Coup de Prague

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On appelle coup de Prague, les évènements qui se déroulent du 17 au 25 février 1948 en Tchécoslovaquie. Il s'agit de la prise du pouvoir d'État, par le parti communiste tchécoslovaque qui élimine les autres partis du gouvernement et de la présidence de la république. Depuis 1944, la Tchécoslovaquie est gouvernée par un Front national regroupant les communistes soutenus fortement par l'Union soviétique toute proche qui dispose de l'Armée Rouge et des représentants des anciens partis politiques avant-guerre (surtout modérés du centre et de la gauche). Si Edouard Bénès le président de la république est un libéral et un démocrate, le chef du gouvernement Klement Gottwald ainsi que plusieurs ministres importants : Intérieur (police et administration de l'État), Information, Finances, Agriculture sont des communistes, ils peuvent compter sur des sympathisants à la Défense, aux Affaires étrangères, à l'Industrie . Les autres partis (non-communistes) très divisés se partagent les ministères moins stratégiques pour le contrôle de la vie politique.


Aux élections démocratiques de 1946, les communistes ont obtenu 38% des suffrages exprimés, ils forment le groupe politique le plus important. Ils disposent d'appuis importants dans la classe ouvrière qui est nombreuse en Tchécoslovaquie et qu'ils ont organisée en milice . Les communistes installent leurs partisans aux postes clés dans l'armée, la police, la magistrature. Les communistes sont soumis depuis mars 1947 aux décisions du Kominform, qui applique les directives imposées par le parti communiste de l'URSS. Pour cette raison en juillet 1947, après l'avoir acceptée à l'unanimité, le gouvernement qu'ils dirigent refuse l'aide économique américaine proposée par le plan Marshall.


Le 17 février 1948, les ministres non-communistes protestent contre la nomination dans la région de Prague de huit nouveaux commissaires de police tous communistes. Croyant disposer du soutien du président de la république ils menacent de démissionner, pensant provoquer ainsi une crise gouvernementale. Ils pensent que le président se débarrassera des ministres communistes (dont le chef du gouvernement) et convoquera des élections législatives anticipées.


Mais le président Bénès refuse le scénario et sous la menace d'une intervention des soviétiques et de grandes manifestations des milices ouvrières acquises aux communistes, il ne soutient pas les protestataires. Le 20 février les communistes réaménagent le gouvernement en remplaçant les démissionnaires par des membres de l'aile gauche du parti social- démocrate. Les opposants anti-communistes sont arrêtés. Bénès ainsi désavoué doit démissionner le 7 juin. Il est remplacé par Klement Gottwald. En juin aux élections législatives non-démocratiques les partis favorables au nouveau gouvernement obtiennent 90% des suffrages exprimés. Rapidement la Tchécoslovaquie est transformée en démocratie populaire.

Une démocratie menacée[modifier | modifier le wikicode]

La Tchécoslovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

De 1919 à la Seconde Guerre mondiale la Tchécoslovaquie était le seul pays ayant des élections libres en Europe orientale et centrale. Dès mars 1939, la Tchécoslovaquie est démembrée : la Bohême-Moravie (moitié occidentale du pays) devient un territoire administré directement pas les nazis, tandis que la Slovaquie est dirigée par un gouvernement indigène pro-nazi. La Hongrie et la Pologne annexent une partie du territoire tchécoslovaque. Pendant la guerre le gouvernement légal s'est réfugié à Londres, il est présidé par Edouard Benes. La résistance contre le nazisme est importante, à partir de juin 1941 (invasion de l'URSS par les Allemands) les communistes en font partie. En mai 1942 , à Prague, le gauleiter nazi Reinhard Heydrich est exécuté par les résistants parachutés venus de Londres. En 1943, à Londres, un accord est signé entre toutes les adversaires des nazis, à la libération du territoire il sera formé un gouvernement d'union nationale (le Front national) dont feront partie les communistes. L'occupant allemand est chassé de Tchécoslovaquie fin 1944 par l'Armée Rouge soviétique.

Implantation des communistes dans l'appareil d'État[modifier | modifier le wikicode]

Aux élections législatives démocratiques de 1946 les communistes obtiennent 38 % des suffrages exprimés. Ils sont la première force du parlement tchécoslovaque.

Sur les 29 ministères les communistes et leurs alliés disposent seulement de 9 sièges. Mais ils détiennent les ministères clés : celui du chef du gouvernement Klement Gottwald, le ministère de l'Intérieur qui contrôle la police, celui de la défense qui commande l'armée. Ils sont également présents aux Finances, à l'Information, à l'Industrie , à l'Agriculture.

Les communistes sont également bien implantés dans les usines du pays. Avant la guerre la Tchécoslovaquie était un grand pays industriel (usines Skoda, en particulier). Ils sont influents dans les syndicats. Ils peuvent ainsi créer des milices ouvrières qui peuvent intervenir en cas de manifestations.

Cette influence communistes est mise à jour en juillet 1947 au moment de la proposition américaine d'aide économique (le plan Marshall de juin 1947). D'abord favorable à accepter cette aide, le gouvernement tchécoslovaque fait brusquement volte-face et la refuse. Entre temps, tous les partis communistes ont dû adhérer à la doctrine Jdanov, imposée par le Pc de l'URSS qui désigne les États-Unis comme l' ennemi commun ; il n'est pas plus question de recevoir l'aide de l'ennemi.

Crise de confiance avec les Occidentaux[modifier | modifier le wikicode]

Le Tchèques de 1947-48 se rappellent que dix ans auparavant, avec les accords de Munich de 1938, la France et le Royaume-Uni, sans en référer à leurs alliés Tchèques, ont abandonné la région des Sudètes au Reich hitlérien (première étape du démembrement final de la Tchécoslovaquie en 1939.

À la fin de la guerre, les Occidentaux sont favorables à reconstruire l'Allemagne sur le modèle capitaliste. Cette résurgence d'une Allemagne forte fait peur aux Tchèques. Dès 1946, les États-Unis arrêtent d'aider l'économie de la Tchécoslovaquie. Ils protestent ainsi contre le projet de nationalisation des biens possédés en Tchécoslovaquie par les Allemands (entreprises où les Américains ont placé des capitaux).

En juillet 1947, après y avoir été favorables, la Tchécoslovaquie renonce à participer au Plan Marshall, présenté par le gouvernement comme une atteinte à la souveraineté du pays. En effet une des conditions du plan est que les pays bénéficiaires de l'aide américaine doivent coordonner leurs projets afin de se répartir l'aide.

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Le "coup de Prague"[modifier | modifier le wikicode]

Le 17 février 1948, après que le ministre de l'Intérieur (communiste) ait nommé huit nouveaux commissaires de police (tous communistes), les ministres non-communistes protestent contre cette mesure qui vise à contrôler plus étroitement la capitale. Ils donnent leur démission. En démissionnant ils pensent provoquer une crise gouvernementale, débouchant sur des élections législatives anticipées. Les protestataires sont persuadés que les communistes subiront un recul de leur influence électorale.

Alors que les protestataires pensent avoir le soutien du président Bénès celui-ci refuse de choisir. Il est conscient de l'importance politique et syndicale des communistes et craint une possible intervention de l'Armée Rouge soviétique toute proche. Le 18 et le 19 les ministres protestataires n'assistent pas aux réunions du gouvernement. L'e vice-ministre des Affairesétrangères soviétiques venu de Moscou intervient auprès du président Bénès.

Le 20 février, Klement Gottwald, le chef du gouvernement, propose au président de remplacer les démissionnaires par de nouveaux ministres issus de l'aile gauche du parti social-démocrates (ils sont partisans du maintien de l'alliance avec les communistes). Par ailleurs il annonce que les milices ouvrières sont appelées à manifester dans les rues de Prague, pour appuyer la politique gouvernementale.

Le 22 février, les opposants aux communistes sont arrêtés, y compris l'ex- ministre des Affaires étrangères Jan Mazaryk. Il sera assassiné le 10 mars (la version officielle est qu'il s'est suicidé en sautant de la fenêtre de son appartement). Les députés anti-communistes sont chassés du parlement. Le parlement épuré vote la confiance au nouveau gouvernement dominé par les communistes et leurs proches alliés.

Le parti communiste et le parti social-démocrate fusionnent. Les partis non communistes doivent s'unir dans un Front national qui n’existe que par la bienveillance des communistes.

Le 9 mai 1948, une nouvelle constitution entre en vigueur. La Tchécoslovaquie devient une République populaire (démocratie populaire). Les élections législatives du 30 mai 1948, la seule liste ayant eu le droit de présenter des candidats (communistes) recueille 90% des suffrages exprimés. Le président Bénès démissionne le 7 juin. Le 14 juin il est remplacé par Gottwald.

Conséquences du "coup de Prague"[modifier | modifier le wikicode]

Cette main mise des communistes sur le pouvoir d'État dans un pays démocratique, sans intervention de l'Armée Rouge, fait redouter un scénario semblable dans les pays d'Europe occidentale (France et Italie en particulier) où existe un parti communiste puissant. Les Américains adoptent rapidement le plan Marshall, afin de relever l'économie européenne et d'enlever ainsi des arguments à la propagande communiste. Les pays de l'Europe de l'Ouest se rapprochent sur le plan militaire et vont créer le 4 avril 1949 l'OTAN sous protection américaine.


Sources[modifier | modifier le wikicode]

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