Censeur (Rome antique)

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À Rome dans l'Antiquité, le censeur est un haut magistrat. La fonction est hors cursus honorum. Les deux censeurs sont élus tous les cinq ans par les comices centuriates. Ils sont généralement choisis parmi les anciens consuls. À partir de 339 av. J.-C. un des deux censeurs doit être un plébéien. À partir de 434 av. J.-C., les censeurs doivent renoncer à leur fonction au bout de 18 mois. Le censeur ne peut se faire réélire.

Les censeurs font le recensement de la population romaine pour répartir les citoyens en fonction de leur richesse ou de leur origine géographique. Ils choisissent les anciens magistrats qui peuvent siéger au sénat romain. De ce fait ils surveillent la moralité de la population. Les censeurs surveillent aussi la collecte des impôts et lancent les grands chantiers de construction (voie romaine, bâtiment civils ou religieux...).

À partir de la dictature de Sylla, au premier siècle av. J.-C. il n'y a plus d'élection de censeurs. Généralement le détenteur du pouvoir suprême (le dictateur ou l'empereur) se fait donner les fonctions de censeur (surtout pour le droit de nommer les sénateurs).

Création des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

La fonction de censeur est créée en 444 av. J.-C. afin d'alléger le travail des consuls en leur enlevant l'organisation du recensement (le census). La raison du changement est la création récente de la magistrature de tribun militaire à pouvoir consulaire qui pouvait tenir lieu de consul lorsque les opérations militaires exigeaient de combattre contre de très nombreux ennemis. Or ces tribuns militaires peuvent être des plébéiens, alors qu'à l'époque les consuls étaient uniquement des patriciens. Avec la création des censeurs, à l'origine uniquement des patriciens, ces derniers se réservaient l'organisation très importante du cens.

À l'origine les censeurs doivent exercer les fonctions pendant cinq ans, c'est-à-dire pendant l'intervalle entre deux recensements ; mais cette longue période fait craindre qu'ils ne deviennent trop puissants face aux autres magistrats à renouvellement annuel. Aussi dès 434 av. J.-C. une loi réduit à dix-huit mois la durée effective de la fonction.

La fonction de censeur devient officiellement accessible aux plébéiens l'an 339 av. J.-C. où une loi impose qu’un des deux censeurs soit plébéien.

Elections des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

Ne pouvaient être élus censeurs que les citoyens de plus de 44 ans et ayant été consuls. Les censeurs sont élus par les comices centuriates. La période des cinq années d'une censure est appelée lustrum (d'où en français le nom de lustre donné à une période de cinq années).

Si l’un des censeurs meurt durant sa charge, on élit à sa place un censeur suffect. Mais à partir de 393 si un des censeurs meurt, son collègue démissionne et deux nouveaux censeurs sont élus.

En 265, C. Marcius Rutilus, élu censeur pour la seconde fois, fait voter une loi qui interdit à quelqu’un d’être censeur deux fois.

Fin des fonctions des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

Au bout de dix-huit mois a lieu la cérémonie expiatoire qui clôture la charge de censeur. Le peuple, réorganisé selon les décisions des censeurs en charge, est réuni sur le Champ de Mars. Le censeur-président offre un sacrifice, composé d'un porc, d'un mouton et d'un taureau (c'est le suovetaurilia). Ce sacrifice purifie religieusement la ville. Puis les censeurs abdiquent.

Privilèges honorifiques des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

Avant de faire une action, les censeurs, afin de connaître la volonté des dieux, peuvent prendre les auspices.

Ils peuvent porter la toge pourpre. Ils siègent sur une chaise curule (siège sans dossier, non-pliant et aux pieds en argent). Mais ils n'ont pas de licteurs comme les consuls ou les préteurs.

Fonctions des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

Les censeurs sont irresponsables, ils ne rendent de compte de leurs actions officielles à personne. Leurs actes ne peuvent être modifiés ou annulés que par les censeurs qui leur succèderont.

Le recensement de la population et des biens[modifier | modifier le wikicode]

La tâche des censeurs est de recenser et de classer la population de Rome en fonction de la fortune de ses habitants (un système qui fut, selon les sources, instauré par le roi Servius Tullius). Ils convoquent le peuple au Champ de Mars et reçoivent, par ordre de tribus, les déclarations des citoyens qui indiquent, sous serment, la composition de leurs familles et les biens dont ils sont propriétaires. Les censeurs révisent aussi les listes des citoyens non inscrits dans les tribus.

Puis les censeurs examinent la classe des chevaliers qui forment 18 centuries. Chaque chevalier se présente à cheval devant les censeurs qui décident s'il convient de lui laisser ou de lui enlever son cheval. Puis ils nomment de nouveaux chevaliers afin de combler les vides qui se sont produits depuis le dernier recensement et avec les résultats de leurs examens.

Après cette collecte d'informations, les censeurs répartissent les citoyens entre les centuries, les classes et les tribus.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : recensement dans la Rome antique.

Établir la listes des sénateurs possibles[modifier | modifier le wikicode]

À partir de 325 av. J.-C., les censeurs sont chargés de désigner les membres du sénat (auparavant ce sont les consuls qui en sont chargés). Il s'agit de la gestion du registre des citoyens qui peuvent être admis au sénat (c'est l'album). Les noms possibles sont ceux des anciens hauts magistrats. Les censeurs peuvent rayer de cette liste les sénateurs qu’ils considèrent comme indignes de la fonction. L'accord des deux censeurs est indispensable pour ce travail d'admission et de radiation. La liste est rendue publique par lecture à haute voix du haut de la tribune des Rostres qui est située sur le forum, puis ils sont affichés.

La surveillance (censure) des mœurs[modifier | modifier le wikicode]

Les censeurs ont la surveillance des mœurs, privés ou publics, de la population romaine. Ils exercent ce pouvoir selon leur appréciation personnelle. Ils peuvent intervenir dans la vie quotidienne des Romains en interdisant le luxe tapageur et les modes vestimentaires qu'ils jugent scandaleuses. Ils peuvent interpeller les familles sur l'éducation négligée des enfants. Ils peuvent condamner un comportement personnel jugé inadapté à la morale romaine.

Les censeurs peuvent infliger des peines aux personnes qu'ils ont ainsi dénoncées. Ils peuvent les soumettre à une imposition extraordinaire ; leur donner un blâme public (nota censoria) qui couvre de déshonneur le condamné et ce dernier peut être exclu de toutes les tribus, être privé de son cheval ou être expulsé du sénat.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Censure dans la Rome antique.

Le rôle économique et financier des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

Mais les censeurs ont aussi un rôle financier important : ils organisent la collecte des impôts pour les cinq années de leur censure. Pour cela ils procèdent à l'adjudication de la collecte à des sociétés privées de publicains qui avancent la somme et se chargent de la récupérer auprès de la population.

Les censeurs sont aussi des donneurs d'ordres pour les grands travaux publics. Ainsi le censeur Appius Claudius Caecus décide les travaux de construction de la voie Appienne et le censeur Caton l'Ancien fait construire la basilique Porcia à Rome.

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Finances de l'État romain.

Disparition des censeurs[modifier | modifier le wikicode]

Avec l’Empire, la charge de censeur perd de son importance et finit par disparaître, l’Empereur s’emparant de leurs pouvoirs.

Sylla, supprime la censure (c'est lui qui crée les nouveaux sénateurs). Jules César en fait de même. Mais Auguste rétablit la fonction afin de connaître la population et la richesse de l'empire (en 29/28 av. J.-C., alors qu'il était consul, en 18, 12/11, 8, 3/2 av. J.-C. et en 3, 4 et 14 apr. J.-C.. Les opérations eurent lieu dans tout l'empire et concernent tous les habitants, Romains ou pas.

Également Auguste veut rétablir sur ses bases anciennes la religion romaine et les mœurs censés l'accompagner. La surveillance des mœurs est confiée à un préfet des mœurs, fonction qu'Auguste exerce personnellement. Auguste et ses successeurs ont le droit comme les censeurs de créer des sénateurs, y compris avec des personnes n'ayant occupé aucune magistrature.

Claude, Vespasien et ses fils Titus et Domitien sont également censeurs. Puis la censure est abolie.

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