Enceintes de Paris

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L'évolution de Paris délimitée par ses enceintes, à compter du IVe siècle à nos jours.      Enceinte gallo-romaine      Enceinte contre les Vikings      Enceinte de Philippe Auguste      Enceinte de Charles V      Enceinte de Louis XIII      Mur des Fermiers généraux      Enceinte de Thiers      Aujourd'hui

Plusieurs générations d’enceintes de Paris se sont succédé à travers les siècles. Paris fut tout d'abord un oppidum, mais fut aussi une capitale de rois et d'empereurs ; elle joua un rôle décisif dans toute l'histoire de la France, car c'était là qu'étaient proclamés les régimes qui gouvernaient le pays, mais elle fut également un centre économique et culturel majeur. Tout cela explique le nombre si élevé de fortifications et de clôtures qui entourèrent la ville aux différentes époques.

En considérant le document ci-contre, on constate que, d'un point de vue général, plus l'histoire progresse et plus les multiples enceintes sont excentrées du cœur de la cité, à savoir l'île de la Cité, entourée par le fleuve de la Seine. Cela est évidemment dû au fait que Paris s'est développé au fil des siècles et par la même occasion s'est étendu sur les territoires alentour.

Enceintes antiques[modifier | modifier le wikicode]

Enceinte de l'oppidum gaulois[modifier | modifier le wikicode]

La première enceinte fut construite pour défendre une petite cité gauloise située près de l'île de la Cité. Cependant l'emplacement de cette ville est incertain et les polémiques vont bon train entre les historiens à ce sujet : certains pensent que c'est sur l'île elle-même, d'autres sont plutôt partisans d'une situation proche de Nanterre comme l'indiquent des recherches archéologiques.

Mais si le lieu même de la ville est remis en question, on pourrait se demander comment l'on peut savoir qu'elle était ceinte d'une muraille. C'est parce que le général romain Jules César décrit un oppidum fortifié avant la cité gallo-romaine, dans son ouvrage De Bello Gallico (La Guerre des Gaules).

Enceinte de la cité gallo-romaine[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque les Gaules sont conquises par les Romains, la cité des Parisii est incendiée. La ville est reconstruite cette fois-ci sur la berge opposée, autour de la montagne Sainte-Geneviève (emplacement du forum romain). C'est une véritable petite cité gallo-romaine avec de grandes arènes, appelée Lutèce.

Mais les invasions barbares qui marquent la fin de l'Empire romain sont un réel problème pour son bon fonctionnement, car les lieux sur la rive gauche sont en l'état très difficilement défendables. Les populations sont déplacées vers l'île de la Cité beaucoup moins vulnérable.

Les grands monuments comme le forum et les arènes sont réduits en carrières et, en les dépouillant de leurs pierres, on édifie autour de l'île une muraille assez solide pour pouvoir défendre en cas d'attaque cette petite cité prospère, comptant 8 000 habitants en dépit de sa faible superficie. C'est un premier pas vers les grandes enceintes qui vont suivre.

     Tracé de l'enceinte gallo-romaine

Enceintes médiévales[modifier | modifier le wikicode]

Le comte Eudes défend Paris contre les Normands

Enceinte contre les Vikings[modifier | modifier le wikicode]

Au Moyen Âge, la civilisation gallo-romaine n'est plus présente dans les esprits. La ville, lentement élargie sur les deux rives, a été érigée en capitale par le roi franc Clovis. Dès lors, la nécessité de la défendre devient avérée, mais ce n'est que tardivement qu'apparaîtra l'enceinte médiévale.

On ignore beaucoup de choses au sujet de cette enceinte, si ce n'est qu'elle existait bel et bien. Les historiens proposent diverses thèses. Une soutient que c'est pour se défendre des invasions barbares qu'Eudes, comte de Paris, avait ordonné de construire cette enceinte. En effet, en 885 eut lieu le siège de Paris où s'opposaient les Vikings aux Parisiens et la volonté du comte de défendre la ville avait été à l'époque louée de toutes parts. Il est donc plausible que l'enceinte faisait partie de ses mesures de défense.

Pourtant, les données archéologiques indiquent plutôt une datation vers la fin du Xe siècle, continuée au XIe siècle. Sans doute consistait-elle en des murs de terre, probablement accompagnés de morceaux de bois pour consolider, entourés de fossés : c'est encore une maigre protection, mais cela permet à la ville de subsister.

Le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste, avec le Louvre.

Enceinte de Philippe Auguste[modifier | modifier le wikicode]

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Enceinte de Philippe Auguste.

Au XIIe siècle, le roi français Philippe II Auguste, en bon chrétien, désire partir partir combattre en Croisades. Mais à cette époque féodale, les Anglais sont à la tête de vastes possessions sur le continent et ils sont donc susceptibles, en son absence, de conquérir Paris, ville qu'il a proclamée capitale et de ce fait qui joue un rôle majeur dans le domaine royal.

Il fait donc édifier de 1190 à 1213 tout autour de la cité, c'est-à-dire sur les deux rives, une longue muraille. Très haute, très large, elle est très bien équipée avec des tours et même une forteresse, le Louvre. Elle sera agrandie au-delà des faubourgs naissants de la rive gauche.

C'est la première fortification vraiment solide de Paris. Elle est aussi la première dont les historiens disposent de documents attestant précisément de sa position, contrairement à ses prédécesseurs.

Enceinte de Charles V[modifier | modifier le wikicode]

Vue de Paris vers 1600 avec les enceintes de Philippe Auguste (premier plan) et de Charles V (haut de l'image)

Mais Philippe Auguste ne voit pas assez grand. Les deux siècles suivants, l'évolution des deux rives est inégale. La rive gauche, où sont installés les centres intellectuels et les grandes universités, ne s'est guère étendue et l'enceinte Philippe Auguste perdure dans sa fonction.

En revanche, la rive droite, espace commercial, s'est largement développée, s'étendant bien au-delà de l'enceinte de Philippe Auguste qui perd donc toute utilité. La ville se retrouve donc sans défense au moment où commence la guerre de Cent Ans.

Construite de 1356 à 1383, l'enceinte Charles V englobe un grand territoire sur la rive droite : elle ne sera achevée que sous le règne de son successeur Charles VI. Elle est précédée d'un double fossé rempli d'eau. Elle retire toute utilité au Louvre qui sera converti en palais royal à la Renaissance.

Charles V lance en 1370 l'édification d'une forteresse à l'est pour remplacer l'ancienne citadelle de la Bastille : c'est le château de Vincennes, dont il fait sa nouvelle résidence.

Sous Henri V d'Angleterre, Paris est sous domination anglaise à la suite de la défaite française d'Azincourt. La muraille est consolidée par les Britanniques pour se défendre cette fois-ci, retournement de situations, des Français. C'est en essayant de reprendre la ville que Jeanne d'Arc est blessée.

Il ne reste presque plus rien de l'enceinte Charles V, car elle fut réutilisée pour la construction de l'enceinte de Louis XIII, et sera en partie détruite sur décret de Louis XIV.

Enceintes modernes[modifier | modifier le wikicode]

Enceinte de Louis XIII[modifier | modifier le wikicode]

Plan de Paris datant de 1705. On y voit les premiers boulevards et les vestiges de l'enceinte de Louis XIII.

Au XVIe siècle, la ville a connu les guerres de Religion qui l'ont durablement délabrée. Henri IV, qui souhaite vivifier cette ville, organise les restaurations et embellit le Louvre. Enfin, pour renflouer totalement le prestige de Paris, il pense à construire une nouvelle enceinte sans parvenir à ses fins.

Lorsqu'il meurt, Louis XIII lui succède. Il désire poursuivre activement la modernisation avancée par son père et ordonne de réaliser le projet. Il s'agit d'une reprise et d'une solidification de l'ancien mur construit par Charles V. Il suit les plans de l'architecte français Jacques Lemercier, au service du roi. Mieux fortifié que le précédent, il circonscrit un espace un peu plus large sur la rive droite. Le mur prend le nom de Louis XIII, mais il est aussi couramment appelé « enceinte des fossés jaunes ».

Mais Louis XIV, par ses conquêtes, agrandit le royaume. Paris ne courant plus de risque particulier, lui et son ministre Colbert estiment qu'il ne faut pas laisser les fortifications qui ralentissent le développement de la ville. Soucieux de laisser s'épanouir de nouveaux faubourgs, les deux hommes font supprimer dès 1668 (fin en 1739) l'enceinte Louis XIII sur la rive droite et l'enceinte Philippe Auguste sur la rive gauche.

Pour les remplacer, il font disposer de longues avenues de plaisance bordées d'arbres : c'est la naissance des grands boulevards, où les nobles aiment à se promener. Sur les ruines des portes, on fait ériger des arcs de triomphe (porte Saint-Denis et porte Saint-Martin) qui immortalisent les victoires du roi. C'est la fin des enceintes parisiennes, bien qu'il en reste quelques vestiges.

Mur des Fermiers généraux[modifier | modifier le wikicode]

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Claude Nicolas Ledoux#Mur des Fermiers généraux.

Tout bien considéré, d'autres enceintes seront édifiées : la première est le mur des Fermiers généraux. Mais cette barrière est destinée à lever des taxes, et non pas à protéger Paris en cas d'attaque : elle ne comporte donc pas d'équipements défensifs.

Elle fut édifiée sous le règne de Louis XVI quelques années avant la Révolution française, suivant les plans dessinés par l'architecte Claude Nicolas Ledoux sur proposition de la Ferme générale. Longue de 24 kilomètres, elle offre la possibilité de prélever des taxes sur les marchandises entrant dans la capitale : encore une fois, il s'agit de renflouer les caisses.

Mais ce mur ne plaît guère aux Parisiens qui se sentent enfermés impunément. Un célèbre pamphlet circule : « le mur murant Paris rend Paris murmurant ». D'ailleurs en 1860, après la proclamation de la République, il sera détruit au même titre que la Bastille, car il était considéré comme un symbole de la royauté.

Enceinte de Thiers[modifier | modifier le wikicode]

Adolphe Thiers

Une dernière enceinte fut construite sous la Monarchie de Juillet pendant le règne du roi français Louis-Philippe Ier. Partant de la volonté du gouvernement de Louis-Philippe de faire de la capitale une ville invulnérable, la proposition est adoptée par la Chambre des Députés (assemblée de Louis-Philippe) avec beaucoup d'enthousiasme. Elle prend le nom de son principal promoteur, le premier ministre Adolphe Thiers.

Construite de 1841 à 1844, avant la destruction du mur des Fermiers généraux, cette enceinte militaire est élevée pour couvrir Paris. Longue de 33 kilomètres, percée de 15 portes, l'enceinte comporte des fortifications assez solides avec ses 37 bastions militaires.

Elle enclôt la ville même, mais pas uniquement, car de nombreux villages de sa périphérie y sont enfermés par la même occasion. En effet, les limites de Paris officiellement situées au mur des Fermiers généraux sont repoussées beaucoup plus loin, vers l'enceinte de Thiers par décret de Napoléon III, en 1860.

Cette loi permet à Paris non seulement un agrandissement considérable de sa superficie, mais aussi de collecter la taxe de l'octroi sur les communes annexées et encore d'accroître la population de 400 000 habitants. Bien entendu, cette démarche ne plaît guère aux habitants des communes annexées qui jusque-là n'étaient soumis à aucune taxe. Elle suscite de vives critiques et les caricatures pour les exprimer prolifèrent.

Le mur sera détruit progressivement de 1919 à 1929, car l'enceinte ne peut faire face aux progrès de la technologie militaire. Mais, à son emplacement, on lancera en 1956 l'aménagement d'un boulevard périphérique, grande autoroute qui entoure encore Paris de nos jours.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

  • ressource en ligne [en ligne] Le Dessous des Cartes, émission sérieuse retraçant une partie de la progression de Paris à travers des plans historiques. On y trouve l'évolution des enceintes, mais aussi d'autres éléments.

Liens internes[modifier | modifier le wikicode]

Article mis en lumière la semaine du 12 septembre 2016.
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