Bantoustan

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Scène de la vie quotidienne au Transkei, ancien bantoustan sud-africain.

En Afrique du Sud, un bantoustan était un territoire réservé aux populations noires pendant la période de l'apartheid. Le bantoustan est nommé tuisland en africaans et homeland en anglais (ce qui veut dire « foyer national »).

Ils ont été imaginés dès 1954 par le gouvernement nationaliste dirigé par les Blancs. Le but était de séparer les Blancs (minoritaires) des Noirs (majoritaires), en faisant de ces derniers des citoyens d'un territoire autre que celui de l'Afrique du Sud (ce qui leur enlevait le droit de vote en Afrique du Sud et rendait ainsi les Blancs majoritaires). Créés sur une base linguistique, ils devaient être au nombre de neuf, en octobre 1976 le Transkei devient un bantoustan, en décembre 1977 c'est le tour du Bophuthatswana, en 1979, du Venda et en 1981 du Ciskei. Les bantoustans ont disparu en 1991, quand l'apartheid a été supprimé. Ils ont été dissous en avril 1994. Sur une superficie d'environ 13% du territoire sud-Africain, les bantoustans regroupaient environ 70 % de la population sud-africaine (vers 1970).

Le système des bantoustans a été condamné par la plupart des pays du monde.

L'Afrique du Sud est un pays multi-ethnique[modifier | modifier le wikicode]

Le territoire de l'Afrique du sud est peuplé par des populations variées : des Africains ou Bantous arrivés au cours du XIIIe siècle, des Blancs arrivés aux XVIe et XVIIe siècles, des Métis et des Asiatiques (en particulier des Indiens) arrivés au cours du XIXe siècle.

Les colons blancs d'origine néerlandaise (les Boers) ont lutté contre les bantous pour occuper leurs terres. Les Boers (pour une grande partie de confession protestante) pensaient avoir une mission divine à accomplir et entendaient garder biologiquement pure leur population en refusant le métissage avec les noirs. Ces idées ségrégationnistes étaient diffusées par le parti national, recrutant surtout parmi les Boers. Elles n'ont pu être appliquées pendant la colonisation britannique. Mais en 1961, lorsque l'Afrique du Sud devient totalement indépendante et se retire du Commonwealth, le parti national décide de mettre en place la politique d'apartheid (ou de développement séparé).

Dans les années 1960, les Noirs étaient environ 15 millions, les Blancs 3,7 millions et les Métis environ 2 millions. Alors que partout ailleurs en Afrique noire, les pays devenaient des pays indépendants dirigés par la majorité noire, les Blancs d'Afrique du Sud ne pouvaient admettre une telle situation. Aussi ils mirent en place les bantoustans, c'est-à-dire territoires où les Noirs pourraient se diriger eux-mêmes et tenter de se développer économiquement (mais les terres qui leur étaient laissées étaient les moins productives).

Mise en place des bantoustans[modifier | modifier le wikicode]

Les différentes bantoustans

L'idée de séparation territoriale entre les Blancs et les Noirs est très ancienne. En 1913, pendant la colonisation britannique1, le Native Land Act fixe les limites des « réserves » noires. Les Blancs ne peuvent acquérir des terres dans ces réserves, mais les Noirs ne peuvent devenir propriétaires que dans ces réserves. À cette date les bantoustans s'étendaient sur 7,3% du territoire sud-africain (alors que la population d'origine africaine représente 67% de la population totale du pays). En 1936, toujours sous la colonisation britannique, le native trust and Land Act agrandit la superficie des bantoustans (acquisition de 144 000 km2). Désormais les réserves totalisaient 13,7% de la superficie de l'Afrique du Sud.

En 1948, le parti national arrive au pouvoir. Il accélère le processus de ségrégation. Les Blancs sont priés de quitter les terres comprises dans les réserves et sont installés ailleurs sur des terres dont on a chassé l'habitant noir. Il y a donc eu des mouvements importants de population (on l'estime à environ 3,5 millions), mouvements qui créent des rancunes de part et d'autre. La situation se complique car les bantoustans doivent se constituer sur une homogénéité linguistique. Cela permet de diviser la population noire sans affaiblir son importance. Or il y a différents groupes linguistiques bantous qui cohabitaient sur le même territoire : Xhosa, Zulu, Sotho du Nord et Sotho du Sud, Vanda, Shangan-Tsonga, Tsawana, Swazi. Là aussi il faut regrouper les populations donc procéder à des déménagements forcés.

Progressivement est mise en place une administration « indigène » des bantoustans. En 1927, le Bantu Administration Act permet au président de l'Afrique du Sud de nommer les autorités bantoues. Puis en 1951, le Bantu Authority Act, met en place une administration bantoue sur la base de conseils régionaux et tribaux. En 1959, le Promotion of Bantu Self-government Act prévoit les conditions du passage à l'autonomie interne et à l'indépendance des bantoustans. En 1970 le « Black Homelands Citizenship Act » enlève la citoyenneté sud-africaine aux ethnies en leur accordant la nationalité de leur bantoustan. En 1971, le Bantu Homelands Constitution Act organise les étapes qui permettent d'aboutir à une indépendance progressive. L'indépendance est proclamée par le président sud- africain après examen de niveau de développement économique et culturel du bantoustan.

Le système progressivement mis en place permet la constitution d'une petite élite bantoue qui a tout intérêt à conserver le système qui lui assure la prépondérance et des avantages matériels.

Réalité de l'indépendance des bantoustans[modifier | modifier le wikicode]

Le territoire éclaté du Bophutatswana

Les bantoustans sont des territoires dont la superficie est réduite (le plus grand, le Transkei, dispose d'environ 43 700 km2 (pour plus de 1,9 million d'habitants en 1979), le plus petit, le Gazankulu a 6700 km2 (pour environ 737 000 habitants en 1979)). Pour compliquer la situation, les bantoustans sont souvent divisés en plusieurs morceaux lointains les uns par rapport aux autres (3 pour le Transkei, 6 pour le Kwazulu, 7 pour le Bophutatswana) et toujours séparés par des territoires blancs.

Dans les bantoustans, la citoyenneté était accordée sur une base linguistique. De ce fait une partie de la population noire du bantoustan (qui avait une autre langue) n'avait pas de droits politiques, alors que des noirs, devenus sans l'avoir demandé des citoyens du bantoustan, mais vivant en territoire blanc, y étaient considérés comme des étrangers et n'avaient pas ces droits et ne pouvaient pas les exercer matériellement dans leur bantoustan de rattachement.

Du point de vue économique, dans les bantoustans, les terres productives sont rares (elles sont estimées à 6,7% pour le Bophutatwana et à 18,7% pour le Transkei). L'exiguïté du territoire et la relative importance de la population qui y vit rendent difficile l'élevage extensif (pratique traditionnelle des éleveurs africains). Aussi une grande partie de la nourriture doit être importée d'Afrique du Sud. Les bantoustans ne disposent pas de ressources minières (pourtant nombreuses en Afrique du sud) et les investissement industriels y sont faibles faute de capitaux locaux et la faiblesse de ceux qui proviennent d'Afrique du Sud. Aussi une partie de la population doit émigrer vers l'Afrique du Sud (où elle est étrangère donc avec des droits sociaux moindres par rapport aux Sud-Africains). Elles doivent s'installer, sous forte surveillance, dans des townships, en fait des bidonvilles, à la périphérie des grandes villes. Pour éviter la dispersion des Noirs dans le territoire blanc, des installations industrielles ont été créées dans les régions frontalières, elles accueillent les travailleurs noirs.

Les bantoustans du fait de leur dépendance vis à vis de leur voisin sud-africain ne peuvent donc pas mener une politique intérieure et extérieure indépendante. Leur souveraineté est donc limitée. Ils n'ont d'ailleurs pas été reconnus comme des états souverains par l'ONU.

À partir de 1968, dix bantoustans copiés sur ceux d'Afrique du Sud ont été créés dans le Sud-Ouest africain qui était sous mandat de l'Afrique du Sud depuis la fin de la Première Guerre mondiale (c'est l'actuelle Namibie). Ils ont été dissous en mai 1989, au moment de l'indépendance du pays.

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Depuis 1910, l'Afrique du sud est un dominion dépendant de la couronne britannique. Selon ce statut, le pays dispose d'une large autonomie dans ses affaires intérieures.
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