Colonisation grecque

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En bleu la Grèce et les colonies grecques ; en rouge la Phénicie et les colonies phéniciennes au milieu du VIe siècle av. J.-C..

La colonisation grecque est le déplacement de groupes de Grecs depuis leurs villes établies sur le pourtour de la mer Égée vers des terres jusque-là étrangères au monde grec comme le sud de l’Italie (où ils forment la Grande Grèce), la mer Noire et le nord-est de l’Afrique (Égypte et Libye). Cette émigration a lieu aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.. La ville fondatrice est appelée métropole mais la ville fondée, la colonie, est cependant politiquement indépendante même si elle conserve des liens religieux avec la ville d'origine des colons.

Le mouvement d'émigration n'est pas le fait d'individus isolés mais concerne des groupes et est organisé minutieusement par la métropole.

Les raisons du départ des groupes de colons sont diverses. Ceux-ci quittent leur pays natal faute de terres leur permettant de vivre normalement ; il peut aussi s'agir de membres d'un groupe socio-politique (soit les riches, soit les pauvres) qui vaincus par le groupe adverse partent pour l'exil. Il y a aussi des raisons commerciales car une colonie permet de drainer vers elle les ressources du territoire où elle est établie, ressources qui peuvent être alors acheminées vers le monde grec par les marchands, bateaux et marins grecs. Il se peut aussi qu'il y ait un besoin d'aventure pour certains Grecs, qui partent pour des destinations inconnues révélées en partie par les récits de marins et de voyageurs (comme pourrait l'être l'Odyssée).

La colonisation des côtes est de la mer Égée[modifier | modifier le wikicode]

À l'époque mycénienne, du XVe au XIIe av. J.-C., des Grecs naviguent pour le commerce sur la mer Méditerranée. Des objets mycéniens ont été retrouvés dans des nécropoles de peuples méditerranéens non-grecs, en Crète, à Rhodes, à Chypre et sur les côtes de la Turquie méridionale, mais aussi en Italie du Sud (Tarente, îles Lipari). Mais ces implantations lointaines, qui sont surtout des comptoirs commerciaux ne durèrent pas pas et disparurent avec la civilisation mycénienne qui était le débouché pour leurs produits.

Pendant les siècles obscurs, entre 1100 et 900 av. J.-C., une partie des Grecs qui habitaient la péninsule balkanique quitte l'Europe pour s'installer sur les îles et les côtes asiatiques de la mer Égée. On pense que l'effondrement de la civilisation mycénienne au moment des invasions doriennes fit fuir certains Grecs d'Europe. Il s'agit alors de migrations non-organisées. Il est difficile d'en connaître l'ampleur faute de traces archéologiques datées de cette époque (sauf à Smyrne et à Milet). Cependant l'étude des dialectes grecs parlés dans cette partie de l'Asie montre que les Éoliens occupent la partie côtière nord (Thrace, Lesbos, Cumes), les Ioniens s'installent au centre (Milet, Éphèse, Samos, Phocée, Clazomène) et les Doriens au sud (Mélos, Cos, Cnide, Halicarnasse, Rhodes.

Le peuplement grec est alors étalé en surface et occupe les différents espaces naturels (plaine, collines et montagnes), car il s'agit d'y reproduire les activités agricoles de la Grèce (cultures et élevage). Ces régions étant peuplées, les Grecs refoulent les peuples indigènes et occupent la région côtière.

Une partie des cités grecques de la côte asiatique de la mer Égée et des îles, comme Milet ou Phocée, participeront à la colonisation grecque qui reprendra quelques siècles plus tard.

La grande vague de la colonisation grecque[modifier | modifier le wikicode]

C'est à partir de la première moitié du VIIIe siècle av. J.-C. que commence la vague principale de la colonisation grecque de la mer Méditerranée occidentale (Sicile et sud de l'Italie, Cyrénaïque, Espagne orientale, sud de la Gaule, Corse...) mais aussi des côtes de la Mer Noire.

Les causes de la colonisation grecque[modifier | modifier le wikicode]

Le départ de groupes organisés de Grecs a de multiples raisons.

La plupart du temps il s'agit de régler des problèmes internes à chaque cité.

Manque de moyens de vivre[modifier | modifier le wikicode]

Paysan grec labourant à l'araire. Vers 530 av. J.-C.?

Il est fort probable que la difficulté d'avoir des ressources suffisantes pour toute la population pousse les cités grecques à se séparer d'une partie de leurs habitants. L'archéologie montre un accroissement démographique de la population de la Grèce à cette époque. Le pays est relativement pauvre (peu de plaines ou de collines cultivables, beaucoup de montagnes calcaires). Cette pauvreté relative est renforcée par la répartition des terres. Les fils aînés sont privilégiés par rapport à leurs frères cadets, qui ne reçoivent qu'une petite partie insuffisante de la propriété familiale. Le départ du cadet permet à l'aîné de conserver la totalité de la propriété familiale tandis que le cadet peut espérer trouver ailleurs de quoi vivre. Les productions agricoles changent aussi. À cette époque, en Grèce, on passe de la production de céréales (La récolte a lieu dans l'année qui suit) à une culture d'oliviers et de vignes, plantes qui ne produisent que quelques années plus tard après la plantation. Pour survivre d'une année sur l'autre, les petits paysans doivent alors emprunter de la nourriture aux grands propriétaires ; souvent ils ne peuvent régler leurs dettes et sont dépouillés de leurs terres en guise de remboursement. Cette soif de terre pousse à l'émigration. Les Chalcidiens, qui fondent Rhégion en Italie du Sud fuient la disette qui règne en Eubée, la cité ayant décidé de se séparer du dixième de sa population qui est tiré au sort. Il en est de même pour les paysans de Théra (Santorin) qui après une disette de sept années doivent partir pour fonder la colonie de Cyrène (Libye).

Luttes politiques[modifier | modifier le wikicode]

Les luttes politiques dans les cités grecques sont un des facteurs de la colonisation. Dès le VIIIe siècle, les petits paysans, les commerçants et les artisans veulent participer à la vie politique de la cité, ce qui jusque-là était le privilège des grandes familles nobles. Les conflits sociaux, (voir le paragraphe ci-dessus), les luttes entre les groupes politiques conduisent les perdants à l'exil. Ainsi Corcyre et Syracuse sont fondées par Archias, un membre de l'importante famille des Bacchiades de Corinthe qui avait été condamné pour meurtre. Il en est de même à Sparte où les enfants illégitimes doivent émigrer pour ne pas remettre en cause le fonctionnement très rigide de la cité. Ils fonderont la ville de Tarente en Italie du Sud.

Menaces extérieures[modifier | modifier le wikicode]

En Asie occidentale, les cités grecques sont menacées par l'expansion de l'empire perse. En 545 av. J.-C., les Phocéens décident de transférer leur cité en Corse à Alalia. Il en est de même pour Néapolis, nouvelle ville grecque à côté du site déjà occupé d'Ampurias où s'installe une deuxième vague d'arrivants de Phocée, chassés de leur cité après sa prise par les Perses de Cyrus le Grand, en 546 av. J.-C..

Esprit d'aventure[modifier | modifier le wikicode]

L'esprit d'aventure a pu aussi jouer un rôle dans les départs. Ainsi Hérodote raconte que le Samien Kôlkaios, qui devait se rendre en Égypte, en est détourné par des vents contraires qui lui font passer les colonnes d'Héraklès pour atteindre Tartessos sur l'océan Atlantique. La cargaison extraordinaire qu'il en rapporte pouvait donner des idées aux esprits aventuriers. Les récits de l'Odyssée fourmillent de ces aventures dans des pays extraordinaires qu'Ulysse doit affronter.

Favoriser le commerce[modifier | modifier le wikicode]

Les raisons commerciales sont aussi un motif de départ. Les première colonies au milieu du VIIIe siècle av. J.-C., comme Pithécuses sur l'île d'Ischia ou Cumes en Campanie sont des comptoirs commerciaux mais disposant certainement d'un territoire permettant l'alimentation des colons. La Grèce manquait de produits de base comme les métaux, les céréales et surtout le bois nécessaire à sa flotte et à ses monuments. L'approvisionnement extérieur de la Grèce était donc nécessaire. Mais la plus grande partie des colonies aux VIIIe et VIIe siècles furent des colonies agraires. C'est surtout aux VIe et Ve siècles av. J.-C. que le caractère commercial de la fondation devient important.

Fonder une colonie[modifier | modifier le wikicode]

Le plus souvent la décision de fonder une colonie est prise collectivement. La décision peut suivre la fin d'une guerre civile, les vaincus doivent alors quitter leur cité d'origine. S'il s'agit d' alléger le nombre de bouches à nourrir, les modalités du choix de ceux qui devront partir sont aussi décidées collectivement.

La décision est matérialisée par un décret de la cité qui indique le choix du fondateur (appelé oïkiste), quels seront ceux qui partiront et quels seront les liens qui existeront entre la future colonie et sa métropole.

Le fondateur[modifier | modifier le wikicode]

Le choix du fondateur est extrêmement important. C'est lui qui dirigera la colonie une fois qu'elle sera fondée et après sa mort il en deviendra le héros auquel la nouvelle cité rendra un hommage permanent voire un culte.

Quand une colonie fonde à son tour une colonie, généralement elle fait appel à sa métropole pour en obtenir un.

L'approbation des dieux[modifier | modifier le wikicode]

La Pythie rendant un oracle. Vers 440 av. J.-C.

La migration envisagée, avec les dangers du voyage et les risques face à la réception par les indigènes du lieu colonisé, met en jeu la vie d'une partie des habitants de la cité d'origine. Aussi l'approbation des dieux est nécessaire. L'oïkiste doit d'abord consulter l'oracle d'Apollon à Delphes. Le choix d'Apollon est dû aux récits le concernant. C'est après des aventures que le dieu colonise le site de Delphes en chassant le serpent Python premier occupant du lieu et le remplacer par son autorité bienfaisante (apollon le dieu de la civilisation). Cela préfigure ce qui va se passer avec la création de la nouvelle colonie.

Apollon rendra son oracle par l'intermédiaire de la Pythie, généralement en répondant par oui ou par non ; quelquefois, le dieu donne des précisions géographiques pour ceux qui hésitaient sur le lieu où ils devront se rendre. Les oracles ont été conservés, du moins rapportés après la fondation afin de la justifier. Si l'expédition colonisatrice tourne mal on pense que l'oracle a été mal interprété ou que sa consultation n'a pas été faite dans les règles voulues.

De plus l'expédition a un caractère religieux. Avant le départ l'oïkiste célèbre un sacrifice qui permet de demander l'assistance des dieux de la cité. Les futurs colons embarquent avec eux le feu de la cité et les dieux de leur cité d'origine, ceux-ci prendront possession du territoire de la colonie en éliminant les dieux des indigènes. De cette manière, en honorant les mêmes dieux on renforce les liens religieux entre la métropole fondatrice et la colonie.

Avant le départ, le fondateur doit célébrer un sacrifice pour vérifier que les présages sont favorables. On doit aussi prendre du feu du foyer de la cité, feu qui symbolise la vie de cité, pour le transférer au foyer de la colonie. De ce fait, on honorera les mêmes dieux dans la métropole et la colonie, ce qui crée une solidarité religieuse entre cité fondatrice et colonie.

Le choix des colons[modifier | modifier le wikicode]

L'expédition fondatrice de la colonie comporte peu de personnes, généralement ils sont originaires de la même métropole. La colonie Apollonia d'Illyrie a été fondée par deux cent Corinthiens auxquels sont venus s'ajouter des habitants de Corcyre (nombre inconnu). Ce sont une centaine d'hommes embarqués sur deux pentécontores qui partent de Théra pour fonder Cyrène. La première vague de colons ne comporte généralement que des hommes. Pour que la colonie se développe, il faudra organiser une seconde vague comportant des femmes, ou bien avoir recours à des mariages avec les femmes indigènes après un rapt ou bien un contrat en bonne et due forme (c'est le cas de Massilia, avec le mariage de Protis, le Phocéen et de Gyptis, la fille du roi des Ségobrigiens indigènes).

Le choix du site d'installation[modifier | modifier le wikicode]

Le site primitif d'Agrigente en Italie. Une petite plaine. Visible le temple grec de la Concorde.

L'expédition ne part pas au hasard. La destination des colons est probablement connue grâce à des contacts commerciaux antérieurs soit par des renseignements fournis par les prêtres de Delphes qui recueillaient les informations auprès des nombreux consultants de l'oracle.

Il est remarquable que la plupart des sites retenus pour installer les colonies soient situés dans des plaines de dimensions plutôt étroites. Il semble que les zones de collines et de montagnes aient été dédaignées, du moins dans un premier temps. Les colons en nombre relativement restreint devaient rester groupés pour diverses raisons. D'abord pour pouvoir résister plus facilement à d'éventuelles attaques des indigènes mécontents de voir arriver des intrus. De plus le regroupement permettait de recréer rapidement le cadre connu d'une cité grecque. Les colons pouvaient facilement, sans perte de temps donc de travail, se rendre dans les différents édifices pour participer à la vie politique, religieuse et sociale d'une cité grecque et ainsi ne pas laisser la pratique de ces activités aux plus riches. L'installation dans la plaine, tout en favorisant la culture des céréales, de la vigne ou des oliviers permettaient en outre de ne pas trop empiéter sur les terrains de parcours nécessaires aux troupeaux de moutons ou de chèvres des indigènes qui sont souvent des pasteurs ; la cohabitation entre indigènes et nouveaux-venus devait s'en trouver facilitée.

La plupart du temps la colonie dispose d'un port permettant de rester facilement en contact avec la métropole (qui à part Sparte sont toutes des ports) mais aussi de développer des activités commerciales vers la métropole et d'autres cités grecques.

La prise de possession du territoire[modifier | modifier le wikicode]

Un des premiers actes de l'oïkiste est d'installer dans la nouvelle colonie, le culte d'Apollon Pythien et des dieux de la cités d' origine. Les premières habitations, de confort minimum, avec des fondations en pierre et des murs en pisé, sont regroupées à l'abri d'un rempart provisoire. Puis quand l'accord pour la possession de la terre est obtenu de gré ou de force avec les indigènes, il fait procéder à la division du territoire. Une partie est réservée à l'exercice collectif de la vie religieuse et civique, l'autre partie devient l'espace cultivable. Le plus souvent les colons reçoivent, par tirage au sort, un lot identique de terre, le clèroï, car il ne s'agit pas d'importer dans la colonie l'inégalité des moyens de vivre qui avait poussé au départ de la métropole. On retrouve dans certaines cités grecques, comme Mégara Hyblaea, Métaponte, Naxos, Héracleia, les traces de ce parcellaire égalitaire primitif.

Comme on espère le succès de la colonie donc l'accroissement de sa population, ce qui nécessitera plus d'espace, les nécropoles sont installées un peu à l'écart.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

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