début de la guerre[modifier | modifier le wikicode]

En juillet 1861, le président mexicain Benito Juarez annonce que le remboursement des dettes étrangères est de nouveau suspendu jusqu'à une date indéterminée (selon les calculs du même Juarez le Mexique devait alors 70 millions de pesos au Royaume-Uni, 9 millions à l’Espagne et 3 millions à la France).

Afin d'obtenir le paiement des dettes le Royaume-Uni , l'Espagne et la France décident l'envoi d'une force armée au Mexique. Mais les Européens, en réalité ont des buts différents. Le Royaume-Uni ne veut que le remboursement des dettes, pour cette raison son corps expéditionnaire ne comprend que 900 hommes. L'Espagne nostalgique de la perte de sa plus belle colonie rêve d'y remettre pieds, le maréchal Juan Prim dispose de 6300 hommes. Quant à la France, les buts réels sont flous, et les instructions données aux chefs militaires très imprécises, ce qui est problématique en raison du délai d'acheminement de la correspondance entre l'Europe et le Mexique (deux mois pour une échange aller-retour de courrier). Le premier corps expéditionnaire est placé sous le commandement du vice-amiral Jurien de la Gravière puis à la mi-mars il est renforcés par un nouveau contingent de 4500 hommes confiés au général Charles Ferdinand Latrille, qui devient le chef de l'expédition. Cette armée française d'environ 6500 hommes est destinée au rétablissement d'un ordre monarchique et catholique au Mexique et à soutenir la candidature de l'archiduc Maximilien pour devenir empereur. Quatre mille volontaires belges accompagnent les Français (l'épouse de Maximilien étant la princesse Charlotte, fille de Léopold Ier roi des Belges.

Débarquement difficile[modifier | modifier le wikicode]

La concentration des forces armées européennes à Veracruz est réalisée au tout début janvier 1862. Les troupes européennes sont débarquées à Veracruz, la ville ayant été vidée de ses habitants par les autorités mexicaines. Les Européens constatent avec une grande déception que les Mexicains ne sont guère favorables à l'arrivée des envahisseurs. Le soulèvement de la population soit-disant désireuse de se débarrasser du gouvernement républicain n'a pas lieu. L'aide militaire promise par les royalistes est invisible. Par contre les Européens doivent faire face à une maladie tropicale très meurtrière (la « fièvre jaune » , le « vomito negro ») qui décime les effectifs. Afin d'épargner la vie de leurs soldats les généraux alliés, y compris les Français, concluent avec les autorités locales une convention qui les autorise à quitter la région côtière pour échapper à la maladie, en échange d'une négociation : c'était reconnaître la légitimité d'un gouvernement que l'on venait combattre !

Les britanniques et les Espagnols peu soucieux de « s'embourber » dans une telle situation négocient les paiement des dettes avec le gouvernement mexicain et rembarquent dans la première quinzaine d'avril. Les Français qui avaient reçu par des instructions secrètes de Napoléon III, l'ordre de marcher sur Mexico pour y établir un gouvernement favorable à la France restent sur place après avoir reçu des renforts venus d'Europe.

Le 20 avril, le général Latrille de Lorencez désormais commandant en chef du corps expéditionnaire et Dubois de Saligny le représentant personnel de Napoléon III déclarent la guerre au gouvernement mexicain, en prenant prétexte d'une prétendue agression subie par des ressortissants français résidant à Mexico.

Mais le chemin de Mexico est barré par un cordon militaire établi autour de la ville.

La première bataille de Puebla[modifier | modifier le wikicode]

Les combats de Puebla début mai 1862. Au premier plan, avec leur pantalon rouge, les zouaves, soldats d'élite de l'armée française affrontent des cavaliers mexicains.

Le 27 avril le corps expéditionnaire français se met en marche en direction de Mexico. Les quelques 7 000 hommes sont accompagnés par une artillerie très réduite (10 pièces de calibre 4) ; il n'y a aucune munition supplémentaire, pas d'intendance pour le ravitaillement des troupes (les Mexicains ont fait le vide jusqu'à la ville de Puebla à 240 km de la côte). La difficulté est grande pour assurer les communication en territoire hostile avec si peu de moyens.

Les Mexicains environ 4 500 hommes se sont retranché dans Puebla. Cette agglomération d'environ 75 000 habitants, était, selon les dires des royalistes mexicains qui n'attendait que l'arrivée des Français pour se soulever contre les autorités républicaines, mais aucun soulèvement ne se produisit. Les royalistes devaient être renforcés par une armée de volontaires d'environ 10 000 hommes, qui en fait ne viendront qu'au compte goutte, parmi eux, le 7 mai, 2000 hommes financés par l'Église catholique.

Arrivés à Puebla le 4 mai, les Français décident d'attaquer les forts qui au nord défendent la ville. L'assaut du fort de Guadalupe, après un violent orage et un bombardement inefficace tourne au désastre : 462hommes hors de combat (morts, blessés et prisonniers) soit 7% de l'effectif. Les Mexicains perdent 83 hommes.

Les Français abandonnent le siège et se replient en bon ordre et sans perte vers la ville d'Orizaba où ils se retranchent pour y attendre des renforts. La ville est encerclée par les Mexicains qui en commencent le bombardement. Mais les batteries d'artillerie mexicaines sont réduites au silence après une sortie hardie d'un petit groupe de Français.

Lorsque ces évènements militaires sont connus à Paris, Napoléon III envoie un renfort de 26 000 hommes, le général Élie-Frédéric Forey étant nommé commandant en chef. Ces renforts arrivent au Mexique en septembre 1862 et entreprennent une deuxième fois le siège de Puebla.

L'invasion du Mexique[modifier | modifier le wikicode]

Le corps expéditionnaire met cinq mois pour s'équiper en chevaux et chariots avant de s'enfoncer en territoire mexicain en direction de Mexico. Il faut aussi « sécuriser » le trajet contre les attaques de la « guérilla » menées par des bandits de grands chemins mais aussi par des miliciens volontaires encadrés par des offices de l'armée régulière mexicaine. Cette route stratégique était surveillée par 400 soldats égyptiens « prêtés » par le vice-roi d'Égypte, ainsi que par quatre bataillons du régiment étranger qui résiste vaillamment mais est anéantie par les attaques de l'armée mexicaine sur le poste de Camerone le 20 avril 1863.

Pour en savoir plus, lis l’article : Bataille de Camerone.

La seconde bataille de Puebla[modifier | modifier le wikicode]

Retranchement français pendant le siège de Puebla. Gravure de l'hebdomadaire L'Illustration. Juin 1863

Début mars 1863, enfin prêt les Français se mettent en marche en direction de Puebla, obstacle incontournable. Le général Forey a décidé d'assiéger la ville où il arrive le 12 mars Mais celle-ci abritait près de 20 000 hommes et 300 canons, les soldats étaient fortement retranchés dans chaque pâtés de maisons. Après un bombardement en règle, les Français parviennent le 28 mars à entrer dans la ville où ils doivent se livrer à une guerre de rue très meurtrière.

Le 8 mai, à San Lorenzo, le général Bazaine parvient par une audacieuse marche de nuit à surprendre et à battre l'armée de secours mexicaine commandée par le général Comonfort. Les Mexicains ayant subit de lourdes pertes se replient sur Mexico.

Le 15 mai, après accords entre les deux partis, les non-militaires mexicains sont autorisés à évacuer Puebla. Sur l'initiative de Bazaine, une brèche est ouverte au flanc du fort de Totimehuacan. Dans la nuit du 16 au 17, les Français s'apprêtent à l'assaut lorsque le général mexicain Ortega, renvoie son armée, fait sauter les dépôts de munitions et de vivres, détruire les armes et enclouer les canons. Puis Ortega capitule.

La route de Mexico est désormais ouverte. Le gouvernement républicain de Juarez, escorté de ce qui reste de l'armée mexicaine, quitte la capitale en emportant ce qui reste du trésor public et les archives gouvernementales. Il se replie à El Paso sur la frontière avec les États-Unis et décide de continuer la lutte contre l'envahisseur.

Création de l'empire du Mexique[modifier | modifier le wikicode]

Le 10 juin, l'armée française entre dans Mexico. Elle est accueillie par une foule enthousiaste : tous les conservateurs de la ville et ceux accourus du pays tout entier, sans compter les milliers d'indiens ayant reçu une rétribution prélevée sur les caisses de l'armée française pour pour agiter des rameaux et des palmes au passage des troupes.

Le général Forey, en accord avec Dubois de Saligny et Almonte, désigne donc une « junte » de 35 membres de tendance politique ultra-réactionnaire, la quasi totalité étant des habitants de la capitale. Ceux-ci recrutèrent 215 autres notables. Le 8 juillet, il préside cette assemblée considérée comme « nationale ». Deux jours plus tard, l'assemblée adopte une constitution monarchique et offre le trône à l'archiduc Maximilien d'Autriche ou à défaut à tout prince catholique que Napoléon III choisirait : bel exemple d'intervention des Français dans les affaires d'un pays américain, de quoi indisposer fortement les États-Unis et le Royaume-Uni.

L'archiduc Maximilien de Habsbourg, à gauche, écoute les notables mexicains qui lui annoncent les résultats de la "consultation" populaire qui le proclame empereur

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En juillet 1863, le général Forey qui vient de recevoir la dignité de maréchal de France, est remplacé par le général Bazaine. Dubois de Saligny, empêtré dans de douteuses affaires financières est aussi démis de ses fonctions et doit être expédié manu militari vers la France en octobre.

Bazaine entreprend une conquête systématique du Mexique, afin de dégager Mexico et de repousser les troupes du gouvernement républicain vers le nord sous la protection des États-Unis , ou vers le sud hors d'atteinte de l'armée française trop insuffisante en nombre pour occuper le pays.

Un simulacre de consultation populaire sur l'adhésion à l'empire est organisé. Dans chaque localité reconquise par l'armée française, quelques notables signent un texte au nom de leurs compatriotes. Avec ce système y aura près de 6 millions de oui pour une population d'environ 9 millions d'habitants, en grande partie analphabètes et qui n'avaient jamais entendu parler de l'empire. Les résultats de cette consultation sont présentés, à Maximilien de Habsbourg le 10 avril 1864 qui attendait près de Vienne en Autriche; il accepte alors le trône. Le 14 avril il s'embarque pour le Mexique où il arrive le 28 mai.

Les difficultés pour maintenir l'empire mexicain[modifier | modifier le wikicode]

Arivée de Maximilien et de Charlotte à Veracruz en 1864

En attendant l'arrivée de l'empereur Maximilien, le général Bazaine entreprend de contrôler le pays. Mais l'armée républicaine se dérobe continuellement, la guerre se passe comme dans le jeu du chat et de la souris, vu les effectifs de l'armée français celle-ci ne peut occuper que temporairement les villages « libérés » des républicains. À peine les Français ont-ils évacué leurs positions qu'elles sont immédiatement reprises par les républicains. Les vrais combats sont rares. Les distances à parcourir et à contrôler sont énormes. Le ravitaillement est problématique dans un pays surtout rural et pauvre. Pourtant Bazaine parvient à contrôler tant bien que mal une région d'environ 800 km autour de Mexico. En juin 1865, devant la progression des troupes françaises, le gouvernement républicain est contraint de se réfugier à El Paso del Norte, (aujourd'hui Ciudad Juarez) à quelques centaines de mètres de la frontière avec les États-Unis.

Les Français tentent d'organiser une armée impériale mexicaine, car il est prévu par la convention de Miramar, un accord signé en avril 1864, que l'armée française quittera le Mexique une fois que le régime impérial sera stabilisé et capable de fonctionner. Ils regroupent les débris des forces conservatrices, des déserteurs de l'armée républicaine, voire des bandits de grands chemins. Ces éléments sont formés par des instructeurs français, équipés au frais de l'armée française, mais quelquefois ils passent avec armes et bagages dans le camp républicain. Bien souvent les officiers sont en surnombre, ainsi dans l'armée du général Miramon, qui avait promis d'amener 10 000 hommes, il y a 5 à 600 officiers pour 200 soldats de base réellement présents. Le général Léonardo Marquez détourne à son profit les fonds de l'armée pour plus de 980 000 francs-or.

Les tentatives pour organiser administrativement le pays se heurtent aux notables locaux gênés par la présence des soldats français, présence qui vient troubler leurs « affaires ».

L'échec de l'expédition[modifier | modifier le wikicode]

Exécution de Maximilien à QueretarO. Le peintre Édouard Manet s'est fortement inspiré du tableau Tres de mayo de Francisco Goya

Maximilien n'avait pas les qualités requises pour gouverner. Il se prive d'abord de l'appui des conservateurs en les écartant des postes de direction et en ne remettant pas en cause la vente des biens de l'Église catholique opérée durant la période républicaine. Il s'entoure de ministres libéraux qui pour une partie d'entre eux « torpilleront » de l'intérieur la politique gouvernementale. Maximilien intervient en les contredisant dans les décisions prises par Bazaine qui tente par tous les moyens de stabiliser la situation militaire. Puis en juillet 1865, il fait un retournement politique total, renvoie les libéraux et s'appuie désormais sur des éléments très conservateurs.

Or en mai 1865, la guerre de Sécession se termine par la victoire des Nordistes qui ont des sympathies évidentes pour les républicaines mexicains et sont opposés à l'intervention française sur le sol américain. Le gouvernement américain fait pression sur Napoléon III pour qu'il retire ses troupes. Dès janvier 1866, Napoléon III informe Maximilien que les troupes françaises quitteront progressivement les régions qu'elles contrôlent afin de se regrouper pour revenir en France. Dès lors le sort de l'empire du Mexique est scellé. En Europe, en juillet 1866, l'éclatant victoire des Prussiens sur les Autrichiens à Sadowa contraint Napoléon III à revoir ses priorités … le Mexique n'en est pas une. Au même moment le voyage en Europe de l'impératrice Charlotte venue supplier Napoléon III de maintenir son aide militaire et financière est un échec.

Le 8 février 1867, les troupes « impériales » du général Miramon sont battues à San Jacinto par celles du général républicain Escobedo. De la mi-février au 11 mars Bazaine exécute le repli français d'abord sur Mexico, puis Orizaba et enfin sur Veracruz. Les contingents de volontaires belges et autrichiens et belges quittent le Mexique le 12 et le 20 janvier 1867, les Français rembarquent le 11 mars 1867.

Capturé à Queretaro le 15 mai, Maximilien est jugé par un conseil de guerre qui le 13 juin le condamne à mort. Le 19 juin il est fusillé en compagnie des généraux Miramon et Mejia.

Bilan de l'expédition du Mexique[modifier | modifier le wikicode]

Pour les Français le bilan humain est évalué à plus de 11 600 soldats mis hors de combats (dont environ 5 000 morts de maladie), cela représente 2 200 pertes par années de guerre alors que l'effectif du contingent annuel recruté en France est compris entre 250 et 300 000 hommes. Le bilan financier est de 340 millions de francs, soit environ 60 millions par an, alors que le budget annuel de la France sous le Second Empire est de plus de 2 milliards de francs.

Les Mexicains connaissent de lourdes pertes : près de 20 000 soldats perdus dans les rangs des forces mexicaines alliées aux Français. Les diverses armées soutenant le régime républicain du président Juarez auraient perdu environ environ 40 000 hommes dont près de 31 000 tués.

Vikiliens pour compléter sur la politique extérieure du Second Empire[modifier | modifier le wikicode]

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • [1] article de Wikipédia sur le même sujet
  • [2] une série d'articles de la revue du site napoleon.org
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